Rapports sur la santé
Évolution des tendances de l’incidence du cancer de la thyroïde au Canada : un examen histologique, 1992 à 2016

par Larry F. Ellison et Tracey Bushnik

Date de diffusion : le 15 janvier 2020

DOI : https://www.doi.org/10.25318/82-003-x202000100002-fra

Au Canada, le cancer de la thyroïde se classait au cinquième rang des cancers les plus fréquemment diagnostiqués chez les femmes en 2016, derrière le cancer du sein, le cancer du poumon et des bronches, le cancer colorectal et le cancer de l’utérusNote 1. Chez les hommes, il s’agissait du 13e cancer le plus souvent diagnostiqué. Toutefois, la mortalité par cancer de la thyroïde représente seulement une petite fraction de l’incidence des cancers en raison du pronostic habituellement excellent de cette maladieNote 2. Jusqu’en 2012, on observait des augmentations rapides de l’incidence du cancer de la thyroïde au Canada et on les attribuait au surdiagnostic clinique des lésions sans importance détectées par l’imagerie moderneNote 3. Les projections à court et à long terme indiquent que l’incidence augmente plutôt de façon continueNote 4Note 5.

Des études internationales ont montré que l’incidence du cancer de la thyroïde a augmenté dans de nombreuses régions du monde, principalement en raison d’une détection accrue du cancer papillaire de la thyroïdeNote 6Note 7Note 8Note 9. Ce type de cancer est la plus commune et la moins agressive de toutes les histologies du cancer de la thyroïdeNote 10, et le taux de survie à cinq ans dépasse 95 % dans une grande partie de l’Europe et de l’Amérique du NordNote 8. Toutefois, les histologies moins communes présentent des pronostics moins favorables et des profils d’incidence et de survie variablesNote 8Note 10. La pertinence de ces résultats internationaux pour le Canada est incertaine, car aucune analyse de l’incidence du cancer de la thyroïde et de la survie à ce cancer au Canada par type histologique n’a encore été publiée.

Après des années d’augmentations rapides, les tendances de l’incidence du cancer de la thyroïde se sont stabilisées aux États-Unis au cours des dernières annéesNote 11. Cette situation découle peut-être de la publication par l’American Thyroid Association de lignes directrices révisées qui ont été conçues pour être plus conservatrices sur le plan du diagnosticNote 12Note 13Note 14Note 15. Par exemple, les nouvelles lignes directrices préconisent une gestion moins agressive des cas de diagnostic des petites tumeurs de la thyroïde en raison des préoccupations qui entourent le surtraitement du cancer de la thyroïde à faible risqueNote 12Note 13. Bien qu’on ait aussi recommandé l’apport de modifications semblables au guide de pratique clinique au CanadaNote 16, aucun examen complet des changements potentiels des tendances du cancer de la thyroïde au Canada n’a encore été entrepris.

La présente étude a deux objectifs principaux : en premier lieu, examiner la mesure dans laquelle la détection accrue du cancer papillaire de la thyroïde a influencé les augmentations précédemment enregistrées quant au taux global de cancer de la thyroïde au Canada; en second lieu, utiliser les données disponibles les plus récentes, jusqu’en 2016, pour déterminer si la tendance de l’incidence du cancer de la thyroïde a changé. Fondée sur les données du Registre canadien du cancer, la présente étude permet d’examiner l’incidence du cancer de la thyroïde de 1992 à 2016. Elle présente des estimations de l’incidence par sexe en fonction de l’âge, de l’histologie et de la province pour la période de cinq ans la plus récente (de 2012 à 2016) et permet d’analyser la variation des taux pour toute la période visée. Des renseignements semblables sur la mortalité par cancer de la thyroïde et la survie nette à cinq ans viennent enrichir ces résultats.

Méthodes

Sources des données et définitions

Incidence

Les données sur l’incidence du cancer (de 1992 à 2016) proviennent du fichier des totalisations du Registre canadien du cancer (RCC) de novembre 2018 qui a été publié le 29 janvier 2019. Le RCC est une base de données fondée sur la personne qui est représentative de la population et qui est constituée de cas diagnostiqués chez les résidents canadiens depuis 1992Note 17. Chaque registre provincial ou territorial du cancer fournit à Statistique Canada des renseignements démographiques ainsi que des renseignements sur des cancers précis dans un format normalisé. Les soumissions annuelles par secteur de compétence comprennent les ajouts et les révisions des données soumises les années précédentes.

Les cas de cancer ont été définis en fonction de la troisième édition de la Classification internationale des maladies pour l’oncologie (CIM-O-3)Note 18. Les cas étaient classés comme un cancer de la thyroïde si le code de topographie (siège) était C73.9, à l’exception des types histologiques 9050 à 9055, 9140 et 9590 à 9992. Seuls les cas malins ont été pris en considération. Les cas de cancer de la thyroïde étaient divisés en trois types histologiques principaux : papillaire (8050, 8260, 8340 à 8344, 8350 et 8450 à 8460), non papillaire et sans précision (8000 à 8005 et 8010 à 8015). Les cas non papillaires étaient ensuite classés dans les sous-types suivants : folliculaire (8290 et 8330 à 8335), médullaire (8345 et 8510 à 8513), anaplasique (8020 à 8035) et autres sous-types définisNote 19.Les règles de codage des tumeurs primaires multiples du Centre international de recherche sur le cancer ont été utilisées pour la présente étudeNote 20.

Mortalité

Les données sur la mortalité, qui ont été diffusées le 28 juin 2018, sont tirées de la base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civilNote 21. Cette base de données comprend des données démographiques et des renseignements sur les causes de décès pour tous les décès survenus au Canada. Le code C73 de la 10e édition de la Classification internationale des maladies (CIM-10)Note 22 de l’Organisation mondiale de la santé a servi à recenser les décès par cancer de la thyroïde survenus depuis 2000 et le code 193 de la CIM-9Note 23a servi à recenser ceux survenus de 1992 à 1999. On a examiné les données de 1992 à 2016 par souci de correspondance avec les données sur l’incidence tirées du RCC.

Population

Les données sur la population sont fondées sur les estimations démographiques canadiennes en fonction de l’âge et du sexe qui ont été diffusées le 25 janvier 2019Note 24.

Survie

On a créé un fichier analytique en couplant le fichier des totalisations du RCC de novembre 2017 aux renseignements sur les décès allant jusqu’au 31 décembre 2014Note 25. Ces renseignements sont tirés de la base canadienne de données sur les décès de la Statistique de l’état civil et des fichiers maîtres sur les particuliers T1 (qui sont fondés sur les déclarations de revenus). Les probabilités de survie annuelles attendues qui sont nécessaires au calcul de la survie nette sont tirées des tables provinciales et territoriales de mortalité, qui sont disponibles pour des périodes de trois ans se chevauchant. Par exemple, les données de 2014 sur la survie prévue sont tirées des tables de mortalité qui portent sur la période de 2013 à 2015. Des renseignements plus détaillés figurent dans d’autres publicationsNote 2.

Analyse statistique

Incidence et mortalité

On a calculé les taux d’incidence du cancer de la thyroïde par sexe en fonction du groupe d’âge, du type histologique et de la province en divisant le nombre de nouveaux cas de cancer primitif ou de décès pour une combinaison donnée de variables par les chiffres de population correspondants. Les taux normalisés selon l’âge ont été calculés selon la méthode directe, qui utilisait la pondération des taux par âge en fonction de la répartition selon l’âge de la population canadienne type de 2011Note 26. Les taux sont exprimés pour 100 000 personnes. Les données québécoises sur l’incidence ont été complètement omises parce que les cas diagnostiqués depuis 2011 dans cette province n’ont pas encore été soumis au RCC. Même si les données sur la mortalité étaient disponibles pour le Québec, elles ont également été omises par souci d’uniformité.

Les variations annuelles en pourcentage (VAP) des taux par âge et des taux normalisés selon l’âge ont été estimées à l’aide du logiciel de régression JoinpointNote 27Note 28. Les paramètres par défaut ont été utilisés, à une exception près : on a fixé à quatre le nombre minimal d’observations d’un point d’inflexion au début ou à la fin de la période considérée (c.-à-d. la période de 2012 à 2016 représentait la plus récente période pour laquelle il était possible de détecter une VAP). De même, on a également fixé à quatre le nombre minimal d’observations entre deux points de retournement. Cette méthode correspond à l’approche habituellement adoptée pour la publication annuelle des Statistiques canadiennes sur le cancerNote 4. Les valeurs p associées aux VAP correspondent à des tests bilatéraux de l’hypothèse nulle selon laquelle la VAP sous-jacente équivaut à zéro (c.-à-d. elle est stable) au seuil de signification de 0,05.

Survie nette

Les enregistrements du fichier analytique sur la survie ont été exclus d’emblée si le diagnostic n’avait été établi qu’à l’autopsie ou d’après le certificat de décès ou bien si l’année de naissance ou de décès était inconnue (deux cas extrêmement rares). Les analyses des données de survie ont alors été limitées aux premiers cas de cancer primitif de la thyroïdeNote 29Note 30 diagnostiqués de 1992 à 2014 chez les personnes de 15 à 99 ans. Enfin, les données du Québec ont été exclues, car les cas diagnostiqués dans cette province depuis 2011 n’ont pas été soumis au RCC.

Les estimations de l’analyse des données de survie non normalisées (brutes) ont été produites à l’aide d’un algorithmeNote 31 que Ron Dewar, qui travaille au programme de soins oncologiques de la Nouvelle-Écosse (R. Dewar, Nova Scotia Cancer Care program, communication par courriel, 19 avril 2018), a enrichi de façon à l’estimateur Pohar-PermeNote 32 de la survie nette. Le programme mis à jour utilise l’approche de transformation des risques. Les estimations de la survie nette (SN) normalisées selon l’âge ont été calculées à l’aide de la méthode directe ainsi que des poids types canadiens de la survie au cancerNote 2. Ces poids, fondés sur des données canadiennes récentes sur l’incidence du cancer, ont été choisis pour permettre de mieux interpréter les résultats dans le contexte canadien. Les poids types canadiens de la survie au cancer de la thyroïde sont les suivants : 0,351 (15 à 44 ans), 0,256 (45 à 54 ans), 0,204 (55 à 64 ans), 0,127 (65 à 74 ans) et 0,062 (75 à 99 ans). Les erreurs-types pour les estimations de la SN normalisées selon l’âge ont été calculées en prenant la racine carrée de la somme des carrés des erreurs-types pondérées de la SN selon l’âge. Les estimations de la SN normalisées selon l’âge ont en outre été ajustées en fonction du sexe et du type histologique principal (cas analogues) pour atténuer l’effet sur ces estimations des différences de la répartition des cas de cancer de la thyroïde au fil du temps selon ces variables. De même, les estimations par sexe normalisées selon l’âge ont été corrigées séparément en fonction de leur appartenance à un groupe de cas analogues. Étant donné qu’aucun ensemble de poids normalisés n’existe actuellement pour de telles corrections spécialisées, on a élaboré des poids à l’aide de la même source de données ayant servi à produire les poids normalisés selon l’âge (tableau A de l’annexe)Note 2.

Les estimations prédites de la SN pour la période de 2010 à 2014 ont été calculées selon la méthode par périodeNote 33, alors que les estimations pour la période de 1992 à 1996 ont été calculées selon la méthode des cohortes. La méthodologie de base est essentiellement la même, sauf que les renseignements de suivi utilisés dans la méthode par période ne peuvent nécessairement pas s’appliquer à une cohorte déterminée de personnes. Ainsi, les estimations de la survie par période reposent plutôt sur l’hypothèse que, chez les personnes qui ont reçu un diagnostic lors de la période d’intérêt, les probabilités conditionnelles de SN seront celles qui ont été observée le plus récemment. Les estimations ont été supprimées si l’erreur-type correspondante était supérieure à 0,10, tandis que la prudence était de mise si l’erreur-type était supérieure à 0,05, mais inférieure ou égale à 0,10. Pour ce qui est de la survie au fil du temps, les différences de points de pourcentage ont été calculées avant l’arrondissement à une décimale.

Résultats

Incidence du cancer de la thyroïde

Incidence de 2012 à 2016

Au total, près de 24 000 nouveaux cas de cancer primitif de la thyroïde ont été diagnostiqués au Canada de 2012 à 2016, ce qui correspond à un taux d’incidence normalisé selon l’âge (TINA) de 17,4 pour 100 000 personnes (tableau 1). Dans l’ensemble, les femmes ont reçu leur diagnostic à un taux presque trois fois supérieur à celui des hommes. Avant l’âge de 35 ans, le taux de diagnostic du cancer de la thyroïde chez les femmes était environ quatre fois plus élevé que chez les hommes. Ce rapport diminuait avec l’âge de sorte qu’il était environ une fois et demie plus élevé chez les femmes de 75 ans et plus. Chez les hommes, les taux de diagnostic augmentaient avec l’âge, atteignant un maximum chez ceux de 65 à 74 ans (18,9 pour 100 000 personnes). Chez les femmes, les taux de diagnostic atteignaient un maximum plus tôt dans la vie, soit chez celles de 45 à 54 ans (44,7 pour 100 000 personnes).

Au cours de la période de 2012 à 2016, les cas de cancer papillaire de la thyroïde constituaient 93,1 % des cas de cancer de la thyroïde pour lesquels un type histologique était précisé, ce qui se traduisait par un TINA 14 fois plus élevé pour le cancer papillaire de la thyroïde (16,0 pour 100 000 personnes) que pour le cancer non papillaire (1,2 pour 100 000 personnes). Le rapport des TINA femmes-hommes était presque deux fois plus élevé pour le cancer papillaire que pour le cancer non papillaire de la thyroïde. L’âge moyen au moment du diagnostic de cancer anaplasique de la thyroïde était près de 20 ans plus élevé que celui des autres sous-types histologiques (données non présentées). Le cancer anaplasique de la thyroïde représentait le sous-type le moins commun.

Les TINA du cancer de la thyroïde étaient beaucoup plus élevés en Ontario (23,1 pour 100 000 personnes) et à Terre-Neuve-et-Labrador (21,5 pour 100 000 personnes) qu’ailleurs au pays, soit plus de deux fois plus élevés qu’à l’Île-du-Prince-Édouard, en Colombie-Britannique, en Saskatchewan, dans les Territoires du Nord-Ouest et au Yukon. Dans l’ensemble, les deux tiers des cas diagnostiqués de 2012 à 2016 provenaient de l’Ontario.

Variation de la tendance en 2012

Suivant des périodes de croissance très rapide (VAP = 11,4 %, de 1998 à 2003) à rapide (VAP = 6,1 %, de 2003 à 2012), le TINA du cancer de la thyroïde chez les femmes a diminué de 3,0 % annuellement de 2012 à 2016 (tableau 2). Chez les hommes, les TINA ont été relativement stables de 2012 à 2016 après une longue période de croissance rapide (VAP = 6,5 %) remontant à au moins 1992.

Différence des tendances selon l’histologie

Pour les deux sexes, les augmentations du cancer papillaire de la thyroïde avant 2012 étaient semblables aux hausses globales ou les dépassaient. Ce résultat indique que l’augmentation rapide des tendances du cancer de la thyroïde observée au cours de ces années était attribuable en grande partie aux augmentations du cancer papillaire de la thyroïde (figure 1, tableau 2).

Chez les femmes, la baisse des TINA du cancer de la thyroïde de 2012 à 2016 était également attribuable principalement au type papillaire, pour lequel le TINA a baissé annuellement de 3,7 % au cours de cette période (figure 1, tableau 2). Les tendances des TINA du cancer non papillaire de la thyroïde variaient par sous-type (tableau 2). De 1992 à 2016, des augmentations annuelles ont été observées parmi les cas classés comme médullaires (VAP = 1,9 %) et comme autres sous-types précisés (VAP = 2,3 %), alors qu’une baisse annuelle a été observée pour les cas anaplasiques (VAP = -1,7 %).

Chez les hommes, la stabilité des taux de cancer de la thyroïde qui a amorcée en 2012 reflète également en grande partie la tendance de l’incidence des cas papillaires (figure 1, tableau 2). Parmi les sous-types non papillaires, seule l’augmentation annuelle de 3,0 % du TINA du cancer médullaire de la thyroïde était importante.

Variation des tendances par province

La baisse globale des TINA observée de 2012 à 2016 chez les femmes a été fortement influencée par les tendances en Ontario (VAP = -3,1 %, de 2012 à 2016) et au Nouveau-Brunswick (VAP = -10,2 %, de 2011 à 2016) (tableau 2). En Alberta et en Nouvelle-Écosse, aucune augmentation ou diminution importante n’a été observée chez les femmes depuis le milieu des années 2000, alors qu’une tendance à la hausse à long terme a été observée dans les autres provinces ainsi que chez les hommes dans six des provinces.

Différence entre les tendances par âge selon le sexe

Chez les femmes, les taux de diagnostic du cancer de la thyroïde ont commencé à atteindre les niveaux les plus élevés pour les groupes d’âge de 35 à 64 ans au début des années 2000. Les taux de ces groupes d’âge ont continué à augmenter plus rapidement au fil du temps comparativement aux taux des femmes dans le groupe d’âge le plus jeune et le groupe d’âge le plus âgé (figure 2). Par exemple, les femmes de 45 à 64 ans ont vu leur taux passer de 25,6 pour 100 000 personnes en 2003 à 46,4 pour 100 000 personnes en 2012, tandis le taux des femmes de 25 à 34 ans est passé de 17,3 pour 100 000 personnes à 24,7 pour 100 000 personnes. De 2012 à 2016, cette tendance s’est inversée, et la baisse la plus importante a été observée chez les femmes de 55 à 64 ans.

Les taux de diagnostic du cancer de la thyroïde chez les hommes de moins de 85 ans ont augmenté de façon constante jusqu’en 2012, augmentant plus rapidement chez les hommes de 35 à 74 ans et semblant atteindre un sommet chez ceux de 65 à 74 ans (figure 2). De 2012 à 2016, aucune augmentation ou baisse importante des taux par âge n’a été observée chez les hommes.

Mortalité par cancer de la thyroïde et survie

Variation des taux de mortalité

Au total, environ 850 décès ont été attribués au cancer de la thyroïde au Canada de 2012 à 2016, ce qui correspond à un taux de mortalité normalisé selon l’âge (TMNA) de 0,60 pour 100 000 personnes (tableau 3). Les taux de mortalité ont augmenté de manière constante avec l’âge. Contrairement aux résultats en matière d’incidence, les TMNA étaient similaires pour les deux sexes et d’une province à l’autre. Les taux globaux de mortalité sont restés stables de 1992 à 2016, sauf que le taux a augmenté légèrement chez les hommes (VAP = 1,2 %) et chez les personnes qui avaient 75 ans ou plus au moment du diagnostic (VAP = 0,9 %).

Survie nette

Pour le cancer de la thyroïde, la survie nette (SN) à cinq ans était de 98 % au cours de la période de 2010 à 2014 (tableau 4). Elle diminuait modérément avec l’âge pour atteindre 85 % et elle demeurait favorable même chez les personnes les plus âgées (de 75 à 99 ans). À l’échelle provinciale, la SN variait d’un minimum de 94 % en Saskatchewan à un maximum de 98 % en Ontario, à l’exception de l’Île-du-Prince-Édouard (90 %), qui est relativement peu peuplée. La SN était plus élevée chez les femmes (99 %) que chez les hommes (94 %), et ce, de façon constante dans chaque groupe d’âge et province.

Variation de la survie nette selon l’histologie

Bien qu’un diagnostic de cancer papillaire de la thyroïde était associé avec très peu ou presque aucune surmortalité (SN de 99 %), la SN à cinq ans chez les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer non papillaire de la thyroïde était moins favorable (80 %). Parmi les cas non papillaires, le sous-type présentant la SN la plus élevée était le cancer folliculaire de la thyroïde (94 %), suivi du cancer médullaire de la thyroïde (83 %) et ensuite du cancer anaplasique de la thyroïde (7 %). Une fois de plus, pour chacun des principaux types de diagnostic, la survie était plus élevée chez les femmes que chez les hommes. L’excellent pronostic du cancer papillaire de la thyroïde était constant dans tous les groupes d’âge (c.-à-d. la SN à cinq ans était d’au moins 99 %). En revanche, la SN à cinq ans pour le cancer non papillaire de la thyroïde diminuait de façon constante avec l’âge, passant de 98 % (intervalle de confiance [IC] de 95 % = 95 à 99) chez les personnes qui avaient de 15 à 44 ans au moment du diagnostic à 81 % (IC de 95 % = 76 à 86) chez celles de 55 à 64 ans et à 51 % (IC de 95 % = 41 à 60) chez celles de 75 à 99 ans.

Survie nette au fil du temps

Au Canada, la SN à cinq ans normalisée selon l’âge pour le cancer de la thyroïde a augmenté de 93 % au cours de la période de 1992 à 1996 à 98 % au cours de la période de 2010 à 2014 (tableau 5). Toutefois, l’augmentation de la SN s’est atténuée pour passer de 4,7 points de pourcentage à 2,1 points de pourcentage après la prise en compte des variations selon le sexe au fil du temps quant à la répartition des principaux types histologiques de cancer de la thyroïde (c.-à-d. les cas analogues), à savoir la proportion accrue de cas papillaires. La correction pour tenir compte de la clientèle a également réduit les augmentations apparentes de la survie par sexe au fil du temps d’environ 2,5 points de pourcentage. Des augmentations de la SN à cinq ans normalisée selon l’âge de 2,0 à 3,0 points de pourcentage ont été observées chez les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer papillaire de la thyroïde ainsi que chez celles ayant reçu un diagnostic de cancer non papillaire de la thyroïde. La réduction de la survie dans la catégorie « sans précision » est probablement attribuable, du moins en partie, à une baisse notable de la proportion de tels cas entre les deux périodes en question (données non présentées).

Discussion

Après une longue période de croissance rapide, les taux d’incidence du cancer de la thyroïde au Canada ont baissé chez les femmes et se sont stabilisés chez les hommes de 2012 à 2016. Ces tendances globales traduisaient principalement un changement de l’incidence du cancer papillaire de la thyroïde qui n’était généralement pas observé pour les autres types histologiques. La présente étude indique également que le pronostic global du cancer de la thyroïde était excellent, ayant augmenté légèrement depuis le début des années 1990, mais que la survie nette (SN) des cas papillaires était considérablement différente de celle des sous-types non papillaires.

La variation considérable des taux d’incidence du cancer de la thyroïde au Canada depuis 2012, principalement pour le cancer papillaire de la thyroïde, est un résultat important de la présente étude. De 2012 à 2016, les taux de cancer papillaire de la thyroïde ont diminué annuellement de 3,7 % chez les femmes et se sont stabilisés chez les hommes. La tendance a changé de façon similaire quelques années plus tôt aux États-Unis. L’augmentation annuelle des taux globaux de cancer de la thyroïde corrigés en fonction du délai de déclaration du programme SEER 9 (Surveillance, Epidemiology and End Results) a chuté chez les femmes, passant de 7,1 % (de 1997 à 2009) à une tendance stable (de 2009 à 2016), ainsi que chez les hommes, passant de 5,5 % (de 1997 à 2012) à une tendance stable (de 2012 à 2016)Note 11. Le changement de la tendance aux États-Unis coïncidait avec la publication en 2009 des lignes directrices révisées de l’American Thyroid Association, qui préconisaient une gestion moins agressive des cas de diagnostic des petites tumeurs de la thyroïde en raison des préoccupations entourant le surtraitement du cancer de la thyroïde à faible risqueNote 12Note 13. Au Canada, la Société canadienne d’endocrinologie et de métabolisme a recommandé l’apport de modifications semblables à ses lignes directrices en matière de pratique cliniqueNote 16.

À la lumière des récentes variations relatives aux taux d’incidence du cancer de la thyroïde au Canada et aux États-Unis, il pourrait être judicieux de réexaminer la précision et, par conséquent, l’utilité potentielle des taux projetés correspondants à court termeNote 4et à long termeNote 5Note 34. Par exemple, les taux prévus de cancer de la thyroïde pour 2016Note 4, qui reposaient sur les données sur l’incidence tirées du Registre canadien du cancer jusqu’en 2015, dépassaient les estimations actuelles de 26 % chez les femmes et de 19 % chez les hommes. On a récemment modifié les lignes directrices sur la gestion des cas de cancer de la thyroïde pour qu’elles soient encore plus conservatrices sur le plan du diagnosticNote 14Note 15. Cette modification pourrait réduire davantage la probabilité que les augmentations des taux de cancer de la thyroïde projetées après 2016Note 4se réalisent.

L’augmentation rapide des taux de cancer de la thyroïde observée jusqu’en 2012 au Canada a également été observée dans bien d’autres régions du mondeNote 6Note 8Note 35Note 36Note 37. De nombreuses équipes de recherche ont suggéré que ces années d’augmentation traduisaient en grande partie le surdiagnosticNote 3Note 6Note 7Note 9Note 35, c’est-à-dire le diagnostic de tumeurs de la thyroïde qui n’entraîneraient pas de symptômes ou un décès si elles n’étaient pas traitéesNote 7. On a attribué ce surdiagnostic à l’introduction et à l’utilisation croissante de nouvelles techniques de dépistage et de diagnostic capables de détecter de très petites tumeurs. Comme d’autres publications en ont fait étatNote 8Note 35Note 37Note 38Note 39, l’augmentation des taux de cancer de la thyroïde observée dans la présente étude était principalement attribuable à l’augmentation des cas de cancer papillaire de la thyroïde. Ce type de cancer est souvent associé à une tumeur de plus petite taille et suit habituellement une évolution plus lente que de nombreux autres cancers, car seule une petite proportion se développe de manière agressiveNote 35Note 40.

De 1992 à 2012, les taux d’incidence du cancer de la thyroïde au Canada ont augmenté progressivement chez les personnes d’âge moyen, plus particulièrement chez les femmes. Vaccarella et coll.Note 6 ont fait état de changements similaires des tendances par âge dans plusieurs pays et ont utilisé les résultats pour évaluer la proportion de cas attribuables au surdiagnostic dans chaque pays. Comme la présente étude a permis de constater une inversion partielle des augmentations par âge chez les femmes et une stabilisation chez les hommes depuis 2012, il semble que les recommandations de l’American Thyroid Association et de la Société canadienne d’endocrinologie et de métabolisme soient en cours d’adoption. Le vaste écart entre les taux provinciaux d’incidence normalisés selon l’âge, les taux étant particulièrement élevés en Ontario et à Terre-Neuve-et-Labrador, a été observé précédemmentNote 3. Pour l’Ontario, au moins, on a principalement attribué ces taux au surdiagnosticNote 3Note 39. Le surdiagnostic permet également d’expliquer de façon plausible les importantes divergences des tendances de l’incidence et de la mortalité que d’autres ont observéesNote 40 et dont la présente étude rend compte. Il peut également expliquer en partie la simultanéité de l’hétérogénéité des taux d’incidence provinciaux et de l’homogénéité des taux de mortalité correspondants. Topstad et Dickinson ont soutenu que des différences quant aux facteurs de risque ou aux mutations génétiques sont des explications peu probables des différences provinciales des taux d’incidenceNote 3.

Toutefois, il a été avancé qu’une partie des taux croissants de cancer de la thyroïde reflète une hausse réelle de la maladieNote 13Note 36Note 37Note 41Note 42. Certaines études ont révélé des augmentations modérées des taux de cancer de la thyroïde dont la tumeur est plus grosse et le stade est avancéNote 13Note 42Note 43Note 44. En outre, Lim et coll.Note 13 ont signalé l’augmentation des taux de mortalité attribuables au cancer papillaire de la thyroïde de stade avancé. Ce phénomène semblait être associé à une incidence croissante du cancer papillaire de la thyroïde de stade avancéNote 13. Même si la quantité de données était insuffisante pour examiner les tendances selon la taille et le stade de la tumeur, la présente étude a permis de constater que les taux d’incidence du cancer médullaire de la thyroïde avaient augmenté au fil du temps et que le taux global de mortalité attribuable au cancer de la thyroïde a augmenté chez les hommes et est resté stable chez les femmes. Certaines personnes ont suggéré que l’absence d’une baisse de la mortalité pendant une période où les diagnostics sont précoces et les traitements meilleurs constitue une preuve d’une augmentation réelle des taux de cancer de la thyroïdeNote 37Note 45. Certains ont émis l’hypothèse que la croissance à l’échelle de la population de la prévalence d’un certain nombre de facteurs de risque individuels (p. ex. l’obésité) et environnementaux (p. ex. l’exposition à des perturbateurs endocriniens) a contribué à cette augmentationNote 42, mais les preuves solides font généralement défautNote 36Note 37Note 40.

La présente étude révèle que les plus récentes estimations de survie au cancer de la thyroïde à cinq ans par sexe étaient étroitement alignées avec ce qui avait été observé aux États-UnisNote 38, mais qu’elles étaient plus élevées et que leur répartition parmi les groupes d’âge avait une moins grande ampleur que ce qui avait été rapporté dans l’étude EUROCARE-5 sur la survie au cancer en EuropeNote 10. Étant donné la constance de l’excellent pronostic du cancer papillaire de la thyroïde dans tous les groupes d’âge, ces différences pourraient s’expliquer par la proportion considérablement plus élevée de cas papillaires de cancer de la thyroïde au Canada (93 %) comparativement à la proportion qui figure dans l’étude européenne (71 %). Comme aux États-Unis et en EuropeNote 10Note 11, la survie au Canada était également plus élevée chez les femmes que chez les hommes. En outre, le cancer médullaire de la thyroïde était à l’origine de la plus grande différence absolue selon l’histologie de la survie par sexe (supérieure à 10 points de pourcentage) tant dans l’étude européenne que dans la présente étude. Toutefois, ni l’une ni l’autre n’a tenu compte du stade du cancer au moment du diagnostic. Il pourrait s’agir d’un facteur de confusion dans la relation entre le sexe et la survieNote 46Note 47.

Certaines personnes ont attribué les augmentations de la survie au cancer de la thyroïde au fil du temps qui ont été observées en Europe et aux États-Unis aux augmentations marquées de la proportion relative du cancer papillaire de la thyroïde, y compris les tumeurs de plus petite taille ou à un stade plus précoceNote 10Note 48. Cette attribution est fondée en partie sur la forte association positive qui a été signalée entre la survie et l’incidence en EuropeNote 10. La petite variation provinciale de la survie au cancer de la thyroïde qui a été observée dans la présente étude semblait présenter un certain degré de corrélation positive avec les taux d’incidence du cancer de la thyroïde. En outre, on a atténué l’augmentation de la survie au cancer de la thyroïde au fil du temps au Canada par la prise en compte de l’augmentation de la proportion du cancer papillaire de la thyroïde. Toutefois, il n’était pas possible de tenir compte des changements liés à la taille de la tumeur papillaire ou au stade du cancer papillaire de la thyroïde au fil du temps. Par conséquent, une partie de l’augmentation restante de la survie pourrait provenir d’une confusion résiduelle découlant de l’augmentation potentielle de la proportion de tumeurs papillaires de la thyroïde qui sont petites et localisées.

Forces et limites

La présente étude comporte un certain nombre de forces, y compris l’utilisation de données nationales validées sur le cancer pour l’examen des tendances de l’incidence et de la survie selon l’histologie n’ayant pas été précédemment signalées au Canada. L’utilisation de poids types canadiens de la survie au cancerNote 2 a permis de mieux interpréter les estimations de survie normalisées selon l’âge dans le contexte canadien. D’autres poids souvent utilisés pour faciliter les comparaisons internationales, qui sont fondés sur les données sur l’incidence du cancer chez les patients européens ayant reçu un diagnostic de 1985 à 1989, mettent davantage l’accent sur la survie des personnes qui ont reçu un diagnostic de cancer de la thyroïde à un âge plus avancéNote 49. Cette approche se traduit habituellement par des estimations du cancer de la thyroïde normalisées selon l’âge légèrement inférieures à celles observées ici (p. ex. une survie nette à cinq ans de 96 % par rapport à celle de 98 % dans la présente étude)Note 2.

Une limite de la présente étude est l’absence de données sur l’incidence pour le Québec. Alors que les taux d’incidence normalisés selon l’âge (TINA) du cancer de la thyroïde étaient traditionnellement inférieurs au Québec comparativement au reste du pays, son taux provincial d’augmentation était tel que son TINA avait atteint la moyenne nationale en 2010Note 50. En outre, les estimations de la survieNote 51 et de la mortalité (données non présentées) étaient essentiellement les mêmes pour les périodes les plus récentes dont les données sont disponibles, que les données du Québec soient incluses ou non. Une deuxième contrainte était que les renseignements sur la taille de la tumeur et le stade du cancer de la thyroïde étaient très limités dans le Registre canadien du cancer (RCC). En troisième lieu, les résultats n’étaient pas corrigés pour tenir compte des délais d’inscription au registreNote 52, ce qui pouvait se traduire par une sous-estimation des chiffres et des taux, plus particulièrement pour la plus récente année de données. Toutefois, une comparaison des chiffres de l’incidence du cancer de la thyroïde qui sont tirés du fichier actuel du RCC (de 1992 à 2016) aux chiffres des fichiers antérieurs comportant des données sur les cas allant jusqu’en 2015 et 2014, respectivement, a révélé que tout délai de déclaration avait probablement un effet négligeable sur les tendances des taux d’incidence déclarés.

Conclusion

Après plusieurs années d’augmentation, les taux d’incidence normalisés selon l’âge du cancer de la thyroïde ont généralement baissé chez les femmes et se sont stabilisés chez les hommes au Canada de 2012 à 2016. Ces tendances diverses sont principalement attribuables à la variation des taux d’incidence du cancer papillaire de la thyroïde. La survie au cancer de la thyroïde au Canada est également grandement influencée par l’histologie du cancer. La révision des lignes directrices de la gestion des cas de cancer de la thyroïde, qui était fondée sur les préoccupations entourant le surtraitement du cancer de la thyroïde à faible risque, pourrait avoir joué un rôle dans la variation récente de la tendance de l’incidence du cancer de la thyroïde. La mesure dans laquelle cette nouvelle tendance se poursuivra et la manière dont elle pourrait influencer la survie à ce cancer ne sont pas encore claires. On recommande le réexamen des taux prévus d’incidence du cancer de la thyroïde après 2016 et la poursuite de la surveillance de l’incidence de ce cancer selon l’histologie et la survie.

Appendix

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