Rapports sur la santé
Facteurs associés au contrôle de l’hypertension chez les Canadiens plus âgés

par Tracey Bushnik, Deirdre A. Hennessy, Finlay A. McAlister et Douglas G. Manuel

Date de diffusion : le 20 juin 2018

Malgré des améliorations apportées au dépistage de l’hypertension, à l’adoption de traitements et au contrôle au cours des 20 dernières années, les femmes plus âgées sont significativement moins susceptibles que les hommes plus âgés de voir leur tension artérielle contrôlée au CanadaNote 1Note 2Note 3. Par contrôle, on entend le fait d’avoir une tension artérielle élevée, mais d’atteindre les niveaux cibles de tension artérielle grâce à un traitementNote 4. Dans d’autres pays, des différences entre les sexes ont été déclarées en ce qui concerne le contrôleNote 5Note 6Note 7. Cependant, les raisons expliquant cette situation demeurent floues. Parmi les facteurs éventuels, il y a des différences sur le plan des mécanismes biologiques et les effets du vieillissementNote 8Note 9Note 10; la consommation de médicaments contre l’hypertension et le respect du traitementNote 6Note 11; le statut socioéconomiqueNote 12; la composition corporelle, comme le tour de taille et la masse graisseuseNote 5Note 13; les comorbidités, comme le diabèteNote 5Note 6.

Les femmes plus âgées représentent un segment croissant de la population dont la prévalence de l’hypertension est élevée, tout comme le risque de maladies cardiovasculaires associées à l’hypertensionNote 14. En raison de l’incidence éventuelle du traitement accru de l’hypertension sur les résultats des patients et les coûts des soins de santé, il faut mieux comprendre les caractéristiques des patients, ainsi que les facteurs de risque qui peuvent favoriser le contrôle de l’hypertensionNote 15. Au moyen de données tirées des quatre premiers cycles de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS), la présente étude décrit la prévalence du contrôle de l’hypertension chez les femmes et les hommes âgés de 60 à 79 ans qui consomment des médicaments contre l’hypertension. Elle examine aussi les facteurs qui peuvent expliquer certaines différences entre les sexes en ce qui concerne le contrôle de l’hypertension.

Méthodologie

Source des données

Les données sont tirées de quatre cycles de l’ECMS : le premier (de 2007 à 2009), le deuxième (de 2009 à 2011), le troisième (de 2012 à 2013) et le quatrième (de 2014 à 2015). L’ECMS est une enquête permanente conçue pour fournir des mesures directes et complètes de la santé à l’échelle nationale. Elle recueille de l’information auprès des personnes vivant à domicile. Les membres à temps plein des Forces armées canadiennes, les pensionnaires d’établissements institutionnels, ainsi que les habitants des réserves ou d’autres établissements autochtones et de certaines régions éloignées sont exclus (environ 3 % de la population canadienne). L’ECMS comporte une interview à domicile et une visite subséquente à un centre d’examen mobile (CEM). L’interview à domicile permet de recueillir des données démographiques et socioéconomiques, ainsi que des renseignements détaillés sur la santé, la nutrition et le mode de vie. Au CEM, on recueille des mesures physiques directes, y compris la collecte d’échantillons de sang et d’urine. L’information sur la consommation de médicaments est obtenue durant l’interview à domicile et au CEM. Les participants à l’ECMS reçoivent un accéléromètre qu’ils doivent porter pendant une semaine pour enregistrer leur niveau d’activité. De plus amples détails sur l’ECMS de Statistique Canada figurent ailleursNote 16Note 17Note 18Note 19.

Lors du cycle 1, des données ont été recueillies auprès de personnes âgées de 6 à 79 ans. Le taux global de réponse a été de 51,7 % (un total de 5 604 répondants). Lors des cycles 2, 3 et 4, des données ont été recueillies auprès de personnes âgées de 3 à 79 ans. Les taux globaux de réponse ont été de 55,5 %, de 51,7 % et de 53,7 % respectivement. Il y avait donc 6 395 répondants au cycle 2, 5 785 répondants au cycle 3 et 5 794 répondants au cycle 4. Les participants à un cycle ne pouvaient pas participer à d’autres cycles. Dans le cadre de la présente étude, des participants âgés de 60 à 79 ans de tous les cycles ont été regroupés, ce qui représente un total de 4 259 répondants.

Mesures

Tension artérielle : La tension artérielle systolique et la tension artérielle diastolique (TAS et TAD) ont été mesurées au moyen de l’appareil BPM-300 de BpTRUMC (BpTRU Medical Devices Ltd., Coquitlam, Colombie-Britannique) au CEM. L’appareil BpTRUMC est un moniteur électronique automatisé qui a été validé par le Programme éducatif canadien sur l’hypertension, qui en a recommandé l’utilisationNote 20Note 21. Même si les lectures de la TAS et de la TAD du BpTRUMC sont légèrement inférieures aux lectures de la tension artérielle mesurée manuellement, l’appareil peut évaluer l’état de la tension artérielle de manière plus exacteNote 22. Six lectures ont été réalisées avec l’appareil BpTRUMC pour chaque participant à l’ECMS, et la moyenne des cinq dernières mesures a été calculée pour déterminer les niveaux de TAS et de TADNote 23. Au cours de l’interview à domicile, 43 répondants âgés de 60 à 79 ans qui ne pouvaient pas se rendre au CEM ont vu leur tension artérielle mesurée au moyen de l’appareil BPM-100 de BpTRUMC. La tension différentielle a été évaluée en calculant la différence entre la TAS et la TAD.

Consommation de médicaments : Les numéros d’identification des médicaments dont la consommation a été déclarée ont été saisis lors de l’interview à domicile et au centre. On leur a ensuite attribué des codes selon le Système de classification anatomique thérapeutique chimique (ATC). Les catégories suivantes de médicaments contre l’hypertension ont été précisées : bêtabloquants (codes ATC de la catégorie C07, à l’exclusion des codes C07AA07, C07AA12 et C07AG02); agents agissant sur le système rénine-angiotensine (codes ATC de la catégorie C09); diurétiques thiazidiques (codes ATC de la catégorie C03, à l’exclusion des codes C03BA08 et C03CA01); antagonistes des canaux calciques (codes ATC de la catégorie C08); divers médicaments contre l’hypertension (codes ATC de la catégorie C02, à l’exclusion du code C02KX01). Les répondants ont été classés dans la catégorie des personnes consommant un médicament contre l’hypertension si un code ATC correspondait à la liste ci-dessus. Le type de traitement se classait dans la catégorie de la monothérapie si seulement une catégorie de médicaments contre l’hypertension était déclarée. La consommation d’anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) et d’antirhumatismaux au cours du dernier mois a été déterminée au moyen du code ATC M01A.

Diabète : Les répondants ont été classés dans la catégorie des personnes diabétiques si le pourcentage mesuré d’hémoglobine glycosylée A1c dans leur sang était égal ou supérieur à 6,5 %, s’ils utilisaient un hypoglycémiant (codes ATC de la catégorie A10) ou s’ils avaient déclaré avoir reçu un diagnostic de diabète d’un professionnel de la santé.

Hypertension : Les répondants qui n’étaient pas atteints de diabète étaient classés dans la catégorie des personnes souffrant d’hypertension si leur TAS moyenne>=140 mmHg ou si leur TAD moyenne>=90 mmHg, ou s’ils avaient consommé un médicament contre l’hypertension au cours du dernier mois. Les répondants diabétiques faisaient partie de la catégorie des personnes souffrant d’hypertension si leur TAS moyenne>=130 mmHg ou leur TAD moyenne>=80 mmHg, ou s’ils avaient consommé un médicament contre l’hypertension au cours du dernier mois.

Hypertension contrôlée : Les répondants souffrant d’hypertension qui n’étaient pas atteints de diabète et qui prenaient des médicaments contre l’hypertension faisaient partie de la catégorie de l’hypertension contrôlée si leur TAS moyenne<140 mmHg et leur TAD moyenne<90 mmHg. Les répondants atteints de diabète faisaient partie de la catégorie de l’hypertension contrôlée si leur TAS moyenne<130 mmHg et leur TAD moyenne<80 mmHg.

Hypertension non contrôlée : Les répondants souffrant d’hypertension qui n’étaient pas atteints de diabète et qui prenaient des médicaments contre l’hypertension faisaient partie de la catégorie de l’hypertension non contrôlée si leur TAS moyenne>=140 mmHg ou leur TAD moyenne>=90 mmHg. Les répondants diabétiques faisaient partie de la catégorie de l’hypertension non contrôlée si leur TAS moyenne>=130 mmHg ou leur TAD moyenne>=80 mmHg.

Covariables

Les caractéristiques sociodémographiques comprenaient ce qui suit. Le groupe d’âge (de 60 à 69 ans et de 70 à 79 ans) se fondait sur l’âge au moment de la visite au CEM. L’état matrimonial était défini comme suit : marié ou vivant en union libre, ou non. Par plus haut niveau de scolarité atteint, on entendait des études secondaires sans avoir obtenu de diplôme, ou un diplôme d’études secondaires ou des études postsecondaires. Le revenu du ménage a été classé selon deux catégories : un revenu du ménage situé dans le quintile de revenu le plus bas, ou un revenu du ménage supérieur au quintile le plus bas. Il a été obtenu en divisant le revenu total du ménage par le nombre de personnes au sein du ménage. On a déterminé que les répondants étaient de race blanche ou d’une autre race en fonction de leur réponse à la question sur la race ou le groupe culturel auquel ils appartenaient.

Les comportements influant sur la santé comprenaient ce qui suit. L’usage du tabac a été classé en fonction du fait que la personne fume tous les jours ou à l’occasion, ou qu’elle ne fume pas. L’exercice a été classé selon deux catégories, soit moins de 150 minutes par semaine d’activité physique modérée à vigoureuse (APMV), ou 150 minutes et plus par semaine. Ces renseignements ont été obtenus à partir des données d’accélérométrie valides recueillies pendant quatre jours (les répondants pour lesquels les données n’étaient pas valides pour au moins quatre jours [n=549] ont été ajoutés à la catégorie « inconnu »). La consommation de fruits et de légumes a été classée selon une fréquence de consommation de cinq fois par jour ou plus, contre une fréquence de consommation de moins de cinq fois par jour (un indicateur de la qualité du régime alimentaire)Note 24. Cette donnée était la somme de la fréquence de la consommation quotidienne de jus de fruit pur à 100 %; de fruits; de tomates ou de sauce tomate (excluant la pâte de tomates, le ketchup et la sauce à pizza); de laitue ou de salade verte; de pommes de terre (y compris cuites au four, bouillies, en purée ou en salade, mais excluant les patates douces); d’épinards, de feuilles de moutarde ou de chou vert (à l’exclusion du chou frisé); d’autres types de légumes, à l’exception de ceux déjà mentionnés.

Les covariables de la comorbidité comprenaient ce qui suit. Les répondants faisaient de l’embonpoint ou étaient obèses si leur indice de masse corporelle (IMC) était de 25,0 kg/m2 ou plus. Le diabète a été déterminé de la manière définie ci-dessus. Par maladie rénale chronique, on entendait un débit de filtration glomérulaire (DFG) estimatif de moins de 60 mL/min/1,73 m2, le DFG estimatif =175 * (créatinine sérique en mg/dL)-1,154* (âge)-0,203* (0,742 s’il s’agit d’une femme) * (1,212 si la personne est de race noire)Note 25. Le cholestérol a été classé en fonction des catégories suivantes : cholestérol non à lipoprotéines de haute densité (HDL) sans jeun égal ou supérieur à 4,3 mmol/L, ou inférieur à 4,3 mmol/L (calculé en soustrayant la mesure sanguine du HDL des participants de la mesure sanguine du cholestérol total)Note 26. Par maladies cardiovasculaires, on entendait une maladie cardiovasculaire, une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral (AVC) autodéclarés.

Les covariables des antécédents familiaux comprenaient les antécédents familiaux d’hypertension (les répondants n’ayant pas fourni l’information [n=247] avaient été ajoutés à la catégorie « inconnu »), et les antécédents familiaux de maladies cardiovasculaires précoces (avant 60 ans).

Il manquait des données pour certaines covariables : état matrimonial (n=2), scolarité (n=24), usage du tabac (n=14), consommation de fruits et de légumes (n=15), embonpoint ou obésité (n=8), maladie rénale chronique (n=38) et cholestérol non-HDL (n=33).

Chez les femmes et les hommes, 97 % ont déclaré avoir un médecin de famille.

Analyse statistique

Des statistiques descriptives ont été utilisées pour examiner les caractéristiques de la population à l’étude ainsi que la prévalence de l’hypertension, du traitement et du contrôle. Des modèles de régression logistique ont été exécutés séparément pour les femmes et les hommes, afin d’évaluer le lien entre toutes les covariables et le contrôle de l’hypertension. Chaque modèle a été exécuté à nouveau pour vérifier si le groupe d’âge modifiait le lien entre les covariables et le contrôle de l’hypertension. Tous les modèles comprenaient un indicateur du cycle de l’ECMS. Pour tenir compte du plan d’échantillonnage complexe de l’enquête, toutes les analyses ont été pondérées au moyen du poids de sondage combiné des cycles 1, 2, 3 et 4 de l’ECMSNote 27. L’estimation de la variance (intervalle de confiance [IC] de 95 %) et les tests de signification ont été réalisés au moyen des poids de rééchantillonnage produits par Statistique CanadaNote 16Note 17Note 18Note 19. Les données ont été analysées grâce aux logiciels SAS 9.3 et SUDAAN 11.0, au moyen de 46 degrés de liberté du dénominateur dans les énoncés de procédures de SUDAAN.

Deux analyses de sensibilité ont été effectuées. Tout d’abord, les lectures de la tension artérielle moyennes avec l’appareil BpTRUMC ont été ajustées au moyen des facteurs de correction suivants : TAS obtenue avec le BpTRUMC et ajustée=11,4+(0,93 * TAS obtenue avec l’appareil) et TAD obtenue avec le BpTRUMC et ajustée=15,6+(0,83 * TAD obtenue avec l’appareil)Note 22. Cela permettait de comparer les données de la présente étude avec celles d’autres études ayant utilisé des lectures manuelles. Ensuite, les seuils de tension artérielle indiquant une hypertension au sein de la population générale (TAS moyenne>=140 mmHg ou TAD moyenne>=90 mmHg) et un contrôle de l’hypertension (TAS moyenne<140 mmHg et TAD moyenne<90 mmHg) ont été appliqués à tous les participants de la population à l’étude, sans égard au fait qu’ils étaient atteints de diabète ou non. Cela permettait aussi de faire une comparaison avec d’autres études.

Résultats

Il a été possible de déterminer le niveau d’hypertension pour presque tous les répondants correspondant au critère de l’âge (4 246), ce qui a permis d’obtenir un échantillon de 2 484 répondants atteints d’hypertension. Parmi ceux-ci, 2 111 répondants ont déclaré consommer des médicaments contre l’hypertension. Parmi les participants consommant des médicaments, 1 580 ont vu leur hypertension contrôlée, contrairement à 531 participants.

Dans l’ensemble, la prévalence de l’hypertension chez les femmes âgées de 60 à 69 ans était de 47 % (IC de 95 % : 43 % à 51 %) et, chez les femmes âgées de 70 à 79 ans, de 69 % (IC de 95 % : 63 % à 74 %). Chez les hommes âgés de 60 à 69 ans, elle était de 55 % (IC de 95 % : 51 % à 58 %) contre 74 % (IC de 95 % : 69 % à 78 %) chez ceux âgés 70 à 79 ans. La figure 1 présente la prévalence du traitement et du contrôle de l’hypertension parmi la population souffrant d’hypertension selon le sexe et le groupe d’âge. La prévalence du traitement sans contrôle a été la plus élevée chez les femmes âgées de 70 à 79 ans (30 %; IC de 95 % : 26 % à 34 %) (p<0,02). La prévalence du traitement et du contrôle était plus élevée chez les hommes âgés de 60 à 69 ans (67 %; IC de 95 % : 62 % à 72 %), chez ceux âgés de 70 à 79 ans (68 %; IC de 95 % : 63 % à 73 %) et chez les femmes âgées de 60 à 69 ans (65 %; IC de 95 % : 60 % à 69 %), par rapport aux femmes âgées de 70 à 79 ans (56 %; IC de 95 % : 51 % à 61 %) (p<0,01). Les hommes âgés de 70 à 79 ans étaient moins susceptibles que les hommes et les femmes âgés de 60 à 69 ans de ne pas avoir reçu de traitement (9 %; IC de 95 % : 6 % à 14 %) (p<0,01).

La tension différentielle médiane des femmes souffrant d’hypertension suivant un traitement (55 mmHg, IC de 95 % : 53 à 56) était significativement supérieure à celle des hommes suivant un traitement (48 mmHg, IC de 95 % : 46 à 50). La TAD médiane était semblable (70 mmHg, IC de 95 % : 69 à 71, contre 71 mmHg, IC de 95 % : 70 à 72). La TAS médiane des femmes était supérieure à celle des hommes (125 mmHg, IC de 95 % : 123 à 127, contre 120 mmHg, IC de 95 % : 118 à 121). Les valeurs de la TAS chez les femmes étaient supérieures à l’échelle de presque toute la répartition, sans égard au groupe d’âge ou au contrôle, par rapport aux hommes (figure 2). Environ 70 % des femmes âgées de 60 à 69 ans dont l’hypertension n’était pas contrôlée affichaient une TAS mesurée équivalente ou supérieure à la valeur seuil qui était de 140 mmHg. C’était le cas d’environ 85 % des femmes âgées de 70 à 79 ans.

Les femmes ayant reçu un traitement pour l’hypertension étaient moins susceptibles que les hommes ayant reçu un traitement pour l’hypertension d’être mariées ou d’être en union libre, de fumer, de consommer des fruits ou des légumes moins de cinq fois par jour, de faire de l’embonpoint ou d’être obèses, ou d’être atteintes de diabète ou d’avoir une maladie cardiovasculaire (tableau 1). En revanche, les femmes ayant reçu un traitement étaient plus susceptibles que les hommes ayant reçu un traitement d’appartenir au quintile de revenu le plus bas, de faire moins de 150 minutes d’APMV par semaine, d’avoir un cholestérol non-HDL de 4,3 mmol/L ou supérieur, ou d’avoir des antécédents familiaux d’hypertension ou de maladies cardiovasculaires précoces. Les femmes suivant un traitement étaient plus susceptibles de déclarer utiliser des diurétiques et des AINS, et étaient moins susceptibles de déclarer consommer des agents agissant sur le système rénine-angiotensine ou des bêtabloquants.

Chez les femmes, l’âge plus avancé et le diabète ont été chacun associés à un mauvais contrôle de l’hypertension après l’ajustement tenant compte des covariables (tableau 2). Les femmes âgées de 60 à 69 ans étaient 21 % plus susceptibles de voir leur hypertension contrôlée par rapport aux femmes âgées de 70 à 79 ans, tandis que les femmes atteintes de diabète étaient 30 % moins susceptibles que les femmes non atteintes de diabète de voir leur hypertension contrôlée. L’âge, l’ethnicité, le diabète, les maladies cardiovasculaires et la consommation d’AINS ont été chacun associés au contrôle de l’hypertension chez les hommes après l’ajustement tenant compte des covariables (tableau 2). Les hommes blancs étaient 19 % plus susceptibles de voir leur hypertension contrôlée, tandis que les hommes atteints d’une maladie cardiovasculaire étaient 10 % plus susceptibles de la voir contrôlée. Les hommes atteints de diabète étaient 24 % moins susceptibles de voir leur hypertension contrôlée; dans le cas des hommes qui consommaient des AINS, ils étaient 15 % moins susceptibles de la voir contrôlée.

Le lien entre plusieurs caractéristiques et le contrôle de l’hypertension variait selon le groupe d’âge. Après l’ajustement tenant compte des covariables, les femmes blanches âgées de 60 à 69 ans étaient plus susceptibles que les autres femmes de voir leur hypertension contrôlée. Cependant, cette situation ne s’appliquait pas aux femmes âgées de 70 à 79 ans (tableau 3). Les femmes fumeuses âgées de 60 à 69 ans étaient plus susceptibles de voir leur hypertension contrôlée, tandis que les hommes âgés de 60 à 69 ans du quintile de revenu le plus bas étaient moins susceptibles de la voir contrôlée. Ces associations n’ont pas été observées chez les femmes et les hommes âgés de 70 à 79 ans.

Le fait d’appliquer les facteurs de correction pour ajuster les valeurs moyennes de la TAS et de la TAD mesurées au moyen du BpTRUMC a eu peu d’effets sur la prévalence de l’hypertension (résultats non présentés) ou la prévalence du contrôle de l’hypertension (figure 3). Le fait d’éliminer les seuils propres au diabète de TAS>=130 mmHg ou de TAD moyenne>=80 mmHg, et d’appliquer les seuils de la population générale de TAS moyenne>=140 mmHg ou de TAD moyenne>=90 mmHg à tous les répondants n’a pas permis d’observer une baisse importante de la proportion de femmes et d’hommes appartenant à la catégorie des personnes souffrant d’hypertension (résultats non présentés). Cependant, la prévalence du contrôle de l’hypertension augmentait chez les femmes et les hommes (figure 3). Dans l’analyse de régression, le fait de supprimer le seuil propre au diabète éliminait le lien entre le diabète et le contrôle de l’hypertension autant chez les femmes que chez les hommes. Il atténuait aussi le lien entre le contrôle de l’hypertension et l’ethnicité et les maladies cardiovasculaires chez les hommes (résultats non présentés).

Discussion

Dans le cadre de cette étude, on a conclu que les femmes et les hommes âgés de 60 à 79 ans sont tout aussi susceptibles d’être atteints d’hypertension les uns les autres. Cependant, parmi les personnes qui prennent des médicaments contre l’hypertension, près du tiers des femmes âgées de 70 à 79 ans avaient une hypertension non contrôlée, soit un pourcentage beaucoup plus élevé que celui des hommes. La TAS des femmes était aussi supérieure à celle des hommes, sans égard au contrôle. Chez les femmes, l’âge plus avancé et le diabète ont été significativement associés à un mauvais contrôle de l’hypertension, après l’ajustement tenant compte des covariables. L’âge avancé, le fait d’être Blanc, le diabète, l’absence de maladies cardiovasculaires et la consommation d’AINS ont été associés à un mauvais contrôle de l’hypertension chez les hommes.

Tout comme d’autres étudesNote 7Note 13, cette étude a conclu que la TAS chez les femmes était supérieure à celle des hommes, sans égard au groupe d’âge ou au contrôle. En outre, l’hypertension systolique isolée était plus prévalente chez les femmes que chez les hommes (résultats non présentés). Les valeurs médianes de la TAS chez les femmes étaient beaucoup plus élevées que celles des hommes âgés de 60 à 69 ans (une différence de 4 mmHg) et de 70 à 79 ans (une différence de 9 mmHg). La TAS élevée est préoccupante en raison de son lien significatif avec le risque de maladie cardiovasculaire et de maladie rénaleNote 28. Des études ont montré qu’une baisse de la TAS moyenne de 2 mmHg est associée à une réduction de 7 % de la mortalité attribuable à la cardiopathie ischémique et de 10 % de la mortalité attribuable à un AVCNote 29.

L’âge plus avancé était significativement associé à un mauvais contrôle de l’hypertension chez les femmes et les hommes. Il s’agit d’une conclusion qui va de pair avec d’autres étudesNote 6Note 30. Le groupe d’âge modifiait le lien entre le contrôle de l’hypertension et l’ethnicité et l’usage du tabac chez les femmes, et entre le contrôle de l’hypertension et la consommation d’AINS chez les hommes. En plus de suggérer que les femmes et les hommes des groupes d’âge plus avancé affichent un risque supérieur de mauvais contrôle de l’hypertension, ces résultats laissent entendre que certains groupes d’âge plus avancé peuvent être particulièrement vulnérables. Les études ont montré que les adultes plus âgés dont l’hypertension n’est pas contrôlée affichent un risque supérieur de trouble cognitif léger ou de démence probable, de déclin accéléré de la fonction physique, et d’une incidence accrue d’invaliditéNote 31.

Les maladies cardiovasculaires étaient significativement associées à un contrôle amélioré de l’hypertension chez les hommes, et étaient 1,8 fois plus prévalentes chez les hommes que chez les femmes. Cette étude conclut que le fait d’avoir une maladie cardiovasculaire était associé à un meilleur contrôle de l’hypertension chez les hommes. Il s’agit d’une conclusion observée dans d’autres étudesNote 30. Tout comme le diabète, la présence d’une maladie cardiovasculaire est un prédicteur important de la récurrence; c’est pourquoi on met l’accent sur le contrôle de l’hypertensionNote 4, ce qui permet d’accroître le respect du traitement par le patientNote 32Note 33. En outre, des médicaments tels que les agents agissant sur le système rénine-angiotensine et les bêtabloquants sont recommandés pour les personnes atteintes d’une maladie cardiovasculaire, sans égard au niveau d’hypertensionNote 4. Cette étude a montré que ces thérapies sont plus fréquemment prescrites aux hommes.

Le diabète était significativement associé à un mauvais contrôle de l’hypertension, et était plus prévalent chez les hommes. Le mauvais contrôle de l’hypertension chez les personnes diabétiques a été observé dans de nombreuses autres étudesNote 5Note 6Note 7Note 13Note 34. Cela traduit probablement la difficulté de respecter des cibles de tension artérielle plus sévères, soit une TAS moyenne<130 mmHg et une TAD moyenne<80 mmHg. Lorsque les cibles de tension artérielle pour la population générale étaient appliquées aux personnes atteintes et non atteintes de diabète dans le cadre de cette étude, le contrôle de l’hypertension ne différait plus entre les deux groupes.

Le lien entre la consommation d’AINS et un mauvais contrôle chez les hommes participant à la présente étude va de pair avec l’effet prohypertensif de ces médicaments chez les personnes suivant un traitement pour l’hypertensionNote 35Note 36Note 37Note 38. Ce lien n’a pas été observé chez les femmes. Cette situation peut être attribuable au fait qu’elles consomment moins souvent certaines catégories de médicaments contre l’hypertension qui sont susceptibles d’interagir avec des AINS, soit des agents agissant sur le système rénine-angiotensineNote 35Note 38 et des bêtabloquantsNote 37Note 38.

Cette étude présente de nombreuses forces. Les résultats se fondent sur un échantillon représentatif à l’échelle nationale des répondants pour lesquels la TAS et la TAD ont été évaluées de manière objective au moyen d’un appareil automatisé dont le contrôle de la qualité était élevé. En raison de la nature complète de l’ECMS, il a été possible de prendre en considération de nombreux facteurs de risque lors de l’analyse, y compris l’IMC et l’activité physique, en fonction des données mesurées.

Du même coup, l’analyse comportait certaines limites. L’efficacité statistique a été plutôt limitée en raison de la petite taille de l’échantillon. Les renseignements sur la consommation de médicaments ont été obtenus directement auprès des répondants et n’ont pas été vérifiés au moyen des dossiers médicaux. Cela a pu entraîner une classification erronée de certaines maladies, comme le diabète. L’ECMS exclut les pensionnaires d’établissements institutionnels. C’est pourquoi les conclusions de cette étude ne s’appliquent qu’à la population vivant à domicile au Canada. Le taux de non-réponse regroupé des personnes âgées de 60 à 79 ans des quatre cycles de l’ECMS a été de 52,7 %. Même si le poids de sondage combiné a été ajusté pour tenir compte de la non-réponse, il peut toujours exister un certain biais inconnu si les non-répondants qui n’ont pas pris part à l’ECMS différaient systématiquement de ceux qui y ont pris part.

Conclusion

En fonction des cibles actuelles en matière de tension artérielle, il continue d’y avoir des différences quant au contrôle de la tension artérielle chez les femmes et les hommes âgés de 60 à 79 ans au Canada. L’ethnicité, le diabète, les maladies cardiovasculaires et la consommation d’AINS étaient significativement associés au contrôle de l’hypertension chez les hommes, tandis que le diabète était le seul facteur de risque, autre que l’âge plus avancé, associé au contrôle chez les femmes. D’autres études réalisées pour mieux comprendre les causes sous-jacentes de ces liens pourraient aider à réduire les disparités en ce qui concerne les taux de contrôle de l’hypertension entre les femmes et les hommes au Canada.

Références
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