Rapports sur la santé
Analyse des tendances de la prévalence de consommation de cannabis au Canada, 1985 à 2015

par Michelle Rotermann et Ryan Macdonald

Date de diffusion : le 21 février 2018

L’administration fédérale canadienne s’est engagée à légaliser, à réglementer et à restreindre la consommation du cannabis à des fins non médicales en 2018. Ce changement de politique accentue l’importance de comprendre les tendances en matière de prévalence de la consommation, avant et après la légalisation.

Depuis 1985, neuf enquêtes nationales ont permis de recueillir des renseignements sur la consommation de cannabis, et leurs résultats peuvent être combinés pour estimer l’évolution de la consommation. Cependant, les enquêtes ont été conçues pour répondre à différents besoins en matière de données et d’orientation et elles ne sont pas parfaitement comparables. Une évaluation des données est donc requise avant de procéder à l’analyse des tendances, afin de déterminer la mesure dans laquelle les différences sur le plan de la conception et de la méthodologie de chaque enquête influent sur la comparabilité et, en fin de compte, sur les résultats.

Un examen de la cohérence des données d’enquête est particulièrement important, car souvent, les données sur le cannabis tirées de sources autres que les enquêtes ne conviennent pas aux travaux de surveillance ou de recherche. Les données fondées sur les arrestations ou les saisies de drogue peuvent ne pas être fiables, en raison des variations au fil du temps dans l’application de la loi et des fluctuations dans les volumes saisisNote 1Note 2Note 3. Les liens entre les approvisionnements légaux à des fins médicales, le nombre de clients inscrits auprès de producteurs autorisés et le marché total du cannabis sont difficiles à établirNote 4. De récentes études américaines ont examiné les répercussions sur la consommation de la décriminalisation de la consommation du cannabis à des fins non médicalesNote 5 et des lois sur la consommation du cannabis à des fins médicalesNote 6Note 7Note 8, les taux de troubles liés à la dépendance et à la consommation de cannabisNote 9Note 10 et l’incidence sur le système de soins de santéNote 11. Cependant, il se pourrait que l’expérience américaine ne reflète pas la situation au Canada.

Le principal objectif de la présente étude est d’examiner les tendances en matière de prévalence sur 12 mois (courante) de la consommation de cannabis, dans l’ensemble et selon l’âge et le sexe. Pour ce faire, il est nécessaire d’évaluer les différentes enquêtes sur le plan de la conception, de la méthodologie, des sources de biais et de l’incidence possible de ces facteurs sur la comparabilité des estimations. Les neuf enquêtes nationales, qui comportaient des questions sur la consommation de drogues, peuvent être classées en trois types : 1) santé ou domaine social : Enquête promotion santé (EPS), Enquête sociale générale (ESG) et Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes : santé mentale et bien-être (ESCC-SM); 2) dépendance : Enquête nationale sur la consommation d’alcool et d’autres drogues (ENCAD), Enquête canadienne sur la consommation d’alcool et d’autres drogues (ECCAD) et Enquête sur les toxicomanies au Canada (ETC); et 3) surveillance de la consommation d’alcool, de drogues ou de tabac : Enquête de surveillance de l’usage du tabac au Canada (ESUTC), Enquête de surveillance canadienne de la consommation d’alcool et de drogues (ESCCAD) et Enquête canadienne sur le tabac, l’alcool et les drogues (ECTAD).

Chacune de ces enquêtes contient des questions au sujet de la consommation de cannabis au cours de l’année précédente et avait une population cible qui comprenait des jeunes et des adultes des 10 provinces canadiennes (tableau explicatif 1). Chaque enquête comporte de multiples sources d’erreurs d’échantillonnage et d’erreurs non dues à l’échantillonnage qui diffèrent d’une enquête à l’autre et au fil du temps. Les variations dans les facteurs connus pour influer sur l’exactitude des estimations sont particulièrement importantes pour évaluer la comparabilité des enquêtesNote 12Note 13. Les facteurs pris en compte dans la présente analyse ont été sélectionnés à partir de la documentation existante, selon les renseignements présentés dans les guides de l’utilisateur et des questionnaires d’enquête. Il s’agit du contexte de l’enquête, de la population cible, de la taille de l’échantillon, du taux de réponse, des questions, de la conception du questionnaire, du mode de collecte, de la transition vers les téléphones cellulaires, de la pondération, des responsables de la collecte et des commanditaires.

Contexte de l’enquête

Le contexte d’une enquête peut avoir des répercussions bidirectionnelles sur la participation, c’est-à-dire qu’il peut encourager certains répondants potentiels à participer et en dissuader d’autresNote 12. Les enquêtes sociales et sur la santé qui portent sur divers domaines spécialisés peuvent être moins sujettes à ce type de biais, en raison de leur vaste portée ou du fait que les questions sur la consommation de drogues sont intégrées dans un ensemble de questions moins délicatesNote 12Note 13. Les enquêtes sur la surveillance de la dépendance et de la consommation d’alcool ou de drogues peuvent être plus sujettes à ce biais; les répondants peuvent accepter de participer ou refuser en raison de leurs opinions très arrêtées sur le sujetNote 12Note 13Note 14Note 15.

Population cible

Les neuf enquêtes visaient essentiellement la même population, c’est-à-dire les personnes de 15 ans ou plus vivant dans un ménage, dans les 10 provinces canadiennes (tableau explicatif 1). Les exclusions étaient similaires et principalement attribuables à des considérations logistiques et budgétaires, notamment les personnes incapables de mener une conversation en anglais ou en français, les résidents des territoires, les résidents d’établissements institutionnels (p. ex. incarcérés), les membres à temps plein des Forces canadiennes, les personnes vivant dans des réserves ou des établissements indiens, les sans-abri et les résidents de ménages sans téléphone fixe ou qui possèdent uniquement un téléphone cellulaire.

Parmi toutes les enquêtes, les ESCC-SM de 2002 et de 2012 étaient les moins sensibles aux exclusions de population. Elles reposaient principalement sur une base aréolaire et la plupart (85 %) des interviews ont été menées en personne. De plus, les interviews étaient proposées dans plusieurs langues, et non pas uniquement en français ou en anglais.

Tailles d’échantillon, périodes de collecte et taux de réponse

En général, des échantillons de grande taille et de longues périodes de collecte sont préférables, de même que des taux de réponse élevés (50 % est adéquat; 60 % est bon; 70 % est très bon).

Les interviews sur place des ESCC-SM de 2002 (n = 36 984) et de 2012 (n = 25 113) ont été menées auprès d’échantillons de plus grande taille que celles des enquêtes téléphoniques. Les enquêtes menées entre 1985 et 1994 (EPS, ENCAD, ECCAD et ESG) étaient fondées sur des tailles d’échantillon qui variaient de 10 385 à 13 792; les tailles d’échantillon de l’ETC et de l’ESCCAD variaient de 10 076 à 16 674; celles de l’ESUTC, de 19 822 à 21 976 et celles l’ECTAD, de 14 565 à 15 154.

La plupart des enquêtes recueillaient des données sur une période continue de 10 mois. Plusieurs enquêtes précédentes ont été menées sur une période d’un ou deux mois, et l’ETC comportait deux périodes de collecte couvrant environ trois mois.

La non-réponse est un indicateur de la qualité des données et une source potentielle d’erreur non due à l’échantillonnage, selon la mesure dans laquelle diffèrent les répondants et les non-répondants. Les ajustements de pondération pour la non-réponse ont aidé à faire en sorte que les échantillons donnent une approximation des répartitions de la population cible selon l’âge et le sexe, mais parfois au détriment d’autres caractéristiques. Par exemple, les fichiers pondérés de l’ETC et de l’ESCCAD se comparent favorablement aux données du Recensement de la population pour l’âge et le sexe, mais ont tendance à surestimer le nombre de personnes mariées ou de personnes titulaires d’un diplôme universitaire et à sous-estimer le nombre de personnes qui ne se sont jamais mariées, qui n’ont pas de diplôme d’études secondaires (ESCCAD) ou qui ont fait des études postsecondaires partiellesNote 16Note 17Note 18.

La participation à toutes les enquêtes était volontaire. Les taux de réponse pour les enquêtes de Statistique Canada et de Jolicœur et Associés ont été calculés de la même manière, en tenant compte de l’admissibilité (numéro de téléphone identifié comme résidentiel ou hors du champ de l’enquête — entreprise), de la non-réponse au niveau du ménage (dans les enquêtes de Statistique Canada, on demandait aux répondants de fournir une liste des membres du ménage) et de la participation à l’enquête ou du refus d’y participer de la personne sélectionnée. Les taux de réponse aux enquêtes de Statistique Canada étaient, en moyenne, de 75,6 % et variaient de 48,4 % à 83,0 %, comparativement à une moyenne de 45,2 % (variation de 39,8 % à 47,0 %) dans les enquêtes menées par Jolicœur et Associés (tableau explicatif 1). Il est possible que le taux de réponse à l’ECTAD de 2015 (le plus faible parmi les enquêtes de Statistique Canada) ne soit pas comparable aux autres taux, en raison de l’inclusion des numéros de téléphone cellulaire, de la difficulté de communiquer avec les répondants au moyen de téléphones cellulaires et de la plus vaste couverture.

Question sur le cannabis et conception du questionnaire

Dans l’ensemble des enquêtes, le degré de comparabilité de la question à propos de la consommation de cannabis était élevé (Annexe tableau A). La consommation de cannabis au cours de l’année précédente était autodéclarée d’après les réponses à la question suivante, essentiellement : « Au cours des 12 derniers mois, avez-vous pris de la marijuana? » Toutes les questions mentionnaient les 12 derniers mois, et certaines mentionnaient la marijuana sous un autre nom (p. ex. hachisch).

La conception des questionnaires était moins cohérente. Les questions comportant une terminologie différente ou des instructions plus détaillées peuvent avoir des incidences sur la comparabilité des estimations de prévalence de différentes enquêtes. Par exemple, l’ESCCAD et l’ECTAD comprenaient une préface au module de questions sur le cannabis présentant une liste de termes liés au cannabis ainsi que des instructions à l’intention des intervieweurs (non lues) pour inclure la consommation à des fins médicales dans le calcul des estimations (régulières) sur le cannabis.

Mode de collecte

Le mode de collecte des données peut influer sur les taux de réponse, la qualité des données et les erreurs non dues à l’échantillonnage. À l’exception des ESCC-SM de 2002 et de 2012, qui ont été menées en grande partie au moyen d’interviews sur place assistées par ordinateur (IPAO), les enquêtes se faisaient par téléphone à l’aide des questionnaires papier ou électroniques (interview téléphonique assistée par ordinateur ou ITAO).

Certaines études ont constaté des taux plus élevés de « comportements stigmatisés ou à caractère délicat » lorsque l’IPAO était utilisé au lieu de l’ITAO. Cela donne à penser que le recours à des intervieweurs formés, spécialisés dans l’établissement d’un lien avec les répondants, fait la différenceNote 19Note 20. D’autres études sont moins concluantes ou donnent des résultats similaires, quel que soit le mode employéNote 21Note 22Note 23Note 24.

Transition vers les téléphones cellulaires

À l’exception de l’ECTAD de 2015, les ménages équipés uniquement d’un téléphone cellulaire étaient hors du champ des enquêtes téléphoniques. Aux fins de l’ECTAD de 2015, une base de sondage pour les enquêtes auprès des ménages a été adoptée. Elle comprenait un à trois numéros de téléphone associés à la même adresse, y compris les numéros de téléphone fixe et de téléphone cellulaireNote 25. Avant 2000, la vaste majorité des ménages possédaient un téléphone fixeNote 15Note 26. Cependant, l’utilisation d’un téléphone cellulaire est devenue une importante source d’erreur de couverture, notamment en raison des différences sur le plan des comportements influant sur la santé, des profils sociodémographiques et des facteurs de risque entre les ménages dotés de téléphones fixes et ceux qui dépendent uniquement de téléphones cellulairesNote 26Note 27Note 28. L’inclusion des répondants des ménages qui possèdent uniquement un téléphone cellulaire améliore la couverture d’enquête, particulièrement parmi les jeunes adultes; le fait d’exclure ces personnes de l’enquête réduirait probablement les estimations de consommation de cannabis. Les incidences de cette source de biais sont potentiellement plus prononcées pour l’ESUTC, l’ECTAD (2013), l’ETC et l’ESCCAD, qui ont été menées lors de la transition des téléphones fixes aux téléphones cellulaires. L’ESCC-SM, qui reposait principalement sur des interviews sur place auprès de répondants sélectionnés à l’aide de bases aréolaires, est la moins touchée par cette source de biais, car la population cible n’était pas obligée, en règle générale, de posséder un téléphone fixe.

Responsables de la collecte et commanditaires

Statistique Canada a mené sept des neuf enquêtes étudiées, et Jolicœur et Associés ont réalisé les deux autres. Toutes les enquêtes étaient parrainées par Santé Canada ou son prédécesseur, Santé et Bien-être social Canada, exclusivement ou en collaboration avec d’autres organismes ou ministères gouvernementaux. Il a été possible de constater que l’entité qui effectue la collecte ou parraine l’enquête a une incidence sur la participation à l’enquêteNote 12Note 29; les répondants potentiels peuvent penser que le commanditaire (dans ce cas, le gouvernement) a une « opinion » sur le sujet d’enquêteNote 12, qui a changé au cours de la période visée.

Techniques d’analyse

Les enquêtes se divisent en quatre groupes relativement distincts, en fonction des différences sur le plan de l’objet ou de la conception, du mode de collecte, du libellé des questions ou d’une combinaison de différences mineures sur plusieurs dimensions : ESUTC/ECTAD; ESCC-SM; ETC/ESCCAD et les enquêtes menées au cours de la période de 1985 à 1994.

Des analyses ont été effectuées au moyen de SAS 9.3 et de la version exécutable en SAS de SUDAAN v. 11.0.1Note 30. Des poids d’échantillonnage ont été appliqués afin que les analyses soient représentatives de la population à domicile au Canada.

Puisque les pratiques d’estimation de la variance ont évolué depuis 1985, les intervalles de confiance à 95 % associés aux estimations ponctuelles ne pouvaient pas être estimés de la même manière. L’ECTADNote 25, l’ESUTCNote 25et l’ESCC-SMNote 25ont utilisé les répliques répétées équilibrées avec 500 poids bootstrap (ECTAD de 2015 et ESCC-SM) ou 250 poids bootstrap moyens avec ajustement de Fay (ESUTC et ECTAD de 2013). L’ETCNote 16Note 17et l’ESCCADNote 18 ont utilisé la linéarisation de Taylor. Les enquêtes menées au cours de la période de 1985 à 1994 reposaient sur des tables de variabilité d’échantillonnage approximativeNote 25Note 31.

Pour déterminer si la consommation de cannabis varie selon l’âge et le sexe, des tableaux croisés fondés sur les données pondérées de l’ECTAD de 2015 ont été calculés. Les résultats pour lesquels p < 0,05 étaient jugés statistiquement significatifs.

Analyse des tendances

L’analyse des variations de la prévalence de la consommation de cannabis pendant la période de 2004 à 2015 était fondée sur des données transversales tirées de l’ESUTC et de l’ECTAD, qui représentent essentiellement la même enquête (l’ESUTC a été renommée l’ECTAD lorsque du contenu supplémentaire lié aux drogues a été ajouté). Le libellé des questions sur le cannabis, les méthodologies et les caractéristiques de collecte des enquêtes sont cohérentsNote 25Note 26Note 27Note 28Note 29Note 30Note 31Note 32. Les 11 cycles fournissent la plus longue série nationale ininterrompue et les données les plus récentes auxquelles on a accès.

Le type d’estimation de la variance n’était pas cohérent sur l’ensemble de la période. Par conséquent, il était nécessaire de reformater, puis de normaliser les poids de sondage pour effectuer le test de tendance linéaire au moyen d’une méthode Cochran-Armitage à deux volets (non directionnelle)Note 33Note 34. Puisque les jeunes étaient surreprésentés dans l’échantillon de plusieurs enquêtes, les poids de sondage ont été normalisés en fonction de trois groupes d’âge (15 à 24 ans, 25 à 44 ans et 45 ans et plus). L’estimation de la variance fondée sur le plan de sondage est préférable, mais elle n’est pas une option pour la série au complet, en raison des différences dans les enquêtes et de l’incompatibilité des fichiers de données. Avant d’effectuer le test de tendance linéaire au moyen des poids normalisés, les fichiers associés à la période de 2004 à 2013 avec des approches de variance compatibles ont été exécutés au moyen de l’estimation de la variance fondée sur le plan de sondage afin de déterminer si la variance fondée sur le plan de sondage changerait de manière notable les résultats de l’analyse finale. Ce ne fut pas le cas; par conséquent, les analyses des tendances finales ont été menées au moyen des fichiers pondérés normalisés.

Tendance à long terme (de 1985 à 2015)

La prévalence estimée de la consommation courante autodéclarée de cannabis (des 12 mois précédents) chez la population canadienne à domicile âgée de 15 ans et plus a augmenté de 1985 à 2015 (graphique 1). La plus récente estimation, tirée de l’ECTAD de 2015 (12,3 %), était plus de deux fois supérieure à l’estimation de l’EPS de 1985 (5,6 %). Cependant, la consommation au cours de la période a été marquée par des intervalles de stabilité et de diminution.

Dernière décennie (2004 à 2015)

Selon les données de l’ECTAD de 2015, la prévalence de la consommation de cannabis au cours de la dernière année était de 28,4 % chez les personnes âgées de 18 à 24 ans, un pourcentage plus élevé que chez les autres groupes d’âge (17,5 % chez les 15 à 17 ans, 17,7 % chez les 25 à 44 ans, 7,0 % chez les 45 à 64 ans et 1,6 % chez les 65 ans et plus) (tableau 1). Dans tous les groupes d’âge, sauf chez les 15 à 17 ans et les 65 ans et plus (l’estimation pour les femmes est trop peu fiable pour être publiée), les hommes étaient plus susceptibles que les femmes de déclarer avoir consommé du cannabis. Ces différences entre les groupes d’âge persistaient en général lorsque les estimations étaient calculées séparément pour chaque sexe (tableau 1) et pour d’autres cycles (données non présentées).

Selon des données comparables de l’ESUTC et de l’ECTAD pour la période de 2004 à 2015, les tendances en matière de consommation courante de cannabis différaient en fonction du groupe d’âge (graphiques 2, 3 et 4). Par exemple, la consommation courante a diminué chez les femmes de 15 à 17 ans ainsi que chez les hommes et les femmes de 18 à 24 ans, mais est restée stable chez les hommes de 15 à 17 ans. En revanche, quel que soit le sexe, la prévalence de la consommation augmentait chez les adultes de 25 à 44 ans et de 45 à 64 ans. Chez les personnes de 65 ans et plus, l’analyse des tendances était impossible avant 2012 : les estimations pour les personnes âgées ont dû être supprimées en raison du petit nombre d’enregistrements. La récente disponibilité de points de données pouvant être diffusées donne à penser que la consommation de cannabis par les personnes âgées de 65 ans et plus (les deux sexes combinés) a augmenté.

Discussion

Les enquêtes nationales qui recueillent des données sur la consommation de drogues remontent au milieu des années 1980; en fait, pour certaines périodes, de nombreuses enquêtes et de nombreux points de données sont disponibles. Cela exige d’évaluer des sources de données parfois concurrentes avant d’estimer les taux de prévalence et d’effectuer des tests de tendance linéaire. Les enquêtes ont été évaluées sur différents plans de conception et de méthodologie qui ont des incidences sur la comparabilité des estimations d’une année à l’autre.

Les résultats de l’ESUTC/ECTAD, qui démontrent une consommation stable ou décroissante de cannabis chez les jeunes depuis le milieu des années 2000, concordent avec ceux de recherches sur les jeunes CanadiensNote 35Note 36Note 37 et sur les jeunes d’autres paysNote 38fondées sur des enquêtes auprès des établissements scolaires ou des ménages. De même, l’augmentation chez les adultes est connue Note 35Note 38Note 39, bien que non universelleNote 36.

Une des forces de l’analyse des tendances de 2004 à 2015 est que l’ECTAD et l’ESUTC sont fondées sur des méthodologies d’enquête similaires. Dans l’ensemble, la méthode d’échantillonnage, le mode de collecte et la taille des échantillons sont demeurés relativement stables; par conséquent, les différences dans les estimations ne devraient pas être influencées par ces facteurs. L’ECTAD, à l’instar de l’ESUTC, a été menée par des intervieweurs de Statistique Canada, et les données ont été recueillies par téléphone. Cependant, l’ECTAD de 2015 a utilisé la nouvelle base de sondage pour les enquêtes-ménages, qui comprend les numéros de téléphone cellulaire. Cette modification peut avoir des incidences sur la comparabilité des données de 2015, des incidences difficiles à quantifier.

L’ESCC-SM de 2002 et celle de 2012 ont donné lieu aux estimations de consommation de cannabis parmi les plus élevées pour la période en question. Les caractéristiques particulières du plan de sondage de cette enquête ont probablement contribué aux estimations plus élevées de la prévalence, mais ont aussi limité les comparaisons directes avec d’autres enquêtes. Une grande majorité (85 %) des interviews de l’ESCC-SM se sont déroulées sur place, chez les répondants, tandis que les autres enquêtes ont été menées par téléphone. Cela ne représente pas nécessairement un problème et pourrait même être avantageux. Les estimations plus élevées tirées d’enquêtes portant sur des sujets délicats pourraient refléter plus précisément l’étendue réelle d’un comportement. Même si ce fait est impossible à prouver, d’importants efforts ont été déployés dans le cadre de l’ESCC-SM pour favoriser la participation et la déclaration exacte, y compris la formation des intervieweurs sur la maladie mentaleNote 40. La valeur de l’ESCC-SM ne réside pas dans l’examen des changements dans la consommation de cannabis au fil du temps, mais plutôt dans l’évaluation de l’étendue de la sous-déclaration dans les enquêtes par téléphone.

Tandis que l’ETC et l’ESCCAD sont demeurées largement cohérentes l’une par rapport à l’autre pour ce qui est de la méthodologie et des caractéristiques du plan de sondage (à dessein), les différences en lien avec la conception des questionnaires, les responsables de la collecte, les taux de réponse et les ajustements de la pondération pour la non-réponse ont une incidence sur la comparabilité de leurs données avec celles de l’ESUTC et de l’ECTAD.

Un examen de la méthodologie et du questionnaire de l’ETCNote 16Note 17 n’a pas permis de déterminer un facteur particulier à l’origine de la prévalence inhabituellement élevée de la consommation de cannabis. Au contraire, de légères différences sur plusieurs aspects ont été relevées. Pour cette raison, les données de l’ETC et de l’ESCCAD n’ont pas été incluses dans l’analyse des tendances de 2004 à 2015.

Les données recueillies de 1985 à 1994 jouent un rôle important dans l’établissement d’une tendance nationale en matière de consommation de cannabis sur une période plus longue et dans la démonstration, en se fondant sur plusieurs sources, que la prévalence de la consommation était plus faible à l’époque qu’aujourd’hui. La présente étude a fait ressortir de fortes similitudes entre ces enquêtes et les enquêtes plus récentes : commanditaire et responsable de la collecte, contexte, taux de réponse, formulation des questions et mode de collecte. Ces similitudes ne sont pas surprenantes, compte tenu du fait que l’ENCAD et l’ECCAD figurent parmi les premières enquêtes sur les dépendances et que l’EPS est un précurseur de l’ESCC. Cependant, les données plus anciennes posent certaines difficultés analytiques, comme des variables manquantes ou supprimées et une estimation de la variance approximative qui donne lieu à de plus grands intervalles de confiance et qui rend difficile l’interprétation des tests de signification statistique. De plus, le potentiel analytique des enquêtes antérieures est limité en raison du caractère irrégulier de leurs cycles et de leur faible volume du contenu lié au cannabis. Par conséquent, ces données ont été exclues de l’analyse des tendances annuelles.

Limites

Cette étude comporte un certain nombre de points forts, y compris une évaluation détaillée de toutes les sources de données nationales sur lesquelles repose les estimations expérimentales de la consommation de cannabis de Statistique CanadaNote 41. Ses résultats doivent néanmoins être interprétés en fonction de plusieurs limites. Les variations au fil du temps pour ce qui est de la volonté des répondants d’admettre une consommation de drogues, dans leur définition de ce qui constitue une consommation de drogues, et du risque perçu ou réel des conséquences juridiques ne pouvaient être ni contrôlées ni détectées, mais elles pouvaient avoir des répercussions sur les tendances. Au Canada, comme dans de nombreux autres pays, les lois, leur application et les mentalités ont évoluéNote 2Note 5Note 42. L’accès légal au cannabis à des fins médicales depuis 2001Note 43 pourrait avoir influencé les perceptions et la volonté de déclarer une consommation de cannabisNote 5Note 7Note 13Note 44. Ces facteurs pourraient être particulièrement pertinents dans le cas des adultes plus âgés, car les augmentations peuvent être le reflet non pas d’un changement de comportement, mais plutôt d’une nouvelle volonté de le déclarer.

Les données de l’analyse des tendances ont été sélectionnées en fonction de leur comparabilité, de leur continuité et de leur caractère récent, mais cela ne réduit pas la valeur des autres sources de données. Compte tenu de la complexité du sujet, du dynamisme dans le comportement en matière de consommation de drogues et des conséquences de cette consommationNote 6Note 10Note 45Note 46Note 47Note 48Note 49Note 50, l’existence de multiples ensembles de données est avantageuse.

Les renseignements tirés de toutes les enquêtes étaient autodéclarés et n’ont pas été vérifiés. Les rares études comparant la consommation de drogues autodéclarée avec des mesures directes à partir d’échantillons d’urine ou de sang ont permis de détecter certaines sous-déclarations. Cependant, ces études étaient souvent brèves, axées sur des personnes impliquées dans le système de justice pénale ou en traitement,ou portaient sur des drogues autres que le cannabis. Par conséquent, les résultats ne peuvent pas être généralisés aux consommateurs de cannabis au sein de la population à domicileNote 51Note 52Note 53. Les études qui ont été en mesure d’évaluer la cohérence logique entre la consommation de drogues au cours de la vie et celle au cours de la dernière année ont relevé quelques incohérencesNote 54Note 55.

Les données sont transversales et la consommation de cannabis a été examinée en fonction de l’âge et du sexe uniquement. Le statut socioéconomique, l’état matrimonial, la région et la consommation d’autres drogues ou de tabac n’ont pas été pris en compte. De même, l’analyse des tendances était limitée à la consommation courante : les résultats et la comparabilité des données pourraient être différents pour d’autres mesures (p. ex. consommation quotidienne, âge à la première expérience de consommation, consommation antérieure).

Il n’était pas possible de séparer la consommation pour des raisons médicales ou non-médicales pour la majorité de la période étudiée. Les résultats ne peuvent donc pas différencier les deux types de consommation.

Conclusion

Les données nationales sur la consommation de cannabis sont recueillies depuis 1985. L’analyse des résultats démontre la cohérence prononcée de nombreuses estimations au fil du temps et entre les sources, et ce, malgré des différences parfois notables d’une enquête à l’autre, que ce soit sur le plan du contexte, de la méthodologie, de la terminologie ou du taux de réponse. En raison des changements proposés au projet de loi sur le cannabis, qui entrera en vigueur en 2018, les tendances en matière de consommation évolueront, accentuant plus encore l’importance de surveiller et d’évaluer les répercussions sociales, économiques et sur la santé. Par conséquent, la disponibilité de données de grande qualité, pertinentes et à jour, qu’elles soient tirées d’enquêtes ou d’autres sources, demeure essentiel.

Annexe

Références
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