Rapports sur la santé
Hospitalisation pour des conditions propices aux soins ambulatoires chez les Métis adultes vivant en milieu urbain

par Gisèle M. Carrière, Mohan B. Kumar et Claudia Sanmartin

Date de diffusion : le 20 décembre 2017

Les conditions propices aux soins ambulatoires (CPSA) peuvent être évitées, mais si elles ne sont pas traitées, elles peuvent entraîner un recours à de nombreux services de soins de santéNote 1Note 2. En fait, les taux d’hospitalisation pour des CPSA sont utilisés pour mesurer indirectement la pertinence et l’accessibilité des soins de santé primairesNote 1Note 3Note 4Note 5Note 6. Les personnes les plus à risque d’être hospitalisées pour des CPSA ont tendance à être plus âgées, à afficher un moins bon état de santé, à avoir un statut socioéconomique défavorable et à présenter une comorbidité. Elles ont aussi tendance à fumer régulièrementNote 3Note 7Note 8 et à vivre dans des régions ruralesNote 9.

On a observé un risque accru d’hospitalisations évitables au sein de la population autochtone en AustralieNote 8, mais aucune analyse sur l’identité autochtone n’a été menée à l’échelle nationale au Canada. Ce risque est préoccupant, car il est démontré que la prévalence des problèmes de santé potentiellement traitables comme le diabète, l’asthme et les maladies cardiovasculaires est plus importante chez les AutochtonesNote 10Note 11Note 12Note 13. De plus, il est prouvé que la prévalence de certaines CPSA tend à augmenter chez les populations autochtones du Canada et d’ailleursNote 8Note 14.

Plusieurs facteurs indiquent que la population métisse pourrait être plus susceptible que la population non autochtone d’être hospitalisée pour des CPSA. En 2006, 14 % des Métis ont indiqué avoir de l’asthme et 7 % ont déclaré être atteint de diabète. Les chiffres correspondant pour l’ensemble de la population canadienne étaient de 8 % et de 4 %Note 10. En 2012, 26 % des Métis âgés de 12 ans et plusNote 15 ont déclaré fumer quotidiennement, contre 15 % de la population totale. L’usage quotidien du tabac est un facteur de risque bien connu lié aux hospitalisations pour des CPSANote 3.

La probabilité de recevoir des soins de santé primaires et d’être hospitalisé pour des CPSA peut dépendre de l’endroit où les personnes viventNote 9Note 16Note 17Note 18Note 19. Si les Autochtones sont généralement plus susceptibles que les non-Autochtones de vivre dans des régions rurales et éloignéesNote 20, les Métis ont tendance à vivre dans des régions urbainesNote 20. Par conséquent, l’accès aux soins de santé primaires peut être similaire pour les Métis et les non-Autochtones.

Une analyse menée en Ontario a montré que, même si les Métis étaient disproportionnellement atteints de diabèteNote 13, il n’y avait aucune différence concernant les visites chez les médecins et les spécialistes offrant des soins primaires ou le dépistage de la rétinopathie, comparativement à la population totale de l’OntarioNote 13Note 16. Toutefois, chez les Métis atteints de diabète, les hospitalisations étaient proportionnellement plus nombreuses que chez les Ontariens, dans l’ensembleNote 21. Une tendance similaire a été observée au ManitobaNote 22. Aucune de ces études ne s’est intéressée aux hospitalisations pour des CPSA en particulier. En outre, il manque, en général, des renseignements nationaux sur l’utilisation des services de santé des MétisNote 23.

L’objectif de la présente analyse est de déterminer si les Métis sont plus susceptibles que les non-Autochtones d’être hospitalisés pour des CPSA et si des différences demeurent après la prise en compte de facteurs socioéconomiques et géographiques. Par ailleurs, la comorbidité chez les Métis hospitalisés pour des CPSA est comparée à celle de leurs homologues non autochtones hospitalisés.

L’étude repose sur le couplage des données du Recensement de la population de 2006 et de la Base de données sur les congés des patientsNote 24, ce qui permet de repérer les hospitalisations pour des CPSA selon l’identité autochtone.

Données et méthodes

Sources des données

Le Recensement de 2006 (questionnaire détaillé) a été couplé à la Base de données sur les congés des patients (BDCP) pour tous les secteurs de compétence canadiens, à l’exclusion du QuébecNote 24. Le questionnaire détaillé a permis de recueillir des renseignements complets, y compris des renseignements sur l’identité autochtone. Le questionnaire détaillé a été rempli par environ 20 % de la population excluant les pensionnaires d’établissements institutionnels, et il a été distribué à tous les habitants des réserves indiennes et des établissements indiens et à de nombreuses collectivités éloignées et collectivités du NordNote 25.

La BDCP recense les données sur les congés des patients hospitalisés dans des hôpitaux de soins de courte durée dans l’ensemble des provinces et des territoires (sauf au Québec), qui sont fournies annuellement à Statistique Canada par l’Institut canadien d’information sur la santéNote 26. Cette base contient des données démographiques, administratives et cliniques sur environ 3 millions de congés d’hôpitaux par année. Les données sur les congés des patients hospitalisés dans des hôpitaux de soins de courte durée pour les exercices de 2006-2007 à 2008-2009 ont été couplées et utilisées aux fins de la présente étude.

En tout, 78,4 % des personnes ayant répondu au questionnaire détaillé du recensement et s’étant déclarées comme étant Métis étaient admissibles au couplage avec la BDCP. Entre 5,7 % et 6,4 % de ces personnes (selon l’année) ont été associées à au moins une hospitalisation pour des soins de courte durée. Parmi les répondants non autochtones, 94 % étaient admissibles au couplage, et 5,0 % à 5,4 % ont été associés à au moins une hospitalisationNote 24. Des renseignements sur la méthodologie, y compris les critères appliqués à chaque source de données pour déterminer l’admissibilité au couplage, se trouvent ailleursNote 24.

Le couplage a été approuvé par le Conseil exécutif de gestion de Statistique CanadaNote 27, en plus d’être régi par la Directive sur le couplage d’enregistrementsNote 28. Statistique Canada assure la protection des renseignements personnels des répondants durant le couplage et l’utilisation ultérieure des fichiers couplés. Seuls les employés qui interviennent directement dans le processus ont accès aux données d’identification uniques nécessaires au couplage (comme le nom et le sexe). Toutefois, ces employés n’ont pas accès aux renseignements relatifs à la santé. Une fois que le couplage de données est terminé, un fichier d’analyse est créé, dans lequel les données d’identification sont supprimées. Les chercheurs reçoivent ensuite le fichier anonymisé aux fins d’analyse.

Échantillon de l’étude

La cohorte à l’étude était constituée de répondants au Recensement de 2006 âgés de 18 à 74 ans, qui vivaient dans des régions métropolitaines de recensement (RMR), des zones de forte influence métropolitaine ou des zones d’influence métropolitaine modérée et qui avaient déclaré une seule identité autochtone, celle d’être Métis, ou qui avaient indiqué ne pas être Autochtones (non-Autochtones). L’identité autochtone a été obtenue au moyen de la question suivante : « Cette personne est-elle un Autochtone, c’est-à-dire un Indien de l’Amérique du Nord, un Métis ou un Inuit (Esquimau)? ». La population à identité autochtone est constituée de personnes qui ont déclaré appartenir à au moins l’un des groupes suivants : Indien de l’Amérique du Nord, Métis ou Inuit ou Indien des traités ou Indien inscrit, tel qu’il est défini dans la Loi sur les Indiens, ou personnes qui sont membres d’une bande indienne ou d’une Première Nation. Les non-Autochtones sont les personnes qui n’ont pas déclaré avoir d’identité autochtone.

L’identité des Métis utilisée dans la présente étude est basée sur la date du Recensement de 2006 (le 16 mai). La « mobilité ethnique » telle qu’elle s’applique aux MétisNote 29doit être prise en compte si les résultats de la présente analyse sont comparés à ceux d’autres périodes.

Les Métis ont tendance à être citadinsNote 20 : en 2006, 69 % d’entre eux vivaient dans de grandes villes (RMR) ou dans de petites régions urbaines. Pourtant, parmi les citadins, les Métis étaient deux fois plus susceptibles que les non-Autochtones de vivre dans de petits centres urbains (41 % contre 20 %)Note 20. Dans le cadre de la présente étude, le type de classification des régions normalisées du Recensement de 2006Note 30 a servi à classifier les subdivisions de recensement selon qu’elles faisaient partie de l’une ou l’autre des zones suivantes : région métropolitaine de recensement (RMR), agglomération de recensement (AR), zone d’influence de RMR ou zone d’influence d’ARNote 30Note 31. Dans les zones situées en dehors de RMR et d’AR, le type de secteur statistique est défini par les caractéristiques de la subdivision de recensement (SDR) selon les déplacements pour aller travailler dans des RMR ou des AR, ce qui permet de déterminer si la SDR est une « zone d’influence métropolitaineNote 30».

Pour contrôler les éventuelles variations dues aux effets non mesurés de l’accès ou non aux soins de santé primaires sur le risque d’hospitalisation pour des CPSA, la présente étude porte sur les membres de la cohorte qui résidaient dans des types de classification des régions normalisées allant des RMR aux zones n’appartenant pas à des RMR ou à des AR, qui étaient fortement ou moyennement influencées par les régions métropolitaines environnantes. Les répondants qui vivaient dans des régions faiblement influencées par les régions métropolitaines, dans des zones où l’influence métropolitaine était inconnue ou encore dans des régions pour lesquelles il manquait le type de secteur statistique, ont été exclus. La cohorte était constituée de 2,86 millions de répondants au questionnaire du recensement, dont 36 700 Métis (tableau 1).

En 2011, Statistique Canada a modifié les normes des régions urbaines et des régions rurales. Les chercheurs qui utilisent des séries de données plus récentes doivent se reporter aux normes à jourNote 31.

Résultats

Les hospitalisations pour des CPSA étaient celles associées à un « diagnostic principal » de diabète, de maladie pulmonaire obstructive chronique, d’asthme, d’angine de poitrine, d’état de grand mal et autres convulsions épileptiques, d’insuffisance cardiaque et d’œdème pulmonaire ou d’hypertensionNote 32, codé en vertu de la Classification statistique internationale des maladies et des problèmes de santé connexes, dixième révision, Canada (CIM-10-CA) (tableau A explicatif de l’annexe)Note 33. On a créé des variables dichotomiques pour indiquer si les personnes avaient été hospitalisées au moins une fois pour chaque problème de santé ainsi que pour chaque type de CPSA.

Chez les personnes hospitalisées pour des CPSA, l’indice de comorbidité de CharlsonNote 34Note 35 a été déterminé en fonction de 24 diagnostics autres que le « diagnostic principal », mentionnés dans chaque dossier d’hospitalisation (voir le tableau explicatif B de l’annexe pour connaître les définitions des codes CIM-10-CA).

Covariables

Les résidences urbaines ou ruralesNote 36Note 37 le revenu, le niveau de scolarité et l’emploiNote 38Note 39 sont fortement liés à la santé. Ces covariables, tirées des renseignements interreliés des recensements, ont été utilisées pour corriger les modèles de régression.

La résidence était définie comme faisant partie de la RMR, de l’AR ou d’une zone fortement ou modérément influencée par une RMR.

Le quintile du revenu du ménage était dérivé à l’échelle de la famille économique ou directement pour les personnes hors famille. Le revenu total de toutes les sources après impôts pour tous les membres de chaque ménage était calculé et corrigé pour tenir compte de la taille du ménage et divisé en quintiles.Pour réduire les différences de revenu régionales, les seuils de démarcation des quintiles de revenu étaient estimés pour chaque province ou territoire en utilisant la répartition du revenu après impôts dans cette province ou ce territoire. Les personnes se sont vu attribuer le quintile auquel correspondait le revenu de leur ménage.

Le niveau de scolarité correspondait au plus haut niveau de formation scolaire atteint. Deux niveaux étaient définis : 1) diplôme d’études secondaires ou plus (certificat d’apprenti inscrit, autre certificat ou diplôme d’une école de métiers, diplôme d’un collège ou d’un cégep ou autre diplôme non universitaire, diplôme universitaire) ou 2) sans diplôme d’études secondaires.

La situation d’activité faisait référence à la semaine avant la date du recensement (semaine de référence). Trois niveaux étaient définis : personne occupée (a travaillé durant la semaine de référence), chômeur (à la recherche d’un emploi, disponible pour travailler, mais n’ayant pas travaillé) et inactif (ne travaillant pas, ne cherchant pas d’emploi, n’étant pas disponible pour travailler).

Comme les recherches ont montré qu’il existait des liens entre la situation des particuliers dans le ménage et les résultats en matière de santéNote 40Note 41, les modèles ont été corrigés pour tenir compte de la situation des particuliers dans le ménage.

Méthodes statistiques

Les taux d’hospitalisation normalisés selon l’âge (THNA) pour 100 000 habitants et les intervalles de confiance (IC) de 95 % ont été calculés selon l’identité métisse ou non autochtone pour (au moins une) hospitalisation pour des CPSA et séparément pour chaque CPSA. Les dossiers d’hospitalisation de 2006-2007 à 2008-2009 ont été regroupés. Les THNA ont été calculés en divisant les hospitalisations des Métis et des non-Autochtones (numérateur) par le nombre estimé de personnes non pondérées dans la cohorte à l’étude pour le même groupe d’identité (dénominateur) multiplié par trois. Les poids d’échantillonnage permettent de tenir compte du plan de sondage et de la sous-représentation ou de la surreprésentation de personnes présentant certaines caractéristiques. Comme les facteurs de pondération du recensement n’ont pas été corrigés pour tenir compte de l’admissibilité au couplage, les facteurs de pondération du questionnaire détaillé du recensement ne sont pas représentatifs de la cohorte couplée. Par conséquent, la présente analyse repose sur une cohorte à l’étude non couplée.

On a utilisé la méthode directe pour normaliser la structure par âge de la population autochtone du Recensement de 2006. Les erreurs-types pour créer des intervalles de confiance de 95 % pour les THNA ont été dérivées en utilisant les modèles décrits par SpiegelmanNote 42.

Le ratio des taux (RT) présentant des intervalles de confiance de 95 % a été calculé pour les Métis par rapport aux non-Autochtones.

Pour déterminer si des facteurs comme la situation socioéconomique étaient liés aux écarts de risque qui existent entre les Métis et les non-Autochtones concernant leurs hospitalisations pour des CPSA, on a utilisé des modèles de régression logistique multivariés pour estimer la cote exprimant le risque, en s’appuyant sur les adultes non autochtones vivant en milieu urbain de la cohorte comme groupe de référence. Cinq modèles séquentiels ont été estimés et des corrections pour tenir compte des covariables ont été ajoutées selon l’ordre suivant : 1) âge, sexe et province ou territoire de résidence, 2) type de classification des régions normalisées, 3) quintile de revenu du ménage total par personne, 4) niveau de scolarité et 5) situation d’activité et situation des particuliers dans le ménage.

Les analyses ont été effectuées au moyen de la version 9.3 de SAS.

Résultats

Cohorte à l’étude

Les Métis vivant en milieu urbain membres de la cohorte à l’étude étaient un peu plus jeunes que leurs homologues non autochtones. L’âge médian était respectivement de 40 ans et de 44 ans (tableau 1). Un quart (24 %) des Métis membres de la cohorte vivaient en Ontario contre environ la moitié (54 %) des membres non autochtones. Un peu plus de la moitié des Métis (56 %) vivaient dans des RMR et 14 % d’entre eux résidaient dans des zones modérément influencées par une région métropolitaine. Chez les non-Autochtones, les chiffres étaient de 75 % et de 7 %. Les Métis étaient plus susceptibles que les non-Autochtones d’appartenir aux deux quintiles de revenu du ménage les plus bas et de ne pas avoir de diplôme d’études secondaires. Les pourcentages étaient sensiblement les mêmes pour chaque groupe possédant un emploi et vivant seul.

Hospitalisation pour des conditions propices aux soins ambulatoires

De 2006-2007 à 2008-2009, 8,7 % (n = 30 345) des hospitalisations des membres de la cohorte à l’étude étaient associées à des CPSA. Même si les Métis représentaient 1 % de la cohorte totale, ils enregistraient 2 % des hospitalisations pour des CPSA.

Le THNA pour des CPSA était plus de deux fois supérieur chez les Métis que chez les non-Autochtones : 393 par rapport à 184 pour 100 000 habitants (RT : 2,14; IC : 1,96 à 2,33) (tableau 2). La différence la plus marquée était celle des hospitalisations liées au diabète. Le taux enregistré pour les Métis était parfois près de trois fois supérieur à celui des non-Autochtones : 110 contre 40 pour 100 000 habitants (RT : 2,75; IC : 2,31 à 3,28). Chez les Métis, le THNA était plus de deux fois plus élevé pour des problèmes de santé liés à une maladie pulmonaire obstructive chronique (RT : 2,36; IC : 2,07 à 2,70) et à l’asthme (RT : 2,35; IC : 1,48 à 3,72). Les taux d’hospitalisation pour tous les autres types de CPSA étaient aussi plus élevés chez les Métis.

Caractéristiques des personnes hospitalisées pour des conditions propices aux soins ambulatoires

Qu’il s’agisse de Métis ou de non-Autochtones, les personnes qui avaient été hospitalisées au moins une fois pour des CPSA avaient tendance à être plus âgées, à être de sexe masculin, à avoir des revenus plus modestes et un faible niveau de scolarité, à être inactives et à vivre seules (tableau 3). Les Métis et les non-Autochtones vivant dans des zones qui étaient seulement modérément influencées par une région métropolitaine étaient plus susceptibles d’avoir été hospitalisés pour des CPSA que leurs homologues vivant dans des RMR.

La prévalence de la comorbidité selon l’indice de comorbidité de Charlson chez les patients souffrant d’une CPSA était plus élevée chez les Métis que chez les patients non autochtones (tableau 4), mais les différences n’étaient pas significatives, possiblement en raison de la petite taille de l’échantillon.

Modèles de régression logistique

Les modèles de régression logistique ont permis de tester si les différences entre les facteurs géographiques, démographiques et socioéconomiques tenaient compte des taux d’hospitalisation pour des CPSA qui étaient plus élevés chez les Métis. Pour trois résultats, soit au moins une hospitalisation pour tout type de CPSA , une hospitalisation liée à un diabète ou une hospitalisation relative à une maladie pulmonaire obstructive chronique, les cotes exprimant le risque des Métis étaient plus élevées (tableau 5). Les cotes corrigées selon l’âge, le sexe et la province ou le territoire pour au moins une hospitalisation pour des CPSA étaient presque deux fois supérieures pour les Métis, comparativement aux non-Autochtones. En ce qui concerne les hospitalisations liées au diabète ou à une maladie pulmonaire obstructive chronique, les cotes étaient plus de deux fois plus élevées. D’autres corrections pour tenir compte du type de classification des régions normalisées ont permis de réduire les cotes des Métis, mais celles-ci sont demeurées considérablement plus élevées que celles des non-Autochtones. D’autres corrections pour tenir compte du quintile de revenu du ménage ont grandement réduit, mais non pas éliminé, les différences entre les deux groupes, tout comme les corrections en fonction du niveau de scolarité. L’inclusion de la situation d’activité et de la situation des particuliers dans le ménage a entraîné de légères baisses. Pourtant, même après l’application de toutes les corrections, il restait des différences importantes entre les deux groupes. Les cotes corrigées des hospitalisations liées au diabète étaient deux fois plus élevées pour les Métis que pour les non-Autochtones et la cote exprimant le risque d’hospitalisation lié à une maladie pulmonaire obstructive chronique ou à tout type de CPSA était près de 1,5 fois plus élevée pour les Métis.

Discussion

Les Métis âgés de 18 à 74 ans étaient beaucoup plus susceptibles que les non-Autochtones d’être hospitalisés pour une CPSA. Ces différences s’expliquaient, en partie, par certaines caractéristiques démographiques, géographiques et socioéconomiques.

En limitant la cohorte aux habitants de régions métropolitaines ou de zones influencées par des régions métropolitaines, nous avons tenté de contrôler les effets non mesurés de l’accès ou non aux soins primaires (la présence de médecins dans les régions urbaines). Le fait de résider à l’intérieur plutôt qu’à l’extérieur d’une RMR était associé à une cote exprimant le risque d’hospitalisation pour des CPSA plus faible. L’augmentation du gradient des hospitalisations pour des CPSA était évidente dans le type de classification des régions normalisées, et ce, des RMR aux zones modérément influencées par des régions métropolitaines. Toutefois, les différences en matière d’hospitalisation pour des CPSA ne venaient pas que du secteur de résidence des deux groupes. Les Métis se heurtaient peut-être à des obstacles similaires à ceux signalés par les Autochtones en général pour recevoir des soins de santé primairesNote 43Note 44Note 45Note 46.

La correction en tenant compte des caractéristiques socioéconomiques a permis de réduire les écarts entre les deux groupes, mais il demeurait des différences importantes. Ces différences étaient peut-être dues à des facteurs de risque, comme l’usage quotidien du tabac et un mauvais état de santé, qui étaient plus présents chez les MétisNote 10Note 15Note 47 mais n’étaient pas compris dans les données couplées du recensement et de la BDCP.

Les résultats de la présente étude laissent entendre qu’il y avait une plus forte prédominance de comorbidités graves chez les Métis hospitalisés pour au moins une CPSA. De telles différences peuvent, en partie, expliquer le lien constant qui existe entre l’hospitalisation pour des CPSA et l’identité métisse, et ce, même après l’application de toutes les corrections. La comorbidité chez les patients métis ayant une CPSA donne à penser qu’il existe des maladies plus graves, ou que les problèmes de santé se sont aggravés et ont accru le risque d’être hospitalisé pour des CPSA. Ces résultats sont conformes à ceux de recherches qui présentent la comorbidité comme pouvant expliquer la probabilité plus élevée d’être hospitalisés chez les Métis atteints de diabète par rapport à l’ensemble de la populationNote 21.

Mot de la fin

Les Métis vivant dans des RMR ou dans des zones d’influence de RMR sont plus susceptibles que les non-Autochtones vivant dans le même genre d’endroit d’être hospitalisés pour des CPSA. Certaines différences peuvent venir de la prévalence accrue de la comorbidité chez les Métis, mais ce point nécessite d’être approfondi. Des recherches reposant sur d’autres sources de données sont nécessaires pour évaluer le rôle des états chroniques de comorbidité, du recours aux soins de santé primaires et des comportements influant sur la santé afin d’établir un lien entre l’identité métisse et le risque d’être hospitalisé pour des CPSA.

Annexe

Références
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