Rapports sur la santé
Activité physique et comportement sédentaire : association parent-enfant

par Didier Garriguet, Rachel Colley et Tracey Bushnik

Date de diffusion : le 21 juin 2017

L’activité physique insuffisanteNote 1Note 2 et le temps sédentaire excessif, plus particulièrement le temps passé devant un écranNote 3Note 4, sont négativement associés à une variété d’indicateurs de la santé physique et mentale chez les enfants. Moins de 10 % des enfants canadiens respectent les lignes directrices actuelles de 60 minutes d’activité physique modérée à vigoureuse (APMV) par jourNote 5.

Les parents peuvent exercer une influence sur le niveau d’activité physique de leurs enfants en leur servant de modèles de comportement (en étant actifs eux-mêmes), en leur fournissant du soutien matériel (financier, logistique, coparticipation) et en les encourageantNote 6Note 7. Le degré auquel le faible niveau d’activité physique des enfants canadiens peut être attribué au milieu familial est inconnu. Cependant, seulement 15 % des adultes canadiens respectent les lignes directrices actuelles de 150 minutes d’APMV par semaineNote 8et selon deux études, les adultes canadiens qui ont des enfants sont moins actifs que ceux qui n’en ont pasNote 9Note 10.

Un examen des publications antérieures sur les liens entre l’activité physique des parents et celle des enfants a fait ressortir des résultats variablesNote 6Note 11Note 12, partiellement attribuables aux différences entre les groupes d’âge étudiés et au mode de collecte des données sur l’activité physique, qui pouvaient être soit déclarées soit mesurées. Peu d’études ont utilisé des accéléromètres pour évaluer le lien entre le niveau d’activité physique des parents et celui des enfants d’âge scolaire (6 à 13 ans); celles qui le faisaient mettaient l’accent sur les enfants plus âgés de ce groupe d’âge. Trois études ont fait état d’une association positive entre l’APMV des parents et celle des enfantsNote 13Note 14Note 15, tandis que d’autres ont observé un faible lien ou aucune associationNote 16Note 17.Deux analyses de données de podomètres ont fait état d’une relation positive en ce qui concerne les pas faits par jour par les parents et les enfantsNote 18Note 19.

Les associations concernant le temps sédentaire mesuré par accéléromètre chez les parents et les enfants varient aussiNote 13Note 14Note 16. Cependant, les associations concernant le temps passé devant un écran déclaré par les parents et les enfants (jouer à des jeux vidéo, regarder la télévision, se servir d’un ordinateur) sont plus uniformesNote 13Note 16Note 20Note 21.

Selon les données, la preuve de l’importance du modèle de comportement des parents en matière d’activité physique n’est pas concluante, mais celle de l’importance du soutien et de l’encouragement des parents l’estNote 6Note 11Note 12Note 22. L’inscription des enfants à des sports et à des activités organisésNote 23, le transport payé ou fourni pour se rendre aux activitésNote 15Note 24et l’encouragement donnéNote 15Note 25sont des exemples de facteurs parentaux qui ont été associés à un niveau plus élevé d’activité physique chez les enfants.

La présente analyse porte sur les associations entre l’activité physique et le comportement sédentaire (mesurés et déclarés) des parents et des enfants, et est fondée sur un échantillon de 1 328 paires de parents biologiques et d’enfants, tiré de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (2007 à 2013). Le modèle de comportement et le soutien des parents en matière d’activité physique, corrigés en fonction des habitudes de vie du ménage et des caractéristiques sociodémographiques, sont pris en considération.

Méthodes

Source des données

L’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS) est une enquête permanente de Statistique Canada, dans le cadre de laquelle des données sur la santé (déclarées et mesurées) sont recueillies auprès de la population âgée de 3 à 79 ans vivant à domicile. Les répondants remplissent un questionnaire à la maison et se rendent dans un centre d’examen mobile (CEM) pour une série de mesures physiques. Les habitants des réserves indiennes, les personnes vivant en établissement, les résidents de certaines régions éloignées et les membres à temps plein des Forces canadiennes sont exclus du champ de l’enquête. Plus de 96 % de la population est représentée. L’approbation déontologique pour l’ECMS a été obtenue du Comité d’éthique de la recherche de Santé CanadaNote 26. De plus amples renseignements figurent dans les publications antérieuresNote 27Note 28Note 29Note 30.

Les ménages sont sélectionnés au hasard à des emplacements particuliers de collecte de données à l’échelle du Canada. Lorsqu’un ménage est identifié, un membre est choisi au hasard pour prendre part à l’ECMS. Si la personne est âgée de moins de 12 ans, on demande aussi à un membre plus âgé de ce ménage de participer. Cette stratégie simplifie la logistique de l’enquête, puisqu’elle permet de veiller à ce que les enfants qui prennent part à l’ECMS soient accompagnés au CEM. En outre, les données sont ainsi recueillies pour deux membres du même ménage et, dans la plupart des cas, de la même famille.

Cette analyse se fonde sur des données tirées des trois premiers cycles de l’ECMS : de 2007 à 2009, de 2009 à 2011 et de 2012 à 2013. Au total, 4 152 enfants ont été choisis avec un autre membre de leur ménage. De ces derniers, 2 794 étaient des paires de parents biologiques et d’enfants. De ce nombre, 1 379 avaient des données d’accéléromètre valides pour le parent et l’enfant. Les femmes enceintes étaient exclues de l’étude. Les analyses préliminaires des données des accéléromètres ont révélé 48 valeurs aberrantes (plus de trois écarts-types pour l’APMV moyenne du parent et de l’enfant selon le sexe). L’étude examine un échantillon de 1 328 paires de parents et d’enfants âgés de 6 à 11 ans.

Mesures

L’interview à domicile renferme des questions au sujet du comportement sédentaire. On pose des questions aux parents sur le temps moyen que consacre l’enfant chaque jour à ce qui suit : 1) regarder la télévision ou des vidéos ou jouer à des jeux vidéo; 2) utiliser un ordinateur (travailler, jouer à des jeux, envoyer des courriels, clavarder, naviguer sur Internet). On demande aussi aux parents de parler de leurs propres activités devant un écran : temps moyen passé au cours d’une semaine typique pendant les trois derniers mois 1) devant un ordinateur; 2) pour jouer à des jeux vidéo; 3) pour regarder la télévision, des DVD ou des vidéos. Aux fins de cette analyse, des variables « temps passé devant un écran » ont été créées pour les enfants et les parents en cumulant les réponses à ces questions. Dans le cas des enfants, le point milieu de la catégorie de réponse choisie a servi lors du cumul du temps passé devant un écran (p. ex. le point milieu 1,5 heure par jour a été utilisé si l’intervalle de 1 à 2 heures a été choisi). Les catégories de réponses pour les questions concernant le temps passé devant un écran ont été modifiées au cycle 3, passant de « 1 à 2 heures » à « 1 à moins de 3 heures ». Le même point milieu (1,5 heure par jour) a été utilisé au cours du cycle 3.

L’indice de masse corporelle (IMC) a été calculé sous forme de poids mesuré en kilogrammes divisé par la taille mesurée en mètres carrés (kg/m2). La taille a été mesurée à 0,1 centimètre près au moyen d’un stadiomètre numérique ProScale M150 (Accurate Technology Inc., Fletcher, États-Unis), et le poids, à 0,1 kilogramme près, au moyen d’un pèse-personne Mettler Toledo VLC, avec terminal Panther Plus (Mettler Toledo Canada, Mississauga, Canada). L’IMC des parents a été classé selon les catégories « insuffisance pondérale / normal », « embonpoint » ou « obèse » en fonction d’une norme internationale se servant des seuils de 25 (embonpoint) et de 30 (obèse) kilogrammes/mètre carré (kg/m2)Note 31.L’IMC des enfants a été classé selon les catégories « mince/normal », « embonpoint » ou « obèse » au moyen des scores z et des seuils de l’IMC établis par l’Organisation mondiale de la SantéNote 32.

À la fin de leur visite au CEM, on a demandé aux participants capables de marcher de porter un accéléromètre Actical (Phillips – Respironics, Oregon, États-Unis), retenu par une ceinture élastique à leur hanche droite, durant les heures d’éveil, pendant sept jours d’affilée. Les participants ne pouvaient voir aucune donnée pendant qu’ils portaient l’appareil. L’Actical mesure et enregistre avec horodatage l’accélération dans toutes les directions, indiquant l’intensité de l’activité physique au moyen d’une valeur pour le nombre de mouvements et de pas par minute. Une journée valide a été définie comme comptant 10 heures ou plus de temps de port. Par répondant valide, on entend un répondant comptant au moins quatre jours de port valides. Le temps de port a été défini en soustrayant de 24 heures le temps pendant lequel l’accéléromètre n’a pas été porté. Le temps de non-port a été défini comme une période d’au moins 60 minutes consécutives sans mouvement, qui admettait une période de 1 à 2 minutes comptant un nombre de mouvements situé entre 0 et 100. Les seuils d’intensité du mouvement publiés ont été appliqués aux données afin de déterminer indirectement le temps sédentaire et l’APMVNote 33Note 34Note 35. Une description complète des procédures de réduction des données de l’accéléromètre figure dans un autre documentNote 5Note 8Note 28Note 29Note 30Note 36.

Covariables

Les covariables ont été divisées en quatre groupes : modèle de comportement des parents, soutien parental en matière d’activité physique, habitudes de vie du ménage et caractéristiques sociodémographiques.

L’activité physique des parents peut être considérée comme un exemple à suivre pour leurs enfants (modèle de comportement). Les variables du modèle de comportement des parents étaient l’APMV, le nombre de pas, le temps sédentaire et le temps passé devant un écran déclaré par les parents. On a évalué les associations avec ces variables du mouvement dans l’ensemble, les fins de semaine et les jours de semaine après 15 h.

La participation de l’enfant à des leçons ou à des sports de ligue ou d’équipe a servi comme réponse indirecte concernant le soutien parentalNote 23. Il a été déterminé au moyen de la question suivante : « Combien d’heures par semaine à peu près [votre enfant] consacre-t-il normalement à une activité physique (qui l’essouffle ou le fait avoir chaud plus que d’habitude) : ... à l’extérieur de l’école lorsqu’il participe à des leçons ou des sports de ligue ou d’équipe? » Les catégories de réponses étaient les suivantes : jamais, moins de 2 heures, de 2 à 3 heures, de 4 à 6 heures, et 7 heures ou plus.

Puisque les habitudes de vie ont tendance à se regrouper chez les individusNote 37Note 38Note 39, des corrections ont été apportées à plusieurs facteurs lors des analyses de régression : l’obésité (catégorie de l’IMC de l’enfant et du parent), la consommation de fruits et de légumes par l’enfant et le parent (somme de la fréquence de la consommation quotidienne de jus de fruit pur à 100 %, de fruits, de tomates ou de sauce tomate, de laitue ou de salade verte, de pommes de terre, et d’épinards, de feuilles de moutarde ou de chou vert), le tabagisme chez le parent (fumeur quotidien ou occasionnel par rapport à non-fumeur) et l’exposition de l’enfant à la fumée secondaire.

Les caractéristiques sociodémographiques étaient le sexe (enfant et parent), la scolarité du parentNote 40, la situation de parent seul au sein du ménage et l’âge du parent.

Analyse statistique

Les analyses ont été pondérées au moyen des poids de sondage regroupés de l’ECMS produits par Statistique Canada pour les cycles 1, 2 et 3Note 41. Des corrélations de Pearson ont été évaluées pour l’activité physique et le comportement sédentaire (mesurés et déclarés) des paires parent-fils et parent-fille pour des périodes particulières : dans l’ensemble, les fins de semaine et les jours de semaine après 15 h. Des régressions linéaires ont été examinées. Des corrections initiales ont été faites pour les variables du sexe du parent et de l’enfant, ainsi que de l’interaction entre le sexe du parent et l’activité physique. Les termes concernant l’interaction ont été supprimés parce qu’ils n’étaient pas significatifs dans les modèles. Les modèles ont été stratifiés selon le sexe de l’enfant. Les modèles définitifs ont été corrigés en fonction des variables du modèle de comportement des parents (mouvement), du soutien parental, des habitudes de vie du ménage et des variables sociodémographiques. Les données ont été analysées au moyen de SAS 9.3 (Institut SAS, Cary, Caroline du Nord) et de SUDAAN, avec 35 degrés de liberté. Afin de tenir compte des effets du plan de sondage, les intervalles de confiance à 95 % ont été estimés par la méthode du bootstrapNote 28Note 29Note 30.

Résultats

L’échantillon d’enfants (n = 1 328) est représentatif de la population canadienne âgée de 6 à 11 ans. L’âge moyen des enfants était de 8 ans, et ces derniers accumulaient en moyenne 60 minutes d’APMV par jour (tableau 1). Les parents avaient tendance à être des mères (59 %) qui avaient, en moyenne, 39 ans et qui accumulaient 21 minutes d’APMV quotidienne (tableau 1). Dans cet échantillon, les niveaux d’activité physique des parents et des enfants ne différaient pas de ceux de l’échantillon complet de l’ECMS (données non montrées).

L’activité physique mesurée par accéléromètre et le temps sédentaire parent-enfant étaient corrélés (tableau 2). Pour toutes les journées, les corrélations entre l’APMV (R = 0,17 à 0,24) et les pas (R = 0,19 à 0,26) des parents et des enfants étaient semblables, et dépassaient celles pour le temps sédentaire (R = 0,11 à 0,19). Cependant, ces résultats généraux cachent des différences selon le sexe de l’enfant. Les corrélations parent-fille avaient tendance à être supérieures par rapport aux corrélations parent-fils, sauf en ce qui concerne l’APMV et le temps sédentaire les jours de semaine après 15 h. Ces différences étaient favorisées par les corrélations mère-fils (R = 0,08 et 0,10 les fins de semaine et corrélations générales de l’APMV, respectivement). En ce qui concerne les données mesurées pour toutes les journées, les corrélations parent-enfant étaient inférieures en association avec le temps passé devant un écran ayant été déclaré et ses deux composantes (télévision et ordinateur) (tableau 2).

Modèle de comportement parental

Dans l’ensemble, un lien significatif était évident entre l’APMV du parent et celle de l’enfant tous les jours, les fins de semaine et les jours de semaine après 15 h. Cela représentait 5 à 10 minutes additionnelles d’APMV pour l’enfant si le parent était actif pendant 20 minutes. Ces liens persistaient chez les filles, sans égard à la période, mais seulement les jours de semaine après 15 h chez les garçons (tableau 3).

Les pas franchis par jour par le parent étaient aussi associés aux pas franchis par l’enfant tous les jours, les fins de semaine et après l’école (tableau 3). L’association était significative chez les garçons et les filles.

Un lien significatif a été décelé entre le temps sédentaire des parents et celui des enfants dans l’ensemble. En outre, la relation avec le temps passé devant un écran déclaré par le parent était, dans l’ensemble, significative, mais pas lorsque le sexe de l’enfant était pris en considération (tableau 3).

Soutien parental en matière d’activité physique

La participation déclarée de l’enfant à au moins deux heures de leçons ou de sports de ligue ou d’équipe par semaine était significativement associée à l’APMV de l’enfant tous les jours, après l’école et pendant les fins de semaine (tableau 4). Le soutien du parent à l’égard de l’activité physique de l’enfant était aussi associé à l’APMV du parent dans l’ensemble et les fins de semaine (figure 1), une association attribuable principalement aux filles (données non montrées).

Modèle de comportement et soutien des parents

Le soutien parental en matière d’activité physique avait un effet additionnel allant au-delà du modèle de comportement sur l’APMV de l’enfant (figure 2). L’effet était plus prononcé chez les parents les moins actifs (moins de 10 minutes d’APMV par jour) et diminuait alors que le niveau d’activité des parents augmentait. Dans le cas des parents les plus actifs (plus de 30 minutes d’APMV par jour), l’effet additionnel était encore positif, mais il n’était plus significatif.

Habitudes de vie du ménage et caractéristiques sociodémographiques

L’IMC d’un enfant (plus particulièrement des garçons) était significativement associé à son APMV, au nombre de pas faits et au temps sédentaire. D’autres facteurs des habitudes de vie du ménage (IMC des parents, consommation de fruits et de légumes par les parents et les enfants, exposition à la fumée secondaire, tabagisme chez les parents) n’étaient pas associés à l’activité physique de l’enfant (données non montrées). De plus, les caractéristiques sociodémographiques n’étaient pas, dans l’ensemble, significatives. Les seules associations observées touchaient les ménages constitués d’un seul parent du modèle des pas par jour, ainsi que celles touchant la scolarité des parents du modèle du temps sédentaire (données non montrées).

Discussion

Cette analyse montre que le modèle de comportement et le soutien des parents en matière d’activité physique étaient associés, de manière indépendante, à l’activité physique d’un échantillon représentatif d’enfants canadiens âgés de 6 à 11 ans. L’effet représentait une hausse de 5 à 10 minutes de l’APMV de l’enfant pour chaque tranche de 20 minutes additionnelles d’APMV du parent. Sans égard au niveau d’activité physique des parents, le fait de soutenir les enfants en les inscrivant à des leçons ou à des sports de ligue ou d’équipe a permis d’accroître davantage le niveau d’activité physique des enfants. Que le parent soit la mère ou le père n’a pas eu d’incidence sur le lien. Cependant, les différences étaient évidentes entre les paires parent-fille et parent-fils.

Dans l’ensemble, l’APMV des parents avait une corrélation positive avec l’APMV de leurs fils et de leurs filles. Un manque de corrélation a été observé entre les mères et leurs fils. Il s’agit d’une conclusion dont Fuemmeler et coll.Note 14 ont aussi fait état. Même si l’association significative de l’APMV chez le parent et l’enfant dans le cadre de l’analyse de l’ECMS confirme les études antérieuresNote 13Note 14Note 15, la comparaison d’études est restreinte par les différences en ce qui concerne l’âge de l’enfant, la disponibilité des données pour un parent ou les deux, et la manière dont les données de l’accéléromètre ont été réduites et analysées. En outre, les études qui faisaient état d’une association significative entre l’APMV des parents et l’APMV des enfants dans les modèles de régression corrigésNote 13Note 14Note 15, y compris la présente analyse, montraient que l’effet était relativement faible, les valeurs bêta allant de 0,23 à 0,44.

Deux études antérieures qui ne faisaient pas état d’un lien significatif entre l’APMV mesurée chez les parents et les enfantsNote 16Note 17 ont signalé des biais d’échantillonnage qui pourraient expliquer le manque de cohérence; plus particulièrement, les données n’étaient pas représentatives d’une vaste gamme de groupes socioéconomiques, et les parents étaient principalement des mères (plus de 80 %).

Selon l’analyse de l’ECMS, pour chaque 1 000 pas qu’un parent accumulait par jour, son enfant accumulait de 200 à 350 pas additionnels. Ce résultat est semblable à celui obtenu par une étude canadienne dans le cadre de laquelle des podomètres ont été utilisés, et qui a déterminé que 1 000 pas parcourus par jour par un parent équivalaient à 195 à 439 pas par jour pour son enfantNote 18.

Selon les résultats de l’ECMS, le temps sédentaire mesuré chez les parents était associé à celui mesuré chez les enfants, mais l’importance de l’association était faible. Chaque heure additionnelle de temps sédentaire chez un parent était associée à une hausse de 8 à 15 minutes du temps sédentaire chez l’enfant. D’autres études ont aussi montré qu’il n’y avait aucun lien entre le temps sédentaire mesuré chez les parents et celui mesuré chez les enfants, ou que ce lien était faibleNote 13Note 14Note 16.

Le temps passé devant un écran déclaré par les répondants a tendance à être associé de façon plus soutenue entre les parents et les enfantsNote 13Note 16Note 20Note 21. Cependant, dans la présente étude, une association n’a été décelée que dans les paires parent-fille. Des différences en ce qui a trait à la présence et à la vigueur des associations entre les comportements sédentaires mesurés et déclarés ont été remarquées en ce qui concerne les résultats en matière de santéNote 42et peuvent découler de la faible variabilité interindividuelle du temps sédentaire mesuréNote 43.

Le soutien et l’encouragement des parents sont associés à l’activité physique des enfantsNote 6Note 11Note 12Note 22Note 23Note 24Note 25. Cependant, la seule variable pertinente dans l’ECMS est le nombre d’heures par semaine qu’un enfant participe à des leçons ou à des sports de ligue ou d’équipe auxquels on suppose que le parent inscrit l’enfant et pour lesquels il assure le paiement et le transportNote 23. La présente étude a démontré que la participation d’un enfant à des leçons ou à des sports de ligue ou d’équipe était associée à une activité physique accrue, non seulement chez l’enfant, mais aussi chez le parent. On ne sait pas si cela est attribuable à la participation du parent à l’activité (entraîneur, arbitre, bénévole). Cependant, la vraisemblance de la coparticipation à l’activité physique augmente, selon les données, lorsque les enfants participent à des sports ou à des activités organisésNote 44. L’analyse de l’ECMS n’a pas traité des niveaux d’APMV du parent et de l’enfant au même moment, mais les données couvraient les périodes où les enfants étaient plus susceptibles d’être avec leurs parents (après l’école, en soirée et les fins de semaine).

Selon Tate et coll., les parents inactifs pourraient compenser le fait qu’ils ne servent pas de modèles de comportement en offrant de l’encouragement efficace. Cependant, dans le cas des parents actifs, l’encouragement n’a pas fait en sorte que leurs enfants, déjà très actifs, le soient davantageNote 15. Même si l’approche analytique et la définition du soutien ou de l’encouragement dans l’analyse de l’ECMS différaient de celles de Tate et coll., la présente étude a montré que le soutien a un effet additionnel et positif, sans égard au niveau d’APMV des parents. D’après les résultats de Tate et coll., le modèle de comportement ainsi que le soutien ou l’encouragement des parents peuvent être interchangeables. Cependant, selon la présente étude, le modèle de comportement et le soutien des parents exercent des effets indépendants sur l’activité physique des enfants.

Le sexe du parent n’avait pas un effet significatif dans l’analyse de l’ECMS, ce qui concorde avec certaines études antérieuresNote 15Note 17Note 18Note 45. D’autres ont fait état d’une incidence plus forte de l’activité physique des mères sur celle de leurs enfantsNote 19Note 22Note 23. On peut expliquer cette situation par le fait que les mères passent plus de temps avec leurs enfants que les pères, et qu’elles sont responsables d’une plus grande part du soutien logistique associé à la participation aux activités.

Points forts et limites

Parmi les points forts de cette analyse, il y a le grand échantillon de paires de parents biologiques et d’enfants pour lesquelles les données sur l’activité physique mesurée par accéléromètre ont été recueillies. En outre, l’étude est représentative des enfants canadiens âgés de 6 à 11 ans. Elle se sert de valeurs seuils validées pour l’APMV et le temps sédentaire, en plus de mettre l’accent sur les périodes particulières où les parents et les enfants sont susceptibles d’être ensemble. Les modèles ont été corrigés pour plusieurs variables de confusion éventuelles, notamment les habitudes de vie du ménage et les variables socioéconomiques types.

Malgré tout, il faut faire preuve de prudence dans l’interprétation des résultats. Les accéléromètres sont limités lorsqu’il faut mesurer les activités aquatiques, le cyclisme et le transport de charges, ce qui peut entraîner une sous-estimation de l’APMV des parents et des enfants. Dans l’ensemble, le taux de réponse à l’enquête était faible. La taille de l’échantillon était davantage réduite en comprenant uniquement les paires de parents biologiques et d’enfants. Même si des études antérieures ont montré que les enfants sont plus actifs lorsque les deux parents le sontNote 14, il n’était pas possible d’évaluer cette hypothèse parce que les données n’étaient disponibles que pour un parent. Les caractéristiques des habitudes de vie du ménage se regroupent chez les enfantsNote 38Note 39, mais les variables choisies (p. ex. la consommation de fruits et de légumes, l’exposition à la fumée secondaire) n’étaient pas significatives dans les modèles. Ces variables devaient représenter la valeur générale qu’accorde un ménage à un mode de vie sain. Cependant, elles sont peut-être trop éloignées des tendances en matière d’activité physique. La participation à des leçons ou à des sports de ligue ou d’équipe est une approximation du soutien parental qui servait à représenter la facilitation (transport, paiement de l’équipement et des articles). Même si cette mesure a déjà été utiliséeNote 23, l’interprétation est limitée par la nature de la question.

Mot de la fin

Dans un échantillon représentatif d’enfants canadiens, le modèle de comportement donné par les parents et leur soutien en matière d’activité physique étaient associés de manière indépendante au niveau d’activité physique des enfants. L’examen des influences parentales clés sur l’activité physique des enfants peut appuyer la planification d’interventions et l’élaboration de lignes directrices en santé familiale.

Remerciements

Les auteurs remercient Andrew Quigley de Statistique Canada de toute l’aide apportée lors de la préparation de l’ensemble de données des paires parent-enfant.

Références
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