Rapports sur la santé
Déplacement actif et santé des adultes : Enquête canadienne sur les mesures de la santé, 2007 à 2011

par Richard Larouche, Guy Faulkner et Mark S. Tremblay

Date de diffusion : le 20 avril 2016 Date de correction: (si nécessaire)

L’absence d’activité physique est fortement associée à un éventail de conséquences néfastes pour la santé des adultesNote 1Note 2Note 3. Par exemple, on estime qu’un niveau d’activité physique insuffisant est responsable d’environ 9 % de la mortalité prématurée dans le monde et de 6 % à 10 % de la charge de morbidité imputable à la maladie coronarienne, au diabète de type 2, au cancer du sein et au cancer du côlonNote 2.

Les lignes directrices canadiennes recommandent que les adultes cumulent 150 minutes d’activité physique d’intensité modérée à vigoureuse chaque semaineNote 4. Cependant, selon les données d’accélérométrie recueillies lors de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé de 2007 à 2009, seulement 15 % des adultes respectent cette recommandationNote 5. De même, selon les données d’accélérométrie de la National Health and Nutrition Examination Survey de 2003-2004, moins de 5 % des adultes américains étaient suffisamment actifsNote 6. Bien que ces estimations puissent être biaisées en raison des seuils utilisés pour mesurer l’activité physique de modérée à vigoureuseNote 7Note 8, on observe une prévalence élevée d’inactivité physique en consultant les données autodéclarées pour 122 paysNote 9.

Au cours de la dernière décennie, le déplacement actif a commencé à susciter de l’intérêt à titre de stratégie pour l’amélioration de la santé de la populationNote 10Note 11Note 12, qui réduit en même temps les émissions d’échappement ainsi que de gaz à effet de serreNote 13 et la congestion routièreNote 14. Le déplacement actif désigne le recours à des modes de déplacement non motorisés comme la marche et la bicyclette pour se rendre à un endroit, comme le lieu de travail, l’école, le parc ou les magasins.

Un examen systématique récent a trouvé seulement deux études qui avaient examiné la relation entre le déplacement actif et l’activité physique mesurée objectivement chez les adultesNote 15. Bien que certaines études aient montré que le déplacement actif est associé à un poids corporel plus faible et à l’amélioration des résultats liés à la santé, la qualité des éléments probants a été remise en questionNote 15Note 16 et on a soulevé des préoccupations au sujet de la validité externe et du biais de sélectionNote 16. Enfin, la majorité des études portaient uniquement sur les déplacements pour se rendre au travail, et une bonne partie d’entre elles ne faisaient pas de distinction entre la marche et le vélo, malgré que le vélo soit associé à une intensité d’activité physique plus élevéeNote 12Note 17.

La présente analyse examine les associations entre la marche et le vélo utilitaires, d’une part, et les mesures objectives de l’activité physique, de la composition corporelle, de la condition physique et des facteurs de risque de maladie cardiovasculaire, d’autre part, dans un échantillon représentatif de la population canadienne de 20 à 79 ans. On a émis deux hypothèses : 1) la marche et le vélo utilitaires sont associés à un niveau d’activité physique mesurée par accélérométrie plus élevé; 2) la bicyclette est plus fortement associée aux résultats liés à la santé que la marche.

Données et méthodes

Participants à l’enquête

Afin de maximiser la taille de l’échantillon, on a combiné les données des cycles de 2007 à 2009 et de 2010 à 2011 de l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS). La collecte des données s’est déroulée de mars 2007 jusqu’à la fin de novembre 2011, dans 33 sites au pays, auprès de 11 387 participants de 3 à 79 ans vivant dans les ménages privésNote 18Note 19Note 20. Les données sont représentatives de la population nationale.

L’enquête comprenait une interview au domicile du participant et une visite du participant à un centre d’examen mobile (CEM) pour y subir une série de mesures physiquesNote 18. Environ 96 % des Canadiens y étaient représentés. Étaient exclus du champ de l’enquête les habitants des trois territoires ainsi que ceux des réserves ou d’autres établissements autochtones des provinces, les membres à temps plein des Forces canadiennes, les résidents d’établissements et les personnes vivant dans certaines régions éloignées. L’enquête a reçu l’approbation déontologique du Comité d’éthique de la recherche de Santé Canada et on a obtenu par écrit le consentement éclairé de tous les participantsNote 19.

Des ménages sélectionnés pour les deux cycles, 72,7 % ont indiqué le sexe et la date de naissance de tous les membres du ménage. Dans chaque ménage répondant, on a choisi une ou deux personnes pour participer à l’enquête. Parmi ces personnes, 89,3 % ont répondu au questionnaire des ménages et, parmi ces dernières, 83,3 % ont mené à bien leur visite au CEM. Le taux de réponse global a été de 53,5 %. On a corrigé la pondération de la population pour tenir compte du biais de non-réponseNote 20.

La présente analyse est fondée sur les données pour 7 160 participants à l’enquête de 20 à 79 ans (3 614 femmes et 3 546 hommes). À la fin de leur visite au CEM, on a demandé aux participants à l’enquête de porter un accéléromètre Actical (Phillips – Respironics, Oregon, E.-U.). En tout, 5 689 participants ont fourni des données d’accélérométrie validesNote 21. Aux participants qui avaient un rendez-vous au CEM au cours de l’avant-midi, on a demandé de jeûner pendant la nuit, de sorte que 3 519 participants à l’enquête ont fourni un échantillon sanguin à jeun.

Procédures

Une description détaillée des procédures de collecte des données, des lignes directrices en matière de dépistage et des critères d’admissibilité aux différentes mesures est fournie en ligne dans le Guide de l’utilisateur des données de l’ECMSNote 22.

Le déplacement actif a été évalué à partir de deux éléments (l’un pour la marche et l’autre pour la bicyclette), comme suit : « Au cours des 3 derniers mois, durant une semaine normale, combien d’heures avez-vous habituellement passées à marcher [ou à faire de la bicyclette] pour vous rendre au travail ou à l’école ou pour faire des courses? » Les choix de réponse étaient : (1) N’en fait pas; (2) Moins d’une heure; (3) De 1 à 5 heures; (4) De 6 à 10 heures; (5) De 11 à 20 heures; (6) Plus de 20 heures. La présente analyse utilise trois catégories pour la marche (moins d’une heure, de 1 à 5 heures et plus de 5 heures) et pour la bicyclette (aucune, moins d’une heure et 1 heure ou plus), en fonction des distributions observées.

Un élément additionnel servait à évaluer le niveau quotidien habituel d’activité physique du participant, comme suit : « Si l’on pense aux 3 derniers mois, lequel des énoncés suivants décrit le mieux vos activités quotidiennes ou habitudes de travail? » Les choix de réponse étaient : (1) Normalement assis(e) pendant la journée, sans trop marcher; (2) Souvent debout ou en train de marcher pendant la journée, mais sans avoir à lever des objets; (3) Doit habituellement lever ou transporter des objets légers ou souvent monter des escaliers ou des pentes; (4) Doit faire du travail forçant/porter des objets très lourds.

On a demandé aux participants à l’enquête de porter un accéléromètre Actical, retenu par une ceinture élastique sur la hanche droite, durant leurs heures d’éveil, pendant sept jours consécutifs, sauf lors des activités aquatiques (natation ou bains). Les données ont été recueillies par périodes de 60 secondes. L’accéléromètre est très fiable techniquementNote 23 et a été validé pour la mesure de l’activité physique en fonction de la calorimétrie indirecte chez les enfants et les adultesNote 24. Les estimations de l’activité physique des adultes mesurée avec les accéléromètres Actical et Actigraph sont fortement corréléesNote 25.

Les protocoles d’évaluation de la composition corporelle et de la condition physique sont décrits en détail dans un autre documentNote 26. Ces tests ont été menés par des spécialistes formés certifiés par la Société canadienne de physiologie de l’exerciceNote 26. On a estimé la capacité cardiovasculaire (consommation maximale d’oxygène [VO2max]) chez les participants à l’enquête de 20 à 69 ans au moyen du Physitest aérobie canadien modifiéNote 26. La force de préhension a été mesurée deux fois pour chaque main à l’aide d’un dynamomètre Smedley III (Takei Scientific Instruments, Japon), puis les scores maximaux pour chaque main ont été combinés. On a évalué la souplesse du tronc à partir du test de flexion du tronc. L’indice de masse corporelle (IMC) (kg/m2) a été calculé en se fondant sur les mesures du poids et de la taille, calculées à 0,1 cm près et 0,1 kg près, respectivement. La circonférence de la taille a été mesurée à 0,1 cm près à la fin d’une expiration normale, au point médian entre la dernière côte flottante et le haut de la crête iliaque. Les plis cutanés ont été mesurés avec un adipomètre Harpenden (Baty International, R.-U.) au niveau des triceps, des biceps, du sous-scapulaire, de la crête iliaque et du mollet, après quoi on a fait la somme des mesuresNote 26.

La tension artérielle a été mesurée au moyen d’un moniteur automatiséNote 27. Au total, on a pris six mesures, espacées à une minute d’intervalle. On a ensuite calculé les tensions systolique et diastolique moyennes à partir des cinq dernières mesures.

Les échantillons sanguins ont été prélevés par un phlébotomiste agréé et analysés au Laboratoire de Santé Canada en respectant des protocoles normalisésNote 18. On a obtenu des échantillons de sang à jeun uniquement auprès des participants qui avaient visité le CEM au cours de la matinée. En raison de différences dans les protocoles de mesure de plusieurs biomarqueurs entre les deux cycles de l’ECMS, seuls les taux de triglycérides prélevés à jeun ont été pris en compte dans la présente étude. On a en outre pris en considération les marqueurs sanguins suivants, non prélevés à jeun : cholestérol à lipoprotéines de haute densité (HDL), cholestérol total, rapport cholestérol total / HDL, glycohémoglobine (Hba1c) et protéine C-réactive. D’autres détails sur l’échantillonnage, l’entreposage et l’analyse des échantillons biologiques sont fournis ailleursNote 18.

Traitement des données

Les données d’accélérométrie ont été traitées par Statistique Canada, conformément aux procédures décrites par Colley et coll.Note 5Note 21Note 28. Une journée était considérée valide si l’accéléromètre avait été porté 10 heures ou plus. Les participants comptant au moins quatre jours valides ont été inclus dans le sous-échantillon d’accélérométrie (n= 5 689). On a obtenu le temps de port quotidien en soustrayant de 24 heures le temps pendant lequel l’accéléromètre n’avait pas été porté (défini comme des périodes d’au moins 60 minutes consécutives sans mouvements dénombrés, mais admettant une période de 1 à 2 minutes comptant de 0 à 100 mouvements dénombrés). Les seuils d’intensité de l’activité physique (en nombre de mouvements dénombrés par minute) étaient : moins de 100, pour la sédentarité; 100 à 1 534, pour l’activité physique légère; 1 535 à 3 961, pour l’activité physique modérée, et 3 962 et plus, pour l’activité physique vigoureuseNote 28Note 29. Comme la majorité des participants ne s’étaient livrés à aucune activité physique vigoureuse, on a combiné les données de l’activité physique modérée et de l’activité physique vigoureuse (APMV), après quoi on leur a appliqué une transformation racine carrée pour tenir compte de l’asymétrie de la distribution.

Analyses statistiques

Toutes les analyses ont été exécutées en Stata, version 13 (StataCorp, College Station, TX), en utilisant les poids d’enquête se rapportant aux cycles combinés. Des ensembles de poids d’enquête différents ont été créés par Statistique Canada pour tenir compte des données manquantes, des mesures d’accélérométrie et des échantillons de sang prélevés à jeun. En raison de la complexité du plan de sondage, les intervalles de confiance de 95 % ont été estimés par la méthode du bootstrapNote 30, et le nombre de degrés de liberté a été fixé à 24Note 20. Les participants à l’enquête pour lesquels il manquait des données sur la scolarité (n = 66), le revenu du ménage (n = 187) et(ou) le niveau quotidien habituel d’activité physique (n = 4) ont cumulé moins d’activité sédentaire (p = 0,005) que les autres, mais en ce qui a trait aux niveaux de marche et de vélo utilitaires ou aux autres résultats d’intérêt, on n’a noté aucune différence. On a utilisé la suppression à partir d’une liste (listwise) pour les analyses subséquentes.

On a eu recours à des analyses du khi-carré pour évaluer les différences entre les niveaux de marche et de vélo utilitaires selon le sexe, le groupe d’âge (20 à 39 ans, 40 à 59 ans et 60 à 79 ans), le niveau de scolarité (diplôme d’études universitaires, collégiales ou secondaires), le revenu annuel du ménage (moins de 40 000 $, 40 000 $ à 79 999 $, et 80 000 $ et plus) et le niveau quotidien habituel d’activité physique autodéclaré (« normalement assis » par rapport aux autres catégories). On a également évalué l’association entre les niveaux de marche et de vélo à l’aide d’un test du khi-carré. Les associations entre les niveaux de marche et de vélo, d’une part, et les mesures de l’activité physique, la composition corporelle et la condition physique ainsi que des facteurs de risque de maladie cardiovasculaire, d’autre part, ont été examinées au moyen d’analyses ANCOVA (en utilisant la procédure du modèle linéaire généralisé). Ces modèles ont été ajustés pour tenir compte de la complexité du plan de sondage ainsi que de l’âge (sous forme de variable continue), du sexe, du niveau de scolarité, du revenu du ménage, du niveau quotidien habituel d’activité physique et des niveaux de marche ou de vélo (variable non dépendante). Les résultats sont présentés sous forme de coefficients de régression fondés sur un modèle (avec intervalles de confiance de 95 %) pour ce qui est des comparaisons par paires des trois niveaux de marche et de vélo utilitaires. Enfin, on a utilisé des corrections de Bonferroni pour ajuster les valeurs de p en fonction des comparaisons multiples des trois niveaux de marche et de vélo. Ainsi, la valeur de α a été établie à 0,0166.

Résultats

Le tiers (34,2 %) des participants à l’enquête ont déclaré faire de la marche utilitaire moins d’une heure par semaine. Les proportions ayant déclaré marcher de 1 à 5 heures par semaine et plus de 5 heures par semaine étaient de 48,0 % et 17,8 %, respectivement (tableau 1). La prévalence de la marche plus de 5 heures par semaine était plus élevée chez les femmes, les adultes plus jeunes, les personnes ne détenant pas de diplôme d’études universitaires, celles ayant un revenu annuel inférieur à 40 000 $ et celles exerçant une profession non sédentaire (tableau 2).

La majorité des participants (94,0 %) ont déclaré ne pas faire de vélo utilitaire; 2,4 % ont déclaré en faire moins d’une heure par semaine et 3,7 %, au moins une heure par semaine (tableau 3). Les hommes et les adultes plus jeunes étaient beaucoup plus susceptibles que les femmes et les adultes plus âgés de déclarer en faire au moins une heure par semaine. Les heures de vélo utilitaire n’étaient pas associées au niveau de scolarité, au revenu du ménage ou au niveau quotidien habituel d’activité physique autodéclaré. On a observé une association positive significative entre les niveaux déclarés de marche et de vélo utilitaires (χ2[4 df]= 4,3; p = 0,008, données non présentées).

La marche utilitaire était associée positivement à l’APMV quotidienne, par gradient. Ainsi, les participants à l’enquête qui marchaient plus de 5 heures par semaine cumulaient 9,3 minutes additionnelles d’APMV chaque jour (p < 0,001) (tableau 4). Cependant, les participants ayant déclaré marcher de 1 à 5 heures par semaine cumulaient moins d’activité physique d’intensité légère que ceux marchant le moins (-17,6 minutes par jour; p = 0,001). En comparaison des participants qui marchaient de 1 à 5 heures, ceux qui marchaient plus de 5 heures par semaine avaient une plus faible épaisseur des plis cutanés (-4,1 mm; p = 0,010). Dans une analyse de la sensibilité (données non présentées) où le niveau quotidien habituel d’activité physique autodéclaré était exclu des variables de contrôle, les coefficients fondés sur le modèle et leur signification statistique n’ont pas varié.

On observait également un gradient entre le vélo utilitaire et l’APMV (tableau 5), mais les différences étaient significatives uniquement entre les adultes ayant déclaré faire du vélo au moins une heure par semaine et ceux ayant déclaré ne pas en faire. En comparaison des participants à l’enquête qui n’en faisaient pas, ceux qui faisaient du vélo moins d’une heure par semaine présentaient un taux inférieur de glycohémoglobine (-0,1 %; p = 0,015); les participants qui en faisaient une heure ou plus par semaine cumulaient davantage d’APMV (15,6 min/jour; p < 0,001) et avaient une meilleure capacité aérobique (+3,3 mL O2∙kg-1∙min-1, p < 0,001), un IMC inférieur (-1,9 kg/m2; p < 0,001), une plus petite circonférence de la taille (-6,0 cm; p < 0,001), un meilleur rapport cholestérol total / HDL (-0,3; p = 0,016), ainsi que des taux moins élevés de glycohémoglobine (-0,1 %; p = 0,012), de protéine C-réactive (-6,7 nmol/L; p = 0,004) et de triglycérides (-0,3 mmol/L; p = 0,013). Qui plus est, les adultes qui faisaient du vélo une heure ou plus par semaine avaient une meilleure capacité aérobique (+2,7 mL O2∙kg-1∙min-1; p = 0,001), un IMC inférieur (-1,8 kg/m2; p = 0,013) et une plus petite circonférence de la taille (-5,6 cm; p = 0,003) que ceux qui en faisaient moins d’une heure par semaine.

Discussion

Conformément à la première hypothèse, les adultes ayant déclaré un niveau élevé de déplacements actifs (marche et vélo utilitaires) ont cumulé plus d’APMV quotidienne. Par rapport aux participants à l’enquête qui n’en faisaient pas, ceux qui faisaient du vélo au moins une heure par semaine avaient une meilleure capacité aérobique, un IMC moins élevé, une plus petite circonférence de la taille, ainsi qu’un rapport cholestérol total / HDL et des taux de glycohémoglobine, de protéine C-réactive et de triglycérides inférieurs. Ces résultats appuient la seconde hypothèse émise d’une association plus étroite entre le vélo et une réduction des facteurs de risque de maladie cardiovasculaire, comparativement à la marche.

D’autres études ont montré que lorsque la quantité d’activité augmente dans un domaine en particulier de l’activité physique, elle a tendance à diminuer dans les autresNote 31. Par conséquent, il importe de déterminer si les personnes qui se déplacent par un moyen actif sont plus actives en général. La présente étude est l’une des premières à examiner les relations entre le déplacement actif et les mesures objectives de l’activité physique au sein d’un large échantillon représentatif de la population nationale d’adultes. Le déplacement actif était associé à une quantité d’APMV plus élevée, ce qui concorde avec les résultats d’études fondées largement sur des autodéclarations de l’activité physiqueNote 15. En revanche, dans la présente analyse, les adultes ayant déclaré marcher de 1 à 5 heures par semaine cumulaient beaucoup moins d’activité physique légère. Aucune association n’est ressortie, non plus, entre le déplacement actif et la sédentarité, ce qui donne à penser que les déplacements actifs ne suffisent pas pour réduire le temps d’inactivité (plus de 9 heures par jour) chez les Canadiens adultes.

Après prise en compte des facteurs confusionnels potentiels, peu d’associations ont émergé entre la marche utilitaire et les résultats liés à la santé, mais selon l’analyse de la sensibilité, ces conclusions ne sont pas attribuables à l’inclusion du niveau quotidien habituel d’activité physique autodéclaré comme variable de contrôle. Cela est à l’opposé des conclusions d’une méta-analyse d’essais cliniques randomisés de la marche de loisir, qui ont dégagé des changements favorables dans les mesures de la capacité aérobique, la composition corporelle et la tension artérielleNote 32. Dans des études de suivi de la Nurse’s Health Study et de la Women’s Health Initiative Observational StudyNote 33Note 34, la marche de loisir a été associée à un risque d’événement cardiovasculaire réduit, mais un examen critique12 a signalé que les études montrant les bienfaits cardiovasculaires de la marche visent habituellement les adultes les moins jeunes qui parcourent de grandes distances à pied à un niveau élevé d’intensité et ne réduisent pas leurs autres activités en conséquence. Il est possible que la marche utilitaire ne soit pas suffisamment intense pour entraîner des bienfaits cardiovasculaires, particulièrement chez les jeunes adultes qui ont tendance à avoir une meilleure capacité aérobiqueNote 12.

Une autre explication possible des conclusions observées est que les participants à l’enquête ayant déclaré davantage d’heures de marche utilitaire sont peut-être moins actifs aux autres moments de la journéeNote 31. Si on considère que les personnes marchant de 1 à 5 heures par semaine cumulent moins d’activité physique légère que leurs homologues marchant moins d’une heure par semaine, cette théorie semble plausible. De plus, la marche utilitaire était associée au faible statut socioéconomique (SSE). Malgré les corrections pour tenir compte du niveau de scolarité et du revenu du ménage, il est possible qu’un effet confusionnel résiduel lié au SSE persiste. Par exemple, les analyses ne tenaient pas compte de la qualité du régime alimentaire, laquelle peut être pauvre chez les personnes ayant un faible SSE et, de ce fait, accroître leur risque de maladie cardiovasculaireNote 35. Enfin, des erreurs de mesure ont peut-être nui à la détection de différences significatives entre les niveaux de marche.

Malgré l’absence d’associations significatives entre la marche utilitaire et les résultats liés à la santé, ce mode de déplacement pourrait néanmoins offrir des avantages sur le plan environnemental, notamment la réduction des émissions d’échappement et de gaz à effet de serreNote 13Note 14. Enfin, l’adoption en masse du déplacement actif en remplacement de la voiture pourrait réduire l’exposition aux matières particulaires atmosphériques, dont on sait qu’elles accroissent le risque cardiovasculaireNote 36.

On a dégagé de fortes associations entre le vélo utilitaire au moins une heure par semaine et l’APMV, la capacité aérobique et les facteurs de risque cardiovasculaire. Par exemple, la différence moyenne d’APMV entre les participants à l’enquête ayant déclaré au moins une heure de vélo par semaine et ceux ayant déclaré ne pas en faire s’élève à 109,2 minutes par semaine (plus de 70 % de l’APMV hebdomadaire recommandéeNote 4). De même, la différence moyenne de capacité aérobique correspond à près d’un équivalent métabolique. Les différences moyennes d’IMC (-1,9 kg/m2), de circonférence de la taille (-6,0 cm), et de taux de triglycérides (-0,3 mmol/L) et de protéine C-réactive (-6,7 nmol/L) étaient également élevées. Ces mesures sont des prédicteurs importants de la maladie cardiovasculaire subséquenteNote 1. La forte association entre la pratique du vélo au moins une heure par semaine et l’APMV — malgré les limites que comporte l’utilisation d’accéléromètres pour mesurer l’activité physique à bicycletteNote 37 — porte à croire que les adultes qui font du vélo utilitaire sont peut-être aussi plus actifs aux autres moments de la journée.

S’accordant avec les conclusions de la présente analyse, un examen systématique a mentionné que de petits essais cliniques randomisés ont montré que les déplacements à vélo pour se rendre au travail sont une façon efficace d’augmenter la capacité aérobique des adultesNote 17. De même, il a été rapporté que les adultes se rendant au travail à vélo ont une cote moins élevée exprimant le risque d’embonpoint/obésitéNote 38Note 39, et dans des études prospectives, l’utilisation du vélo pour se rendre au travail est associée à une réduction du risque de mortalité toutes causes confonduesNote 40Note 41. Aucune réduction n’a toutefois été notée à cet égard dans le cas d’une cohorte d’adultes du Royaume-Uni ayant déclaré des niveaux plus faibles de déplacement à bicycletteNote 42.

La présente étude ajoute aux données probantes existantes en examinant un éventail élargi de destinations. Alors qu’un lieu de travail peut être trop loin pour s’y rendre à vélo, d’autres destinations peuvent offrir la possibilité de faire du vélo utilitaire.

Dans l’ensemble, 3,7 % des participants ont déclaré faire de la bicyclette au moins une heure par semaine, les pourcentages d’hommes et de jeunes adultes s’avérant beaucoup plus élevés que les autres. Des enquêtes d’envergure menées auprès d’adultes en Australie, au Canada, au Royaume-Uni et aux États-UnisNote 43 ont dégagé des écarts similaires selon l’âge et le sexe. En revanche, aucune différence associée au sexe n’a été observée au Danemark, en Allemagne ou aux Pays-Bas, où le vélo s’emploie plus couramment et de manière plus sécuritaireNote 43.

Limites et points forts

La principale limite de l’étude est sa conception transversale, qui empêche de déterminer la direction des relations observées. Deuxièmement, le plan d’enquête a limité l’ajustement statistique parce qu’il ne permettait que 24 degrés de libertéNote 20, ce qui a donné lieu à des analyses plus prudentes. Troisièmement, les accéléromètres n’indiquant pas si l’activité physique résultait du déplacement actif ou d’autres activités, l’analyse n’a pas été corrigée pour tenir compte de l’effet de l’APMV. Cela étant dit, les modèles ont été ajustés pour tenir compte des effets du niveau quotidien habituel d’activité physique autodéclaré (une mesure couramment utilisée dans les études épidémiologiques à grande échelleNote 44) et des niveaux de marche ou de vélo utilitaire en tant que variable non dépendante. Quatrièmement, les niveaux de marche et de vélo autodéclarés sont sujets à des biais attribuables à la remémoration et à la désirabilité socialeNote 45, limite que peut accentuer une seule question potentiellement difficile sur le plan cognitif. Cinquièmement, on ne connaît pas la fiabilité et la validité des questions sur le déplacement actif, bien que des travaux de recherche antérieurs donnent à penser que les modes et durées de déplacement déclarés par les adultes comportent une fiabilité test-retest élevéeNote 46. Des évaluations objectives de l’activité physique chez les adultes auraient peut-être mené à une association plus étroite avec les résultats liés à la santé, mais le recours aux systèmes de positionnement mondial (GPS) ou à l’observation directe pour évaluer le déplacement actif comporte des coûts prohibitifs pour les grandes enquêtes représentatives à l’échelle nationale.Les données ayant été recueillies tout au long de l’année, il est possible que les personnes se déplaçant à vélo pendant les mois chauds seulement n’aient pas été comptées parmi les cyclistes si elles n’avaient pas fait de vélo dans les trois mois ayant précédé leur entrevue et leur visite au CEM. De telles variations saisonnières du déplacement actif peuvent avoir contribué à une régression vers la moyenneNote 47.

La présente étude est l’une des premières à examiner les associations entre le déplacement actif (non limité à celui pour se rendre au travail), d’une part, et les mesures objectives de l’activité physique, la condition physique et la composition corporelle, ainsi que des facteurs de risque de maladie cardiovasculaire, d’autre part, au sein d’un large échantillon représentatif de la population nationale d’adultes. Le fait d’avoir utilisé des mesures directes pour toutes les variables de résultats a vraisemblablement permis d’éviter les biais de remémoration et de désirabilité sociale normalement associés aux indicateurs autodéclarés de l’activité physique et de la composition corporelleNote 45Note 48. Contrairement à la majorité des études nord-américaines, la présente étude a évalué la marche et le vélo utilitaires séparément plutôt qu’ensemble. Enfin, les questions de l’ECMS sur le déplacement actif ont permis d’examiner les effets de « doses » de marche et de vélo différentes.

Mot de la fin

Les conclusions de l’étude, fondées sur un large échantillon représentatif de la population nationale d’adultes, montrent une association par gradient entre la marche et le vélo utilitaires, d’une part, et l’APMV mesurée par accélérométrie, d’autre part. En ce qui concerne la marche utilitaire, on observe peu de différences dans les résultats liés à la santé d’un niveau d’activité à l’autre, mais l’utilisation du vélo au moins une heure par semaine était étroitement associée à une meilleure capacité aérobique, un IMC moins élevé, une plus petite circonférence de la taille, ainsi qu’un rapport cholestérol total / HDL et des taux de glycohémoglobine, de protéine C-réactive et de triglycérides inférieurs. Cela donne à penser que, par rapport à la marche, le vélo est peut-être associé à un profil plus cohérent de bienfaits pour la santé.

Étant donné la faible prévalence du déplacement actif, particulièrement à vélo, les études prospectives futures pourraient examiner les facteurs qui influent sur les habitudes de déplacement.En outre, l’étude des mesures de l’activité selon les quatre domaines de l’activité physique, à savoir celle de loisir, de transport, de travail/de l’occupation et domestique, permettrait d’évaluer l’effet d’une augmentation des taux de déplacement actif sur l’activité physique des autres domaines. Enfin, à l’avenir, les chercheurs pourraient examiner la courbe de la relation dose-réponse entre le déplacement actif et les résultats liés à la santé.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier la Dre Rachel Colley pour son aide dans le traitement des données d’accélérométrie et sa contribution à la conception des analyses. L’analyse a été exécutée au Centre de données de recherche local de Carleton, Ottawa, Outaouais (CDRL COO), qui fait partie du Réseau canadien des centres de données de recherche (RCCDR). Les services et les activités offerts par le CDRL COO sont rendus possibles par un soutien financier ou en nature du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, des Instituts de recherche en santé du Canada, de la Fondation canadienne pour l’innovation, de Statistique Canada, de l’Université Carleton, de l’Université d’Ottawa et de l’Université du Québec en Outaouais. Les opinions exprimées dans le présent article ne sont pas nécessairement celles du RCCDR ou de ses partenaires.

L’Enquête canadienne sur les mesures de la santé (ECMS), pour 2007 à 2011, a été financée par Statistique Canada, Santé Canada et l’Agence de la santé publique du Canada. Richard Larouche est titulaire d’une bourse de recherche postdoctorale accordée par les Instituts de recherche en santé du Canada. Il est, en outre, vice-président de la Healthy Transportation Coalition, à Ottawa, mais n’est pas rémunéré dans ce rôle. Guy Faulkner est titulaire d’une chaire en santé publique appliquée des Instituts de recherche en santé du Canada et de l’Agence de santé publique du Canada (IRSC/ASPC). Mark S. Tremblay a travaillé pour Statistique Canada à la création de l’ECMS; il est le conseiller scientifique de ParticipACTION, mais n’est pas rémunéré dans ce rôle, et il n’a aucune association commerciale en lien avec le présent article ou l’analyse connexe.

Références
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