Besoins perçus de soins de santé mentale au Canada : résultats de l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – Santé mentale (2012)

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par Adam Sunderland et Leanne C. Findlay

Beaucoup de Canadiens ont des besoins de soins de santé mentale (SSM), mais ces besoins ne sont pas tous satisfaitsNote1,2. De fait, la présence d’une maladie mentale a souvent été associée à un besoin non satisfaitNote1,3, malgré des pratiques fondées sur des données probantes qui suggèrent que la maladie mentale peut être traitée avec succèsNote4-7. On a montré que les taux de besoins non satisfaits sont élevés chez les personnes répondant aux critères de maladie mentaleNote8, particulièrement celles qui souffrent de dépressionNote9. Ce renseignement est pertinent compte tenu du fait qu’en 2012, on estimait que 10 % des Canadiens avaient souffert d’un trouble mental (dépression, trouble bipolaire, trouble anxieux généralisé, abus d’alcool, de cannabis ou de drogues ou dépendance à l’alcool, au cannabis ou aux drogues) au cours de l’année précédenteNote10.

Outre les troubles mentaux, d’autres facteurs de risque peuvent influer sur les besoins de SSM et (ou) sur la probabilité que ces besoins soient satisfaits. Des niveaux élevés de détresse, qu’ils soient accompagnés ou non d’une maladie mentale diagnostiquée, sont aussi liés à des besoins de SSM et à une utilisation de services de SSMNote1,3,Note11. En outre, les personnes ayant des problèmes de santé physique chroniques sont plus susceptibles que les autres de déclarer des besoins de SSMNote12, particulièrement des besoins non satisfaitsNote2.

Bon nombre d’études sur les besoins de SSM sont limitées du fait qu’elles mettent l’accent sur les besoins perçus non satisfaitsNote8,Note13,14, et non sur la mesure dans laquelle les besoins sont satisfaits ou non satisfaitsNote1,2,Note8,9. Par exemple, le concept de besoin « partiellement satisfait » s’applique aux personnes qui ont reçu certains SSM, mais qui estiment en avoir eu besoin davantage. Une autre limite des analyses antérieures tient au fait que les chercheurs se penchent généralement sur les besoins non satisfaits de SSM dans leur ensemble, plutôt que sur des besoins spécifiquesNote2,Note8,9,Note15.

En se fondant sur les données de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes – Santé mentale (ESCC – SM) menée en 2012, le présent article décrit la prévalence de quatre types de besoins de SSM perçus (information, médicaments, consultation et autres), ainsi que la mesure dans laquelle ils ont été satisfaits par rapport aux facteurs de risque de besoins de SSM, nommément les troubles mentaux, la détresse ou les problèmes de santé physique chroniques. Les obstacles éventuels à l’obtention de SSM sont aussi explorés.

Méthodologie

Source des données

L’ESCC – SM de 2012, une enquête transversale, fournit des estimations nationales des principaux troubles mentaux et de la prestation de services de SSM. L’échantillon de l’enquête était composé de la population à domicile de 15 ans et plus des provinces. En étaient exclus les habitants des réserves ou d’autres établissements autochtones, les membres à temps plein des Forces canadiennes, ainsi que les personnes vivant en établissement. Le taux de réponse a été de 68,9 %, ce qui a produit un échantillon de 25 113 personnes représentatif de 28,3 millions de CanadiensNote16.

Besoin perçu et état du besoin

Dans les travaux publiés, les besoins de SSM sont généralement mesurés en fonction des besoins perçus d’aide ou de traitement, plutôt qu’en fonction de la présence d’un trouble mental ou de l’utilisation des servicesNote8,Note12,13,Note17, car les personnes chez qui l’on a diagnostiqué une maladie mentale ne perçoivent pas toutes un besoin de traitementNote1,Note18 et les personnes qui perçoivent un besoin de SSM ne cherchent pas toutes à en obtenirNote2,Note14. En outre, les SSM peuvent aider les personnes ayant un niveau infraliminaire de maladie mentaleNote19-21 et prévenir chez elles l’apparition d’une maladie mentale graveNote22.

L’ESCC – SM renfermait des questions sur la nature de l’aide pour le traitement des problèmes liés aux émotions, à la santé mentale ou à la consommation d’alcool ou de drogues. On distinguait quatre types d’aide : 1) I’information sur les problèmes ou sur les traitements ou services disponibles; 2) les médicaments; 3) la consultation, thérapie ou aide concernant les relations interpersonnelles; et 4) les autres services de santé mentale. On a demandé aux participants à l’enquête quels types d’aide ils avaient reçue au cours des 12 mois précédents et, pour chaque type mentionné, s’ils estimaient en avoir reçue suffisamment. Pour chaque type d’aide non reçue, on leur a demandé s’ils estimaient en avoir eu besoin. À partir de ces renseignements, on a créé une variable comportant quatre niveaux d’état du besoin pour chaque type de SSM : 1) besoin nul; 2) besoin non satisfait (n’a pas reçu ce type d’aide, mais estime en avoir eu besoin); 3) besoin partiellement satisfait (a reçu ce type d’aide, mais estime en avoir eu besoin davantage); et 4) besoin satisfait (a reçu ce type d’aide et estime ne plus en avoir eu besoin). Des variables dichotomiques de besoin perçu ont aussi été établies pour chaque type de besoin, pour représenter les besoins non satisfaits, partiellement satisfaits ou satisfaits (plutôt que besoin nul). Enfin, l’état du besoin et une variable dichotomique de besoin perçu pour « n’importe quel » besoin ont été créées en combinant les variables d’état du besoin pour les quatre types de besoins. Aux fins de la présente étude, un besoin « partiellement satisfait » désigne un besoin plus grand pour n’importe quel type d’aide, ou encore un besoin satisfait pour un type d’aide donné, mais non satisfait pour un autre.

Corrélats des besoins perçus de SSM

Les analyses des besoins de SSM font souvent appel au modèle comportemental d’utilisation des services de santé d’AndersenNote8,Note23,24, qui associe à l’utilisation des services de santé des facteurs de prédisposition (liés à la tendance à utiliser les services de soins de santé), des ressources habilitantes (disponibilité des installations et du personnel, et la connaissance des ressources disponibles et la capacité à y accéder) et des facteurs liés aux besoins (état de santé).

Facteurs de prédisposition
Les participants à l’ESCC – SM de 2012 ont fourni des renseignements sur leur sexe, leur âge, leur statut d’immigrant et leur état matrimonial. On a établi quatre groupes d’âge, à savoir 15 à 24 ans, 25 à 44 ans, 45 à 64 ans, et 65 ans et plus. Les personnes nées à l’extérieur du Canada qui n’avaient pas la citoyenneté canadienne ont été considérées comme des immigrants. Par ailleurs, les participants ont été regroupés selon trois catégories d’état matrimonial : marié(e) / conjoint(e) de fait; divorcé(e)/séparé(e)/veuf(veuve); et célibataire/jamais marié(e).

Ressources habilitantes
Étaient considérées comme des ressources habilitantes le niveau de scolarité, le revenu du ménage, la situation d’emploi et l’emplacement. Le plus haut niveau de scolarité était réparti en trois catégories : pas de diplôme d’études secondaires, diplôme d’études secondaires, et études postsecondaires au moins partielles. Le revenu correspondait au ratio du revenu du ménage au seuil de faible revenuNote25 et a été subdivisé en quintiles. La situation d’emploi indiquait si le participant à l’enquête avait travaillé au cours des deux semaines ayant précédé l’entrevue de l’ESCC – SM de 2012.Les résidents des collectivités comptant 1 000 habitants ou plus dont la densité de population était d’au moins 400 personnes par kilomètre carré ont été considérés comme vivant dans un centre de population (par opposition à une région rurale).

Facteurs liés aux besoins
Trouble mental ou trouble lié à l’utilisation d’une substance. La Composite International Diagnostic Interview 3.0 des World Mental Health Surveys (WMH-CIDI)Note26 est un outil normalisé qui permet d’évaluer les troubles mentaux en fonction des critères du DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, Quatrième édition) et qui est couramment utilisé dans le cadre d’enquêtes auprès de la populationNote27,28. Six troubles mentaux (au cours de la vie et au cours de l’année précédente) ont été pris en compte dans l’ESCC – SM de 2012 : la dépression; le trouble bipolaire; le trouble anxieux généralisé; l’abus d’alcool et la dépendance à l’alcool; l’abus de cannabis et la dépendance au cannabis; et l’abus de drogues et la dépendance aux drogues. Des algorithmes de diagnostic ont permis d’identifier les participants à l’enquête qui satisfaisaient aux critères pour chaque trouble. La présente analyse porte uniquement sur les troubles de santé mentale ou les troubles liés à l’utilisation d’une substance éprouvés au cours des 12 mois précédents. Les participants ont été regroupés en quatre catégories mutuellement exclusives : 1) pas de trouble de santé mentale / trouble lié à l’utilisation d’une substance; 2) un ou plusieurs troubles de l’humeur et (ou) troubles anxieux (dépression, trouble bipolaire ou trouble anxieux généralisé); 3) un ou plusieurs troubles liés à l’utilisation d’une substance (abus d’alcool et (ou) de cannabis et (ou) de drogues ou dépendance à l’alcool et (ou) au cannabis et (ou) aux drogues; et 4) troubles concomitants (trouble de l’humeur ou trouble anxieux et n’importe quel trouble lié à l’utilisation d’une substance). Les troubles concomitants désignent les troubles subis au cours de la même période, mais pas nécessairement en même temps.

Détresse psychologique.
L’échelle K6 est une mesure validée de la détresse psychologique; une valeur de 13 ou plus est un indice permettant de prédire une maladie mentale graveNote29. Cela étant dit, la détresse psychologique a été associée à un besoin perçu de SSM, qu’elle soit accompagnée ou non d’un trouble mentalNote1,Note11. Aux fins de la présente étude, l’échelle K6 a été utilisée comme indicateur de la détresse, et non comme indicateur du trouble mental. On a créé une variable dichotomique en fixant une valeur seuil de 4; une cote supérieure à 4 sur l’échelle K6 représente une détresse élevéeNote30.
Nombre de problèmes de santé physique chroniques. On a additionné ensemble les problèmes de santé physique diagnostiqués par un professionnel de la santé qui avaient duré ou devaient vraisemblablement durer six mois ou plus (p. ex., arthrite, hypertension, diabète); les participants ont été classés selon les catégories du nombre de problèmes de santé chroniques suivantes : 0, 1, 2 ou 3  ou plus. Les problèmes de santé considérés comme étant des troubles mentaux sont exclus de cette mesure.

Obstacles perçus

Pour chaque type de besoin de SSM non satisfait ou partiellement satisfait, les participants à l’enquête ont indiqué les obstacles perçus à l’obtention de SSM. Dans une étude menée en 2002Note31, Sanmartin et coll. ont proposé deux types d’obstacles à l’obtention de soins de santé en général, à savoir les caractéristiques du système de soins de santé et la situation personnelle. D’autres étudesNote8,Note15,Note32 ont montré que beaucoup de gens préfèrent se débrouiller tout seul pour gérer leur santé mentale. Ainsi, dans la présente analyse, les obstacles sont regroupés selon trois catégories : 1) caractéristiques du système de soins de santé (« aide non disponible ou difficilement accessible  », « problème de langue »); 2) situation personnelle (« ne savait pas comment ou à quel endroit obtenir ce type d’aide », « n’a pas trouvé le temps de s’en occuper », « obstacle lié au travail », « ne faisait pas confiance au système de soins de santé ou aux services sociaux », « n’avait pas les moyens financiers », « l’assurance ne couvrait pas les frais », « avait peur de ce que les autres pourraient penser »); et 3) préférait se débrouiller tout seul.

Analyse

On a calculé des statistiques descriptives pour déterminer le pourcentage de Canadiens âgés de 15 ans et plus qui percevaient avoir des besoins de SSM (pour tous les types confondus et séparément). Les besoins ont été explorés en fonction de la présence de facteurs de risque de besoin de SSM : trouble de santé mentale ou lié à l’utilisation d’une substance, détresse, et problèmes de santé physique chroniques. Une analyse de régression logistique a servi à examiner les liens indépendants entre ces facteurs de risque et le fait d’éprouver n’importe quel besoin de SSM (par rapport à aucun besoin). Les facteurs de prédisposition (sexe, groupe d’âge, statut d’immigrant et état matrimonial) et les facteurs habilitants (niveau de scolarité, revenu du ménage, situation d’emploi et centre de population / région rurale) ont été inclus en tant que covariables.

Chez les personnes ayant perçu un besoin de SSM (n = 4 816), l’état des besoins correspondait au pourcentage de besoins non satisfaits, partiellement satisfaits et satisfaits. Les liens entre les facteurs de risque et l’état des besoins ont été explorés grâce à des analyses de régression logistique multinomiale (tous les besoins confondus, information, médicaments ou consultation). Cette technique permet d’effectuer une comparaison des niveaux d’une variable dépendante non ordonnée à réponses multiples, par laquelle on peut observer l’effet d’une variable indépendante pour chaque niveau de la variable dépendante. Dans le cas présent, on a comparé les besoins non satisfaits et partiellement satisfaits avec la catégorie de référence, soit les besoins satisfaits. Les facteurs de prédisposition et les facteurs habilitants ont été inclus à titre de covariables.

Pour déterminer pourquoi les besoins de SSM n’étaient pas entièrement satisfaits, on a utilisé des analyses descriptives pour examiner les obstacles à l’obtention de SSM chez les personnes ayant déclaré des besoins non satisfaits ou partiellement satisfaits.

Toutes les analyses ont été effectuées au moyen de SAS 9.2. Des poids d’échantillonnage ont été appliqués aux données afin que les résultats des analyses soient représentatifs de la population canadienne. En outre, des poids bootstrap ont été appliqués au moyen de SUDAAN 11.0 pour tenir compte de la sous-estimation des erreurs types attribuable à la complexité du plan d’enquêteNote33.

Résultats

Besoin de SSM chez une personne sur six
En 2012, 17 % des Canadiens âgés de 15 ans et plus ont déclaré avoir eu besoin de SSM au cours des 12 mois précédents (tableau 1). Comme une même personne pouvait déclarer plus d’un type de besoin, la somme des pourcentages pour chaque type est supérieure à 17 % : 12 % des participants ont déclaré un besoin de services de consultation, 10 %, un besoin pour des médicaments, 7 %, un besoin en matière d’information, et 1 %, un autre type de besoin.

Comme on pouvait s’y attendre, la prévalence des besoins de SSM était beaucoup plus élevée chez les personnes ayant un trouble mental. Les trois quarts des personnes ayant un trouble de l’humeur ou un trouble anxieux ont déclaré un besoin de SSM. Et bien que seulement le quart des personnes ayant un trouble lié à l’utilisation d’une substance aient déclaré un besoin de SSM, environ 9 personnes sur 10 parmi celles ayant déclaré un trouble de santé mentale et un trouble lié à l’utilisation d’une substance concomitants avaient un besoin perçu de SSM. Peu importe le trouble de santé mentale ou le trouble lié à l’utilisation d’une substance, le besoin le plus souvent déclaré était le besoin de services de consultation.

Les personnes éprouvant des niveaux élevés de détresse ou ayant des problèmes de santé physique chroniques ont déclaré un besoin de SSM plus fréquemment que celles qui éprouvaient de faibles niveaux de détresse ou qui n’avaient pas de problèmes de santé physique chroniques.

Même lorsqu’on tient compte des facteurs de prédisposition (par exemple, l’âge et le sexe) et des facteurs habilitants (par exemple, le niveau de scolarité et le revenu du ménage), les liens entre les besoins de SSM et les troubles mentaux, la détresse et les problèmes de santé physique chroniques persistent (tableau 2). Chez les personnes ayant un trouble de santé mentale ou un trouble lié à l’utilisation d’une substance, quelle qu’en soit la catégorie, la cote exprimant le risque de percevoir un besoin de SSM était beaucoup plus élevée que chez les personnes qui ne souffraient pas de trouble de santé mentale ou de trouble lié à l’utilisation d’une substance. Elle était en outre plus élevée chez les personnes qui éprouvaient un niveau élevé de détresse ou qui avaient un problème de santé physique chronique que chez les personnes n’ayant déclaré qu’un faible niveau de détresse ou aucun problème de santé physique chronique.

Réponse aux besoins de SSM perçus
En 2012, environ 600 000 Canadiens ont déclaré avoir eu un besoin de SSM non satisfait au cours des 12 mois précédents, et plus de 1 000 000 ont dit avoir eu un besoin de SSM partiellement satisfait (données non présentées). La mesure dans laquelle ces besoins ont été satisfaits dépendait du type de besoin (tableau 3). Les besoins de médicaments étaient les plus susceptibles d’être satisfaits (91 %). En ce qui a trait aux besoins en matière d’information, environ 7 personnes sur 10 estiment qu’ils ont été satisfaits. Les besoins de services de consultation, quant à eux, étaient les moins susceptibles d’être satisfaits : 65 % des participants considèrent qu’ils ont été satisfaits, 16 %, qu’ils ont été partiellement satisfaits et 20 %, qu’ils ont été non satisfaits.

Les facteurs de risque relatifs aux SSM sont aussi liés à l’état des besoins perçus de SSM (tableau 4). Les personnes éprouvant « n’importe quel » besoin de SSM qui avaient un trouble de l’humeur ou un trouble anxieux, ou encore des troubles concomitants, étaient plus susceptibles d’avoir des besoins partiellement satisfaits (plutôt que satisfaits), comparativement aux personnes n’ayant pas de trouble de santé mentale ou de trouble lié à l’utilisation d’une substance. En revanche, les personnes souffrant d’un trouble mental n’étaient pas plus susceptibles que les autres d’avoir des besoins non satisfaits plutôt que satisfaits.

Les personnes éprouvant des niveaux élevés de détresse étaient plus susceptibles que celles vivant de faibles niveaux de détresse d’avoir à la fois des besoins non satisfaits et des besoins partiellement satisfaits (plutôt que satisfaits) (tableau 4). Dans le cadre d’une analyse de suivi (données non présentées), on a exploré le lien entre tout besoin de SSM et des niveaux de détresse plus détaillés : détresse faible (cote de 0 à 4 sur l’échelle K6; 77 % de l’échantillon); détresse moyenne (cote de 5 à 12 sur l’échelle K6; 21 %); et détresse élevée (cote de 13 ou plus sur l’échelle K6; 2 %). À cause de la forte corrélation entre la détresse et la présence d’un trouble mental (rang de Spearman r = 0,4), les variables relatives aux troubles mentaux ont été exclues de l’analyse. Comparativement aux personnes dont les niveaux de détresse étaient faibles, celles ayant un niveau moyen de détresse étaient plus de deux fois plus susceptibles d’avoir des besoins de SSM non satisfaits ou partiellement satisfaits (plutôt que satisfaits); quant à elles, les personnes dont les niveaux de détresse étaient élevés étaient plus de trois fois plus susceptibles d’avoir des besoins non satisfaits et sept fois plus susceptibles d’avoir des besoins partiellement satisfaits (plutôt que satisfaits).

À titre de comparaison, les personnes ayant deux problèmes de santé physique chroniques ou plus étaient moins susceptibles d’avoir des besoins de SSM non satisfaits (plutôt que satisfaits), comparativement aux personnes qui n’avaient pas de problème de santé physique chronique (tableau 4).

Consultation
Étant donné que les services de consultation constituent à la fois le type de besoin de SSM le plus susceptible d’être déclaré et le moins susceptible d’être satisfait, on a examiné les associations entre les facteurs de risque et les besoins non satisfaits, partiellement satisfaits et satisfaits en matière de services de consultation (données non présentées). Lorsque les facteurs de prédisposition, les facteurs habilitants et les facteurs relatifs aux besoins sont pris en compte, les personnes ayant un trouble mental ne sont pas plus susceptibles que celles n’en ayant pas d’avoir des besoins non satisfaits ou partiellement satisfaits (plutôt que satisfaits) en ce qui a trait aux services de consultation. Toutefois, chez les personnes éprouvant un degré élevé de détresse, la cote exprimant le risque d’avoir un besoin non satisfait ou partiellement satisfait (plutôt que satisfait) en matière de services de consultation étaient plus de deux fois plus élevée que pour celles subissant un faible degré de détresse. Les personnes ayant deux problèmes de santé physique chroniques ou plus étaient moins susceptibles que les personnes n’ayant pas ce genre de problème d’avoir des besoins de services de consultation non satisfaits (plutôt que satisfaits).

Obstacles perçus à l’obtention de SSM
Les obstacles à la satisfaction des besoins de SSM mentionnés le plus fréquemment se rapportaient à la situation personnelle. Parmi les personnes ayant déclaré un besoin non satisfait ou partiellement satisfait (tableau 5), la situation personnelle a été invoquée par près des trois quarts d’entre elles. Environ 4 personnes sur 10 ont dit qu’elles préféraient se débrouiller tout seul, tandis qu’une personne sur cinq a indiqué que les caractéristiques du système de soins de santé étaient en cause. La répartition des obstacles déclarés était comparable pour tous les types de besoin.

Discussion

Selon les résultats de l’ESCC – SM de 2012, plus d’un Canadien de 15 ans et plus sur six a déclaré avoir eu besoin de soins de santé mentale au cours des 12 mois précédents. On estime à 600 000 le nombre de personnes ayant eu un besoin perçu de SSM non satisfait, tandis que plus d’un million de personnes ont eu un besoin partiellement satisfait. Les services de consultation constituaient le besoin le plus courant.

À l’instar d’études antérieures qui ont révélé un plus grand besoin de SSM chez les personnes ayant des troubles concomitants de santé mentale ou liés à l’utilisation d’une substanceNote3,Note12, la présente analyse montre qu’une grande majorité des personnes souffrant d’un trouble de l’humeur ou d’un trouble anxieux, ou de celles ayant un trouble de l’humeur ou un trouble anxieux et un trouble lié à l’utilisation d’une substance concomitants, avaient un besoin perçu de SSM, comparativement à environ le quart des personnes parmi celles n’étant aux prises qu’avec un trouble lié à l’utilisation d’une substance.

Cependant, les résultats d’une étude menée en 2002Note12 indiquent que le fait de souffrir d’un trouble mental n’est pas nécessairement lié à la mesure dans laquelle les besoins sont satisfaits. Parmi les personnes ayant estimé avoir besoin de SSM, celles qui avaient un trouble de l’humeur ou un trouble anxieux, avec ou sans problème concomitant lié à l’utilisation d’une substance, étaient plus susceptibles d’avoir un besoin de SSM partiellement satisfait (plutôt que satisfait). Elles n’étaient toutefois pas plus susceptibles d’avoir un besoin non satisfait, ce qui indique qu’en plus de percevoir un besoin, elles étaient plus susceptibles d’avoir recours à des SSM. Ce fait illustre l’importance de bien éclaircir la mesure dans laquelle les besoins de SSM sont satisfaits.

Qu’il soit accompagné ou non d’un trouble mental, un niveau élevé de détresse était associé à la mesure dans laquelle les besoins perçus de SSM étaient satisfaits, même lorsqu’on tenait compte des facteurs de prédisposition et des facteurs habilitants. Mais, les données étant transversales, on ne peut déterminer la direction de l’association, c’est-à-dire si les personnes éprouvant de la détresse sont plus susceptibles de percevoir des besoins non satisfaits, ou si les personnes dont les besoins ne sont pas satisfaits sont plus susceptibles d’éprouver de la détresse.

À l’instar d’un travail de recherche antérieurNote12, la présente étude donne à penser que les personnes ayant un problème de santé physique chronique sont plus susceptibles d’avoir un besoin perçu de SSM, comparativement aux personnes n’ayant pas de tels problèmes de santé. La présente étude a trouvé en outre que ces personnes sont moins susceptibles d’avoir  des besoins de SSM non satisfaits (plutôt que satisfaits), ce qui peut refléter la tendance chez les personnes ayant plusieurs problèmes de santé chroniques à avoir des contacts plus fréquents avec des professionnels du milieu médicalNote34, qui peuvent les diriger ensuite vers des SSM.

Bien que la présente analyse laisse supposer un lien entre la santé physique et la santé mentale, des travaux de recherche menés antérieurement ont contribué à faire ressortir les différences entre les obstacles aux SSM et aux soins de santé en général. Dans le cadre de la présente étude, on estime que 19 % des besoins perçus non satisfaits ou partiellement satisfaits étaient attribuables aux caractéristiques du système de soins de santé et que 73 % étaient attribuables à la situation personnelle. En comparaison, dans une étude réalisée par Sanmartin et coll.Note31, 52 % des participants ont déclaré que les obstacles aux soins de santé en général tenaient aux caractéristiques du système de soins de santé et 69 % les ont attribués à leur situation personnelle. En outre, dans la présente étude, près de la moitié des personnes ayant déclaré un besoin de SSM non satisfait ou partiellement satisfait ont déclaré qu’elles préféraient se débrouiller toutes seules pour gérer ce besoin.

Limites et orientations futures
La présente analyse comporte plusieurs limites, qu’il importe de souligner. Les cas de troubles mentaux ont été relevés à partir d’un algorithme fondé sur les réponses au CIDI et non à partir de diagnostics cliniques. Or, certains troubles mentaux seulement étaient pris en compte dans l’ESCC – SM de 2012 (p. ex., les troubles de la personnalité ne l’étaient pas), et l’échantillon de l’enquête excluait la population vivant en établissement. La prévalence des troubles mentaux et des besoins de SSM, pris ensemble, pourrait être sous-estimée.

Qui plus est, l’analyse est axée sur les besoins perçus de SSM, et ne tient donc pas compte des personnes qui ne perçoivent pas de besoin de SSM, mais qui pourraient en bénéficier. À l’avenir, d’autres travaux de recherche fondés sur l’ESCC – SM pourraient examiner les différences de l’état des besoins perçus en fonction de l’utilisation des services.

Enfin, la présente étude ne tient pas compte de certains facteurs qui pourraient influer sur les besoins de SSM, par exemple, le fait d’avoir un médecin traitant ou d’être couvert par une assuranceNote24.

Mot de la fin

Les points forts de la présente analyse comprennent un examen des besoins de SSM par type de besoin (information, médicaments, consultation, ou autre), une détermination de la mesure dans laquelle les besoins de SSM sont satisfaits (entièrement, partiellement ou pas du tout), ainsi qu’un vaste échantillon axé sur la population. Les résultats portent à croire que beaucoup de Canadiens perçoivent un besoin de SSM, particulièrement en matière de consultation. La présence d’un trouble mental, d’un niveau élevé de détresse ou de problèmes de santé physique chroniques est liée positivement avec le fait de percevoir des besoins de SSM, dont bon nombre sont non satisfaits ou seulement partiellement satisfaits. De plus, un niveau élevé de détresse permet de prédire une plus grande probabilité que les besoins soient non satisfaits ou partiellement satisfaits. La plupart des obstacles perçus à l’obtention de SSM sont liés à la situation personnelle, bien que dans près du cinquième des cas, on invoque les caractéristiques du système de soins de santé.

Remerciements

Les auteurs sont très reconnaissants envers Philippe Finès, pour ses conseils par rapport à la méthode analytique, et Claudia Sanmartin, pour ses commentaires à l’égard d’une ébauche de l’article.

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