L'autosurveillance de la glycémie et le diabète de type 2 : résultats de l'Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada de 2011

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par Calypse B. Agborsangaya, Cynthia Robitaille, Peggy Dunbar, Marie-France Langlois, Lawrence A. Leiter, Sulan Dai, Catherine Pelletier et Jeffrey A. Johnson

L’autosurveillance de la glycémie est un élément utile de la gestion du diabète. Elle consiste à recueillir de l’information sur la concentration de glucose dans le sang, ou glycémie, à divers moments de la journée. Par conséquent, elle est importante pour les personnes atteintes de diabète sucré de type 2 (DST2) traitées à l’insuline, parce qu’elle leur permet de déceler l’hypoglycémie et de s’autoadministrer des doses d’insuline pour contrôler la glycémie1-3.

Cependant, chez les personnes atteintes de DST2 qui ne sont pas traitées à l’insuline, les données sur la pertinence clinique et le rapport efficacité-coût de l’autosurveillance de la glycémie ne sont pas concluantes4-9. L’hypoglycémie est rare chez ces personnes10, et la mesure dans laquelle elles peuvent ajuster les doses d’agents anti-hyperglycémie en réponse aux lectures d’autosurveillance de la glycémie est généralement limitée11. Néanmoins, certaines lignes directrices de pratique clinique (LDPC) recommandent l’autosurveillance systématique de la glycémie chez les personnes atteintes de DST2 qui ne prennent pas d’insuline11. Les LDPC canadiennes recommandent que l’autosurveillance de la glycémie soit adaptée à chaque patient11, mais l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé ne recommande pas l’usage systématique des bandelettes de test de glycémie pour cette population de patients1.

Les études en vue de déterminer la prévalence de l’autosurveillance de la glycémie chez les personnes atteintes de DST2 ont porté sur différents indicateurs des résultats et été axées sur des sous-groupes particuliers4,12-16. Quelques études seulement ont été fondées sur des données représentatives de la population nationale17,18. Comme l’autosurveillance peut varier en fonction des caractéristiques de la population19, un examen plus général de la portée de l’autosurveillance de la glycémie est nécessaire pour éclairer les discussions au sujet de son utilité et, peut-être, mettre à jour les LDPC. En outre, les associations entre la fréquence de l’autosurveillance de la glycémie et des facteurs tels que le soutien de l’autogestion du diabète et la couverture de la surveillance de la glycémie par une assurance doivent être prises en considération.

La présente étude a pour objectif d’examiner la prévalence, la fréquence et les corrélats de l’autosurveillance de la glycémie en se basant sur des données recueillies auprès d’un échantillon de personnes atteintes de DST2 représentatif de la population nationale.

Méthodes

Population étudiée

Les données proviennent de l’Enquête sur les personnes ayant une maladie chronique au Canada – Composante du diabète (EPMCC-CD) de 201120. Les personnes de 20 ans et plus qui ont répondu à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2010 et qui ont déclaré avoir reçu un diagnostic de diabète de la part d’un professionnel de la santé étaient admissibles à l’EPMCC-CD de 2011. Sont exclus du champ d’observation de l’ESCC, les membres des Forces canadiennes, les habitants des réserves des Premières nations, des terres de la Couronne et des trois territoires, ainsi que les personnes vivant en établissement. Des 3 590 participants à l’ESCC avec qui l’on a pris contact, 2 933 ont accepté de participer à l’EPMCC, ce qui a donné un taux de réponse de 81,7 %. D’autres renseignements sur l’EPMCC de 2011 sont disponibles en ligne20.

Sont exclues de la présente analyse les personnes qui ont déclaré faire du diabète de type 1 (n = 211), celles atteintes d’un autre type de diabète (n = 19), celles qui ne connaissaient pas le type de diabète dont elles souffraient (n = 14) et les femmes qui n’ont pas déclaré si elles avaient reçu un diagnostic de diabète en dehors d’une grossesse (n = 7). L’échantillon final comprenait donc 2 682 personnes.

Variables descriptives

Les caractéristiques sociodémographiques de la population examinée dans la présente analyse sont le sexe, l’âge, l’origine raciale, le niveau de scolarité et le revenu du ménage. À l’exception de l’âge et du sexe, les données sociodémographiques provenaient du couplage des enregistrements de l’ESCC de 2010 et de l’EPMCC de 2011.

Mesures

Afin de déterminer la prévalence et la fréquence de l’autosurveillance de la glycémie, on a demandé aux participants à l’enquête : « Est-ce que vous, un membre de la famille ou un ami, vérifiez votre glycémie? ». Aux personnes qui ont répondu « oui », on a demandé : « À quelle fréquence vérifiez-vous... habituellement votre glycémie? ». Les participants ont indiqué la fréquence en utilisant différentes unités (par jour, semaine, mois ou année); pour la présente analyse, toutes les valeurs ont été converties en fréquence « par semaine » (p. ex., les valeurs par jour ont été multipliées par 7).

Au sujet des corrélats de l’autosurveillance de la glycémie, on a demandé aux participants si un médecin ou un autre professionnel de la santé leur avait déjà recommandé de surveiller leur glycémie et/ou leur avait déjà fait passer le test « A1C » (une simple analyse de laboratoire qui donne la concentration moyenne de glucose dans le sang (glycémie) au cours des trois derniers mois). Aux personnes qui ont répondu affirmativement à la dernière question, on a demandé « La dernière fois qu’un professionnel de la santé a mesuré votre « A1C » (hémoglobine glycosylée), vous a-t-il indiqué que votre glycémie (taux de sucre dans le sang) était : normale, à la limite, élevée, basse, ne l’a pas dit? ». Pour la présente analyse, on a combiné les réponses « à la limite » et « normale ». On a également demandé aux participants à l’enquête quel type de médicaments ils utilisaient pour contrôler leur glycémie, s’ils étaient couverts par une assurance pour la surveillance de la glycémie et s’ils s’étaient rendus à un service d’urgence au cours des 12 derniers mois parce qu’ils étaient en état d’hypoglycémie.

Analyse statistique

La prévalence pondérée et la fréquence moyenne de l’autosurveillance de la glycémie ont été déterminées en fonction des caractéristiques sociodémographiques et des soins de santé. On a utilisé la statistique Z pour déceler les différences de prévalence et de fréquence de l’autosurveillance de la glycémie en fonction des descripteurs, de l’obtention du soutien d’un professionnel de la santé, de la surveillance clinique, de la couverture par une assurance, des visites à l’urgence liées à l’hypoglycémie et de la consommation de médicaments. Les rapports de taux de prévalence multivariés pour les associations entre les caractéristiques d’ordre clinique pertinentes et l’autosurveillance de la glycémie ont été testés à l’aide de modèles de régression binomiaux.

Les estimations ponctuelles ont été pondérées en utilisant les poids de sondage de l’enquête afin qu’elles soient représentatives de la population canadienne de 20 ans et plus vivant dans les logements privés. Pour tenir compte du plan de sondage complexe de l’enquête, on a calculé les intervalles de confiance à 95 % en utilisant les erreurs-types exactes produites par des méthodes de rééchantillonnage bootstrap21. Les cas pour lesquels des données manquaient ont été exclus des analyses. Les données ont été analysées en utilisant SAS Enterprise Guide 4.1 (Cary, Caroline du Nord).

Résultats

Prévalence de l’autosurveillance de la glycémie

La majorité des 2 682 personnes de 20 ans et plus atteintes de DST2 étaient de sexe masculin (58 %), de race blanche (81 %) et avaient achevé des études postsecondaires (67 %). Près de la moitié (48 %) étaient âgées de 65 ans et plus (tableau 1).

La plupart des personnes atteintes de DST2 (88 %) ont dit avoir recouru à l’autosurveillance de la glycémie au cours des 12 derniers mois. Aucun écart significatif de prévalence de l’autosurveillance de la glycémie n’a été constaté selon le sexe, l’âge, le niveau de scolarité, le revenu du ménage, l’origine raciale ou le temps écoulé depuis le diagnostic (tableau 2). Après correction en fonction de ces caractéristiques, les facteurs en matière de soins de santé associés à l’autosurveillance de la glycémie étaient sa recommandation par un professionnel de la santé, sa couverture par une assurance et le fait d’avoir passé un test « A1C », administré par un professionnel de la santé. Comme on pouvait s’y attendre, les personnes qui ne prenaient aucun médicament étaient moins susceptibles de procéder à l’autosurveillance de la glycémie que celles qui étaient traitées à l’insuline uniquement. Cependant, aucune différence significative ne s’est dégagée entre les personnes qui prenaient de l’insuline seulement et celles qui prenaient de l’insuline ainsi que des médicaments par voie orale ou celles qui prenaient des médicaments par voie orale seulement.

Fréquence de l’autosurveillance de la glycémie

Les personnes qui surveillaient elles-mêmes leur glycémie le faisaient, en moyenne, plus de 10 fois par semaine, chiffre qui ne variait pas de manière significative selon le sexe, l’âge, le niveau de scolarité ou l’origine raciale (tableau 3). Cependant, la fréquence de l’autosurveillance avait tendance à diminuer lorsque le niveau de revenu du ménage augmentait. Ainsi, les personnes dont le revenu du ménage était inférieur à 15 000 $ ont déclaré qu’elles surveillaient leur glycémie environ 12 fois par semaine, alors que celles dont le revenu du ménage était de 80 000 $ et plus le faisaient 8 fois par semaine.

La fréquence moyenne d’autosurveillance de la glycémie était plus élevée chez les personnes ayant déclaré qu’un professionnel de la santé leur avait fait passer un test « A1C » que chez celles qui n’avaient pas subi le test (10,6 contre 8,5 fois par semaine). En outre, la fréquence moyenne était significativement plus élevée chez les personnes ayant déclaré un taux d’« A1C » élevé que chez celles dont le taux était normal (12,6 contre 10,1). L’autosurveillance de la glycémie était significativement plus fréquente chez les personnes qui s’étaient rendues à l’urgence en état d’hypoglycémie que chez celles qui ne l’avaient pas fait (18,4 contre 10,2 fois par semaine). La fréquence de l’autosurveillance de la glycémie était également liée à la consommation de médicaments, s’établissant à 18,7 fois par semaine chez les personnes prenant de l’insuline seulement, à 8,4  chez celles prenant des médicaments par voie orale seulement et à 6,3 chez celles ne prenant ni insuline ni médicaments par voie orale.

Discussion

Selon les résultats de la présente étude, l’autosurveillance de la glycémie est courante et fréquente chez les adultes atteints de diabète sucré de type 2 (DST2). Sa prévalence a été estimée à près de 88 %, valeur qui se rapproche des 91 % se dégageant d’une étude canadienne antérieure18. Les facteurs associés de manière significative à l’autosurveillance de la glycémie comprennent sa recommandation par un professionnel de la santé, l’administration d’un test « A1C » par un professionnel de la santé, et sa couverture par un régime d’assurance-maladie. Aucune différence de prévalence de l’autosurveillance de la glycémie n’a été constatée entre les personnes prenant de l’insuline seulement et celles prenant de l’insuline ainsi qu’un médicament par voie orale ou celles prenant uniquement un médicament par voie orale.

De fait, le taux de prévalence de l’autosurveillance de la glycémie était de 89 % chez les personnes prenant uniquement des médicaments par voie orale. L’hypoglycémie est rare chez ces personnes10, et la mesure dans laquelle les doses d’agents anti-hyperglycémie peuvent être ajustées en réponse à l’autosurveillance de la glycémie est limitée2. Selon une revue systématique effectuée par l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé3, l’autosurveillance de la glycémie chez les personnes qui ne prennent pas d’insuline n’améliore que marginalement les taux d’hémoglobine glycosylée (« A1C »). En outre, l’autosurveillance de la glycémie chez ces personnes peut entraîner des coûts importants, tant pour les patients eux-mêmes que pour les organismes payeurs12,22,23.

La couverture d’une partie ou de la totalité des coûts de la surveillance de la glycémie par un régime d’assurance était associée à une plus forte prévalence de l’autosurveillance de la glycémie. Bien que l’on ne puisse déterminer la direction causale des associations, la disponibilité d’une assurance et certaines politiques de remboursement pourraient favoriser l’autosurveillance de la glycémie chez les personnes atteintes de DST224,25. Au Canada, les modalités de remboursement varient beaucoup d’une province à l’autre, allant d’une pleine couverture pour produits pharmaceutiques sous réserve d’une franchise à l’absence complète de couverture26.

Les conseils prodigués par les professionnels de la santé sont importants pour la gestion du DST227. La présente analyse montre que les personnes atteintes de DST2 sont plus susceptibles de déclarer une autosurveillance de la glycémie si un professionnel de la santé la leur recommande ou leur fait passer un test « A1C ».

Les estimations de la fréquence de l’autoévaluation de la glycémie chez les personnes prenant de l’insuline qui se dégagent de la présente étude sont en harmonie avec les lignes directrices de pratique clinique (LDPC) nationales et internationales2,11,28, y compris celles de l’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé1,29. Ainsi, les personnes traitées uniquement à l’insuline procèdent à l’autosurveillance de la glycémie 19 fois par semaine, en moyenne, ce qui est proche de la recommandation minimale de 3 fois par jour spécifiée dans les LDPC canadiennes11.

En ce qui a trait à la fréquence de l’autosurveillance de la glycémie selon la consommation de médicaments,  les estimations de la présente analyse sont environ deux fois plus élevées que celles rapportées dans des analyses canadiennes antérieures fondées sur des demandes de remboursement12,30 et dans certaines études internationales14,31. Or, les données sur les demandes de remboursement sont habituellement tirées de dossiers administratifs de remboursement d’honoraires à l’acte, qui pourraient ne pas inclure les personnes dont les médecins ne sont pas rémunérés selon cette méthode. Quoi qu’il en soit, les résultats de la présente analyse sont en harmonie avec les tendances se dégageant d’une étude canadienne combinant des données agrégées et des données provenant de demandes de remboursement22.

La fréquence moyenne plus élevée de l’autosurveillance de la glycémie chez les personnes dont le revenu du ménage est faible mérite d’être soulignée. Dans le cas des personnes pour qui les coûts engagés au titre de l’autosurveillance de la glycémie ne sont que partiellements couverts, les frais non remboursés pourraient entraîner des différences de fréquence de l’autosurveillance de la glycémie liées au revenu32. Toutefois, au Canada, la mesure dans laquelle la surveillance de la glycémie est remboursée varie selon la province. Il reste à déterminer si ces différences selon le revenu du ménage sont attribuables au régime d’assurance provincial, à l’âge, au niveau de littératie ou à la gravité de la maladie.

Limites

La présente étude comporte plusieurs limites, dont le plan de sondage transversal, qui empêche de déterminer les liens de causalité. En outre, les données ont été autodéclarées et sont donc sujettes à un biais de désirabilité sociale. Une personne interrogée pourrait, par exemple, déclarer une autogestion du diabète qu’elle considère comme étant socialement acceptable. Par ailleurs, on ne disposait d’aucune mesure objective permettant d’évaluer l’exactitude des déclarations des participants à l’enquête concernant l’autosurveillance ou concernant les recommandations des professionnels de la santé et le soutien offert. De plus, le biais d’échantillonnage pourrait limiter la possibilité de généraliser les résultats; par exemple, les habitants des trois territoires et des réserves des Premières nations ne faisaient pas partie du champ de l’étude. Enfin, d’autres facteurs confusionnels éventuels, tels que l’accès aux soins, la maîtrise de la langue et la littératie en santé du patient, ainsi que le style de pratique du professionnel de la santé, n’ont pas été pris en compte dans la présente analyse.

Mot de la fin

La présente étude fournit des données exhaustives, nationalement représentatives de la prévalence, des corrélats et de la fréquence de l’autosurveillance de la glycémie chez les adultes atteints de DST2. L’autosurveillance de la glycémie est courante et associée à sa recommandation par un professionnel de la santé, à l’administration d’un test « A1C » par un professionnel de la santé, et au fait d’être couverte par une assurance-maladie. La prévalence de l’autosurveillance de la glycémie ne diffère pas chez les personnes traitées uniquement à l’insuline, comparativement à celles prenant seulement des médicaments par voie orale. Ces résultats sont significatifs en ce qui concerne l’élaboration de recommandations cliniques relatives à l’autosurveillance de la glycémie chez les personnes atteintes de DST2.

Remerciements

Calypse B. Agborsangaya est un stagiaire postdoctoral dont les travaux sont financés par une subvention d’équipe des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) accordée à l’Alliance for Canadian Health Outcomes Research in Diabetes (no de référence : OTG-88588), parrainée par l’Institut de la nutrition, du métabolisme et du diabète des IRSC. Jeffrey A. Johnson est un chercheur principal à Alberta Innovates — Health Solutions et est titulaire d’une chaire de recherche du Canada sur les résultats en matière de santé chez les diabétiques.

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