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Résultats

L’arthroplastie (de la hanche ou du genou) peut apporter un soulagement considérable aux personnes qui éprouvent de la douleur et dont la mobilité est limitée. Au Canada, environ 23 000 arthroplasties de la hanche et 38 400 arthroplasties du genou ont été pratiquées en 2006‑20071. Le taux auquel ces interventions sont effectuées a plus que doublé entre 1995‑1996 et 2005‑2006, et l’augmentation a été encore plus rapide entre 2004‑2005 et 2006‑20072. La croissance du taux reflète en partie le vieillissement de la population; l’accélération récente est vraisemblablement liée au fait que l’arthroplastie a été désignée comme l’un des cinq domaines prioritaires où les temps d’attente doivent être réduits substantiellement3.

Les preuves des bienfaits de l’arthroplastie pour la santé en cas d’arthrose, notamment la réduction de la douleur et l’accroissement de la mobilité, qui améliorent la qualité de vie liée à la santé, s’accumulent4‑9. Néanmoins, malgré ces résultats généralement positifs, certains patients semblent ne pas être aidés par ces interventions10. Selon des revues récentes effectuées par Jones et coll., de 15 % à 30 % des patients ayant subi une arthroplastie n’ont constaté que peu d’amélioration, voire aucune, de leur qualité de vie liée à la santé11,12. Cependant, la généralisation de la plupart des études sur les résultats en matière de santé est limitée, car elles sont fondées sur des échantillons représentant des régions géographiques, des établissements, des sites cliniques et/ou des fournisseurs particuliers.

Les preuves de l’efficacité de l’arthroplastie de la hanche en cas de fracture de la hanche sont moins évidentes. Un désaccord important persiste quant au meilleur plan de traitement, en fonction de facteurs tels que l’âge, le type de fracture et l’état de la hanche13-15. Bien que la chirurgie soit presque toujours indiquée chez ce genre de patients, les recommandations concernant le type d’intervention sont moins claires pour certains sous‑types de fracture de la hanche15. Certaines études font état de taux élevés d’infection et de mortalité après une arthroplastie de la hanche, par comparaison à d’autres interventions, comme la fixation interne16-18. D’autres études signalent des taux plus faibles de réopération, et un fonctionnement de la hanche et une qualité de vie liée à la santé comparables dans le long terme18,19.

L’étude des résultats en matière de santé à l’échelle de la population fournit des renseignements sur les résultats des soins obtenus dans diverses circonstances, qui englobent une grande gamme de patients, de fournisseurs de soins et d’établissements de soins de santé. La plupart des travaux de recherche antérieurs dans ce domaine s’appuyaient sur des données d’enquête, qui n’offrent qu’une information limitée sur les services de soins de santé reçus, ou sur des données administratives, qui souvent ne contiennent pas d’information sur les résultats en matière de santé et les caractéristiques des patients susceptibles d’expliquer pourquoi certains jouissent de meilleurs résultats que d’autres.

La présente étude s’appuie sur une approche novatrice, axée sur la population, pour analyser les résultats en matière de santé en employant des données obtenues par couplage de données d’enquête et de données administratives. Les réponses à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2000‑2001 ont été couplées aux données administratives de la Base de données sur la morbidité hospitalière (BDMH) ayant trait à l’utilisation des services de soins de courte durée pour malades hospitalisés. Le couplage de ces deux ensembles de données permet de tirer parti des points forts de chacun.

L’objectif principal est d’étudier les résultats en matière de santé des patients après une arthroplastie de la hanche ou du genou, en particulier, de déterminer si ceux qui ont subi ces interventions (groupe chirurgical) retrouvent l’état de santé moyen de leurs pairs dans la population (groupe témoin). La combinaison de l’information axée sur le patient provenant de l’ESCC et de la BDMH permet d’investiguer une vaste gamme de facteurs que l’on suppose être associés aux résultats des soins, tels qu’ils sont mentionnés dans le Cadre d’analyse des résultats en matière de santé élaboré par Statistique Canada et l’Institut canadien d’information sur la santé20 .

Le deuxième objectif, davantage dicté par les données, consiste à examiner le potentiel du couplage des données pour analyser les résultats en matière de santé d’interventions chirurgicales particulières. Cet examen offrira une certaine perspective stratégique quant aux avantages de futurs investissements en collecte de données, comme la réalisation d’enquêtes auprès de patients qui ont subi des interventions chirurgicales.

Méthodes

Sources des données

Les données proviennent de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) et de la Base de données sur la morbidité hospitalière (BDMH). L’ESCC est une enquête transversale représentative de la population nationale conçue pour recueillir des renseignements sur l’état de santé des Canadiens et leur utilisation des services de soins de santé. Le cycle 1.1 a été réalisé en 2000‑2001 auprès d’un échantillon de 131 535 personnes21 . Le champ d’observation de l’enquête englobe environ 98 % de la population à domicile de 18 ans et plus.

La BDMH est une base nationale de données administratives représentant toutes les hospitalisations dans les hôpitaux de soins de courte durée. Elle contient des renseignements sur les dates d’admission et de sortie, jusqu’à 16 codes de diagnostics de la CIM‑9 indiquant la ou les raisons de l’hospitalisation, et jusqu’à 10 codes d’interventions (basés sur les codes de la CIM‑9/1022 ) indiquant les interventions subies durant l’hospitalisation.

Échantillon étudié

Pour définir le « groupe chirurgical » (personnes ayant subi une arthroplastie), les données du cycle 1.1 de l’ESCC ont été couplées aux données de la BDMH couvrant la période de cinq ans précédent l’enquête (1995‑1996 à 2000‑2001) par des techniques de couplage probabilistes fondées sur le numéro d’assurance‑maladie, le sexe, la date de naissance et le code postal23,24. Les analyses portaient uniquement sur les participants à l’enquête ayant autorisé que les données qu’ils avaient fournies soient couplées à des données administratives. Le Comité des politiques de Statistique Canada a approuvé le couplage. Pour résoudre le problème du biais éventuel introduit par les cas non couplés, de nouveaux poids de sondage ont été calculés. Ont été exclus de l’analyse les participants à l’ESCC du Québec, parce que les données fournies à Statistique Canada par cette province pour la BDMH contiennent des numéros d’assurance‑maladie brouillés, ce qui rend impossible le couplage des enregistrements administratifs et des réponses à l’enquête.

Les hospitalisations ont été incluses dans l’analyse uniquement si elles étaient associées à un code de première intervention chirurgicale indiquant une arthroplastie de la hanche ou du genou (tableau 1). Certaines personnes comptaient plus d’une admission dans un hôpital de soins de courte durée comportant les codes d’interventions pertinents. Dans ces cas, l’événement hospitalier le plus rapproché de la date de l’enquête est celui qui a été retenu pour l’analyse; les admissions subséquentes ont été écartées. Aucun effort n’a été fait en vue de faire la distinction entre les révisions et les arthroplasties primaires; les personnes (n=16) qui ont séjourné à l’hôpital pour ces interventions avant et après l’entrevue de l’ESCC ont été exclues. En outre, les hospitalisations qui ont eu lieu dans les six mois avant l’entrevue de l’ESCC ont été exclues, parce que dans ces cas, les réponses aux questions sur l’état de santé refléteraient la période de convalescence/réadaptation postopératoire plutôt que le rétablissement complet. L’échantillon a été limité aux participants à l’ESCC de 40 ans et plus, parce que l’arthroplastie aux âges moins avancés est rare et a généralement d’autres précurseurs et causes.

Tableau 1 Codes d’intervention et de diagnostic utilisés pour définir les catégories de chirurgieTableau 1
Codes d’intervention et de diagnostic utilisés pour définir les catégories de chirurgie

Le « groupe témoin » est formé de participants à l’ESCC de 40 ans et plus n’ayant pas subi d’arthroplastie au cours des cinq années qui ont précédé l’entrevue (n=58 667).

Techniques d’analyse

Des analyses univariées ainsi qu’une régression linéaire multivariée pondérée ont été utilisées pour comparer l’état de santé des personnes ayant subi une arthroplastie (« groupe chirurgical ») et celui des personnes qui n’avaient pas subi ce genre d’opération (« groupe témoin »), en neutralisant l’effet des facteurs associés à l’état de santé après l’opération. Puis, les mêmes variables ont été modélisées afin de cerner les facteurs associés à l’état de santé chez les patients ayant subi une chirurgie chez lesquels on avait posé le diagnostic d’arthrose. La petitesse des échantillons a empêché d’effectuer les mêmes analyses pour les autres groupes de diagnostic. Les analyses ont été exécutées avec le logiciel Stata en utilisant la procédure xi : régression. Statistique Canada a élaboré des poids de couplage spéciaux pour corriger les données couplées de manière à tenir compte des personnes qui n’avaient pas consenti au couplage et de celles dont les données n’ont pas pu être couplées parce que l’information requise pour le couplage était insuffisante.

Variables

Mesure des résultats en matière de santé

La principale mesure des résultats en matière de santé est le Health Utilities Index (HUI), une mesure de l’état de santé multidimensionnelle, fondée sur les préférences25,26, qui a été utilisée dans des études de la santé des populations27‑29 et dans des circonstances cliniques30, y compris chez les patients ayant subi une arthroplastie. L’échelle théorique de l’HUI varie de -0,36 (vie dans un état pire que la mort) à 1,00 (santé parfaite). L’indice est destiné à refléter l’état de santé fonctionnelle d’une personne en fonction de huit attributs, à savoir la vue, l’ouïe, l’élocution, la dextérité, la cognition, l’état émotif, la mobilité et la douleur. Les deux derniers attributs sont particulièrement pertinents chez les personnes qui subissent une arthroplastie de la hanche ou du genou. Une différence de 0,03 dans le score de l’HUI est considérée comme cliniquement significative29 .

Variables indépendantes

Les données de l’ESCC comprennent des renseignements démographiques (âge, sexe, état matrimonial, province de résidence), des variables socioéconomiques (revenu du ménage, éducation) et des facteurs de risque que l’on suppose être associés à l’état de santé (existence de problèmes de santé chroniques, indice de masse corporelle, usage du tabac). Le niveau de scolarité fait référence au niveau le plus élevé atteint par la personne : pas de diplôme d’études secondaires, diplôme d’études secondaires ou études postsecondaires partielles, et diplôme d’études postsecondaires. Le revenu du ménage, rajusté pour tenir compte de la taille de celui‑ci, a été mesuré en quintiles.

L’ESCC comprend la collecte d’information sur les problèmes de santé chroniques, dont l’arthrite, le diabète, la bronchopneumopathie chronique obstructive, l’asthme, l’hypertension, l’accident vasculaire cérébral, les maladies cardiaques, la douleur chronique, le cancer et la dépression. Les personnes ont été classées en fonction du nombre de problèmes de santé chroniques diagnostiqués par un professionnel de la santé et ayant duré plus de six mois qu’elles ont déclarés. L’indice de masse corporelle (IMC) a été calculé en se basant sur le poids et la taille autodéclarés (poids en kilogrammes/carré de la taille en mètres). La situation d’usage du tabac comporte les catégories n’a jamais fumé, ancien fumeur, ou fumeur et a été déterminé en se basant sur les habitudes autodéclarées d’usage du tabac.

La cohorte de personnes ayant subi une arthroplastie a été répartie en groupes de diagnostic selon la raison de l’arthroplastie indiquée par le code de diagnostic principal inscrit dans le dossier de sortie de l’hôpital pour l’intervention chirurgicale en question : arthrose, fracture (arthroplasties de la hanche), complications (code de la CIM spécifique indiquant les complications d’une intervention chirurgicale), ou autre (p. ex., cancer, polyarthrite rhumatoïde). Cette classification reflète l’hypothèse selon laquelle le rétablissement après l’opération diffère selon la raison de la chirurgie. Par exemple, les personnes qui subissent une arthroplastie à la suite d’une fracture connaissent une trajectoire de soins et de résultats différente, étant donné que la chirurgie a été suscitée par un événement aigu31 .

Résultats

Analyse descriptive

Un total de 598 personnes ont subi une arthroplastie de la hanche ou du genou de six mois à cinq ans avant l’entrevue du cycle 1.1 de l’ESCC (tableau 2).

Tableau 2 Répartition des catégories de chirurgie, selon l’intervention chirurgicale et le diagnostic, participants de 40 ans et plus à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non comprisTableau 2
Répartition des catégories de chirurgie, selon l’intervention chirurgicale et le diagnostic, participants de 40 ans et plus à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non compris

L’arthrose était le diagnostic le plus fréquent chez les personnes ayant subi une arthroplastie de la hanche ou du genou : 29,5 % et 40,0 %, respectivement. Les cas de fracture de la hanche représentaient 8,7 % de la cohorte. Des proportions presque égales avaient subi une arthroplastie avec ou résultant de complications (10,5 %) ou pour d’autres diagnostics, tels qu’un cancer ou la polyarthrite rhumatoïde (11,2 %).

Les membres du groupe chirurgical étaient, en moyenne, plus âgés que ceux du groupe témoin (47,3 % contre 10,3 % avaient 75 ans ou plus) et étaient plus susceptibles d’être de sexe féminin (63,4 % contre 51,6 %) et de présenter des états comorbides (89,7 % contre 52,4 %) (tableau 3).

Tableau 3 Tableau 3
Certaines caractéristiques du groupe chirurgical et du groupe témoin, participants de 40 ans et plus à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non compris

Le score moyen (non corrigé) d’état de santé, mesuré au moyen du HUI, était de 0,615 pour le groupe chirurgical et de 0,844 pour le groupe témoin (tableau 3). Les attributs principalement à l’origine des différences étaient la mobilité et la douleur, comme l’illustre, par exemple, le graphique en toile d’araignée pour les personnes de 65 à 74 ans (figure 1). Le profil était semblable pour les autres groupes d’âge et après avoir écarté de l’analyse le groupe des fractures (données non présentées).

Figure 1 Score moyen (non corrigé) du Health Utilities Index, selon l’attribut, pour le groupe chirurgical et le groupe témoin, participants de 65 à 74 ans à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non comprisFigure 1
Score moyen (non corrigé) du Health Utilities Index, selon l’attribut, pour le groupe chirurgical et le groupe témoin, participants de 65 à 74 ans à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non compris

Analyse de régression multivariée

Dans l’ensemble, les membres du groupe chirurgical ont déclaré un moins bon état de santé fonctionnelle que ceux du groupe témoin, après correction des résultats pour tenir compte des autres covariables que l’on suppose être associées à la santé (tableau 4). Cependant, les résultats variaient selon le diagnostic. Les personnes ayant subi une arthroplastie pour un diagnostic principal d’arthrose ont « regagné » une plus grande part de leur santé; elles ont déclaré un état de santé fonctionnelle inférieur de 6 % (arthroplastie de la hanche) et de 9 % (arthroplastie du genou) à celui des membres du groupe témoin, alors que le groupe ayant subi l’intervention après une fracture de la hanche a déclaré un déficit de santé fonctionnelle de 21 %. 

Tableau 4 Différence corrigée† du Health Utilities Index entre le groupe chirurgical et le groupe témoin, selon l’intervention chirurgicale et le diagnostic, participants de 40 ans et plus à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non comprisTableau 4
Différence corrigée† du Health Utilities Index entre le groupe chirurgical et le groupe témoin, selon l’intervention chirurgicale et le diagnostic, participants de 40 ans et plus à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non compris

Parmi les personnes ayant subi une arthroplastie pour cause d’arthrose, plusieurs autres facteurs étaient significativement associés à l’état de santé après l’opération (tableau 5). Leur santé fonctionnelle diminuait avec chaque problème de santé chronique supplémentaire (13 % de moins). Celles ayant une insuffisance pondérale ont déclaré un déficit de santé fonctionnelle de 24 % par rapport aux personnes dont le poids était « normal ». Les anciens fumeurs ont déclaré une plus grande santé fonctionnelle (7 %) que les personnes n’ayant jamais fumé.

Tableau 5 Coefficients de régression linéaire reliant certaines caractéristiques au score du Health Utilities Index, cas d’arthroplastie avec arthrose, participants de 40 ans et plus à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non comprisTableau 5
Coefficients de régression linéaire reliant certaines caractéristiques au score du Health Utilities Index, cas d’arthroplastie avec arthrose, participants de 40 ans et plus à l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2000-2001, Canada, Québec non compris

Discussion

La présente analyse à l’échelle de la population des résultats en matière de santé de l’arthroplastie en se servant de données d’enquêtes et de données administratives couplées est la première réalisée au Canada au niveau national. Contrairement aux études fondées uniquement sur des données administratives sur la santé, l’existence d’informations sur la qualité de vie liée à la santé (HUI) dans les données d’enquête a permis de procéder à une évaluation plus directe des résultats en matière de santé chez une gamme de patients ayant reçu des soins dans diverses circonstances et auprès de divers fournisseurs.

En moyenne, les personnes ayant subi une arthroplastie n’ont pas retrouvé le même niveau de santé fonctionnelle que celui d’un groupe de population témoin. Comme prévu, les résultats variaient selon le type de diagnostic, allant d’un déficit de santé fonctionnelle de 6 % (arthroplastie de la hanche) et de 9 % (arthroplastie du genou) chez les personnes opérées pour cause d’arthrose à un déficit de santé fonctionnelle de 21 % chez celles opérées à la suite d’une fracture de la hanche. Après la chirurgie, les patients qui avaient subi une fracture n’ont pas « recouvré » leur santé au même degré que le groupe souffrant d’arthrose. Cette constatation corrobore les données sur les résultats du traitement des fractures de la hanche. La fracture de la hanche a été associée à une surmortalité, comparativement à la population générale32 et à d’autres personnes ayant subi une arthroplastie de la hanche33. Comme il a été constaté auparavant, les données au sujet de l’efficacité de l’arthroplastie chez les personnes ayant subi une fracture de la hanche sont contradictoires. D’autres conséquences de la fracture de la hanche pourraient avoir des effets indésirables sur la qualité de vie liée à la santé des patients. Il est probable que la fracture proprement dite ait un effet négatif sur leur trajectoire de santé; par exemple, l’hospitalisation peut, en soi, donner lieu à des changements d’état fonctionnel34-36. Chez les personnes âgées, les fractures sont autant une cause qu’une conséquence de leur fragilité, et représentent un événement plus proche de la fin dans le processus de déclin de la santé37,38.

La base de données couplées a permis d’explorer une gamme de facteurs associés aux résultats en matière de santé de l’arthroplastie chez un échantillon représentatif de la population nationale. L’analyse indique que, chez les personnes souffrant d’arthrose qui ont subi une arthroplastie, l’insuffisance pondérale et l’existence d’états comorbides étaient associées à une moins bonne santé après l’opération que chez les autres. Bien que le sexe, l’âge et l’état matrimonial semblent également être associés à une moins bonne santé, les résultats n’étaient pas statistiquement significatifs, vraisemblablement à cause de la petite taille de l’échantillon. Ces résultats concordent avec d’autres indiquant que divers facteurs sont associés aux résultats de l’arthroplastie39,40, y compris les états comorbides41 et le manque de soutien social42. Ces associations pourraient être indicatives de l’efficacité attendue d’une arthroplastie, en ce qui concerne l’état de santé, chez les personnes souffrant d’arthrose.

Le meilleur état de santé des anciens fumeurs, par comparaison aux personnes qui n’avaient jamais fumé, était inattendu. Cependant, les anciens fumeurs englobent non seulement les personnes qui ont cessé de fumer récemment, mais aussi celles ayant arrêté depuis longtemps qui, souvent, retrouvent un état de santé et adoptent des pratiques de soins de santé comparables à ceux des non‑fumeurs43,44 . En fait, certaines données laissent entendre que les personnes qui ont renoncé au tabac depuis longtemps sont plus susceptibles que les non‑fumeurs de croire à l’efficacité de la modification d’autres facteurs de risque45. Il se peut donc que les anciens fumeurs (du moins ceux ayant arrêté depuis longtemps) aient adopté d’autres modes de vie favorables à la santé, tels qu’une plus grande activité physique, qui améliorent leur état de santé général.

Limites

La présente étude comporte plusieurs limites. Premièrement, la taille de l’échantillon est petite — l’analyse porte uniquement sur les patients ayant subi une arthroplastie qui ont participé à l’ESCC de 2000‑2001. Des études subséquentes pourraient bénéficier des travaux en cours à Statistique Canada en vue de coupler les données de plusieurs cycles de l’ESCC aux données administratives hospitalières. Toutefois, cette limite est contrebalancée par une plus grande capacité de généralisation, les données étant représentatives de la population canadienne plutôt que d’un seul hôpital ou d’un seul régime d’assurance‑maladie, voire même d’une seule province.

Deuxièmement, comme l’échantillon est restreint à la population à domicile, il ne représente pas les résultats de l’arthroplastie chez les résidents des établissements de soins de santé, comme les établissements de soins de longue durée.

Enfin, l’étude ne compare pas la mesure directe du changement d’état de santé avant et après l’intervention chirurgicale. Elle compare plutôt l’état de santé après l’opération des patients ayant subi une arthroplastie à celui d’un groupe témoin représentatif de la population. Cette approche repose sur l’hypothèse selon laquelle l’intervention chirurgicale était destinée à rendre aux patients un niveau de santé comparable à celui de leurs contemporains. Cependant, un résultat négatif ne signifie pas nécessairement que l’intervention chirurgicale n’a pas donné lieu à une amélioration de la qualité de vie liée à la santé.

Conclusion

Cette étude représente une application unique de données couplées à l’étude des résultats en matière de santé après l’obtention de soins de santé, à savoir une arthroplastie. Les données permettent d’évaluer les résultats en matière de santé à l’échelle de la population, en tenant compte de l’effet d’une gamme de facteurs. Les résultats de l’arthroplastie diffèrent selon le diagnostic initial ou la raison de l’intervention. En particulier, les patients souffrant d’arthrose qui ont une insuffisance pondérale ou présentent des états comorbides pourraient connaître de moins bons résultats que les autres. Le couplage de données est prometteur pour l’étude des résultats en matière de santé des soins fournis, en particulier les interventions qui sont fréquentes et bien documentées dans les dossiers administratifs.