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    Culture, tourisme et Centre de la statistique de l'éducation

    Les expériences des jeunes sur le marché du travail après la fin des études : l'effet des cheminements scolaires au fil du temps

    Chapitre 4
    Résultats de l'analyse descriptive

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    4.1 Emploi

    4.1.1 Moment 1 (un an ou deux après la fin des études à temps plein)

    Le tableau 4.1 montre, pour chaque cheminement scolaire, les résultats sur le marché du travail aux deux points dans le temps. En ce qui concerne l'emploi pendant toute l'année, nous observons que les plus fortes proportions de personnes occupées un an ou deux après la fin des études sont celles des non-stoppeurs ayant obtenu un diplôme d'études collégiales, puis un grade universitaire (90 %)1 et des stoppeurs titulaires d'un grade universitaire (environ 84 %), suivis de près par les non-stoppeurs possédant un diplôme d'études collégiales (82,6 %) et les non-stoppeurs titulaires d'un grade universitaire (80 %). À l'opposé, la plus faible proportion de personnes occupées est celle des raccrocheurs qui ont fini par obtenir leur diplôme d'études secondaires (mais non un diplôme d'études postsecondaires) (environ 55 %), suivis de près par les sortants du secondaire et les raccrocheurs qui ont fini par poursuivre des études postsecondaires (environ 59 %).

    Fait intéressant, l'écart semble minime entre les jeunes qui ont fait une pause après les études secondaires et ceux qui ne l'ont pas fait, les non-stoppeurs, qui réussissent à peine un peu mieux. En moyenne, pour l'ensemble des non-stoppeurs, le taux d'emploi atteint 79 %; pour l'ensemble des stoppeurs, il s'établit à 74 %. Il en va quelque peu autrement, toutefois, lorsqu'on examine les proportions de personnes occupées par type de cheminement scolaire. Par exemple, les non-stoppeurs possédant un diplôme d'études collégiales, ainsi que les non-stoppeurs ayant quitté les études postsecondaires avant d'obtenir un diplôme ou un grade, affichent un taux d'emploi d'environ 5 points supérieur à celui des stoppeurs. On observe toutefois la tendance inverse chez les diplômés universitaires : le taux d'emploi des stoppeurs universitaires est d'environ 4 points supérieur à celui des non-stoppeurs, sauf si les non-stoppeurs universitaires ont obtenu un diplôme d'études collégiales avant d'obtenir un grade universitaire. Ce dernier groupe affiche, au moment 1, le taux d'emploi le plus élevé parmi tous les parcours.

    Tableau  4.1 Proportion de personnes occupées et gains moyens, selon le cheminement  scolaire et le nombre d'années depuis la fin des études à temps plein (Mêmes  personnes au fil du temps.) Tableau 4.1 Proportion de personnes occupées et gains moyens, selon le cheminement scolaire et le nombre d'années depuis la fin des études à temps plein (Mêmes personnes au fil du temps.)

    4.1.2 Moment 2 (cinq ou six ans après la fin des études à temps plein)

    Lorsqu'on réexamine les résultats sur le marché du travail plusieurs années après la fin des études à temps plein, les jeunes ont eu l'occasion d'affermir leur situation sur le marché du travail. On peut donc s'attendre à observer, en fonction des divers cheminements scolaires, des résultats différents de ceux observés antérieurement. Toutefois, comme le montre le tableau 4.1, on observe, au chapitre de l'emploi stable, des tendances semblables aux moments 1 et 2; en effet, les taux d'emploi pendant toute l'année sont beaucoup plus élevés chez les jeunes les plus instruits que chez ceux qui avaient décroché ou qui n'avaient pas fait d'études postsecondaires. Par exemple, environ 96 % des stoppeurs titulaires d'un grade universitaire travaillaient pendant toute l'année, contre 65 % des raccrocheurs sans formation postsecondaire. En fait, cinq ou six ans après la fin des études, 83 % des raccrocheurs ayant fait au moins des études postsecondaires partielles travaillaient pendant 12 mois, ce qui témoigne de l'importance de études postsecondaires. Par conséquent, les taux d'emploi pendant toute l'année des répondants raccrocheurs ayant fait des études postsecondaires partielles étaient, en moyenne, d'environ 18 points de pourcentage supérieurs à ceux des raccrocheurs qui ne possédaient qu'un diplôme d'études secondaires. Cet écart est attribuable dans une large mesure au fait qu'entre les moments 1 et 2, les taux d'emploi des raccrocheurs possédant un diplôme d'études postsecondaires ont grimpé de 40 %, contre seulement 17 % dans le cas de ceux qui n'avaient pas fait d'études postsecondaires.

    De plus, pour tous les cheminements sauf un, on observe entre les moments 1 et 2 une hausse du taux d'emploi, qui s'échelonne de 6,07 % chez les jeunes possédant un diplôme d'études secondaires seulement à 40,07 % chez les raccrocheurs ayant fait des études postsecondaires partielles. Seuls font exception les non-stoppeurs ayant obtenu un diplôme d'études collégiales avant d'obtenir un grade universitaire. Ces personnes ont en effet subi une légère baisse du taux moyen d'emploi au fil du temps. Le fait qu'on observe une hausse du taux d'emploi pendant toute l'année pour la grande majorité des cheminements est un signe encourageant, car il semble que même parmi les groupes qui, au départ, avaient plus de mal à réussir, les perspectives d'emploi s'améliorent au fil du temps (mais beaucoup moins que celles des diplômés universitaires).

    Sur le plan des écarts entre stoppeurs et non-stoppeurs, de façon générale, l'avantage en matière d'emploi dont bénéficiaient les non-stoppeurs au moment 1 avait diminué au moment 2. Au moment 1, nous avons observé un écart d'environ 5,5 points de pourcentage entre les deux groupes mais, au moment 2, cet écart avait reculé à moins de 2 points. Par contre, il restait des écarts pour chaque cheminement. Par exemple, les non-stoppeurs possédant un diplôme d'études collégiales affichaient encore un taux d'emploi de près de 5 points supérieur au moment 2, alors que c'était l'inverse chez les diplômés universitaires. Dans ce cas, le taux d'emploi pendant toute l'année des stoppeurs était d'environ 7 points supérieur à celui des non-stoppeurs.

    Il est intéressant de noter aussi qu'au moment 2, l'écart en matière d'emploi entre les universitaires et les collégiens avait augmenté, mais seulement chez les jeunes qui ont reporté leur passage des études secondaires aux études postsecondaires. Au moment 1, chez les stoppeurs, l'écart entre le taux d'emploi des universitaires et celui des collégiens était d'environ 7 points de pourcentage mais, au moment 2, cet écart avait grimpé à près de 13 points. Il reste à voir si ces écarts existent toujours après la prise en compte d'autres facteurs dans une analyse multivariée.

    4.2 Gains

    4.2.1 Moment 1 (un an ou deux après la fin des études à temps plein)

    Sur le plan des gains au moment 1, les trois cheminements menant aux gains moyens les plus élevés sont, par ordre décroissant : les non-stoppeurs possédant un diplôme d'études collégiales et un grade universitaire (26 678 $), les non-stoppeurs titulaires d'un grade universitaire (25 177 $) et les non-stoppeurs possédant un certificat d'une école de métiers ou autre (23 369 $)2. À l'opposé, les trois cheminements menant aux gains moyens les plus faibles sont (par ordre croissant) : les raccrocheurs sans études postsecondaires (11 193 $), suivis de près par les décrocheurs du secondaire (11 448 $) et les raccrocheurs ayant fait au moins des études postsecondaires partielles (14 332 $). Ce dernier cheminement est suivi de près par les jeunes possédant un diplôme d'études secondaires seulement (14 587 $). Fait intéressant, les jeunes qui avaient repris leurs études secondaires après avoir décroché semblaient bénéficier, au moment 1, d'un avantage salarial lié aux études postsecondaires. Les jeunes qui étaient retournés aux études pour obtenir un diplôme d'études secondaires et qui avaient ensuite poursuivi des études postsecondaires gagnaient, en moyenne, environ 3 100 $ de plus par année que ceux qui étaient retournés aux études mais n'avaient obtenu qu'un diplôme d'études secondaires. La tendance la plus frappante est l'accroissement des gains des jeunes qui empruntent les cheminements menant à l'obtention d'un diplôme d'études postsecondaires. Juste après la fin de leurs études, ces jeunes gagnaient en moyenne près de 23 000 $ par année, soit environ 33 % de plus que ceux qui n'avaient jamais obtenu de diplôme d'études postsecondaires3.

    Comme dans le cas de l'emploi, il semble exister, peu après la fin des études, un certain avantage au fait de passer directement des études secondaires aux études postsecondaires : les non-stoppeurs gagnaient, en moyenne, environ 2 500 $ de plus que les stoppeurs. Par exemple, les non-stoppeurs titulaires d'un grade universitaire gagnaient environ 2 600 $ de plus par année que les stoppeurs, alors que les non-stoppeurs possédant un diplôme d'études collégiales gagnaient environ 3 000 $ de plus que les stoppeurs. Dans le cas des jeunes possédant un certificat d'une école de métiers ou autre, l'écart est plus faible, mais néanmoins réel, soit d'environ 1 800 $ par année. Ces gains moyens donnent à penser que le fait de passer directement des études secondaires aux études postsecondaires s'avère bénéfique, du moins au début, pour les jeunes qui finissent par terminer des études universitaires ou collégiales ou un programme d'une école de métiers ou autre. Enfin, comme l'ont déjà constaté Allen et Vaillancourt (2004), les résultats indiquent aussi que le fait de posséder un grade universitaire permet de toucher au moment 1 des gains nettement plus élevés que ceux du titulaire d'un diplôme d'études collégiales, soit environ 3 000 $ de plus, et ce, que les répondants aient fait ou non une pause après leurs études secondaires.

    4.2.2 Moment 2 (cinq ou six ans après la fin des études à temps plein)

    Sur le plan des gains moyens au moment 2, les niveaux les plus élevés correspondent encore une fois aux cheminements menant à l'obtention d'un grade universitaire : les non-stoppeurs – université (43 958 $), les stoppeurs – université (42 399 $) et les non-stoppeurs – collège / université (38 349 $) touchaient les gains moyens les plus élevés. Par rapport à la tendance observée dans le cas de l'emploi, ces trois parcours se démarquent beaucoup plus lorsqu'on les compare aux autres cheminements. Par exemple, après les non-stoppeurs – collège /université, les non-stoppeurs – métiers / autre touchaient les gains moyens les plus élevés (33 379 $), suivis de près par les non-stoppeurs – collège (32 057 $). En fait, l'écart salarial entre les diplômés collégiaux et les diplômés universitaires s'accroît au fil du temps : au moment 1, les jeunes diplômés universitaires gagnaient, en moyenne, 3 000 $ de plus que leurs homologues possédant un diplôme d'études collégiales; au moment 2, cet écart avait augmenté au point de représenter un avantage salarial de près de 11 000 $.

    À l'autre extrême, les sortants du secondaire touchaient, en moyenne, les gains les plus faibles (21 279 $), suivis de près par les raccrocheurs sans études postsecondaires (21 448 $). Le classement des gains reste donc très uniforme au fil du temps : les gains élevés restent élevés et les gains faibles restent faibles. Il est encourageant de noter, toutefois, que les gains moyens correspondant à chaque cheminement augmentent au fil du temps (comme l'a constaté Finnie, 2001 d'après les données de l'Enquête nationale auprès des diplômés), ce qui n'a rien d'étonnant, compte tenu de ce que nous savons de la croissance des salaires de l'ensemble des Canadiens durant cette période (voir Lin, 2008). Toutefois, même la croissance considérable des gains des sortants du secondaire (en hausse de 85 %) n'arrivait pas à combler l'écart salarial avec les jeunes qui possédaient un diplôme d'études postsecondaires.

    Lorsqu'on tient compte de l'incidence d'une pause après les études secondaires, on observe que les non-stoppeurs gagnaient plus que les stoppeurs aux deux moments : au moment 1, les non-stoppeurs gagnaient, en moyenne, 22 398 $ et les stoppeurs, 19 835 $. L'écart restait très uniforme au fil du temps : au moment 2, les non-stoppeurs et les stoppeurs gagnaient, respectivement, 33 299 $ et 30 524 $. Toutefois, les écarts ne sont pas uniformes pour tous les cheminements. Par exemple, lorsqu'on tient compte du niveau de scolarité, on remarque qu'entre les moments 1 et 2, l'écart entre les gains moyens des stoppeurs et ceux des non-stoppeurs diminuait d'environ 1 000 $ chez les diplômés universitaires, alors qu'il augmentait de plus de 3 500 $ chez les jeunes possédant un certificat d'une école de métiers ou autre. Fait intéressant, dans le cas des sortants du postsecondaire, l'écart entre les non-stoppeurs et les stoppeurs n'était que de 700 $ au moment 1 mais, au moment 2, cet écart était beaucoup plus grand : les stoppeurs gagnaient, en moyenne, environ 3 800 $ de plus que les non-stoppeurs. Cette dernière tendance illustre sans doute l'avantage dont bénéficient les jeunes qui ont fait une pause pour travailler entre les études secondaires et les études postsecondaires. Autrement dit, plusieurs années après la fin des études, ils sont peut-être mieux en mesure de réussir sur le marché du travail que les jeunes qui sont passés directement des études secondaires aux études postsecondaires, car leur expérience antérieure du marché du travail compense l'absence de diplôme.

    4.3 Résumé de l'analyse descriptive

    En résumé, l'analyse descriptive débouche sur cinq observations clés. 1) À l'instar d'études antérieures, notre analyse fait ressortir l'importance des études postsecondaires sur les résultats sur le marché du travail. De façon uniforme, le cheminement pour lequel on trouve la plus faible proportion de personnes occupées pendant toute l'année ou les personnes touchant les gains moyens les plus faibles est celui des jeunes possédant au plus un diplôme d'études secondaires. 2) Cette incidence positive des études postsecondaires est uniforme au fil du temps; on l'observe aussi bien peu après la fin des études que plusieurs années plus tard. 3) Le retour aux études secondaires après avoir décroché n'améliore pas nécessairement la situation sur le marché du travail par rapport aux jeunes qui ont décroché définitivement. Toutefois, si ces « raccrocheurs » ont poursuivi des études postsecondaires, on observe une nette incidence positive aux chapitres de l'emploi et des gains, surtout plusieurs années après la fin des études. 4) En moyenne, les non-stoppeurs semblent réussir un peu mieux sur le marché du travail aux chapitres de l'emploi et des gains, à une importante exception près. Aux deux moments, les stoppeurs ayant fait des études universitaires affichaient des taux d'emploi supérieurs à ceux des non-stoppeurs. Au moment 1, l'écart était négligeable (4 points de pourcentage); au moment 2, toutefois, le taux d'emploi était, en moyenne, de 96 % chez les stoppeurs, contre 89 % chez les non-stoppeurs. 5) Les diplômés universitaires gagnent plus que les diplômés collégiaux; on observe cette tendance aux deux moments, mais surtout au moment 2. Au chapitre de l'emploi, les écarts entre ces deux groupes sont moins prononcés, sauf au moment 2 chez les stoppeurs, car le taux d'emploi des diplômés universitaires est de plus de 10 points supérieur à celui des répondants possédant un diplôme d'études collégiales.

    À l'étape suivante de notre analyse, nous ajoutons des variables de contrôle appropriées afin de prendre en compte des facteurs autres que le cheminement scolaire, mais pouvant avoir un effet sur le lien entre l'éducation et les résultats sur le marché du travail. Nous pourrons ainsi déterminer si les liens susmentionnés entre les cheminements scolaires et le marché du travail sont corroborés lorsqu'on prend en compte l'influence d'autres facteurs.


    Note

    1. Ce cheminement est plus concentré au Québec en raison des CÉGEPS. Dans certaines autres analyses (non montrées), plus de 70 % des non-stoppeurs ayant suivi le cheminement collège-université ont fait des études secondaires au Québec.
    2. La moyenne géométrique est utilisée, car les mesures des revenus ont été enregistrées; l'interprétation est la même que celle de la moyenne arithmétique plus standard.
    3. Les calculs se font à partir de la moyenne de tous les cheminements menant à un diplôme d'études postsecondaires, peu importe l'écart, puis en comparant le résultat à la moyenne des deux cheminements des sortants du programme d'études postsecondaires.
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