1 . Introduction

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On sait depuis longtemps qu'une main-d'œuvre instruite et très qualifiée est essentielle à la croissance et au développement économiques. Dans la littérature économique, l'ensemble des connaissances, des compétences et des aptitudes que possède la main-d'œuvre s'appelle généralement le « capital humain » et le rôle du capital humain dans l'économie a été beaucoup analysé. Par exemple, le niveau du capital humain, mesuré par des indicateurs comme le niveau de scolarité, sert souvent à expliquer la performance économique dans tous les pays1. La définition du capital humain toutefois est encore matière à controverse.

Dans les études analytiques récentes, on a généralement mis en relief l'importance des compétences techniques et des formes de connaissances relative à la science et à l'ingénierie pour l'innovation et la croissance économiques. En effet, l'importance des compétences techniques et scientifiques pour la production d'une vaste gamme de biens et de services va de soi généralement. Or on peut soutenir que la production de nombreux biens industriels et de consommation exige un vaste éventail de compétences, de connaissances et d'aptitudes. En effet, des compétences non techniques, particulièrement celles qui sont le plus étroitement associées aux arts créatifs ou aux beauxarts, peuvent aussi jouer un rôle crucial. Par exemple, la conception stylistique d'un produit donné, comme un appareil ménager, peut avoir un effet à coup sûr sur les consommateurs. C'est donc que la conception graphique peut ajouter une valeur importante à un bien de consommation indépendamment de la technologie. En outre, étant donné le grand nombre de produits de consommation disponibles dans le contexte économique actuel, il est important pour les fabricants de distinguer leurs produits de ceux de leurs concurrents en vue de mieux les vendre. L'industrie automobile est un excellent exemple. La différenciation des produits dans l'industrie automobile englobe beaucoup plus que les différences techniques entre des types différents de véhicules; manifestement, comme dans le cas des appareils ménagers, la conception stylistique d'un véhicule est un élément essentiel pour plaire à chacun des consommateurs. Il faut aussi des stratégies de marketing exclusives pour faire valoir les caractéristiques particulières d'une automobile donnée et pour créer et élargir le marché pour ces produits. De même, les fabricants de produits de consommation de haute technologie d'avant-garde qui sont semblables, comme les ordinateurs, les lecteurs MP3 et les téléphones cellulaires, doivent lancer de bonnes campagnes de marketing pour les vendre, et les produits comme tels comportent généralement beaucoup de caractéristiques stylistiques. Par conséquent, même les industries très techniques exigent des compétences non techniques dans le cadre de leur processus d'innovation, parallèlement avec l'expertise en science et en génie. Effectivement, pour progresser le long de la chaîne à valeur ajoutée, il peut être nécessaire d'intégrer dans les produits plus d'éléments d'art et de design.

Bien sûr, cette perspective n'est pas nouvelle. Dans son ouvrage marquant intitulé « The Economy of Cities » (1969), Jane Jacobs a fait valoir qu'il faut une grande diversité de compétences et de connaissances pour l'innovation. Plus récemment, Richard Florida a aussi parlé de l'importance économique d'un vaste éventail de compétences et de connaissances. Il souligne en particulier le rôle que joue la créativité dans l'économie et il allègue qu'une « classe de créateurs » a vu le jour depuis quelques décennies. La classe de créateurs de Florida comprend une vaste gamme de professions et de métiers, qui se distinguent tous par l'exigence d'un esprit créatif. Dans sa classe de créateurs, il inclut bien sûr les scientifiques, les ingénieurs et les travailleurs techniques connexes. Toutefois, il signale aussi l'apport des artistes, des écrivains et des personnes qui occupent des professions semblables2. Il y a donc des arguments selon lesquels la notion de créativité associée étroitement avec des professions artistiques est importante.

C'est pourquoi nous voulons savoir si des formes de créativité à l'extérieur des domaines purement techniques et scientifiques servent à produire des biens et des services. Nous mettrons l'accent sur le rôle que jouent les travailleurs de la culture dans l'économie. Les professions culturelles exigent naturellement un esprit créatif, ainsi que des compétences et des connaissances approfondies. En outre, elles englobent des formes de créativité qui sont profondément différentes de la créativité qu'on trouve dans les professions techniques et scientifiques. Beaucoup de travailleurs de la culture œuvrent manifestement à la production de biens et de services culturels, comme les œuvres artistiques, les concerts et la littérature. C'est ainsi que le présent document approfondit la connaissance de cette question en se demandant dans quelle mesure les employeurs dans les industries non culturelles, comme les industries manufacturières ou les services à l'entreprise, comptent sur les travailleurs de la culture et sur leurs compétences en tant que facteurs de production.

Nous voulons savoir également si l'emploi de travailleurs de la culture à l'extérieur des industries culturelles a augmenté pendant les années 90. L'économie canadienne a beaucoup évolué pendant cette décennie étant donné la croissance des technologies de l'information et de la communication (comme l'Internet), l'entrée en vigueur de l'Accord de libre-échange nord-américain et l'effet économique de la concurrence mondiale. En outre, étant donné ces changements, la connaissance et la créativité ont constamment occupé une place plus importante, dans la mesure où l'économie actuelle est souvent qualifiée de « nouvelle économie » dans les médias et les études analytiques3. C'est ainsi que nous posons comme hypothèse que, à mesure que l'économie a évolué pendant les années 90, la demande de travailleurs de la culture a augmenté.

Enfin, nous nous demandons si la façon dont les travailleurs de la culture dans les industries non culturelles sont employés est différente sur l'échiquier urbain- rural. Florida (2005) et d'autres chercheurs soulignent généralement l'importance du rôle des villes dans la vie économique nationale4. Ce rôle découle en partie du fait qu'il existe dans les villes, vu leur nature même, un vaste marché de main- d'œuvre. Ce vaste marché de main-d'œuvre permet aux entreprises d'obtenir plus facilement des travailleurs spécialisés, surtout ceux qui ont certaines compétences et connaissances. Nous pensons donc généralement que les entreprises qui emploient des travailleurs de la culture en plus grand nombre sont plutôt tentées de s'établir en ville, et nous vérifions cette hypothèse par l'analyse des caractéristiques de l'emploi dans le secteur culturel sur l'échiquier urbain-rural.