Annexe 1
Calculer les taux de décrochage

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Il est extrêmement important de définir soigneusement le terme « décrocheur » et de comprendre la nature des données lorsqu'on calcule un taux de décrochage, car de petites différences dans les sources des données et les concepts peuvent se traduire par des écarts assez significatifs entre les taux. Il faut d'abord déterminer s'il s'agit de données administratives, d'enquête ou du recensement. On doit ensuite distinguer clairement les variables utilisées. Enfin, ces facteurs ont des effets différents sur le taux de décrochage selon le groupe d'âge visé. La présente annexe tente d'illustrer la façon dont ces facteurs peuvent modifier le taux de décrochage résultant. Pour les besoins de l'analyse, un décrocheur est une personne sans diplôme d'études secondaires qui ne fréquente pas l'école.

Le type de données utilisées peut également influer sur le taux de décrochage. Les données administratives, de conseils scolaires, par exemple, ont ceci d'avantageux qu'elles représentent un recensement de tous les élèves. Souvent, les écrits sur l'éducation et les ministères provinciaux de l'Éducation utilisent des données administratives pour estimer le taux de décrochage. Mais ces données ne permettent pas toujours de savoir s'il s'agit d'un départ par déménagement (déménager sur le territoire d'une autre commission scolaire) ou d'un décrochage véritable. C'est pourquoi les données administratives ont tendance à surestimer le taux de décrochage. Les enquêtes évitent ce problème en posant des questions sur les études sans égard aux allées et venues des gens. Elles ont toutefois tendance à exclure une partie de la population à risque telle que les Autochtones, la population vivant en établissement et la population des territoires. Il s'ensuit que les données d'enquête ont tendance à sous-estimer le taux de décrochage global. Enfin, le recensement a l'avantage d'identifier précisément les décrocheurs et d'assurer une couverture plus complète. Par exemple, à partir des données de l'EPA, Bowlby (2005) obtient un taux de décrochage de 11 % chez les 20 à 24 ans pour l'année scolaire 2000-2001, tandis que les données du Recensement de 2001 indiquent un taux de 13,7 % 19.

Les enquêtes et le recensement requièrent une définition claire du terme décrochage et une explication des questions servant aux calculs. La définition sera très probablement fonction de l'information (variables) contenue dans les données. Certaines enquêtes ne s'enquièrent que du niveau de scolarité (ou du plus haut grade obtenu), alors que d'autres posent deux questions distinctes au répondant pour déterminer son plus haut grade atteint et savoir s'il est titulaire d'un diplôme d'études secondaires. Comme il est possible d'obtenir un diplôme d'études postsecondaires sans avoir obtenu de diplôme d'études secondaires, ces deux approches conduisent inévitablement à l'obtention de réponses différentes. Enfin, les personnes inscrites à l'école ne devraient pas être comptées comme des décrocheurs. Or, les sources de données ne permettent pas toutes de faire simultanément la distinction entre les diplômés du secondaire et les effectifs courants.

Pour comprendre leur impact sur le taux de décrochage, le Tableau A.1 illustre les questions soulevées ci-dessus. La population des personnes sans diplôme d'études secondaires peut être divisée en quatre groupes selon deux critères : la fréquentation scolaire et le plus haut diplôme obtenu. Il se peut que certaines personnes sans diplôme d'études secondaires soient retournées à l'école.

Tableau A.1
Classification des personnes sans diplôme d'études secondaires

  Sans diplôme d'EPS Avec diplôme d'EPS
Ne fréquentant pas A B
Fréquentant C D

Si les quatre groupes forment le numérateur, le taux résultant s'appelle taux d'« inachèvement », ce qui comprend les décrocheurs et les personnes aux études. Selon le groupe d'âge à l'étude, l'inclusion des personnes « fréquentant » l'école (groupes C et D) donne un taux d'inachèvement fort différent du taux de décrochage. Pour illustrer ce phénomène, le tableau A.2 donne le taux de fréquentation, le taux de décrochage incluant les groupes A et B ainsi que le taux d'inachèvement résultant pour les personnes âgées de 18 à 20 ans.

Tableau A.2
Taux de fréquentation, de décrochage et d'inachèvement, personnes âgées de 18 à 20 ans, 1999

  18 ans 19 ans 20 ans
pourcentage
Taux de fréquentation à une école secondaire 27,3 7,8 3,3
Taux de décrochage 10,3 11,8 12,0
Taux d'inachèvement résultant 37,6 19,6 15,3

Source : Les données sur les taux de fréquentation et de décrochage proviennent de Bowlby et McMullen (2002).

Quelque 27 % et 8 % respectivement des personnes de 18 et de 19 ans fréquentaient encore l'école en décembre 1999. Les taux d'inachèvement étaient donc de 37,6 % et de 19,6 % respectivement, tandis que les taux de décrochage étaient de 10 % et de 12 %. Confondre ces deux taux est une erreur commune qui a d'importantes implications pour la population en âge de fréquenter l'école secondaire, soit le groupe des 15 à 19 ans. À compter de 20 ans, le taux de fréquentation scolaire chute brusquement à 3 %. Le fait d'utiliser le taux d'inachèvement plutôt que le taux de décrochage réel a donc pour effet de surestimer légèrement le taux de décrochage. Dans le même ordre d'idées, le taux de fréquentation à une école secondaire des 20 à 24 ans a gravité autour de 2 % et de 3 % tout au long des années 1990 et des années 2000, ce qui fait que le taux d'inachèvement a continué d'avoisiner le taux de décrochage20. Par conséquent, en l'absence d'information sur la fréquentation scolaire, il n'est possible de calculer que le taux d'inachèvement. Ce taux ne dépassera que de quelques points de pourcentage celui de décrochage chez les personnes âgées de 20 ans et plus et pourrait être utilisé moyennant la présentation des mises en garde qui s'imposent21.

Dans la mesure du possible, on ne devrait calculer le taux de décrochage que pour les groupes qui ne fréquentent pas l'école. Selon les données, peut-être sera-til impossible d'identifier le groupe B dans le Tableau A.1. Plus précisément, les données qui n'indiquent que la scolarité ou le plus haut diplôme ou grade atteint classent les individus du groupe B comme des titulaires d'un diplôme d'études postsecondaires sans égard au fait qu'ils n'ont pas obtenu de diplôme d'études secondaires. Il est impossible avec de telles données de calculer la fréquence du retour à l'école des décrocheurs du secondaire. Ces données portent également à conclure à une fréquence moindre du décrochage. Ainsi, l'utilisation du plus haut niveau de scolarité atteint, comme le fait Bowlby (2005), plutôt que l'obtention d'un diplôme d'études secondaires pour identifier les décrocheurs, fait état de taux de décrochage inférieurs de 1,5 à 2,8 points de pourcentage que ceux qui sont rapportés dans le graphique 2.1.