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Mesure de l'emploi et du chômage au Canada et aux États-Unis — une comparaison

Mesure de l'emploi et du chômage au Canada et aux États-Unis – une comparaison

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Début du texte

1. Introduction

Les statistiques sur l’emploi figurent parmi les indicateurs les plus surveillés parmi ceux qui sont publiés par les organismes statistiques nationaux. Au Canada, Statistique Canada diffuse chaque mois deux ensembles d’estimations de l’emploi : un ensemble tiré de l’Enquête sur la population active (EPA) menée auprès des ménages et un autre tiré de l’Enquête sur l’emploi, la rémunération et les heures de travail (EERH) menée auprès des entreprisesNote 1. Des comparaisons se font naturellement entre ces données et celles de deux enquêtes analogues diffusées par le Bureau of Labor Statistics aux États-Unis : la Current Population Survey (CPS) menée auprès des ménages et l’enquête du programme Current Employment Statistics (CES) menée auprès des établissements (entreprises). Plus précisément, les taux d’emploi, de chômage et d’activité tirés de ces enquêtes sont souvent utilisés pour comparer les tendances du marché du travail dans les deux pays.

Le présent rapport fournit des renseignements aux utilisateurs qui souhaitent comparer les estimations de l’emploi et du chômage des enquêtes canadiennes et américaines. Parmi les considérations figurent les concepts, les méthodes, les désaisonnalisations, l’actualité, les révisions et les principales utilisations. Une brève description des quatre enquêtes est présentée à l’annexe 1. Les concepts utilisés dans ces enquêtes sont présentés de façon comparative à l’annexe 2. Les principales différences sont résumées à l’annexe 3.

Ce rapport compare ces enquêtes selon différents points de vue. Premièrement, à la section 2, on examine de façon générale les enquêtes sur l’emploi auprès des ménages et des entreprises, qu’elles soient menées au Canada ou aux États-Unis. Dans chaque type d’enquête (auprès des ménages ou auprès des entreprises), il existe des différences conceptuelles et méthodologiques dans la façon dont le Canada et les États-Unis mesurent l’emploi et le chômage. Ces différences sont décrites à la section 3.

2. Différences conceptuelles et méthodologiques dans les mesures de l’emploi : programmes statistiques sur les ménages et sur les entreprises

Statistique Canada et le Bureau of Labor Statistics utilisent un certain nombre d’instruments de programme pour élaborer des mesures de l’emploi, y compris des enquêtes auprès des ménages, des enquêtes auprès des entreprises et des dossiers administratifs.

Les programmes statistiques auprès des ménages et des entreprises des deux pays comportent plusieurs différences. Les enquêtes auprès des ménages recueillent des renseignements sur la situation d’emploi et les caractéristiques démographiques de leurs membres, tandis que les enquêtes auprès des entreprises reçoivent des données sur les emplois directement des entreprises ou les tirent des rapports de versement des retenues sur la paye des administrations publiques. La nature de estimations de chacun de ces programmes statistiques rend compte de leur conception, et une fois combinées, elles donnent  un portrait exhaustif de la population active.

De façon générale, les tendances des estimations de l’emploi provenant des programmes d’enquêtes auprès des ménages et des entreprises sont comparables. Lorsqu’on tient compte des différences conceptuelles, comme celles décrites dans la présente section et dans la section suivante, les estimations des deux enquêtes de chaque pays concordent assez bien au fil du temps (graphiques 1 et 2), leurs résultats différant en moyenne de moins de 1 %Note 2. Les plus faibles écarts résiduels, plus difficiles à expliquer, peuvent être attribuables à d’autres différences conceptuelles ou méthodologiques, y compris la rapidité avec laquelle les changements dans la situation d’emploi se reflètent dans les dossiers administratifs des administrations publiques. On observe aussi que ces écarts sont plus fréquents en périodes de ralentissement ou de reprise économique.

Graphique 1 de l'issue 2015002

Description du graphique 1

 

Graphique 2 de l'issue 2015002

Description du graphique 2

Toutefois, la plupart des utilisateurs souhaitent obtenir davantage qu’un aperçu général des tendances de l’emploi,  il est donc important de comprendre les différences conceptuelles et méthodologiques.

La section 3 souligne les différences conceptuelles et méthodologiques des mesures de l’emploi diffusées par Statistique Canada et le Bureau of Labor Statistics. Ces différences  sont parfois complexes puisque les deux pays utilisent les programmes statistiques sur l’emploi des ménages et des entreprises différemment.

Afin de mettre les comparaisons de la section 3 en contexte, le reste de la présente section décrit, de façon générale, les différences de concepts et de méthodes entre les enquêtes sur la population active menées auprès des ménages (comme l’EPA au Canada et la CPS aux États-Unis) et les enquêtes sur l’emploi menées auprès des entreprises (comme l’EERH au Canada et la CES aux États-Unis).

Concepts

La principale différence conceptuelle entre les enquêtes sur la population active auprès des ménages et les enquêtes sur l’emploi auprès des entreprises a trait au fait que les premières produisent des estimations du nombre de personnes occupées, tandis que les secondes estiment le nombre d’emplois. Bien que l’EPA et la CPS, menées auprès des ménages,recueillent des informations sur les emplois multiples, elles ne dénombrent les personnes qu’une seule fois, en fonction de leur emploi principal, et ce, quel que soit le nombre d’emplois qu’elles occupent. Par contre, l’EERH et la CES incluent les personnes plus d’une fois si elles occupent plusieurs emplois.

Également,  l’EPA et la CPS considèrent comme occupées, certaines personnes absentes du travail qui ne sont pas  rémunérées de même que les personnes en congé de maternité ou de paternité, tandis que l’EERH et la CES incluent uniquement les personnes qui sont rémunérées durant la période de référence.

Contenu

L’EPA et la CPS fournissent aussi des mesures de l’emploi et du chômage, y compris leurs taux, tandis que l’EERH et la CES fournissent uniquement des mesures de l’emploi.

Outre les chiffres sur l’emploi et le chômage, il existe des différences dans les caractéristiques qui sont mesurées. Grâce à des interviews auprès des membres des ménages, les enquêtes sur la population active menées auprès des ménages permettent d’obtenir plus de précisions sur leurs caractéristiques démographiques, éducationnelles et familiales. Les sujets traités dans le cadre des enquêtes sur l’emploi auprès des entreprises, par ailleurs, fournissent des estimations plus détaillées selon l’industrie et la taille de l’entreprise, y compris la rémunération hebdomadaire moyenne et les heures rémunérées.

Couverture

Les enquêtes sur la population active auprès des ménages donnent une idée plus générale de l’emploi puisqu’elles incluent notamment, les secteurs de l’agriculture, de la pêche et du piégeage, les services aux ménages privés de même que le travail autonome; elles peuvent aussi fournir des données sur les chômeurs. Les enquêtes auprès des entreprises, qui sont axées sur l’emploi salarié, ne comprennent pas ces secteurs.

Période de référence

La période de référence des enquêtes sur la population active auprès des ménages correspond généralement à la semaine du calendrier qui comprend la deuxième semaine du mois (ou le 15e jour du mois au Canada et le 12e jour, aux États-Unis).

Les programmes statistiques sur l’emploi des entreprises, par ailleurs, sont principalement fondés sur une période de paye, qui peut s’étendre sur une semaine, deux semaines, un demi-mois ou un mois. Au Canada, la période de référence correspond à la dernière semaine du mois, tandis qu’aux États-Unis, elle comprend le 12e jour du mois. Les variations d’un mois à l’autre peuvent être influencées par les semaines pour lesquelles des données sont déclarées. Dans bien des cas, on résout ce problème en ayant recours à des méthodes de désaisonnalisation dont il est question plus loin. Lorsqu’une période de paye déclarée est plus longue qu’une semaine, les données sont ajustées en divisant le nombre de jours de travail déclarés par le répondant par le nombre de jours ouvrables couverts par la période de paye correspondante.

Erreurs d’échantillonnage et erreurs non dues à l’échantillonnage

Les enquêtes auprès des ménages et des entreprises sont sujettes à des erreurs d’échantillonnage et à des erreurs non dues à l’échantillonnage, alors que la composante des données administratives des enquêtes auprès des entreprises est sujette uniquement à des erreurs non dues à l’échantillonnage. La sous-section sur la qualité fournit une évaluation de la portée des erreurs d’échantillonnage.

3. Différences conceptuelles et méthodologiques dans les mesures de l’emploi : Statistique Canada et Bureau of Labor Statistics

Les méthodes et concepts fondamentaux utilisés par Statistique Canada et le U.S. Bureau of Labor Statistics sont assez semblables. Les deux pays utilisent des méthodes et des indicateurs reconnus à l’échelle internationale pour mesurer la performance du marché du travail. Dans certains cas, des données tirées d’enquêtes sont combinées à des données provenant de fichiers administratifs sur les personnes et sur les entreprises.

Il existe des différences entre les concepts et les méthodes propres aux enquêtes auprès des ménages et auprès des entreprises qui sont les même pour les deux pays. La section précédente en fait état.

Il existe aussi des différences dans la façon dont ces méthodes sont appliquées au Canada et aux États‑Unis, plus particulièrement en ce qui a trait aux seuils établis suivant les normes internationales, qui peuvent influencer les comparaisons des résultats plus détaillés. Ces seuils sont mentionnés ci-après. L’annexe 3 présente une synthèse des différences.

Des études ont permis d’examiner dans quelle mesure les différences conceptuelles affectent les comparaisons entre les deux pays. Par exemple, à l’échelle nationale, l’ajustement du taux de chômage au Canada, en fonction des concepts américains, a entraîné une réduction du taux canadien d’environ un point de pourcentageNote 3,Note 4 en moyenne entre 2007 et 2013.

3.1 Chiffres nationaux officiels sur l’emploi et le chômage

Au Canada, Statistique Canada diffuse les chiffres mensuels officiels sur l’emploi et le chômage à partir de l’EPA, qui est menée auprès des ménages. Cette enquête produit des estimations mensuelles à jour, qui sont des indicateurs importants pour mesurer la performance de l’économie canadienne.

Aux États-Unis, le Bureau of Labor Statistics publie les chiffres mensuels officiels sur l’emploi de la CES, menée auprès des entreprises de même que les chiffres mensuels officiels sur le chômage de la CPS, menée auprès des ménages, dans un rapport conjoint. Ces estimations constituent le premier indicateur économique principal des tendances économiques courantes pour un mois en particulier et contribuent à de nombreuses mesures de l’économie américaine.

Autrement dit, les estimations nationales officielles de l’emploi au Canada et aux États-Unis proviennent de deux programmes statistiques différents : une enquête sur la population active, mené auprès des ménages et une enquête sur l’emploi, menée auprès des entreprises. Les estimations nationales officielles du chômage pour ces deux pays proviennent de leurs enquêtes sur la population active auprès des ménages. Il est important de se rappeler ces distinctions tout au long de la présente section.

3.2 Actualité

Le Canada et les États-Unis diffusent leurs estimations nationales officielles de l’emploi et du chômage à peu près en même temps, généralement au cours de la première semaine suivant le mois de référence. Des différences existent cependant quant au moment de la diffusion des données plus détaillées, lesquelles dépendent de la provenance des estimations.

Renseignements sur l’emploi selon l’industrie à l’échelle nationale

Au Canada, les estimations de l’emploi de l’EERH selon l’industrie sont diffusées environ deux mois après le mois de référence, une fois que les données sur la rémunération ont été fournies par les entreprises, puis traitées.

Aux États-Unis, dans le cadre de la CES, on diffuse des estimations nationales de l’emploi selon l’industrie dans la semaine suivant le mois de référence, en même temps que les chiffres nationaux totaux.

Renseignements sur l’emploi selon l’industrie à l’échelle régionale

Au Canada, les estimations de l’EERH de l’emploi selon l’industrie à l’échelle nationale, provinciale et territoriale sont diffusées en même temps, deux mois après le mois de référence. Les estimations selon l’industrie à plus petite échelle ne font pas partie de la diffusion officielle.

Aux États-Unis, en collaboration avec les autorités des États, les estimations de la CES selon l’industrie à l’échelle des États sont diffusées dans les trois semaines suivant les chiffres nationaux sur l’emploi. Elles sont produites indépendamment des estimations nationales, en utilisant uniquement la partie propre à chaque État de la base de données nationale. La somme des estimations de la CES à l’échelle des États ne devrait pas être comparée aux estimations nationales de la CES. Les estimations pour les comtés ou les régions métropolitaines sont diffusées dans les quatre semaines suivant la diffusion des chiffres nationaux sur l’emploi. On a recours à des techniques de modélisation pour les estimations de l’emploi selon l’industrie dans le cas des régions métropolitaines et des comtés, en raison de l’erreur d’échantillonnage accrue découlant des tailles d’échantillon plus petites.

Emploi et chômage à l’échelle régionale

Au Canada, les estimations de l’emploi et du chômage de l’EPA à l’échelle nationale et régionale sont diffusées en même temps, une semaine après le mois de référence. Les estimations régionales sont fournies pour les provinces, les territoires, les régions métropolitaines et les régions économiques de l’assurance-emploi.

Aux États-Unis, en collaboration avec les autorités des États, le Bureau of Labor Statistics diffuse des estimations de l’emploi et du chômage pour les régions et les États dans les trois semaines suivant la diffusion nationale. Les données pour les régions métropolitaines produites par le Bureau of Labor Statistics et dans le cadre du programme Local Area Unemployment Statistics (LAUS) sont diffusées une semaine plus tard.

3.3 Enquêtes sur la population active auprès des ménages

Concepts

Les concepts utilisés par le Canada et les États-Unis pour mesurer l’emploi et le chômage correspondent étroitement aux recommandations internationales définies par les Nations UniesNote 5 et l’Organisation internationale du Travail (OIT)Note 6. Dans les précisions des définitions recommandées, on reconnaît dans certains cas que les pays peuvent fixer leurs propres critères, selon les dispositions législatives et les besoins à l’échelon national.

Âge

Le seuil d’âge minimum pour les statistiques sur l’emploi diffère au Canada (15 ans) et aux États-Unis (16 ans). Même si les recommandations des Nations Unies et de l’OIT utilisent un âge minimum de 15 ans dans leurs totalisations publiées sur la population active, elles permettent que l’âge minimum soit établi en conformité avec la situation de chaque pays.

Au Canada, il n’y a pas de loi nationale sur l’âge minimum d’emploi. L’âge minimum pour travailler est déterminé par les provinces et les territoires. L’EPA recueille des données pour les membres des ménages âgés de 15 ans et plus.

Aux États-Unis, pour participer à la CPS, les personnes doivent être âgées de 15 ans et plus. Toutefois, les données sur l’emploi sont publiées uniquement pour les personnes de 16 ans et plus, étant donné que celles de moins de 16 ans sont limitées dans leurs activités sur le marché du travail en raison de la scolarité obligatoire et des lois sur le travail des enfants.

Personnes occupées et chômeurs

Au Canada et aux États-Unis, l’EPA et la CPS divisent la population en âge de travailler en trois groupes qui s’excluent mutuellement : les personnes occupées, les chômeurs et les inactifs. Certains détails diffèrent dans les définitions de personnes occupées et de chômeurs, ce qui a aussi des répercussions sur la population considérée comme n’appartenant pas à la population active.

Personnes occupées

Tant au Canada qu’aux États-Unis, on considère comme des personnes occupées celles qui ont effectué un travail non rémunéré dans une entreprise familiale exploitée par un membre de leur ménage. Au Canada, l’EPA ne fixe pas de nombre minimum d’heures au cours de la semaine de référence pour ce genre de travail; aux États-Unis, la CPS comporte un seuil d’au moins 15 heures. La norme de l’OIT n’établit pas de seuil minimum, même si elle reconnaît que les pays peuvent préférer en avoir un.

Chômeurs

Les trois groupes suivants de personnes, considérés comme en chômage au Canada selon l’EPA, sont considérés comme inactifs par la CPS aux États-Unis : 1) personnes qui étaient à la recherche de travail, mais dont la seule activité de recherche d’emploi était la consultation d’offres d’emploi (recherche passive); 2) personnes qui n’avaient pas cherché de travail, mais qui ont déclaré devoir commencer un nouvel emploi au cours des quatre prochaines semaines; 3) personnes qui avaient déclaré ne pas être disponibles pour travailler en raison d’obligations familiales ou personnelles ou parce qu’elles étaient en vacances.

À l’inverse, les étudiants à temps plein qui ont déclaré être à la recherche d’un emploi à temps plein sont considérés comme inactifs au Canada selon l’EPA, mais aux États-Unis, ils sont considérés comme en chômage selon la CPS.

En ce qui a trait aux inclusions pour le Canada dont il est question ci-dessus, la norme de l’OIT pour les personnes considérées comme en chômage inclut aussi celles qui sont sur le point de commencer un nouvel emploi. La norme de l’OIT n’inclut toutefois pas les personnes à la recherche d’un emploi qui consultent uniquement les offres d’emploi. Dans le cas de la norme de l’OIT sur les absences temporaires, il n’y a pas de lignes directrices concernant les exceptions, par exemple, les responsabilités personnelles ou familiales, ou les vacances. L’inclusion aux États-Unis des étudiants à temps plein qui déclarent être à la recherche d’un emploi à temps plein correspond à la norme de l’OIT.

Situation d’emploi à temps plein

Au Canada, l’emploi à temps plein est défini comme une semaine habituelle de 30 heures ou plus de travail, tandis qu’aux États-Unis, le seuil est de 35 heures par semaine. Il n’y a pas de norme internationale définissant ce seuil.

Enquêtes obligatoires et volontaires

Au Canada, l’EPA est obligatoire en vertu de la Loi sur la statistique, tandis qu’aux États-Unis, la CPS est volontaire et menée par l’Office of Management and Budget (OMB).

Taille de l’échantillon

Au Canada, la taille de l’échantillon de l’EPA est d’environ 56 000 ménages, soit environ un ménage canadien sur 240. L’enquête fournit les chiffres nationaux officiels sur l’emploi et le chômage selon les caractéristiques démographiques et d’autres caractéristiques, ainsi que des chiffres régionaux pour les provinces, les territoires, les régions métropolitaines et les régions économiques de l’assurance-emploi.

Aux États-Unis, la taille de l’échantillon de la CPS est d’environ 60 000 unités de logement admissibles, aussi appelées ménages. Puisque la population nationale y est 10 fois plus grande qu’au Canada, il s’agit d’une enquête proportionnellement plus petite, représentant environ une unité de logement sur 2 000 aux États-Unis. L’enquête fournit des estimations nationales du chômage et des caractéristiques démographiques, raciales, ethniques et autres de l’emploi, qui ne sont pas disponibles dans la CES.

Estimation et pondération

L’estimation et la pondération sont des processus qui permettent de convertir les données d’enquête recueillies auprès d’un échantillon de la population en estimations pour l’ensemble de la population.

Ces processus de dérivation pour les estimations de l’emploi et du chômage de l’EPA et de la CPS sont similaires, à de nombreux égards. Dans leur forme la plus simple, les données de l’échantillon des ménages reçoivent un poids de base, généralement égal à la probabilité de sélection inverse. Par exemple, dans une région où 2 % des ménages sont inclus dans l’échantillon, chaque ménage se verrait attribuer un poids de base de 50, soit 1/0,02. Ainsi, chaque réponse serait considérée comme représentative de 50 ménages.

Trois rajustements principaux de ces poids qui sont communs à l’EPA et à la CPS sont par la suite appliqués : 1) pour tenir compte de l’échantillonnage additionnel ou du sous-échantillonnage attribuable à une croissance inattendue de la population dans une région et au maintien de la taille de l’échantillon total au fil du temps; 2) pour tenir compte des différences dans les tendances de non-réponse des ménages pour des sous-groupes de la population; 3) pour tenir compte des erreurs de couverture, au moyen d’un étalonnage en fonction d’estimations indépendantes de la population, avec un étalonnage composite additionnel qui tire parti de l’information de l’échantillon chevauchant du mois précédent.

En ce qui a trait au rajustement des poids pour tenir compte de la couverture, le processus de la CPS est le plus complexe et fait intervenir des caractéristiques de race et d’origine ethnique.

Dans le cas de l’étalonnage composite, la principale différence a trait aux autres variables utilisées. L’EPA utilise des estimations à l’échelle provinciale du mois précédent concernant les personnes occupées, selon l’industrie et la catégorie de travailleur (secteur public, secteur privé), tandis que la CPS utilise les personnes occupées et les chômeurs à l’échelle nationale, selon l’âge, le sexe et la race, et selon l’âge, le sexe et l’origine ethnique, ainsi que des agrégations des personnes occupées et des chômeurs à l’échelle de l’État.

Désaisonnalisation

Les indicateurs de l’emploi et du chômage sont souvent sujets à une variation saisonnière attribuable à des éléments comme les cycles météorologiques, les calendriers scolaires et la production réduite ou élargieNote 7. Lorsque ces événements saisonniers suivent le même modèle chaque année, leur influence sur les tendances statistiques peut être réduite au moyen de techniques de désaisonnalisation.

Le Canada et les États-Unis utilisent des méthodes et un logiciel (versions d’ARIMA) similaires pour supprimer l’influence des événements saisonniers sur les tendances, en rajustant les données d’un mois à l’autre. La méthodologie permet généralement une désaisonnalisation pour les niveaux plus agrégés, comme l’échelle nationale, provinciale ou de l’État, selon le grand groupe d’âge et le sexe, des agrégats d’industries de haut niveau ou la catégorie de travailleur (employés ou travailleurs autonomes). Les désaisonnalisations peuvent aussi permettre le rajustement en fonction des effets de calendrier comme les congés mobiles ou les variations dans le nombre de semaines entre les périodes de référence. Au Canada, dans le cas des groupes plus petits pour lesquels la désaisonnalisation n’est pas possible, des comparaisons sont faites d’une année à l’autre, c’est-à-dire de septembre à septembre.

Une différence mineure dans les processus de désaisonnalisation utilisés par l’EPA et la CPS pour les estimations nationales a trait au niveau de détail des groupes d’âge utilisés pour le rajustement. L’EPA utilise six grands groupes d’âge et de sexe (15 à 24 ans, 25 à 54 ans, 55 ans et plus, recoupés selon le sexe) à l’échelle nationale, tandis que la CPS utilise quatre grands groupes d’âge et de sexe (16 à 19 ans, 20 ans et plus, recoupés selon le sexe). Les désaisonnalisations à l’échelle de la province et de l’État se font de façon indépendante, en utilisant quatre grands groupes d’âge et de sexe dans chaque cas.

Une différence plus importante a trait à l’étape supplémentaire d’ajustement itératif par ratissage dans le cadre de l’EPA, afin d’assurer l’uniformité entre les estimations à l’échelle nationale et provinciale. Aux États-Unis, les estimations détaillées selon l’État ne correspondent pas nécessairement aux agrégations nationales. Il existe une autre différence aux États-Unis, à savoir que la désaisonnalisation des États et de quelques collectivités locales tient compte de l’erreur d’échantillonnage.

Révisions

Les processus de révision des estimations des enquêtes auprès des ménages sont similaires au Canada et aux États-Unis, en ce sens qu’ils permettent de réviser les séries désaisonnalisées et qu’ils peuvent permettre les rajustements en fonction de contrôles de population fondés sur le recensement précédent et les estimations des changements démographiques qui se sont produits depuis. Ces révisions n’affectent généralement pas les tendances globales, mais peuvent avoir des répercussions sur les variations d’un mois à l’autre. Il n’y a pas d’étalonnage direct pour l’emploi.

Au Canada, dans le cadre de l’EPA, on révise les séries désaisonnalisées chaque année. Les révisions portent sur les trois dernières années, ce qui constitue une période suffisamment longue pour fournir des séries chronologiques pouvant faire l’objet d’une comparaison historique. D’autres révisions sont apportées tous les cinq ans, après le recensement quinquennal de la population. En 2015, les données historiques fondées sur le Recensement de 2011 ont été révisées rétroactivement jusqu’en 2001.

L’étendue des révisions des estimations canadiennes de l’emploi et du chômage à l’échelle nationale a tendance à être très faible. Lorsque l’on a modifié la base après le Recensement de 2011 au Canada, les estimations mensuelles de l’emploi entre 2001 et 2014 étaient en général plus faibles, la  différence maximale ayant atteint  -0,4 %Note 8 en janvier 2010. Même si les tendances sont demeurées les mêmes, le creux du niveau de l’emploi au moment de la récession économique de 2008-2009 a été déplacé d’un mois, soit de juillet 2009 à juin 2009. Les répercussions sur les taux d’emploi et de chômage ont été négligeables.

Aux États-Unis, les révisions font partie du processus annuel de désaisonnalisation. Les estimations désaisonnalisées pour les cinq dernières années font l’objet de révisions, afin d’intégrer de nouveaux facteurs saisonniers.

Mise à part la désaisonnalisation, les estimations nationales découlant de la CPS sont rarement révisées. Chaque année, l’enquête intègre des contrôles de population mis à jour par le Census Bureau. Les répercussions de ces rajustements de contrôle de population sont habituellement minimes, et ceux-ci ont des effets négligeables sur les ratios emploi-population et sur les taux de chômage. En 2015, par exemple, les répercussions sur les niveaux d’emploi et de chômage étaient d’environ 0,2 % à 0,3 %, sans répercussions sur le taux de chômageNote 9. Les contrôles de population à partir de nouveaux renseignements du recensement décennal sont habituellement plus grands. Certaines des répercussions du recensement décennal ont été suffisamment importantes pour que les données soient révisées rétroactivement à l’année de référence du recensement; cela s’est produit pour la dernière fois après les recensements de 1990 et 2000, mais non après celui de 2010. Des séries de recherches sont créées pour les utilisateurs qui lissent les changements de niveau dans les estimations de la population active et de l’emploi découlant des rajustements de contrôle de population.

Les estimations à l’échelle de l’État sont révisées annuellement, dans le cadre du programme Local Area Unemployment Statistics (LAUS), qui estime l’emploi et le chômage à ce niveau, au moyen de modèles de séries chronologiques, à partir de plusieurs sources, y compris la CPS, la CES et les programmes d’assurance-emploi à l’échelle de l’État. Ces révisions annuelles rendent compte des données démographiques du U.S. Census Bureau mises à jour, y compris les recensements décennaux, les révisions apportées aux autres sources de données et la nouvelle estimation du modèle.

Qualité

La qualité des estimations officielles de l’emploi et du chômage produites au Canada et aux États-Unis est très élevée. Les méthodes d’enquête reconnues à l’échelle internationale, les échantillons de grande taille et le recours à des recensements de données administratives permettent de produire des estimations précises et détaillées de l’emploi et du chômage.

Deux indications de la qualité à l’échelle nationale ont été abordées plus tôt dans le présent rapport. La première est la comparabilité étroite des enquêtes distinctes auprès des ménages et des entreprises. Les enquêtes canadiennes (EPA et EERH) concordent assez bien avec les enquêtes américaines (CPS et CES). Si l’on tient compte de leurs différences conceptuelles, les niveaux d’emploi à l’échelle nationale diffèrent en moyenne de moins de 1 % chacune. La deuxième indication a trait à la mesure dans laquelle les estimations sont révisées. Dans le cas des enquêtes sur la population active auprès des ménages (EPA et CPS), puisqu’il n’y a pas d’étalonnage direct pour l’emploi, les révisions à partir des mises à jour des totaux de contrôle de population ont un effet négligeable sur les taux d’emploi et de chômage. Une indication supplémentaire de la qualité des données est l’erreur-type, qui représente une mesure de l’erreur-type, d’échantillonnage.

Erreurs d’échantillonnage et erreurs non dues à l’échantillonnage

Les erreurs d’échantillonnage se produisent lorsque des observations sont obtenues à partir d’un échantillon, plutôt que de l’ensemble de la population. Les estimations fondées sur un échantillon peuvent différer des statistiques qui auraient été obtenues au moyen d’un recensement complet et en utilisant les mêmes instructions, intervieweurs et techniques de traitement. La différence est appelée erreur d’échantillonnage de l’estimation. À l’échelle nationale, du fait des grandes tailles d’échantillon, les erreurs d’échantillonnage ont tendance à être très faibles. Les erreurs sont généralement plus importantes dans le cas de sous-groupes, par exemple, à l’échelle régionale ou pour des industries particulières. Statistiquement, ces types d’erreurs sont prévisibles et sont quantifiables à tous les niveaux.

Les erreurs non dues à l’échantillonnage ne sont pas de nature statistique et sont par conséquent plus difficiles à mesurer. Elles peuvent provenir d’un certain nombre de sources, y compris le recours aux réponses par personne interposée, l’interprétation des questions par les répondants, l’interprétation des réponses par les intervieweurs, la non-réponse et le codage des industries et des professions. Même si des pratiques éprouvées d’assurance de la qualité pour la planification, la mise à l’essai, la formation et les étapes opérationnelles d’une enquête réduisent ces types d’erreurs, de telles erreurs se produisent.

Erreurs-types d’échantillonnage

Si le processus de sélection d’un échantillon à partir de la population était répété de nombreuses fois, environ 68 % des intervalles comprendraient la valeur réelle s’ils englobaient les données d’une erreur-type en dessous de l’estimation à une erreur-type au-dessus de l’estimation. Ce niveau de confiance passe à 90 % dans le cas des intervalles se situant à environ +/- 1,6 fois l’erreur-type, et à 95 %, dans le cas des intervalles représentant deux fois l’erreur-type. Lorsque l’estimation est une mesure d’une variation, comme l’emploi, plus la variation est grande par rapport à l’erreur-type, plus il y a de chances qu’elle soit réelle, par opposition à une variation attribuable à une variabilité d’échantillonnage.

L’erreur-type dans les deux pays est faible, et varie peu d’une année à l’autre.

Au Canada, l’erreur-type de l’EPA associée aux variations mensuelles de l’emploi selon l’EPA était d’environ 28 700Note 10, ou environ 0,2 %. Au fil du temps, elle est demeurée relativement constante à environ 29 000, même si la base d’emploi à partir de laquelle elle est mesurée a augmenté avec le tempsNote 11.

Aux États-Unis, l’erreur-type des variations mensuelles de l’emploi à partir de la CPS se situe à environ 265 000Note 12, ou 0,2 %, lorsque le calcul se fonde sur la variation en pourcentage de l’emploi d’un mois à l’autre.

Volatilité des estimations mensuelles officielles

Les estimations mensuelles de l’emploi à partir des enquêtes auprès des entreprises et des ménages au fil du temps reflètent bien les tendances du marché du travail au Canada et aux États-Unis. Sur une courte période, toutefois, les variations d’un mois à l’autre de l’emploi et du chômage peuvent être beaucoup plus volatiles. La volatilité des estimations a tendance à augmenter dans les sous-groupes de régions et d’industries, compte tenu de leurs tailles d’échantillon plus petites.

Pour un mois donné, la taille de la population active réelle est sujette à des fluctuations aléatoires à la hausse et à la baisse, au fur et à mesure que des entreprises ouvrent leurs portes, ferment leurs portes et se modernisent et que des personnes entrent sur le marché du travail ou prennent leur retraite, sont mises à pied ou sont rappelées au travail. Des fluctuations d’un mois à l’autre des mouvements réels sont à prévoir.

Les grands mouvements mensuels soudains ou inattendus peuvent être attribuables à une combinaison de trois facteurs : les mouvements réels sur le marché du travail, l’erreur d’échantillonnage et l’erreur non due à l’échantillonnage. Il arrive parfois que ces facteurs s’annulent l’un l’autre; dans d’autres cas, ils peuvent amplifier une variation réelle.

Au fil du temps, les variations observées dans l’emploi reflètent essentiellement des variations réelles sur le marché du travail. En raison de leur nature statistiquement aléatoire, les erreurs d’échantillonnage ont tendance à diminuer en importance sur une plus longue période, et les erreurs non dues à l’échantillonnage sont généralement plus faibles et ont beaucoup moins d’effet sur les estimations.

Des mesures peuvent être prises pour réduire la volatilité des variations d’un mois à l’autre. Les désaisonnalisations peuvent résoudre les variations irrégulières découlant d’événements liés au calendrier. Les utilisateurs peuvent aussi combiner les estimations de plusieurs mois consécutifs, par exemple utiliser des moyennes mobiles sur trois ou six mois ou utiliser des estimations de la tendance-cycle.

Au Canada, on s’intéresse de plus en plus aux résultats de l’EPA, particulièrement en ce qui a trait aux mouvements imprévus pour un mois donné. Cependant, l’enquête affiche à peu près le même degré de fluctuation d’un mois à l’autre depuis les années 1970. De 1976 à 2013, selon les estimations désaisonnalisées, l’écart-type était en moyenne de 0,24 % lorsque le calcul était fondé sur la variation en pourcentage de l’emploi d’un mois à l’autreNote 11. Il n’existe pas de preuve que les variations de l’emploi d’un mois à l’autre ont été récemment plus volatiles.

Aux États-Unis, la fréquence à laquelle la variation mensuelle des chiffres sur l’emploi de la CPS dépasse un certain seuil détermine la volatilité. De 1994 à 2006, la variation mensuelle des chiffres sur l’emploi de la CPS à partir de données initialement publiées non désaisonnalisées a dépassé 500 000 (environ deux fois l’erreur-type moyenne) à 23 reprisesNote 13. En comparaison, la CES a affiché une variation de cette ampleur seulement une fois au cours de cette période, malgré sa plus grande étendue. Cette mesure n’est pas disponible au Canada.

3.4 Enquêtes sur l’emploi auprès des entreprises

Enquêtes obligatoires et volontaires

Au Canada, la composante de l’EERH utilisée pour estimer l’emploi selon l’industrie en vertu de la Loi sur la statistique est fondée sur une source administrative du gouvernement fédéral, qui couvre de façon obligatoire toutes les entreprises comptant des salariés.

Aux États-Unis, la CES est menée par le Bureau of Labor Statistics, en collaboration avec les États, sous l’égide de l’Office of Management and Budget (OMB). L’enquête est obligatoire dans quatre États.

Taille de l’échantillon

Au Canada, la composante de l’EERH utilisée pour estimer l’emploi national selon l’industrie représente un recensement des entreprises et des données administratives des organismes gouvernementaux. Il n’y a donc pas d’échantillonnage.

Aux États-Unis, la taille de l’échantillon de la CES représente environ 143 000 entreprises et organismes gouvernementaux englobant 588 000 établissements, soit environ un peu plus d’un établissement sur 15. Ce grand échantillon permet d’obtenir une exactitude et des précisions au niveau de l’industrie suffisantes pour la production de chiffres officiels nationaux sur l’emploi.

Estimation

Au Canada, la composante de l’EERH utilisée pour estimer l’emploi national selon l’industrie est un recensement de données administratives. Il n’y a donc pas d’estimation.

Aux États-Unis, les estimations de l’emploi de la CES font intervenir un estimateur en deux parties. Dans sa forme la plus fondamentale, la première partie consiste à apparier les entreprises qui sont incluses dans deux échantillons mensuels consécutifs. La variation de leur nombre total d’employés entre ces deux mois est calculée comme un ratio qui est appliqué à l’estimation nationale du mois précédent. Comme ce calcul ne tient pas compte des nouvelles entreprises ou de celles qui ferment leurs portes, la deuxième partie utilise des techniques de modélisation pour estimer les créations et les disparitions d’entreprises. Il y a un décalage inévitable entre l’ouverture d’un établissement et son inclusion dans la base de sondage de l’enquête.

Désaisonnalisation

Les indicateurs de l’emploi sont souvent sujets à une variation saisonnière attribuable notamment aux cycles météorologiques et à la production réduite ou élargie. Lorsque ces événements saisonniers suivent une tendance régulière chaque année, leur influence sur les tendances statistiques peut être réduite, grâce à des techniques de désaisonnalisation. Pour ce qui est des enquêtes sur la population active auprès des ménages, le Canada et les États-Unis utilisent des méthodes et un logiciel (ARIMA) similaires pour supprimer l’influence des événements saisonniers sur les tendances, en rajustant les données d’un mois à l’autre.

L’EERH et la CES appliquent des facteurs de désaisonnalisation aux estimations de l’emploi, à partir de données sur l’industrie au niveau à trois chiffres. La principale différence est l’étape additionnelle d’ajustement itératif de ratissage appliquée par l’EERH pour assurer l’uniformité entre les estimations nationales et provinciales selon l’industrie. Aux États-Unis, les estimations par État selon l’industrie ne sont pas nécessairement conformes aux agrégations nationales. Par ailleurs, dans le cadre de la CES, on procède à une désaisonnalisation pour tenir compte du nombre de semaines entre les périodes de référence. Dans le cadre de l’EERH, on ne procède pas à un tel rajustement, la semaine de référence correspondant toujours à la dernière semaine du mois.

Révisions

Les révisions initiales des estimations de l’emploi sont plus exhaustives aux États-Unis qu’au Canada, en raison des méthodes et des échéances différentes.

Au Canada, les estimations provisoires de l’EERH sont généralement diffusées deux mois après le mois de référence et sont révisées le mois suivant. Ces révisions sont relativement faibles, étant donné qu’au moment de la diffusion initiale, la plupart des données administratives gouvernementales ont été recueillies. Il y a une autre révision historique annuelle (généralement rétroactive à quatre ans), par suite d’une analyse détaillée et de la validation des données. Il n’y a pas d’étalonnage, l’EERH étant déjà fondée sur un recensement administratif des entreprises, qui englobe tous les établissements comptant des salariés au pays. La différence entre les estimations mensuelles provisoires et révisées de l’emploi salarié est assez stable. Pour la période de dix ans de 2001 à 2010, la révision moyenne absolue a été inférieure à 0,2 %Note 14.

Aux États-Unis, les estimations provisoires de la CES sont généralement diffusées une semaine après le mois de référence. Ces estimations, qui sont plus à jour que celles de l’EERH, font l’objet de révisions plus exhaustives au cours des deux mois suivants, afin de tenir compte des nouveaux renseignements reçus. Le Bureau of Labor Statistics suit les taux de collecte pour l’échantillon de la CES chaque moisNote 15. Les taux de collecte annuels moyens pour 2014 ont augmenté, pour passer de 78,1 % dans le cas de la première diffusion provisoire à 95,3 % pour la deuxième diffusion provisoire et à 96,9 % pour la troisième diffusion définitive fondée sur l’échantillon. Dans le cadre de la CES, on procède aussi chaque année à un étalonnage des estimations, principalement en fonction du programme Quarterly Census of Employment and Wages (QCEW), à partir des dossiers fiscaux de l’assurance-emploiNote 16. Cet étalonnage repose sur le principe que l’erreur associée à la révision annuelle s’accumule de façon linéaire. Les différences entre les troisièmes estimations provisoires et les estimations annuelles étalonnées sont assez stables, la révision moyenne absolue sur 10 ans étant de moins de 0,3 %.

Qualité

Deux indications de la qualité à l’échelle nationale pour les enquêtes sur l’emploi auprès des entreprises ont été abordées précédemment dans le présent rapport.

La première est la comparabilité étroite des enquêtes distinctes auprès des ménages et des entreprises. Les enquêtes canadiennes (EPA et EERH) concordent assez bien avec les enquêtes américaines (CPS et CES). Lorsque l’on tient compte des différences conceptuelles, les niveaux d’emploi à l’échelle nationale diffèrent en moyenne de moins de 1 %.

La deuxième indication est la mesure dans laquelle les estimations sont révisées. Au Canada, l’EERH est un recensement des entreprises comptant des salariés, qui vient compléter les estimations officielles de l’emploi au moyen de catégories détaillées selon l’industrie. Le décalage plus long avant la diffusion réduit l’effet des déclarations en retard des entreprises. Par conséquent, les révisions subséquentes à l’échelle nationale sont relativement faibles.

Aux États-Unis, la CES est la source officielle des chiffres nationaux sur l’emploi et nécessite des estimations plus à jour. Comparativement à l’EERH, ces estimations sont révisées de façon plus exhaustive au cours des deux mois suivants, afin de tenir compte des nouvelles données déclarées. Les révisions subséquentes, y compris l’étalonnage en fonction des données administratives à l’échelle nationale, sont relativement faibles.

Erreur-type d’échantillonnage

Une troisième indication de la qualité des données est l’erreur-type d’échantillonnage décrite précédemment. Elle s’applique uniquement à la CES, l’emploi selon l’EERH étant estimé à partir d’un recensement administratif. L’erreur-type de la CES pour l’estimation provisoire initiale de la variation de l’emploi d’un mois à l’autre publiée en 2015Note 17 se situe à environ 65 000. À partir d’un échantillon beaucoup plus grand, il s’agit d’environ le quart de l’erreur-type pour la CPS.

Erreurs non dues à l’échantillonnage

Les estimations de l’emploi produites à partir de données administratives des entreprises sont aussi sujettes à des erreurs non dues à l’échantillonnage. Cela est le cas des formulaires de versement des retenues sur la paye (PD7), qui servent de base pour l’EERH, et du programme Quarterly Census of Employment and Wages (QCEW), qui sert à l’étalonnage de la CES. Les erreurs non dues à l’échantillonnage comprennent les déclarations tardives des entreprises qui soumettent leurs données mensuelles ou le calcul du nombre d’employés pour les établissements qui procèdent à plusieurs versements chaque mois. Par ailleurs, le traitement des formulaires peut être assez complexe et peut aussi constituer une source d’erreur. Tant au Canada qu’aux États-Unis, des pratiques éprouvées d’assurance de la qualité pour la planification, la mise à l’essai, la formation et les étapes opérationnelles d’un programme d’enquête réduisent ces types d’erreurs.

Volatilité des estimations mensuelles

Au Canada, étant donnée l'absence d'erreur d’échantillonnage, une part importante de la variation observée dans les estimations mensuelles de l’EERH rend compte de variations réelles sur le marché du travail. Les erreurs non dues à l’échantillonnage décrites précédemment peuvent aussi amener une certaine variabilité dans les variations observées d’un mois à l’autre.

Aux États-Unis, la CES est moins volatile que la CPS, en raison principalement de son échantillon plus grand. Au cours de la période allant de 1994 à 2006, comme on l’a mentionné plus tôt, la variation mensuelle des chiffres de l’emploi de la CPS a dépassé 500 000 (environ deux fois l’erreur-type moyenne) à 23 reprisesNote 13. La CES, par contre, n’a affiché une variation de cette ampleur qu’une fois pendant cette période.

4. Conclusion

Les économies du Canada et des États-Unis sont bien servies par des mesures officielles exactes et à jour de l’emploi et du chômage. Les méthodes utilisées sont bien reconnues à l’échelle internationale pour leur rigueur.

L’application des méthodes dans chaque pays tire mieux parti de l’infrastructure statistique des administrations publiques respectives, y compris l’élaboration de données administratives à des fins statistiques et la tenue d’enquêtes nationales auprès des ménages et des entreprises. Au Canada, par exemple, une importante enquête mensuelle auprès des ménages fournit des mesures détaillées des personnes occupées, des chômeurs et des inactifs. Aux États-Unis, un programme coopératif entre le gouvernement fédéral et les États fournit des données actuelles sur l’emploi chaque mois, à partir d’un grand échantillon d’établissements non agricoles.

Des études ont permis d’examiner dans quelle mesure les différences conceptuelles affectent les comparaisons entre les enquêtes sur la population active auprès des ménages des deux pays. Par exemple, le rajustement du taux de chômage canadien en fonction des concepts américains a entraîné une réduction de celui-ci d’environ un point de pourcentage. Les facteurs qui contribuent le plus à la diminution du taux de chômage au Canada, lorsque l’on procède à un rajustement en fonction des concepts américains, comprennent la suppression des chercheurs d’emploi passifs (les personnes qui étaient à la recherche de travail, mais qui ont uniquement consulté les offres d’emploi) et, dans une moins grande mesure, les personnes qui doivent commencer un nouvel emploi dans les quatre semaines suivantes et les personnes non disponibles pour travailler en raison de responsabilités personnelles ou familiales ou parce qu’elles sont en vacances. Cela est contrebalancé en partie lorsque l’on ajoute les étudiants à temps plein qui cherchent du travail à temps plein.

Lorsque l’on procède à des comparaisons à des niveaux plus détaillés, on devrait tenir compte des variables utilisées et de la nature de l’analyse. Par exemple, lorsque l’on compare des tendances récentes des statistiques nationales sur l’emploi au niveau détaillé de l’industrie, il y a un décalage d’environ sept semaines entre la diffusion anticipée aux États-Unis et la diffusion au Canada. Lorsque l’on procède à l’analyse en incluant des concepts comme l’âge et le travail à temps plein, les données devraient être uniformisées pour tenir compte des différences conceptuelles.

Références

Canada

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ORGANISATION INTERNATIONALE DU TRAVAIL. « Définition des indicateurs », LABORSTA, version mise à jour le 3 janvier 2016.

Remerciements

L’auteur tient à remercier chaleureusement les analystes principaux, les méthodologistes et les gestionnaires de Statistique Canada et du Bureau of Labor Statistics pour leur contribution et leur révision. Un remerciement spécial va à Jason Gilmore, Alison Hale et Christel Le Petit de la Division de la statistique du travail ainsi qu’à Susie Fortier et Jack Gambino de la Direction de la méthodologie et à Isabelle Amano, André Bernard et Guy Gellatly de la Direction des études analytiques de Statistique Canada. Merci aussi particulièrement à Kirk Mueller de la Current Employment Statistics Benchmark and Special Projects Branch, à Dorinda Allard, Megan Dunn et Karen Kosanovich de la Current Population Survey et à Ed Robison du Statistical Methods du Bureau of Labor Statistics. Les erreurs ou omissions sont attribuables à l’auteur uniquement.

Notes

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