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Prendre du retard dans ses paiementsLe niveau élevé de la dette à la consommation au Canada a suscité un certain nombre de préoccupations. En octobre 2001, quelque 44 millions de cartes de crédit Visa et Mastercard étaient en circulation au Canada et les soldes impayés de ces cartes s'élevaient à 39 milliards de dollars (Association des banquiers canadiens, 2002). En 1998, environ 38 % des familles ont affirmé avoir une dette de carte de crédit ou de crédit à tempérament. Dans le cas des familles plus jeunes (celles dont le principal soutien économique était âgé de 25 à 34 ans), la proportion atteignait 50 %. En outre, plusieurs familles remboursaient des prêts étudiants (31 % des familles dont le principal soutien économique était âgé de moins de 25 ans) (Statistique Canada, 2001). L'incapacité d'une famille d'assumer ses engagements financiers immédiats peut être le présage de difficultés plus sérieuses. Avec une récession économique, durant laquelle les pertes d'emploi peuvent aller en augmentant, il est fort possible qu'elle ait à faire face à des difficultés généralisées. Pour supporter le coût des factures impayées, elle peut devoir s'endetter encore davantage. Cependant, étant donné sa mauvaise cote de solvabilité, elle risque de finir par emprunter de prêteurs de dernier ressort, qui prélèvent des intérêts très élevés. La charge additionnelle des frais de crédit accrus vient s'ajouter à un joug déjà trop lourd qui pourrait finalement la forcer à se protéger en ayant recours à une faillite personnelle. Une déclaration de faillite entraîne des difficultés financières, qu'il s'agisse de frais juridiques ou d'autres frais, non seulement pour les personnes en cause, mais aussi pour leurs créanciers. Ces derniers reportent ensuite les pertes sur les clients, sous forme de frais accrus ou de taux d'intérêt plus élevés. Á partir des données de l'Enquête sur la sécurité financière (ESF) de 1999, on présente ici une étude des familles qui étaient en retard de deux mois ou plus dans le paiement d'une facture, d'un emprunt, d'un loyer ou d'une hypothèque (voir Source des données et définitions). On examine notamment comment les proportions variaient selon le type de famille et quelles étaient les caractéristiques démographiques et socio-économiques des familles ayant pris du retard dans leurs paiements. Que savons-nous déjà?Bien que n'étant pas strictement comparables, des données américaines de 1998 indiquent que 8,1 % des familles ayant eu des paiements en souffrance étaient en retard de 60 jours ou plus dans un paiement au moins une fois pendant l'année (Kennickell, Starr-McCluer et Surette, 2000). Les proportions de personnes ayant pris du retard dans leurs paiements variaient entre 15,1 % chez le groupe à plus faible revenu et seulement 1,5 % chez le groupe ayant le revenu le plus élevé. Les autres caractéristiques importantes étaient l'âge du chef de famille et la valeur nette (voir l'encadré Survey of Consumer Finances des États-Unis). Les études américaines traitent également de la délinquance en ce qui a trait au paiement par carte de crédit. La probabilité de délinquance (arriérés de paiement de deux mois ou plus) varie en fonction de diverses caractéristiques individuelles et familiales. Les facteurs qui augmentent le plus la probabilité de délinquance sont d'avoir déclaré faillite antérieurement et d'avoir été sans emploi à un moment donné au cours des 12 mois précédents. Inversement, les facteurs qui réduisent la probabilité de délinquance sont d'être marié et d'avoir une assurance-maladie ainsi que d'avoir un revenu et une valeur nette élevés. Òtre plus âgé et avoir un niveau de scolarité plus élevé sont également des facteurs associés à des probabilités plus faibles. Le tiers des mères seules avait des difficultés en 1998
Même si 1998 a été une bonne année sur le plan économique, une famille sur six dont le principal soutien économique était âgé de moins de 65 ans avait un retard de deux mois ou plus dans le paiement d'une facture, d'un emprunt, d'un loyer ou d'une hypothèque (graphique A) Les proportions de personnes ayant pris du retard dans leurs paiements ne variaient que très peu entre les provinces. Dans l'ensemble, le Québec avait la proportion la plus faible (14 %), tandis que la Colombie-Britannique, le Manitoba et la Saskatchewan avaient la proportion la plus élevée (18 %). Les proportions variaient également selon le statut d'immigrant du principal soutien économique. Les familles dont le principal soutien économique avait immigré au Canada moins de 10 ans auparavant étaient les moins susceptibles d'avoir pris du retard dans leurs paiements (une sur dix). La proportion était cependant d'environ une sur six pour les familles d'origine canadienne et pour les familles d'immigrants habitant au Canada depuis au moins 10 ans. Étant donné que l'Enquête sur la sécurité financière contient des données sur l'avoir et la dette des familles, on peut déterminer leur valeur nette. Quand les familles sont classées en quintiles selon leur valeur nette, on remarque que celles du quintile inférieur (valeur nette négative ou faible) étaient six fois plus susceptibles que celles qui se trouvaient au sommet de la distribution de faire leurs paiements en retard. Il est toutefois un peu étonnant de constater que 5 % des familles au sommet de la distribution avaient du retard dans un paiement. Les jeunes et les personnes moins scolarisées sont plus susceptibles de prendre du retard dans leurs paiementsLa fréquence des paiements en souffrance diminue de façon constante à mesure que l'âge du principal soutien économique augmente (tableau 1). Le quart des familles dont le principal soutien économique avait moins de 25 ans avaient du retard dans leurs paiements, comparativement à seulement 7 % des familles où; le principal soutien économique était âgé de 55 à 64 ans. Cette tendance se vérifie pour chaque type de famille, les plus jeunes étant environ trois fois plus susceptibles d'avoir des paiements en souffrance que les plus âgées dans tous les cas. Il existait toutefois des variations à l'intérieur de chaque groupe d'âge. Par exemple, chez les jeunes familles (dont le principal soutien économique était âgé de moins de 25 ans), les couples sans enfants avaient la proportion la plus faible (seulement 18 %), comparativement à plus de la moitié des mères seules. Les proportions variaient considérablement selon le niveau de scolarité du principal soutien économique. Les familles dont le principal soutien économique n'avait pas de diplôme d'études secondaires affichaient une proportion de 20 %, soit plus du double de celle des familles dont le principal soutien économique possédait un diplôme universitaire (9 %). Chez les couples avec enfants dont le principal soutien économique n'avait pas de diplôme d'études secondaires, la proportion était trois fois plus élevée que chez les couples avec enfants dont le principal soutien économique avait un diplôme universitaire. Á chaque niveau de scolarité, les mères seules affichaient des proportions considérablement plus élevées, atteignant quelque 36 % chez celles n'ayant pas de diplôme d'études secondaires. Par ailleurs, les couples sans enfants affichaient régulièrement des proportions plus faibles, ce qui peut indiquer que la présence d'enfants grève les ressources. Ces couples pouvaient également être plus âgés (sans enfants de moins de 18 ans à la maison), de sorte que les faibles proportions peuvent aussi être liées à l'âge. Une famille sur quatre qui n'était pas propriétaire d'un logement avait des arriérés de paiement en 1998. Chez les propriétaires, ceux qui n'avaient pas d'hypothèque à payer affichaient une proportion considérablement plus basse (moins de 6 %), tandis qu'elle était de près de 14 % chez les propriétaires ayant encore une hypothèque à payer. Ce modèle se retrouvait chez tous les types de familles, et les couples sans enfants présentaient généralement les proportions les plus basses. Les propriétaires libérés de leur hypothèque avaient relativement moins de dépenses liées au logement que les propriétaires payant une hypothèque ou que les locataires (Lefebvre, 2002). Cela a pu augmenter la part de revenu dont ils disposaient pour régler d'autres factures. Les difficultés financières antérieures engendrent d'autres difficultés financières
La faillite est un indicateur important des difficultés financières. Dans le cadre de l'Enquête sur la sécurité financière, on demande si quelqu'un dans la famille a déjà déclaré faillite Le revenu en relation avec la capacité de se maintenir à flotComment se comparent les revenus des familles ayant eu des paiements en souffrance à ceux des familles qui n'en ont pas eu? On pourrait s'attendre à ce qu'un revenu plus élevé fournisse à la famille les ressources monétaires nécessaires pour payer ses comptes. Dans l'ensemble, le revenu familial médian de celles qui faisaient leurs paiements à temps était de près de 50 % plus élevé que le revenu de celles qui avaient du retard - 39 000 $ et 26 400 $ respectivement (tableau 2). Cette différence se constate également chez les hommes seuls, mais elle est beaucoup moins prononcée chez les femmes seules (seulement 19 %). Dans tous les autres types de familles, celles qui n'avaient pas pris de retard avaient un revenu médian d'au moins 25 % plus élevé que celles qui en avaient pris. Cependant, le revenu est lié à bien d'autres caractéristiques familiales, comme l'âge et la scolarité, qui peuvent rendre compte des différences. Qu'est-ce qui importe vraiment?Certains types de familles trouvent manifestement difficile de faire face à leurs obligations financières - probablement pour l'une ou l'autre des raisons élémentaires suivantes (ou les deux). La première est l'incapacité de faire face aux dépenses - une famille peut tout simplement ne pas disposer d'un revenu ou d'un actif suffisant pour payer ses comptes. Les périodes de chômage ou le nombre d'enfants à charge peuvent faire en sorte qu'il est difficile de joindre les deux bouts. La deuxième raison concerne les capacités de gestion financière. Cependant, bien des caractéristiques sont interdépendantes. Par exemple, le revenu peut refléter le niveau de scolarité des familles; ou encore, les jeunes familles qui sont propriétaires ont généralement une hypothèque à payer. Afin d'obtenir un tableau plus clair de l'importance relative des diverses caractéristiques, on a eu recours à une régression logistique (voir l'encadré Régression logistique), qui a permis, par exemple, d'examiner la relation entre le revenu et le fait de prendre du retard dans ses paiements, toutes les autres caractéristiques étant maintenues constantes. Les personnes plus âgées et plus instruites sont moins susceptibles de prendre du retard dans leurs paiements
Les caractéristiques du principal soutien économique qui demeuraient importantes après avoir neutralisé d'autres caractéristiques comme le type de famille, le revenu et la valeur nette comprenaient l'âge, la scolarité et le chômage. Par rapport au groupe de référence (principal soutien économique âgé de 25 à 34 ans ), les familles plus âgées (principal soutien économique âgé de 45 ans et plus) et les personnes seules plus âgées (35 ans et plus) étaient moins susceptibles d'avoir de la difficulté à effectuer leurs paiements à temps (tableau 3). Cela peut indiquer que les capacités de gestion financière augmentent avec l'âge. Chez les familles dont le principal soutien économique avait un diplôme universitaire, la probabilité de prendre du retard dans leurs paiements était de 40 % plus faible que chez celles où; le plus haut niveau de scolarité était un diplôme d'études secondaires. Les familles des immigrants récents (celles où; le principal soutien économique avait immigré au cours des 10 dernières années) étaient moins susceptibles d'avoir pris du retard dans leurs paiements que celles des personnes nées au Canada ou des immigrants arrivés au Canada depuis plus de 10 ans. Toute période de chômage Le nombre d'enfants est associé au fait de prendre du retard dans ses paiementsLes plus grandes familles (trois enfants ou plus) différaient sensiblement des familles de deux enfants. Elles étaient 1,2 fois plus susceptibles d'avoir du retard dans leurs paiements, même après neutralisation des principales caractéristiques comme le revenu et l'âge. Peut-être que les horaires surchargés dans certaines grandes familles ne leur permettent pas toujours de payer leurs factures à temps. Pour les couples, le fait de ne pas avoir d'enfants était associé à une probabilité plus faible de prendre du retard dans leurs paiements (de 0,6 ou 40 % inférieure à celle des familles de deux enfants). Bien qu'on constate des différences dans les proportions de personnes qui ont pris du retard dans leurs paiements selon le type de famille (graphique A), la plupart sont éliminées lorsque les caractéristiques des familles sont maintenues constantes. Les mères seules faisaient exception, car elles étaient 1,3 fois plus susceptibles de prendre du retard dans leurs paiements que les couples ayant des enfants. Les prêts étudiants à rembourser sont également associés à un risque plus élevé de prendre du retard dans ses paiements. Pour chaque population, celles où; il y avait des prêts étudiants à rembourser étaient 1,4 fois plus susceptibles que les autres d'avoir de la difficulté à faire leurs paiements à temps. Une faillite antérieure demeure un facteur importantComme il a été mentionné précédemment, les familles qui ont subi une faillite diffèrent sensiblement de celles qui n'ont pas fait faillite. Les autres caractéristiques étant maintenues constantes, les familles ayant fait faillite étaient 1,6 fois plus susceptibles d'avoir de la difficulté à effectuer leurs paiements à temps. Cette constatation est confirmée par d'autres études (Stavins, 2000). Parmi les personnes seules, celles qui avaient fait faillite étaient deux fois plus susceptibles d'être en retard dans leurs paiements, ce qui pourrait indiquer un manque de compétence en matière de gestion financière. Le revenu et la valeur nette sont importants, mais n'ont pas d'effets notablesLe revenu après impôt et la valeur nette, bien qu'importants dans la plupart des cas, sont associés à de légères différences seulement dans la probabilité de prendre du retard dans ses paiements. La probabilité pour les familles se situant au 25e percentile de la distribution du revenu après impôt (21 100 $) ou au 75e percentile (55 700 $) n'était que légèrement différente de celle des familles se situant à la médiane. De même, les familles dont la valeur nette se situait au 25e percentile (11 700 $) ou au 75e percentile (192 400 $) n'affichaient qu'une légère différence par rapport aux familles à la médiane (36 700 $). Le fait de prendre du retard dans ses paiements est peut-être davantage l'effet de caractéristiques non mesurées, comme les attitudes ou les capacités de gestion (du temps et de l'argent), que le symptôme d'un manque de ressources financières. SommaireEn 1998, une famille canadienne sur six avait de la difficulté à faire ses paiements à temps. Il existait de grandes différences entre les types de familles, mais les seules qui demeuraient considérablement différentes des autres familles, après neutralisation des caractéristiques, étaient celles des mères seules qui étaient 1,3 fois plus susceptibles d'avoir des paiements en souffrance que les couples ayant des enfants. Le nombre d'enfants dans la famille importe également, car il indique que les ressources en temps peuvent être utilisées au maximum dans ces familles. Les familles dont le principal soutien économique était plus âgé étaient moins susceptibles d'avoir du retard dans leurs paiements, tout comme celles ayant pour principal soutien économique un diplômé universitaire. Les caractéristiques financières des familles sont également liées aux retards dans les paiements. Les familles ayant déjà fait faillite étaient 1,6 fois plus susceptibles que les autres familles d'avoir pris du retard dans leurs paiement. Bien qu'importants, le revenu et la valeur nette n'avaient que peu d'effets sur la probabilité de prendre du retard dans ses paiements, après neutralisation des autres caractéristiques familiales. Une inquiétude généralisée continue de se manifester concernant le fait que les consommateurs dépassent sans doute les limites en ce qui a trait au niveau d'endettement - en partie à cause de la prolifération des cartes de crédit - et qu'ils seront peut-être incapables de rembourser leurs dettes. Le fait de savoir qui sont les personnes les plus susceptibles d'avoir des difficultés financières permettra peut-être de mieux cibler les campagnes visant à améliorer la gestion financière.
Notes
Références
AuteurWendy Pyper est au service de la Division de l'analyse des enquêtes auprès des ménages et sur le travail. On peut communiquer avec elle au (613) 951-0381 ou à perspective@statcan.gc.ca.
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