Chapitre 9 – Fiabilité et incertitude

Passer au texte

Début du texte

9.1 Les Canadiens ont confiance dans l’Indice des prix à la consommation (IPC) et l’utilisent à grande échelle. L’indice n’est jamais révisé, si bien qu’il peut être utilisé pour régler des contrats sans craindre que ceux-ci doivent être rouverts à une date ultérieure. Les dates de diffusion de l’indice sont habituellement annoncées un an à l’avance et rigoureusement respectées. Ordinairement, les données deviennent disponibles trois semaines après la période d’observation des prix. L’indice est diffusé par Statistique Canada à un niveau de détail considérable et sans fraisNote 1.

9.2 En tant que statistique fondée sur un échantillon, l’IPC, comme toutes les statistiques de ce genre, ne peut pas estimer avec une précision de 100 % la valeur « vraie » (mais non observée) sous-jacente qu’il vise à mesurer. Néanmoins, la grandeur de toute erreur statistique ou biais associé à l’IPC est vraisemblablement suffisamment petite pour être comprise dans la fourchette de tolérance de la plupart des utilisateurs.

9.3 Le présent chapitre traite des propriétés de l’erreur et du biais de l’IPC. Par erreur, on entend les inexactitudes non systématiques qui peuvent être introduites à toutes les étapes de l’estimation. Les erreurs de nature systématique, c’est-à-dire qui entraînent une surestimation ou une sous-estimation régulière du phénomène mesuré sont appelées biaisNote 2.

9.4 Le but du présent chapitre est d’informer les utilisateurs des diverses façons dont une erreur systématique ou non systématique est introduite dans l’IPC et les mesures prises par Statistique Canada pour la réduire au minimum. Le contenu du chapitre est présenté sous deux grands thèmes. L’un est l’erreur associée à l’estimation des indices au niveau inférieur, et l’autre traite de l’erreur entrant dans le calcul de l’IPC au niveau supérieur.

Erreur au niveau inférieur de calcul de l’Indice des prix à la consommation

9.5 Puisque les indices élémentaires des prix sont établis à partir d’échantillons statistiques, ils sont sujets à des erreurs d’échantillonnage. Ces erreurs possèdent sûrement une variance d’échantillonnageNote 3 et peuvent aussi présenter un biais statistique, même si des mesures sont prises pour réduire au minimum un tel biaisNote 4. Toutes choses étant égales par ailleurs, une plus grande taille d’échantillon devrait donner lieu à une plus petite variance d’échantillonnage pour un indice élémentaire donné.

9.6 Les échantillons de la plupart des enquêtes réalisées par Statistique Canada sont tirés aléatoirement d’une base de sondage constituée de toutes les unités dans le champ d’observation. L’information sur le nombre et la taille des unités dans la population statistique permet d’analyser les propriétés de l’échantillon et de calculer des estimations de la variance et du biais associé à toute estimation calculée. S’il en était ainsi pour l’IPC, il serait possible de communiquer, pour chaque indice élémentaire des prix, une estimation correspondante de sa variance d’échantillonnage et de son biais. Cependant, aucune base de sondage complète contenant tous les produits de consommation n’existe et il est donc généralement impossible d’estimer la variance et le biais des indices élémentaires des prix.

9.7 Pour un petit nombre d’agrégats élémentaires de l’IPC – notamment les permis de conduire et les frais d’immatriculation de véhicule de tourisme – un seul prix régit le marché dans chaque strate géographique. Par conséquent, ces indices élémentaires des prix ne présentent pas d’erreur d’échantillonnage.

9.8 Il existe aussi des cas où, bien que les prix varient, l’information est disponible pour presque toutes les transactions de consommation, de sorte que les estimations de la variation des prix sont entachées d’une erreur d’échantillonnage minime. Dans l’IPC, l’indice des frais de scolarité, pour lequel des données sont disponibles sur les prix et les effectifs par programme pour chaque université en est un exemple.

9.9 Il existe également dans l’IPC certains indices élémentaires des prix qui sont calculés non pas par échantillonnage et observation des prix, mais plutôt par imputationNote 5. La plupart de ces agrégats élémentaires sont individuellement de petits groupements résiduels de produits qui servent à rendre la classification exhaustiveNote 6. L’erreur statistique de ces indices élémentaires des prix imputés serait similaire à celles des indices donneurs. Puisque bon nombre de ces indices élémentaires des prix imputés sont des classes « fourre-tout », qui sont individuellement petites et dispersées dans le panier de l’IPC, il est peu probable que cette méthode d’estimation donne lieu à une augmentation significative de l’erreur de l’IPC.

9.10 Dans une situation idéale et simple, un agrégat élémentaire correspondrait à un groupe de produits homogènes, et des données exactes sur les prix et les quantités pour toutes les transactions de consommation seraient disponibles au moment voulu. Dans de telles conditions, le prix de transaction moyen (valeur unitaire) pour un mois divisé par le prix moyen le mois précédent donnerait une estimation exacte de la variation des prix pour l’agrégat élémentaire.

9.11 En réalité, les classes de produits sont rarement entièrement homogènes et les données sur les transactions sont rarement entièrement disponibles. Par conséquent, les indices élémentaires des prix doivent être estimés en utilisant des méthodes d’échantillonnageNote 7. En outre, les agrégats élémentaires compris dans l’IPC englobent habituellement de nombreuses variétés de produits et de points de vente concurrents qui rentrent et sortent du marché. En raison de ces complexités, qui sont communes à la plupart des agrégats élémentaires, il existe une possibilité d’erreur au niveau inférieur de l’estimation de l’IPC. Les lancements de nouveaux produits et les substitutions de point de vente sont des sources possibles de biais.

9.12 La méthode d’échantillonnage générale pour l’établissement de l’IPC comprend trois degrésNote 8. Deux de ces degrés (géographie et points de vente) font appel à des bases de sondage complètes ou partielles pour la sélection des unités d’échantillonnage. Cependant, il n’existe aucune base de sondage exhaustive contenant tous les produits que les consommateurs achètent. Donc, dans la grande majorité des cas, l’échantillonnage de troisième degré, durant lequel les produits représentatifs sont désignés, est effectué au jugé. Une erreur d’échantillonnage peut être introduite à n’importe lequel de ces degrés du processus de sélection de l’échantillon. La possibilité d’une erreur d’échantillonnage est plus grande au moment de la sélection des points de vente qu’au moment de la sélection des strates géographiques, et elle est la plus grande pour la sélection des produits, parce qu’il n’existe aucune base de sondage exhaustive à partir de laquelle sélectionner les unités de l’échantillon. Puisque l’échantillon de l’IPC est sélectionné en utilisant des bases de sondage partielles et des méthodes au jugé, il est impossible d’estimer exactement l’erreur d’échantillonnage des indices élémentaires des prix.

9.13 L’erreur au niveau inférieur de calcul de l’IPC peut être causée par des retards d’introduction de nouveaux produits dans l’échantillon. La méthode d’appariement de modèles utilisée dans l’IPC requiert la comparaison d’offres de produit identiques au cours du temps, et il y a donc un délai entre le moment où de nouveaux produits apparaissent sur le marché et le moment où les mouvements de prix correspondants sont reflétés dans l’IPC. Ce type d’erreur ne peut jamais être entièrement éliminé si l’on continue d’utiliser la méthode d’appariement de modèles. Toutefois, l’amélioration de la gestion de l’échantillon, dans de meilleurs délais, permet d’atténuer ce type d’erreurNote 9.

9.14 Comme dans le cas des nouveaux produits, un retard d’introduction de nouveaux points de vente dans l’échantillon de l’IPC peut être une source d’erreur. Sur un marché de la vente au détail concurrentiel, de nouveaux points de vente font leur apparition de temps en temps et offrent différents niveaux de service ou de prix. Par conséquent, les consommateurs peuvent changer d’endroits où ils font leurs achats. L’IPC ne saisit pas immédiatement les mouvements de prix résultant de changements dans le paysage des détaillants, parce qu’on ne tire pas un nouvel échantillon de point de vente chaque mois. Donc, une erreur découlant de la substitution de points de vente peut avoir lieuNote 10. Pour contrecarrer ce type d’erreur, l’échantillon de points de vente de l’IPC doit être rafraîchi fréquemment de manière à saisir les mouvements des prix dans les nouveaux points de vente.

9.15 Le biais de substitution de points de vente se produit lorsque de nouveaux magasins entrent sur le marché en offrant des prix plus bas et par conséquent incitent les consommateurs à changer de point de vente. De nouveau, il s’agit d’une source de biais possible qu’il est difficile d’éviter complètement, mais des efforts sont faits pour rafraîchir périodiquement l’échantillon de points de vente afin de réduire au minimum ce genre de biais.

9.16 D’autres types d’erreurs associées à l’estimation des indices élémentaires des prix comprennent diverses erreurs de traitement et d’écriture. L’erreur peut aussi découler des divers ajustements et corrections qui sont apportés aux prix relevés. Les différentes méthodes d’ajustement utilisées pour tenir compte des changements de qualité dans l’IPC peuvent être imparfaites et donc source d’erreur. Cependant, des efforts sont faits pour réviser continuellement les méthodes utilisées et veiller à ce que les méthodes d’ajustement de la qualité les plus appropriées soient appliquées. Des études effectuées sur le sujet ont donné peu de preuves que les ajustements de la qualité dans les divers agrégats élémentaires de l’IPC sont systématiquement entachés d’un biais à la hausse ou à la baisseNote 11.

9.17 Les erreurs d’écriture peuvent avoir lieu lorsque les offres de produit sont consignées par les intervieweurs chargés du relevé des prix. Cependant, tout est fait pour réduire au minimum les erreurs de ce type. Les appareils d’interviews sur place assistées par ordinateur (IPAO) utilisés par les intervieweurs exécutent des vérifications automatiques des tolérances et les avertissent de toutes valeurs douteuses au moment où elles sont transcrites. En outre, lorsque les données ont été transmises au bureau central de Statistique Canada, elles sont soumises à d’autres vérifications et analyses. Lorsque des prix ou des mouvements de prix inhabituels sont décelés, les spécialistes du domaine envoient parfois une note de « Demande de renseignements supplémentaires » aux intervieweurs afin d’obtenir plus d’explications au sujet de l’offre de produit.

9.18 Les calculs de l’IPC sont exécutés par un logiciel, ce qui élimine en grande partie la possibilité d’erreurs arithmétiques. Cependant, des erreurs de programmation sont possibles. En 2001, une nouvelle méthodologie a été adoptée pour l’indice élémentaire des prix de l’hébergement pour voyageurs et des erreurs ont été faites durant la programmation de l’algorithme pour la nouvelle méthode. Lorsque l’erreur a été découverte et corrigée quelques années plus tard, on a constaté qu’elle avait causé un biais à la baisse dans l’indice élémentaire. Depuis, des procédures de mise à l’essai plus rigoureuses ont été mises en place pour s’assurer que de telles erreurs ne passent pas inaperçues.

9.19 La stratégie d’échantillonnage de l’IPC comprend l’utilisation de bases de sondage pour sélectionner les régions de collecte géographiques, les points de vente et certains produitsNote 12. Ces bases de sondage peuvent contenir différents types d’erreurs. Par exemple, il est probable que des retards aient lieu dans la mise à jour de la base de sondage des points de vente afin d’inclure les nouvelles unités dans le champ d’observation et de supprimer celles qui n’en font plus partie. En outre, les renseignements sur la taille des unités individuelles – habituellement des données sur les ventes – peuvent aussi contenir des erreurs. Une partie de ces renseignements sont tirés de sources administratives telles que les dossiers de données fiscales et certains sont dérivés d’après les données d’autres enquêtes de Statistique Canada. Dans l’un et l’autre cas, l’information sur la taille de l’unité est habituellement sujette à l’erreur d’échantillonnage et à l’erreur non due à l’échantillonnage.

Erreur au niveau supérieur de calcul de l’Indice des prix à la consommation

9.20 Le calcul des indices de prix au niveau supérieur de l’IPC est effectué en se servant de la formule d’indice de prix de Lowe. Pour estimer tout indice agrégé particulier, on calcule une moyenne pondérée des indices élémentaires des prix qui le composent. Il existe deux sources d’erreur possibles dans ce calcul, qui ont trait toutes deux aux pondérations du panier utilisées dans l’agrégation. La première concerne les erreurs qui pourraient être présentes dans les estimations des dépenses utilisées comme pondérations. La deuxième est un biais de substitution qui découle de l’utilisation de la formule de Lowe au niveau supérieur de calcul.

9.21 L’EDM et d’autres sources de données utilisées pour dériver les pondérations du panier de l’IPC sont également sujettes à l’erreur d’échantillonnage ainsi qu’à l’erreur non due à l’échantillonnageNote 13. Les erreurs statistiques dans les pondérations du panier de l’IPC peuvent avoir un effet important sur la variation des prix mesurée pour les indices agrégés des prix dans le court terme. Cependant, des études empiriques donnent à penser que les variations des pondérations du panier sont peu susceptibles d’avoir un effet important sur le calcul de l’IPC d’ensemble sur de longues périodesNote 14.

9.22 L’autre source possible d’erreur ayant trait aux pondérations du panier est le biais de substitution de niveau supérieur. Ce biais résulte de l’utilisation de la formule de Lowe, qui est un indice des prix à panier fixe pondéré asymétriquement. Comme les pondérations sont obtenues pour une année qui précède la période de référence des prix, les dépenses ne sont vraisemblablement pas complètement représentatives des profils des dépenses de consommation durant les périodes d’observation des prix. Cela tient au fait que les consommateurs ont tendance à modifier leurs habitudes de dépenses en réaction aux variations des prix relatifs, c’est-à-dire d’acheter davantage de produits dont les prix ont baissé, tout en réduisant leurs achats de produits dont les prix ont augmenté le plus. Autrement dit, ils effectuent une substitution de produits relativement meilleur marché aux produits relativement plus chers. La formule à panier fixe pondérée asymétriquement de l’IPC ne tient pas compte de ces types de variations des dépenses de consommation tant qu’une mise à jour du panier n’est pas effectuée.

9.23 Contrairement à la formule de Lowe, il existe cinq formules d’indice des prix pondérées symétriquementNote 15 qui, en théorie, sont exemptes du biais de substitution de niveau supérieur. Ces formules d’indice utilisent les dépenses provenant de la période de référence des prix 0 ainsi que de la période d’observation des prix t et, par conséquent, tiennent compte des substitutions de produits que les consommateurs peuvent faire. À cet égard, elles sont représentatives des dépenses de consommation pour les périodes pour lesquelles la variation des prix est calculée.

9.24 Alors qu’il serait préférable de calculer l’IPC en utilisant une formule d’indice des prix pondérée symétriquement, les pondérations en dépenses pour la période courante ne sont pas disponibles pour permettre la production de l’IPC dans les délais requis. La politique de non-révisionNote 16 de l’IPC ne facilite pas non plus l’utilisation des dépenses projetées pour la période courante dans le calcul de l’IPC officiel.

9.25 Tout en maintenant l’utilisation de la formule de Lowe, des mesures sont prises en vue de réduire le biais de substitution de niveau supérieur grâce à la mise à jour fréquente des pondérations en dépenses et leur mise en œuvre dans un délai très court. Statistique Canada a fait un grand pas vers l’avant à cet égard lorsqu’il est passé d’un cycle de mise à jour du panier de quatre ans à un cycle de deux ans, et a mis en œuvre le panier de 2011 au moment de la diffusion de l’IPC de février 2013. En outre, le délai avec lequel le nouveau panier a été mis en œuvre a été réduit, passant ainsi de 18 mois à 15 moisNote 17.

9.26 Le biais de substitution de niveau supérieur dans l’IPC peut être estimé « après coup » pour les périodes passées en comparant les résultats de l’IPC officiel calculés au moyen de la formule de Lowe à ceux calculés en utilisant l’une des cinq formules d’indice pondérées symétriquement, une fois que les données sur les dépenses deviennent disponiblesNote 18.

Notes

Date de modification :