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La recherche canadienne sur les utilisateurs d’Internet et leurs profils d’emploi du temps a débouché sur des observations importantes. Pronovost (2002) s’est fondé sur l’Enquête sociale générale – Emploi du temps de 1998 de Statistique Canada et a constaté que les personnes qui utilisent Internet au cours d’une période de 24 heures consacrent plus de temps que les non-utilisateurs à la lecture, à la correspondance et aux passe-temps et moins de temps au travail, à l’activité sociale et au sommeil. D’autres études canadiennes, reposant sur le Cycle 14 de l’Enquête sociale générale – Accès et utilisation des technologies de l’information et des communications de 2000, rendent compte de l’expérience de certains adultes canadiens, qui avaient réduit le temps qu’ils passaient à diverses activités, y compris regarder la télévision, lire, dormir et effectuer des tâches récréatives et ménagères, après avoir commencé à utiliser Internet (Dryburgh 2001, Williams 2001).

Selon la théorie du « temps substitutif », le temps consacré à Internet doit nécessairement avoir été occupé antérieurement par d’autres activités (Kwan 2003, Nie et Hillygus 2002, Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2000 et 2002). Très souvent, l’écoute de la télévision est mentionnée comme activité supplantée par l’utilisation d’Internet, que les répondants soient invités à déclarer personnellement leurs habitudes d’écoute (Dryburgh 2001, Williams 2001, Nie et Erbring 2000), que les constatations en ce sens proviennent d’analyses longitudinales des utilisateurs (Kraut, Kiesler, Boneva et Shklovski (à paraître)) ou qu’elles soient tirées d’études ponctuelles avec journal (Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2002). D’autres s’accordent à dire que les utilisateurs d’Internet regardent moins la télévision que les non-utilisateurs, mais ils concluent qu’une part importante de l’écart s’explique par les différences démographiques entre les deux groupes (Cole et Robinson 2002a, Neustadtl et Robinson 2002). Par ailleurs, certaines études révèlent que l’utilisation d’Internet remplace en partie le sommeil (Fu, Wang et Qiu 2002, Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2002) et que les utilisateurs ont tendance à travailler moins que les non-utilisateurs (de Haan et Huysmans 2002, Fu, Wang et Qiu 2002, Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2002, Pronovost 2002) et également à passer moins de temps aux travaux ménagers (de Haan et Huysmans 2002). Il importe de noter, au moment d’interpréter les résultats d’études transversales, que l’utilisation d’Internet n’est pas nécessairement la cause du changement. Par exemple, il y a fort à parier que certains utilisateurs ont passé de longues périodes en ligne parce qu’ils ont travaillé moins et tendaient à disposer de beaucoup de loisir. Dans la même optique, certains chercheurs qualifient l’utilisation d’Internet de partie intégrante de la vie quotidienne, offrant la possibilité d’influer sur d’autres activités mais également capable d’être touchée par elles (van Zoonen, Walczuch, Aalberts et Fjelsten 2003, Haythornthwaite 2001).

Signalons, en complément de la théorie du temps substitutif, la notion selon laquelle Internet, à condition d’être bien utilisé, libère du temps que l’utilisateur peut consacrer à d’autres activités. Certains ont qualifié cette façon de voir d’hypothèse d’« efficience » (Nie et Hillygus 2002). À titre d’exemple, les économies de temps qu’un individu réalise en faisant des courses en ligne plutôt qu’en personne peuvent être consacrées aux communications avec des amis ou des collègues ou à des tâches ménagères. D’autres soutiennent que le recours à Internet peut « stimuler » d’autres activités, par exemple l’utilisation d’autres médias, plutôt que de les supprimer (Neustadtl et Robinson 2002). D’autre part, des personnes peuvent atténuer l’effet du temps occupé par l’utilisation d’Internet par une activité multitâche, c’est-à-dire effectuer plusieurs activités à la fois (Sciadas 2006 (à paraître)).

En outre, certains observent que, si l’affectation du temps à des activités particulières varie légèrement, l’emploi du temps global des cybernautes présente relativement peu d’écarts appréciables en regard de celui des non-utilisateurs (de Haan et Huysmans 2002, Fu, Wang et Qiu 2002).

Face à ces divers points de vue, certains concluent que l’usage d’Internet est capable à la fois de « se substituer à d’autres occupations » et d’« enrichir l’emploi du temps » (Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2002). Les auteurs susmentionnés signalent, par exemple, que, si l’internaute passe moins de temps que le non-utilisateur à effectuer des activités particulières, il en consacre davantage à certaines autres, telle la lecture. Certains pourraient soutenir qu’Internet s’apparente davantage à des technologies qui enrichissent l’emploi du temps, comme le téléphone, qu’à d’autres qui sont des occupations substitutives, par exemple la télévision (Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2000).

Le moment où une personne a commencé à faire usage d’Internet peut également être déterminant de son profil d’emploi du temps. Ainsi, certains chercheurs ont fait savoir que les premiers adeptes avaient plus de chances que les non-utilisateurs de faire usage des médias imprimés, tandis que ceux qui ont adopté Internet récemment ne sont ni plus ni moins portés à le faire (Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2002). Fait à noter, les premiers adeptes diffèrent souvent par leurs caractéristiques des nouveaux venus. Bon nombre des premiers intéressés étaient aisés et très instruits et, même s’ils se sont dotés d’une connexion Internet, ils ont conservé un fort intérêt pour les médias imprimés, notamment en comparaison des internautes de fraîche date. Les écarts entre les caractéristiques sociales et économiques des premiers adeptes et des nouveaux venus, aussi bien que de ceux qui n’ont pas accès à Internet, sont bien établis grâce, par exemple, à des études sur la « fracture numérique » (voir, par exemple, U.S. Dept. of Commerce 2004, Sciadas 2002 et 2003, OCDE 2001). Malgré que l’enquête n’offre aucun renseignement sur le moment auquel les utilisateurs ont fait appel à Internet pour la première fois, ce genre de constatations illustrent à nouveau la nécessité que ceux qui cherchent à comprendre la ventilation de l’emploi du temps de l’internaute prennent en compte le détail de ses caractéristiques sociales.

Dans une perspective sociale, l’information probante laisse entendre qu’Internet diminue le temps consacré au comportement social classique, fait qui suscite des préoccupations concernant l’absence d’interaction personnelle, l’isolement grandissant et la désagrégation du tissu communautaire (Nie et Hillygus 2002, Nie et Erbring 2000, UCLA 2000, Kraut, Lundmark, Patterson, Kiesler, Mukopadhyay et Scherlis 1998). En revanche, certains constatent que les internautes ne sont pas moins sociables que les non-utilisateurs (Gershuny 2003, Cole et Robinson 2002b, Kestnbaum, Robinson, Neustadtl et Alvarez 2002, Robinson, Kestnbaum, Neustadtl et Alvarez 2000 et 2002), tandis que d’autres encore illustrent, à renfort de données, les façons dont Internet peut servir d’instrument enrichissant du point de vue social (Boase, Horrigan, Wellman et Rainie 2006). Comme il est mentionné ailleurs (Sciadas 2006 (à paraître), Nie et Hillygus 2002) et comme le laissent entendre les résultats de la présente étude, ceux qui cherchent à comprendre l’effet d’Internet sur la vie des individus doivent tenir compte de nombreuses nuances. L’ampleur de l’utilisation et son motif de même que les différences entre l’emploi du temps des utilisateurs d’Internet et celui des non-utilisateurs d’Internet sont autant de facteurs qui méritent d’être examinés.