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Certaines des constatations de la présente étude révèlent des écarts considérables entre les façons dont les utilisateurs et les non-utilisateurs d’Internet ont passé leur temps le jour de référence et les perceptions qu’ils ont eues de leur activité. Fait le plus important, les grands utilisateurs d’Internet ont consacré beaucoup moins de temps que les autres aux relations sociales. Ce fait est remarquable en raison de son effet social potentiel sur les utilisateurs ainsi que de son ampleur (même après correction, les grands utilisateurs ont passé près de deux heures de plus seuls le jour de référence que ne l’ont fait les non-utilisateurs). Qui plus est, les grands utilisateurs ont passé seuls plus de 1,5 heure de plus que les utilisateurs modérés. À cet égard, les utilisateurs modérés s’apparentaient davantage aux non-utilisateurs qu’aux grands utilisateurs le jour de référence. Cependant, bien qu’ils aient moins de contacts humains, les utilisateurs d’Internet ont dit tirer un peu plus de plaisir de la participation à des activités sociales et à des clubs ou à des organisations sociales que ne l’ont fait les non-utilisateurs.
Non seulement les utilisateurs d’Internet ont consacré moins de temps aux relations personnelles avec d’autres, mais leur mode de vie différait sensiblement de celui des autres répondants. En effet, ils ont passé beaucoup moins de temps à effectuer du travail rémunéré et des activités ménagères, et ont dit prendre moins de plaisir que les autres à faire des travaux domestiques. Une fois de plus, la durée de l’utilisation d’Internet entrait en jeu, car même les utilisateurs modérés ont passé près de deux fois plus de temps à travailler que les grands utilisateurs le jour de référence. Bien que la division entre utilisateurs modérés et grands utilisateurs soit simple, des résultats comme ceux présentés ci-dessus mettent en relief l’importance d’inclure le temps passé sur Internet dans les études de l’emploi du temps plutôt que de considérer les utilisateurs comme un groupe homogène (Nie et Hillygus 2002).
Parmi les autres différences à signaler au chapitre du mode de vie, les utilisateurs d’Internet ont passé moins de temps que les non-utilisateurs à dormir, à se détendre, à se reposer et à réfléchir. Compte tenu des rapports possibles entre le sommeil, le repos et les niveaux de stress, on a examiné plusieurs indicateurs qui témoignaient de la perception qu’ont les utilisateurs d’Internet de leur propre gestion du temps.
Fait intéressant, une part plus importante de grands utilisateurs d’Internet ont déclaré être disposés à réduire leurs heures de sommeil lorsque le temps leur manquait, mais, en général, ce sont les utilisateurs modérés et les non-utilisateurs qui en fait avaient tendance à manquer de temps libre. Lorsqu’on tient compte de l’effet de la situation d’emploi et d’autres facteurs sociaux et démographiques, les grands utilisateurs ne différaient pas de façon significative des non-utilisateurs au regard de deux indicateurs de stress retenus aux fins de l’étude. Par contre, les utilisateurs modérés ont eu légèrement moins tendance que les autres à signaler qu’ils se sentaient pressés ou qu’ils jugeaient la plupart des journées stressantes.
Un dernier résultat important mérite d’être signalé : bien qu’Internet risque d’occuper une part du temps consacré jusque-là à des sources classiques d’information et de divertissement, les cybernautes étaient de grands consommateurs d’autres médias. En effet, les grands utilisateurs passaient en substance le même temps que les non-utilisateurs à regarder la télévision, et tant l’utilisation poussée que l’utilisation modérée d’Internet étaient associées à des périodes de lecture de livres de durée importante. L’enquête n’a pas cherché à savoir si les ment leur temps d’écoute de la télévision, mais il ne fait aucun doute que, comme les grands utilisateurs avaient encore tendance à consacrer vraisemblablement un peu plus de deux heures de la journée à regarder la télévision, il y a lieu de s’interroger sur la mesure dans laquelle les cybernautes considèrent Internet comme un « substitut » de la télévision et de se demander s’ils ne l’apparentent pas plutôt simplement à une autre source générale d’information et de divertissement.
Dans l’ensemble, la présente étude a cerné d’importantes différences entre les utilisateurs et les non-utilisateurs d’Internet sous l’angle des contacts sociaux, du temps consacré au travail et aux activités domestiques, de même que des attitudes envers l’emploi du temps, envers le stress et leur perception. Une prochaine étape importante consiste à recueillir de l’information détaillée afin d’élucider le sens des écarts pour la santé, les relations et la qualité de vie des utilisateurs. Ainsi, bien que les données nous apprennent que certains internautes passent beaucoup de temps à envoyer et à recevoir des courriels et à clavarder, la connaissance de la nature et de la qualité de l’information communiquée, et de l’effet éventuel de différentes catégories d’interaction en ligne sur le bien-être de l’utilisateur, serait particulièrement riche en renseignements. Des recherches en d’autres milieux ont fait la lumière sur les aspects sociaux de l’interaction et des comportements en ligne (voir, par exemple, Boase, Horrigan, Wellman et Rainie 2006, Boase et Wellman 2005, DiMaggio, Hargittai, Neumann et Robinson 2001). Dans certains cas, Internet pourrait enrichir le capital social en permettant aux utilisateurs d’entretenir des rapports avec parents, amis et autres contacts éloignés et d’élargir leurs réseaux sociaux, qui présentent parfois de l’utilité comme sources d’aide et de conseils, notamment à l’appui de décisions importantes (Boase, Horrigan, Wellman et Rainie 2006). Ce genre de considérations ne doit pas être écarté. En effet, au moment d’examiner des tendances particulières, il faut avoir à l’esprit la possibilité qu’Internet puisse avoir pour effet à la fois d’améliorer et d’entraver les relations sociales (Nie et Hillygus 2002). La nature variée de l’activité en ligne commande le recueil de renseignements détaillés sur l’incidence de types d’utilisations particuliers et fait valoir la nécessité de distinguer les utilisateurs en fonction de leur activité en ligne plutôt que de les considérer d’un seul tenant (van Zoonen, Walczuch, Aalberts et Fjelsten 2003, Miller et Slater 2000). Les résultats de la présente étude mettent en évidence un certain nombre de distinctions claires entre l’emploi du temps des utilisateurs d’Internet et celui des non-utilisateurs, mais ils mettent en garde également contre le danger de simplifier à outrance les rapports entre l’activité effectuée sur Internet, les attitudes et l’emploi du temps.