Logo StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleurRépercussions économiques de la COVID-19 chez les groupes de minorité visible

par Feng Hou, Kristyn Frank et Christoph Schimmele

L’interruption de l’activité économique provoquée par la COVID-19 a entraîné jusqu’à présent des pertes d’emploi disproportionnées chez les travailleurs peu rémunérés et les jeunes travailleurs. Cependant, les répercussions chez les groupes de minorité visible sont moins bien connues à l’heure actuelle. Puisque la population de minorité visible affiche souvent des taux plus élevés de faible revenu et d’emplois précaires que la population blanche (Block et coll., 2019; Lightman et Gingrich, 2018), sa capacité à s’ajuster à une perte de revenu engendrée par une interruption du travail est probablement plus limitée. La présente étude vise à déterminer si c’est le cas ou non, en mettant en lumière les répercussions économiques de la pandémie de COVID-19 sur différents groupes de minorité visible.

Aux fins de l’étude, les données du Recensement de 2016 ont tout d’abord été utilisées pour comparer les groupes au chapitre des taux de pauvreté, dans le but de déterminer leur vulnérabilité économique avant la pandémie de COVID-19. Puis, à partir des données issues d’une vaste initiative de collecte par approche participative, une comparaison est effectuée pour déterminer la mesure dans laquelle les participants de minorités visibles : a) ont subi une perte d’emploi ou une réduction du nombre d’heures travaillées depuis le début de la pandémie; b) ont été fortement ou modérément touchés financièrement; et c) ont demandé et reçu des prestations fédérales de soutien du revenu.

La plupart des minorités visibles affichaient des taux de pauvreté élevés avant la pandémie de COVID-19

Dans des conditions macroéconomiques robustes, la plupart des groupes de minorité visible sont plus susceptibles de vivre dans la pauvreté que la population blanche. Selon le Recensement de 2016, au sein de la population âgée de 15 ans et plus, le taux de pauvreté était de 9,6 % chez la population blanche (graphique 1). À titre comparatif, chez les Canadiens d’origine coréenne, arabe et ouest-asiatique, le taux de pauvreté variait de 27 % à 32 %, alors que chez les Canadiens noirs et les Canadiens d’origine chinoise, il atteignait 20 %. Les Philippins représentaient le seul groupe de minorité visible qui affichait un taux de pauvreté plus faible.

Les grands écarts observés dans les taux de pauvreté entre les groupes de minorité visible et la population blanche étaient en partie liés au statut d’immigration. Environ le tiers des Coréens, des Arabes et des Asiatiques occidentaux, et entre le cinquième et un quart des Chinois, des Noirs et des Sud-Asiatiques, étaient des immigrants récents. Les immigrants récents étaient beaucoup plus susceptibles de vivre dans la pauvreté que les immigrants de longue date et les personnes nées au Canada. Lorsque les différences entre les groupes sur le plan du statut d’immigration, de la connaissance des langues officielles, du niveau de scolarité, de la situation d’emploi et d’autres caractéristiques démographiques sont prises en compte, les écarts dans le taux de pauvreté entre les minorités visibles et la population blanche diminuent, mais ils demeurent marqués (graphique 1).

Graphique 1 Taux de pauvreté observés et corrigés, personnes de 15 ans et plus, 2015

Tableau de données pour le graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1 Observés et Corrigés, calculées selon pourcentage vivant dans la pauvreté
unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Observés Corrigés
pourcentage vivant dans la pauvreté
Sud-Asiatiques 14,3 13,1
Chinois 19,5 14,3
Noirs 19,9 17,5
Philippins 8,5 6,0
Latino-Américains 17,1 13,1
Arabes 28,1 24,8
Asiatiques du Sud-Est 16,0 14,1
Asiatiques occidentaux 31,7 25,0
Coréens 26,9 20,2
Japonais 10,6 8,1
Autres minorités visibles 15,4 13,8
Blancs 9,6 10,5

Les participants à l’initiative d’approche participative issus d’un groupe de minorité visible sont plus vulnérables aux répercussions financières de la COVID-19

Du 26 mai au 8 juin, plus de 36 000 Canadiens ont rempli un questionnaire en ligne dans le cadre d’une initiative d’approche participative, sur la confiance sociale dans la foulée de la pandémie de COVID-19. Il convient de souligner que les données obtenues par approche participative ne reposent pas sur un plan d’échantillonnage probabiliste. Par conséquent, les résultats ne doivent pas donner lieu à des inférences sur l’ensemble de la population canadienne.

On a demandé aux participants à l’initiative d’approche participative s’ils ont perdu leur emploi temporairement ou de façon permanente ou se leurs heures de travail ont été réduites en raison de la pandémie de COVID-19. Chez les personnes qui occupaient un emploi avant l’arrêt de l’activité économique, environ le tiers des participants de la plupart des groupes ont subi une perte d’emploi ou la réduction de leurs heures de travail (tableau 1). Les Philippins et les Asiatiques occidentaux étaient les plus nombreux à avoir déclaré une perte d’emploi ou une réduction du nombre d’heures travaillées, leur proportion s’élevant à 42 % et à 47 % respectivement, comparativement à 34 % chez les Blancs.

Le questionnaire de l’approche participative comprenait aussi des questions au sujet des répercussions de la COVID-19 sur la capacité des participants à remplir leurs obligations financières ou à répondre à leurs besoins essentiels (p. ex. paiements du loyer ou hypothécaires, services publics, épicerie). La plupart des groupes de minorité visible étaient plus susceptibles de déclarer avoir subi des répercussions financières importantes ou modérées de la COVID-19 que les Blancs (23 %) (tableau 1). La proportion était particulièrement élevée chez les Arabes, les Asiatiques occidentaux et les Philippins (42 % ou plus). Les Arabes et les Asiatiques occidentaux affichaient les plus hauts taux de pauvreté avant la pandémie, tandis que les Asiatiques occidentaux et les Philippins affichaient les plus hauts taux de perte d’emploi ou de réduction du nombre d’heures travaillées. Les différences entre la plupart des groupes de minorité visible et les Blancs au chapitre des répercussions financières de la COVID-19 demeuraient prononcées, même après la prise en compte de leurs différences quant à la perte d’emploi, au statut d’immigration, à la situation d’emploi avant la COVID et à d’autres caractéristiques démographiques.


Tableau 1
Répercussions sur l’emploi et répercussions financières autodéclarées de la COVID-19 et recours aux prestations fédérales de soutien du revenu chez les participants à l'initiative d’approche participative, par groupes de minorité visible, 2020
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Répercussions sur l’emploi et répercussions financières autodéclarées de la COVID-19 et recours aux prestations fédérales de soutien du revenu chez les participants à l'initiative d’approche participative Perte d’emploi ou réduction de nombre d'heures travaillées, personnes qui occupaient un emploi avant la COVID-19, Répercussions importantes ou modérées de la COVID-19 sur la capacité à remplir ses obligations financières ou répondre à ses besoins essentiels et Demande et obtention de prestations fédérales de soutien du revenu, personnes ayant déclaré des répercussions importantes ou modérées de la COVID-19, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Perte d’emploi ou réduction de nombre d'heures travaillées, personnes qui occupaient un emploi avant la COVID-19 Répercussions importantes ou modérées de la COVID-19 sur la capacité à remplir ses obligations financières ou répondre à ses besoins essentiels Demande et obtention de prestations fédérales de soutien du revenu, personnes ayant déclaré des répercussions importantes ou modérées de la COVID-19
pourcentage
Sud-Asiatiques 36,7 38,5 50,8
Chinois 31,2 26,8 49,5
Noirs 37,9 38,5 54,5
Philippins 42,2 42,9 64,5
Latino-Américains 34,0 31,7 63,5
Arabes 32,7 44,0 52,6
Asiatiques du Sud-Est 40,2 40,3 54,7
Asiatiques occidentaux 46,5 42,0 61,1
Coréens 40,1 36,1 67,7
Japonais 34,5 25,3 50,7
Autres minorités visibles 36,6 33,1 55,3
Blancs 34,1 23,2 45,7

Environ 19 % des participants ont présenté une demande de prestations fédérales de soutien du revenu pendant la pandémie (p. ex. Prestation canadienne d’urgence, prestations d’assurance-emploi, autres), et pratiquement tous les demandeurs (95 %) ont obtenu une forme de soutien. Chez les personnes ayant déclaré des répercussions financières importantes ou modérées de la COVID-19, les Sud-Asiatiques, les Chinois et les Japonais ont affiché des taux de demande et d’obtention de prestations fédérales de soutien du revenu semblables à ceux des Blancs, alors que les personnes des autres groupes de minorité visible affichaient des taux supérieurs. Le taux était particulièrement élevé chez les Philippins (65 %) et les Coréens (68 %).

L’obtention de prestations fédérales de soutien du revenu était associée à un degré de confiance élevé à l’égard des gouvernements et des autorités sanitaires, notamment pour ce qui est de la prise de bonnes décisions quant au moment et à la manière de rouvrir les lieux de travail et les lieux publics, tandis que la déclaration de répercussions financières importantes ou modérées de la COVID-19 était associée à un degré de confiance moindre. Cependant, malgré les différences entre les groupes relativement à ces facteurs, les participants de la plupart des groupes de minorité visible ont déclaré un degré similaire de confiance à l’égard du gouvernement et des autorités sanitaires que les participants blancsNote .

Résumé

Les taux de pauvreté élevés chez la plupart des groupes de minorité visible avant la pandémie de COVID-19 les rendent vulnérables aux répercussions financières des interruptions de travail. Chez les participants à l’initiative d’approche participative qui occupaient un emploi avant les arrêts de travail, les Blancs et les membres de la plupart des groupes de minorité visible affichaient des taux semblables de perte d’emploi ou de réduction des heures de travail, quoique le taux ait été plus élevé chez les Philippins et les Asiatiques occidentaux. De manière générale toutefois, les répercussions de la pandémie de COVID-19 sur la capacité de remplir ses obligations financières ou de répondre à ses besoins essentiels étaient plus importantes chez les personnes de minorités visibles que chez les Blancs, même après la prise en compte des différences entre les groupes au chapitre de la perte d’emploi, du statut d’immigration, de la situation d’emploi avant la COVID, du niveau de scolarité et d’autres caractéristiques démographiques.

Références

Block, S., G-E. Galabuzi et R. Tranjan. 2019. Canada’s Colour Coded Income Inequality. Ottawa : Centre canadien de politiques alternatives. ISBN 978-1-77125-478-6.

Lightman, N. et L. G. Gingrich. 2018. « Measuring Economic Exclusion for Racialized Minorities, Immigrants, and Women in Canada: Results from 2000 and 2010 ». Journal of Poverty 22(5) : p. 398-420.

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