Logo StatCan et la COVID-19: Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur Incidence des conséquences économiques de la COVID-19 sur les préoccupations sociales des Canadiens

par Martin Turcotte et Darcy Hango

Text begins

La pandémie actuelle a eu une incidence marquée sur la façon dont les gens interagissent les uns avec les autres, autant au sein des familles que dans les communautés. Alors que les personnes et les familles partageant le même logement ont dû apprendre à vivre ensemble à temps plein, les réseaux d’amis, de parents, de voisins et de collègues ont pu être fragilisés par l’absence prolongée de contacts en personne.

Les nombreuses pertes d’emploi, de même que les difficultés financières auxquelles sont confrontés nombre de Canadiens, ont pu contribuer à déstabiliser les relations familiales et sociales encore davantage. Des études ont, par exemple, montré que le stress financier est souvent associé à une augmentation des conflits ou des tensions familiales (Dew, et coll. 2012; Gudmunson, et coll. 2007). De plus, les difficultés économiques personnelles peuvent accroître les préoccupations des gens concernant divers aspects de la vie sociale, car l’exclusion économique peut avoir une incidence négative sur le soutien social et la participation aux organisations (Mood et Jonsson, 2016).

Des données récemment publiées ont montré qu’un grand nombre de personnes s’inquiétaient des répercussions de la COVID-19 sur différents aspects de la vie en société (Le Quotidien, 8 avril 2020). Dans le présent article, on examine dans quelle mesure les préoccupations économiques personnelles des Canadiens sont associées à une augmentation de leurs inquiétudes relativement à la vie familiale et à la cohésion sociale (tensions familiales dues au confinement, violence familiale, maintien des liens sociaux, capacité de coopérer et de s’entraider, et risques de désordre civil). La population d’intérêt est constituée des personnes âgées de 25 à 64 ans, soit celles appartenant au principal groupe d’âge actif sur le marché du travailNote .

Les Canadiens ayant déclaré que la COVID-19 aurait des répercussions majeures sur leurs finances personnelles sont plus susceptibles d’être inquiets des répercussions sociales de la pandémie

À la fin du mois de mars, 17 % des Canadiens âgés de 25 à 64 ans ont affirmé que la pandémie aurait des répercussions majeures sur leur capacité de respecter leurs obligations financières ou de répondre à leurs besoins essentiels (comme le loyer ou les paiements hypothécaires, les services publics et l’épicerie). En outre, 30 % des personnes rapportaient des répercussions modérées ou mineures.

La difficulté à respecter ses obligations financières est associée à de plus grandes inquiétudes sur le plan social (tableau 1). À titre d’exemple, parmi les personnes qui ressentaient des répercussions majeures de la crise sur leur capacité de faire face à leurs obligations financières, tout près de la moitié s’inquiétait « beaucoup » ou « énormément » des répercussions de la COVID-19 sur les tensions familiales dues au confinement (48 %). En comparaison, c’était le cas d’une personne sur cinq parmi les personnes qui n’anticipaient pas de répercussions financières importantes de la COVID-19 (21 %).


Tableau 1
Inquiétudes des Canadiens à l’égard de la situation liée à la COVID-19, selon les répercussions de la COVID-19 sur leurs finances personnelles, personnes âgées de 25 à 64 ans, mars et avril 2020
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Inquiétudes des Canadiens à l’égard de la situation liée à la COVID-19 Personnes se disant « beaucoup » ou « énormément » inquiètes des répercussions de la COVID-19 par rapport à différents aspects (figurant comme en-tête de colonne).
Personnes se disant « beaucoup » ou « énormément » inquiètes des répercussions de la COVID-19 par rapport à différents aspects
Les tensions familiales dues au confinement La violence familiale Le maintien des liens sociaux La capacité de coopérer et de s’entraider pendant la crise La capacité de coopérer et de s’entraider après la crise Les risques de désordre civil
Répercussions de la COVID-19 sur votre capacité de respecter vos obligations financières ou de répondre à vos besoins essentiels, comme le loyer ou les paiements hypothécaires, les services publics et l’épicerie
pourcentage
Répercussions majeures 48Note * 11 47Note * 61Note * 58Note * 61Note *
Répercussions modérées ou mineures 34Note * 8 33Note * 44Note * 43Note * 44Note *
Aucune répercussion (réf.) 21 8 24 28 28 32
Trop tôt pour le dire 37Note * 9 35Note * 44Note * 42Note * 45Note *
Répercussions de la COVID-19 sur votre capacité de respecter vos obligations financières ou de répondre à vos besoins essentiels, comme le loyer ou les paiements hypothécaires, les services publics et l’épicerie
probabilité préditeTableau 1 Note 1
Répercussions majeures 0,47Note * 0,10 0,44Note * 0,57Note * 0,54Note * 0,56Note *
Répercussions modérées ou mineures 0,33Note * 0,07 0,32 0,43Note * 0,42Note * 0,42
Aucune répercussion (réf.) 0,23 0,09 0,27 0,32 0,32 0,36
Trop tôt pour le dire 0,36Note * 0,09 0,34Note * 0,43Note * 0,42Note * 0,45Note *

Les personnes qui rapportaient des répercussions financières majeures étaient environ deux fois plus susceptibles que celles n’anticipant pas de telles répercussions de s’inquiéter du maintien des liens sociaux, de même que de la capacité de coopérer et de collaborer durant la crise. De plus, la proportion de personnes qui se disaient « beaucoup » ou « énormément » inquiètes par rapport aux risques de désordre civil atteignait 61 % chez les personnes qui envisageaient des répercussions majeures quant à leur capacité de respecter leurs obligations financières, par rapport à 32 % chez celles qui ont dit que la crise n’aurait aucune répercussion sur leurs finances personnelles.

Les résultats décrits ci-dessus étaient généralement robustes. Même après la prise en compte d’autres caractéristiques pouvant avoir une incidence sur les inquiétudes familiales et sociales (comme l’âge, le sexe et le niveau de scolarité), les personnes qui envisageaient des répercussions financières importantes demeuraient plus susceptibles que les autres de se dire très inquiètes des répercussions sociales de la pandémie (voir les probabilités prédites au tableau 1).

Après avoir tenu compte des caractéristiques démographiques, les préoccupations sociales ne sont pas nécessairement plus importantes chez les personnes qui risquent de perdre leur emploi

À la fin du mois de mars, près du quart des Canadiens âgés de 25 à 64 ans ont rapporté qu’ils pourraient probablement perdre leur emploi principal ou leur principale source de revenus provenant d’un travail autonome dans les quatre prochaines semaines. Étant donné que les milieux de travail constituent un important contexte de socialisation, il se peut que les personnes qui craignent de perdre leur emploi soient plus inquiètes de certaines répercussions de la crise, comme la capacité à maintenir des liens sociaux.

De prime abord, les personnes qui ne craignaient pas du tout de perdre leur emploi en raison de la pandémie étaient généralement moins préoccupées des répercussions sociales de la crise que les autres répondants. À titre d’exemple, le tiers des personnes qui ne craignaient pas de perdre leur emploi étaient préoccupées par la capacité de s’entraider, alors que c’était le cas de plus de la moitié de celles qui avaient le plus peur de perdre leur emploi principal ou leur principale source de revenus (tableau 2).

Cependant, lorsque les autres facteurs étaient pris en compte (comme l’âge, le sexe et le niveau de scolarité), les écarts décrits ci-dessus devenaient non significatifs, à savoir qu’ils étaient attribuables à d’autres facteurs.


Tableau 2
Inquiétudes des Canadiens à l’égard de la situation liée à la COVID-19, selon la possibilité de perte d’emploi au cours de la pandémie, personnes âgées de 25 à 64 ans, mars et avril 2020
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Inquiétudes des Canadiens à l’égard de la situation liée à la COVID-19 Personnes se disant « beaucoup » ou « énormément » inquiètes des répercussions de la COVID-19 par rapport à différents aspects (figurant comme en-tête de colonne).
Personnes se disant « beaucoup » ou « énormément » inquiètes des répercussions de la COVID-19 par rapport à différents aspects
Les tensions familiales dues au confinement La violence familiale Le maintien des liens sociaux La capacité de coopérer et de s’entraider pendant la crise La capacité de coopérer et de s’entraider après la crise Les risques de désordre civil
Je pourrais perdre mon emploi principal ou ma principale source de revenus provenant d’un travail autonome dans les quatre prochaines semaines
pourcentage
Tout à fait d’accord ou d’accord 37Note * 8 40Note * 51Note * 48Note * 54Note *
Ni d’accord ni en désaccord 37 12 37Note * 47Note * 46Note * 48Note *
En désaccord ou entièrement en désaccord (réf.) 29 7 28 34 33 37
Sans emploi 34 10 33 44Note * 43Note * 42
Je pourrais perdre mon emploi principal ou ma principale source de revenus provenant d’un travail autonome dans les quatre prochaines semaines
probabilité préditeTableau 2 Note 1
Tout à fait d’accord ou d’accord 0,31 0,08 0,36 0,44 0,42 0,47
Ni d’accord ni en désaccord 0,34 0,12 0,35 0,45 0,44 0,46
En désaccord ou entièrement en désaccord (réf.) 0,35 0,08 0,32 0,40 0,39 0,41
Sans emploi 0,34 0,09 0,33 0,43 0,43 0,42

D’autres groupes de Canadiens, comme les personnes faiblement scolarisées et les immigrants, ont de plus grandes préoccupations sociales

Les personnes moins scolarisées étaient plus susceptibles d’être inquiètes des diverses conséquences familiales et sociales associées à la crise. Par exemple, près de 60 % des personnes n’ayant pas obtenu de diplôme d’études secondaires se disaient « beaucoup » ou « énormément » inquiètes des répercussions de la COVID-19 sur le maintien des liens sociaux, par rapport à environ 30 % pour les personnes ayant atteint d’autres niveaux de scolarité.

Étant donné que les personnes les moins instruites sont aussi parmi celles qui sont les plus à risque de perdre leur emploi (Messacar et Morissette, 2020), il se peut que le niveau d’éducation joue un rôle important dans les préoccupations sociales. Cette hypothèse a été vérifiée au moyen du modèle de régression. Même après la prise en compte de plusieurs facteurs (y compris la crainte de perdre son emploi dans le contexte de la pandémie), les personnes les moins instruites demeuraient plus préoccupées que celles qui étaient les plus scolarisées (tableau 3). Ces résultats soulèvent la possibilité que les différences décrites au tableau 2 soient, en outre, le résultat de différences sur le plan de la scolarité.


Tableau 3
Inquiétudes des Canadiens à l’égard de la situation liée à la COVID-19, selon le plus haut niveau de scolarité atteint et le statut d’immigration, personnes âgées de 25 à 64 ans, mars et avril 2020
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Inquiétudes des Canadiens à l’égard de la situation liée à la COVID-19 Personnes se disant « beaucoup » ou « énormément » inquiètes des répercussions de la COVID-19 par rapport à différents aspects (figurant comme en-tête de colonne).
Personnes se disant « beaucoup » ou « énormément » inquiètes des répercussions de la COVID-19 par rapport à différents aspects
Les tensions familiales dues au confinement La violence familiale Le maintien des liens sociaux La capacité de coopérer et de s’entraider pendant la crise La capacité de coopérer et de s’entraider après la crise Les risques de désordre civil
Plus haut niveau de scolarité atteint
probabilité préditeTableau 3 Note 1
Sans diplôme d’études secondaires (réf.) 0,53 0,15 0,59 0,58 0,58 0,56
Diplôme d’études secondaires 0,34Note * 0,11 0,30Note * 0,43 0,44 0,47
Diplôme d’études postsecondaires inférieur au baccalauréat 0,35Note * 0,08 0,34Note * 0,44 0,43 0,44
Baccalauréat ou niveau supérieur 0,29Note * 0,07 0,31Note * 0,38Note * 0,35Note * 0,39
Statut d’immigration
Personnes nées au Canada (réf.) 0,31 0,07 0,30 0,38 0,37 0,41
Immigrants 0,42Note * 0,16Note * 0,44Note * 0,58Note * 0,56Note * 0,56Note *

En plus du niveau de scolarité, d’autres facteurs sont liés aux préoccupations sociales des Canadiens. Les immigrants, en particulier, sont plus susceptibles que les Canadiens de naissance de craindre les répercussions sociales de la pandémie (Larochelle-Côté et Uppal, 2020). La présente analyse a permis de renforcer ces conclusions : même après la prise en compte de tous les autres facteurs, les immigrants demeuraient plus préoccupés que les Canadiens de naissance. En outre, les immigrants étaient plus de deux fois plus susceptibles que les personnes nées au Canada de ressentir de l’inquiétude quant à la possibilité de violence familialeNote .

Méthodologie

Pour obtenir des renseignements actuels sur la façon dont les Canadiens réagissent à la crise de la COVID-19, Statistique Canada a élaboré une nouvelle enquête par panel en ligne : la Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes (SEPC). Du 29 mars au 3 avril 2020, plus de 4 600 répondants des 10 provinces ont participé à la SEPC. Puisque la SEPC vise un sous-échantillon de l’échantillon de l’Enquête sur la population active (EPA), plusieurs variables (âge, sexe, plus haut niveau de scolarité, lieu de naissance) sont tirées des données de l’EPA. Toutes les différences présentées dans ce communiqué entre les sous-groupes de populations sont significatives au niveau de 5 % (p<0,05). Des poids bootstrap ont été utilisés pour les tests de signification. Des modèles de régressions logistiques ont été réalisés pour évaluer dans quelle mesure les associations entre les caractéristiques et les inquiétudes présentées dans les tableaux 1 et 2 demeuraient statistiquement significatives si on prenait simultanément en compte tous les autres facteurs. Les résultats détaillés de ces analyses ne sont pas présentés dans cet article.

Références

Dew, Jeffrey, Sonya Britt et Sandra Huston. 2012. « Examining the Relationship Between Financial Issues and Divorce », Family Relations, vol. 61, no 4, p. 615-628.

Gudmunson, Clinton G., Ivan F. Beutler, Craig L. Israelsen, J. Kelly McCoy et E. Jeffrey Hill. 2007. « Linking Financial Strain to Marital Instability: Examining the Roles of Emotional Distress and Marital Interaction », Journal of Family and Economic Issues, vol. 28, p. 357–376.

Larochelle-Côté, Sébastien et Sharanjit Uppal. 2020. « Les inquiétudes d’ordre social et économique des immigrants pendant la pandémie de COVID-19 », StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur, no45-28-0001 au catalogue de Statistique Canada.

Messacar, Derek et René Morissette. 2020. « Les arrêts de travail et la vulnérabilité financière », StatCan et la COVID-19 : Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur, no 45-28-0001 au catalogue de Statistique Canada.

Mood, Carina and Jan O. Jonsson. 2016. « The Social Consequences of Poverty: An Empirical Test on Longitudinal Data », Social Indicators Research (2016) vol. 127, p. 633–652.

Statistique Canada. 2020a. « Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes 1 : Répercussions de la COVID-19 », Le Quotidien, 8 avril, no 11-001 au catalogue de Statistique Canada.

Statistique Canada. 2020b. « Répercussions de la COVID-19 sur les Canadiens : premiers résultats de l’approche participative », Le Quotidien, 23 avril, no 11-001 au catalogue de Statistique Canada.

Date de modification :