Logo StatCan et la COVID-19: Des données aux connaissances, pour bâtir un Canada meilleur Les arrêts de travail et la vulnérabilité financière

par Derek Messacar et René Morissette

Text begins

Depuis le milieu du mois de mars 2020, la pandémie de COVID-19 a provoqué des arrêts de travail à grande échelle au Canada et dans de nombreux autres pays dans le monde. L’interruption subséquente de l’activité économique suscite des préoccupations quant à la capacité des familles canadiennes de s’acquitter de leurs obligations financières et de répondre à leurs besoins essentiels.

Afin de répondre à ces préoccupations et de réduire les pertes d’emplois au minimum, le gouvernement fédéral a mis sur pied un certain nombre de programmes, dont la Prestation canadienne d’urgence (PCU) et la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC)Note .

Le taux d’épargne des ménages canadiens affiche une baisse constante depuis une vingtaine d’années : d’une moyenne d’environ 5,5 % en 2000, il est passé à un creux de 1,5 % en 2018 (OCDE, 2020). Par conséquent, certaines familles canadiennes risquent d’avoir relativement peu d’actifs financiers pendant les arrêts de travail temporaires survenus depuis la mi-mars 2020. En l’absence des programmes susmentionnés, ces familles se retrouveraient vraisemblablement en situation de grande vulnérabilité financière. Autrement dit, en l’absence de transferts gouvernementaux, elles seraient financièrement vulnérables, même pendant une courte période sans emploi. Le but de cet article est d’identifier les types de familles qui sont vulnérables financièrement dans le but d’informer les discussions concernant celles qui ont le plus besoin d’une assistance financière immédiate.

Aux fins de l’étude, l’accent est mis sur les familles qui comptent principalement sur leurs gains (salaires, traitements, revenu tiré d’un travail autonome) pour maintenir leur niveau de vieNote . L’étude permet de repérer lesquelles de ces familles n’auraient pas suffisamment de liquidités ou autres sources personnelles de revenu pour joindre les deux bouts, c’est-à-dire pour ne pas être en situation de faible revenu en l’absence de transferts gouvernementaux ou d’empruntsNote , si un arrêt de travail se prolongeait pendant deux mois. Les travailleurs canadiens sont inclus dans l’analyse, y compris leurs personnes à charge, comme les enfants et les conjoints.

L’étude est fondée sur les résultats de l’Enquête sur la sécurité financière (ESF) de 2016. Bien que cette dernière remonte à quelques années, la répartition de la richesse dans une économie évolue lentement. L’ESF de 2016 fournit le plus récent portrait et  vraisemblablement, une approximation raisonnable de la vulnérabilité financière potentielle des familles canadiennes au moment de l’émergence de la pandémie du COVID-19.Note

Selon les données de l’ESF, environ 1 Canadien sur 4 (26 %) pourrait être financièrement vulnérable pendant une interruption des activités économiques (graphique 1)Note . À titre de comparaison, selon les données tirées de la Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes de Statistique Canada, dont la première enquête a été réalisée en mars 2020, près de 3 Canadiens sur 10 (28,9 %) ont indiqué que la situation liée à la COVID-19 avait des répercussions modérées ou majeures sur leur capacité de respecter leurs obligations financières ou de répondre à leurs besoins essentiels (Statistique Canada, 2020)Note .

Graphique 1 Vulnérabilité financière, selon l'âge et le type de famille

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1 Pourcentage(figurant comme en-tête de colonne).
Pourcentage
Âge
65 ans et plus 10,4
De 35 à 64 ans 23,4
Moins de 35 ans 37,3
Composition de la famille
Pères célibataires 28,9
Mères célibataires 56,3
Personnes non âgées, mariées, avec enfants 27,5
Personnes non âgées, mariées, sans enfants 17,9
Femmes non âgées, non mariées 35,5
Hommes non âgés, non mariés 37,4
Tous 26,4

Parmi tous les groupes examinés, celui des mères seules et leurs enfants figure parmi les plus vulnérables du point de vue financier pendant de courtes périodes sans emploi; plus de la moitié d’entre elles (56 %) risquent de ne pas pouvoir joindre les deux bouts, même après avoir vendu leurs liquidités et utilisé leurs autres sources personnelles de revenu.

Les membres d’une famille dont le principal soutien économique est âgé de moins de 35 ans et n’a pas de diplôme d’études secondaires sont également exposés à un risque élevé de vulnérabilité financière : 67 % d’entre eux seraient financièrement vulnérables pendant un arrêt de travail de deux mois (tableau 1). Le pourcentage correspondant pour les familles plus âgées dont le principal soutien économique n’a pas de diplôme d’études secondaires est de 45 %.

Graphique 2 Vulnérabilité finacière de certains groupes

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2 Pourcentage(figurant comme en-tête de colonne).
Pourcentage
Autochtones (vivant hors réserve) 46,9
Personnes nées au Canada (non autochtones) 23,5
Immigrants 29,4
Immigrants récents 49,7

La vulnérabilité financière est relativement élevée au sein de deux autres groupes. Chez les personnes qui vivent dans une famille dont le principal soutien économique est autochtone (personnes des Premières Nations vivant hors réserve, Métis et Inuits), 47 % ont peu de chances de disposer de suffisamment de liquidités et autres sources personnelles de revenu pour subvenir à leurs besoins pendant une période de deux mois sans revenu d’emploi (graphique 2)Note . Il en va de même pour 50 % des personnes qui vivent dans une famille dont le principal soutien économique est un immigrant récent, c’est-à-dire qui a immigré au Canada entre 2011 et 2016.

Dans quelle mesure les Canadiens financièrement vulnérables sont-ils éloignés des seuils de faible revenu? En moyenne, les liquidités qu’ils détiennent et leurs autres sources personnelles de revenu ne couvrent que le tiers du montant nécessaire pour les tirer d’une situation de faible revenu pendant une période de deux mois sans emploi, sans qu’un membre de leur famille ne travaille, n’emprunte ou ne reçoive de transferts gouvernementaux (tableau 1)Note . Autrement dit, en l’absence de transferts gouvernementaux et d’emprunts, ces personnes n’auraient pas suffisamment de ressources pour joindre les deux bouts, ne serait-ce que pour un mois complet sans emploi. Cela est valable quelles que soient les caractéristiques des familles.

En termes absolus, les familles qui sont vulnérables financièrement nécessiteraient, en l’absence de transferts gouvernementaux, $3,489 (en dollars de 2016), en moyenne, pour les maintenir hors de la zone de faible revenu durant un arrêt de travail de deux mois (tableau 1).  En d’autres termes, il manquerait à ces familles environ $1,745 par mois, en moyenne, pour joindre les deux bouts si elles ne recevaient aucun transfert gouvernemental.

Conclusion

En l’absence de transferts gouvernementaux, les mères seules, les immigrants récents, les Autochtones vivant hors réserve et les personnes vivant dans une famille dont le principal soutien économique a peu d’instruction seraient très vulnérables financièrement pendant une période temporaire sans emploi. Pour bon nombre de ces familles, les liquidités et les sources personnelles de revenu, autres que le revenu d’emploi, ne seraient pas suffisantes pour les empêcher de se retrouver en situation de faible revenu pendant un arrêt de travail de deux mois.

Il importe donc de savoir dans quelle mesure l’ensemble actuel de transferts gouvernementaux (p. ex. prestations d’assurance-emploi, prestations fiscales pour enfants, versements du crédit pour la taxe sur les produits et services, PCU) aide les familles financièrement vulnérables à s’acquitter de leurs obligations financières et à répondre à leurs besoins essentiels. Même si certains de ces programmes, comme la PCU, peuvent s’attaquer à la vulnérabilité financière de nombreuses famillesNote , la mesure dans laquelle l’ensemble des transferts gouvernementaux réduit la vulnérabilité financière demeure inconnue et devrait faire l’objet de recherches approfondies.

Une des limites de l’étude vient du fait que certains adultes membres d’une famille qui serait financièrement vulnérable pendant une période sans emploi n’ont pas subi d’arrêt de travail depuis la mi-mars 2020. C’est le cas, par exemple, des employés des épiceries qui vivent dans une famille financièrement vulnérable. Il sera possible de déterminer les familles ayant subi un arrêt de travail (c.-à-d. dont les membres ont été mis à pied ou n’ont pas travaillé alors qu’ils occupaient encore un emploi) au cours des deux mois suivant la mi-mars 2020, quand les nouvelles données de l’Enquête sur la population active seront diffusées.


Tableau 1
Vulnérabilité financière en 2016, familles dont le revenu d'emploi est la principale source de revenu
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Vulnérabilité financière en 2016 Pourcentage de personnes vivant dans une famille financièrement vulnérable, Fonds disponibles, sur une période de 2 mois, en pourcentage des seuils de faible revenu (familles financièrement vulnérables) et Manque de fonds, sur une période de 2 mois, pour atteindre les seuils de faible revenu (familles financièrement vulnérables), calculées selon pourcentage et dollars de 2016 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pourcentage de personnes vivant dans une famille financièrement vulnérable Fonds disponibles, sur une période de 2 mois, en pourcentage des seuils de faible revenu (familles financièrement vulnérables) Manque de fonds, sur une période de 2 mois, pour atteindre les seuils de faible revenu (familles financièrement vulnérables)
pourcentage dollars de 2016
Toutes les unités familiales 26,4 33,0 3 489
Hommes seuls, non âgés 37,4 26,5 2 816
Femmes seules, non âgées 35,5 28,1 2 752
Couple marié, non âgé, sans enfants 17,9 36,9 2 913
Couple marié, non âgé, avec enfants 27,5 35,6 4 554
Mères seules 56,3 36,2 3 908
Pères seuls 28,9 34,7 3 617
Caractéristiques du soutien économique principal
Moins de 35 ans 37,3 33,4 3 224
De 35 à 64 ans 23,4 32,5 3 696
65 ans ou plus 10,4 41,0 2 778
Autochtone (vivant hors réserve) 46,9 27,9 3 438
Né au Canada (non immigrant) 23,5 32,0 3 314
Immigrant 29,4 36,8 4 003
Immigrant récent 49,7 31,3 4 134
Moins de 35 ans, sans diplôme d'études secondaires 67,2 24,3 3 860
Moins de 35 ans, diplôme d’études secondaires 45,8 27,3 3 421
Moins de 35 ans, études postsecondaires 43,6 36,4 3 197
Moins de 35 ans, grade universitaire 22,1 40,5 2 783
De 35 à 64 ans, sans diplôme d'études secondaires 45,0 23,6 3 944
De 35 à 64 ans, diplôme d’études secondaires 30,6 30,7 3 819
De 35 à 64 ans, études postsecondaires 26,0 34,1 3 608
De 35 à 64 ans, grade universitaire 13,5 37,6 3 544

Données et méthodes

L’étude porte sur les familles (et les personnes seules) dont le revenu d’emploi représente 50 % ou plus du revenu familial total avant impôt. Les actifs financiers liquides correspondent à tous les actifs détenus dans des comptes-chèques et d’épargne, des dépôts à terme, des bons du Trésor, des comptes d’épargne libres d’impôt, des actions et des obligations (dans des fonds communs de placement ou non) et des régimes enregistrés d’épargne-retraiteNote . Si la somme combinée de la valeur totale de ces actifs financiers liquides et des autres sources personnelles (hors emploi) de revenu familial, exprimée pour deux mois, est inférieure au seuil de faible revenu (SFR) avant impôt pour 2016, exprimé pour deux mois, les membres de cette famille sont considérés comme étant financièrement vulnérablesNote . Pour ces personnes, la liquidation des actifs ne peut pas les empêcher d’avoir un faible revenu pendant un arrêt de travail de deux mois.

Références

OCDE. 2020. Épargne des ménages (indicateur). Paris, Organisation de coopération et de développement économiques, doi : 10.1787 cfc6f499-fr, consulté le 20 avril 2020.

Statistique Canada. 2020. « Série d’enquêtes sur les perspectives canadiennes 1 : Répercussions de la COVID-19 sur la sécurité d’emploi et les finances personnelles, 2020 », Le Quotidien, produit no 11-001-X au catalogue de Statistique Canada, Ottawa, Statistique Canada.

Date de modification :