Rapports économiques et sociaux
Opérations internationales en valeurs mobilières dans le contexte des récents événements commerciaux entre le Canada et les États-Unis
DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202501100005-fra
Début du texte
Le bilan des investissements internationaux (BII) net du Canada fournit un cadre statistique pour évaluer le degré d’intégration financière entre le Canada et les autres pays. La valeur du BII net du Canada dépend du poids relatif de deux facteurs compensatoires : (1) les créances que les investisseurs canadiens détiennent sur des actifs financiers situés à l’extérieur du Canada, par le biais de leurs avoirs cumulés en investissements directs, en investissements de portefeuille, en réserves officielles internationales et dans d’autres investissements financiers; et (2) le passif du Canada envers les investisseurs étrangers par l’intermédiaire de leurs investissements cumulatifs dans des actifs financiers au Canada. Au cours de la dernière décennie, la valeur des actifs financiers internationaux du Canada a augmenté à un rythme plus rapide que ses passifs internationaux, principalement en raison des fluctuations du cours des actions qui ont entraîné une réévaluation à la hausse des actifs étrangers du Canada, particulièrement ceux aux États-Unis, combinés à la dépréciation du taux de change au Canada. Depuis plus d’une décennie, le Canada maintient une position d’actif net, la valeur de ses actifs financiers internationaux dépassant son passif international. Juste avant la pandémie de COVID-19, la position d’actif net du Canada s’établissait à 691 milliards de dollars, dont environ le tiers reflétait les créances nettes sur des actifs financiers étrangers aux États-Unis. Depuis, la position d’actif net du Canada a presque triplé pour atteindre 1,86 billion de dollars, et les créances nettes sur les actifs financiers américains représentent l’ensemble de la croissance cumulative de la position financière nette du Canada par rapport au reste du monde (graphique 1).
Ces positions en actifs soulignent la forte dépendance des investisseurs canadiens à l’égard des marchés d’actifs américains, car les premiers ont élargi leur empreinte mondiale. Au deuxième trimestre de 2025, 58,9 % des actifs financiers étrangers du Canada se trouvaient aux États-Unis, tandis que les investisseurs américains représentaient 52,5 % des passifs internationaux du Canada. Les investissements de portefeuille dans des titres américains — qui comprennent les sommes en actions et en parts de fonds d’investissement, les obligations et les instruments du marché monétaire — représentent actuellement environ la moitié des actifs financiers totaux que détiennent les investisseurs canadiens aux États-UnisNote . Et la croissance du bilan net du Canada dans ces actifs de portefeuille, alimentée par les solides rendements des marchés boursiers américains, est à l’origine de plus des deux tiers de l’augmentation globale de la position d’actif net du Canada avec les États-Unis depuis la fin de 2019. La position forte que les investisseurs canadiens ont adoptée sur les marchés des valeurs mobilières des États-Unis a eu une incidence marquée sur la position financière nette du Canada par rapport au reste du monde.

Tableau de données du graphique 1
| États-Unis | Tous les pays à l’exclusion des États-Unis | |
|---|---|---|
| milliards de dollars | ||
| Source : Statistique Canada, tableau 36-10-0485-01. | ||
| 2014 | ||
| T4 | -290,85 | 322,58 |
| 2015 | ||
| T1 | -242,99 | 396,33 |
| T2 | -215,29 | 394,56 |
| T3 | -84,37 | 355,11 |
| T4 | 2,23 | 445,10 |
| 2016 | ||
| T1 | -50,03 | 332,44 |
| T2 | -55,30 | 308,84 |
| T3 | -41,22 | 343,10 |
| T4 | 2,51 | 405,74 |
| 2017 | ||
| T1 | 38,06 | 478,11 |
| T2 | 58,77 | 503,03 |
| T3 | 18,35 | 547,72 |
| T4 | 109,53 | 657,10 |
| 2018 | ||
| T1 | 196,21 | 650,69 |
| T2 | 248,95 | 601,74 |
| T3 | 279,43 | 607,88 |
| T4 | 190,24 | 425,64 |
| 2019 | ||
| T1 | 164,39 | 447,97 |
| T2 | 119,86 | 442,77 |
| T3 | 180,30 | 394,86 |
| T4 | 235,18 | 455,67 |
| 2020 | ||
| T1 | 409,04 | 246,50 |
| T2 | 539,15 | 296,52 |
| T3 | 522,82 | 341,26 |
| T4 | 643,17 | 493,66 |
| 2021 | ||
| T1 | 613,07 | 538,66 |
| T2 | 703,51 | 515,21 |
| T3 | 782,15 | 476,52 |
| T4 | 842,38 | 546,73 |
| 2022 | ||
| T1 | 670,45 | 378,44 |
| T2 | 612,36 | 117,66 |
| T3 | 727,19 | 23,22 |
| T4 | 753,19 | 301,84 |
| 2023 | ||
| T1 | 956,87 | 226,83 |
| T2 | 1 009,52 | 266,25 |
| T3 | 988,89 | 248,26 |
| T4 | 1 147,86 | 275,93 |
| 2024 | ||
| T1 | 1 408,55 | 210,09 |
| T2 | 1 566,74 | 179,11 |
| T3 | 1 561,87 | 205,29 |
| T4 | 1 731,19 | 196,79 |
| 2025 | ||
| T1 | 1 582,15 | 230,72 |
| T2 | 1 637,60 | 218,07 |
Les opérations internationales du Canada en valeurs mobilières comprennent deux types fondamentaux d’opérations de placement : 1) les acquisitions nettes de titres étrangers par des investisseurs canadiens; et 2) les acquisitions nettes de titres canadiens par des investisseurs étrangersNote . Les deux ont affiché des tendances distinctes à mesure que les tensions commerciales se sont intensifiées au cours du premier semestre de 2025, les investisseurs canadiens augmentant leur exposition aux titres américains et les investisseurs étrangers réduisant leur exposition aux actifs du portefeuille canadien. Comme l’a fait remarquer Lovely (2025), [traduction] « les investisseurs canadiens ont augmenté le volume de titres américains à un rythme sans précédent », tandis que « les investisseurs étrangers se sont éloignés du Canada ». Par conséquent, les opérations internationales du Canada en titres financiers ont généré des sorties nettes importantes de fonds au cours du premier semestre de 2025. Un résumé de ces opérations de portefeuille est présenté ci-dessous, ainsi qu’un aperçu des faits récents survenus au cours des mois d’été.
Les investissements de portefeuille aux États-Unis ont augmenté à mesure que les tensions commerciales se sont intensifiées
À mesure que le conflit commercial s’est intensifié au début de 2025, les investisseurs canadiens ont accru leur exposition aux actifs de portefeuille des États-Unis. Les investisseurs canadiens ont ajouté 61,0 milliards de dollars en titres américains au premier semestre de 2025, les acquisitions nettes ayant augmenté de février à juin. Plus des trois quarts de ces acquisitions ont eu lieu en février et mars, lorsque les ménages, les entreprises et les gouvernements canadiens étaient confrontés à des niveaux élevés d’incertitude au sujet de la relation économique du Canada avec les États-Unis (graphique 2)Note . Au cours des six premiers mois de l’année, les investisseurs canadiens ont ajouté 38,1 milliards de dollars en actions et parts de fonds d’investissement des États-Unis et 22,3 milliards de dollars en obligations de sociétés et d’administrations publiques des États-Unis. À titre de comparaison, l’investissement net du Canada dans des titres étrangers non américains n’était que de 1,3 milliard de dollars, les achats d’obligations compensant le désinvestissement dans des instruments du marché monétaire et des actions.

Tableau de données du graphique 2
| Acquisitions nettes de titres canadiens par des investisseurs étrangers | Acquisitions nettes de titres américains par des investisseurs canadiens | Acquisitions nettes de titres étrangers non américains par des investisseurs canadiens | |
|---|---|---|---|
| millions de dollars | |||
| Notes : Pour chacune des catégories d’opérations mentionnées, les valeurs positives correspondent à un placement net et les valeurs négatives à un désinvestissement net, respectivement.
Source : Statistique Canada, tableau 36-10-0028-01. |
|||
| 2024 | |||
| janvier | 13 477 | -5 389 | -2 875 |
| février | -4 314 | 22 487 | 1 669 |
| mars | 14 745 | 23 348 | 12 263 |
| avril | 41 094 | 38 | 559 |
| mai | 20 772 | 3 375 | 371 |
| juin | 5 382 | 17 103 | -519 |
| juillet | 12 278 | 10 026 | -4 848 |
| août | 9 696 | 8 698 | 3 558 |
| septembre | 30 604 | 4 029 | 102 |
| octobre | 21 575 | -8 797 | 6 011 |
| novembre | 13 842 | 8 878 | 8 767 |
| décembre | 14 101 | -332 | 4 107 |
| 2025 | |||
| janvier | 8 911 | -9 139 | 6 151 |
| février | -10 534 | 32 142 | -8 291 |
| mars | -4 227 | 15 447 | 180 |
| avril | -11 274 | 7 895 | -3 590 |
| mai | -6 301 | 13 191 | -240 |
| juin | 1 054 | 1 439 | 7 107 |
| juillet | 25 364 | 18 446 | -1 800 |
| août | 23 606 | 13 419 | 5 366 |
| septembre | 31 315 | 18 313 | 3 807 |
Pendant que les investisseurs canadiens faisaient l’acquisition d’actifs de portefeuille américains, les investisseurs étrangers réduisaient leur exposition aux titres canadiens. Les acquisitions étrangères de titres canadiens ont reculé régulièrement de février à mai, ce qui a entraîné une baisse nette de 22,4 milliards de dollars au cours du premier semestre. Cela s’explique par les désinvestissements nets dans les actions et parts de fonds d’investissement canadiens (-43,6 milliards de dollars) et dans les instruments du marché monétaire (-20,8 milliards de dollars), qui ont été partiellement compensés par des achats d’obligations canadiennes (42,0 milliards de dollars). Le désinvestissement net de titres canadiens au deuxième trimestre (-16,5 milliards de dollars) a été le plus important depuis le quatrième trimestre de 2007.
Ensemble, l’acquisition de titres étrangers par des investisseurs canadiens et le désinvestissement des investisseurs étrangers dans les titres canadiens ont généré une sortie nette de fonds de l’économie canadienne totalisant 84,7 milliards de dollars au cours du premier semestre de 2025 (graphique 3). À titre de comparaison, ces opérations transfrontalières ont généré une entrée nette de 80,6 milliards de dollars en 2024.

Tableau de données du graphique 3
| Entrée nette (+) ou sortie nette (-) de fonds issus d’opérations internationales en titres | |
|---|---|
| millions de dollars | |
| Notes : Le flux net de fonds correspond à l’acquisition nette de titres canadiens par des investisseurs étrangers, moins l’acquisition nette de titres étrangers par des investisseurs canadiens. Les valeurs positives désignent les entrées et les valeurs négatives, les sorties.
Source : Statistique Canada, tableau 36-10-0028-01. |
|
| 2024 | |
| janvier | 21 741 |
| février | -28 470 |
| mars | -20 866 |
| avril | 40 497 |
| mai | 17 026 |
| juin | -11 202 |
| juillet | 7 100 |
| août | -2 560 |
| septembre | 26 473 |
| octobre | 24 361 |
| novembre | -3 803 |
| décembre | 10 326 |
| 2025 | |
| janvier | 11 899 |
| février | -34 385 |
| mars | -19 854 |
| avril | -15 579 |
| mai | -19 252 |
| juin | -7 492 |
| juillet | 8 718 |
| août | 4 821 |
| septembre | 9 195 |
Les achats étrangers de titres canadiens se redressent au cours des mois d’été
Les investisseurs canadiens ont continué d’accroître leur exposition aux actifs de portefeuille des États-Unis en juillet et en août, ajoutant 31,9 milliards de dollars en actions et parts de fonds d’investissement, en obligations d’administrations publiques et de sociétés et en instruments du marché monétaire. De plus, les investisseurs étrangers ont relancé leur demande de titres canadiens au cours des mois d’été avec des achats nets totalisant 49,0 milliards de dollars, ce qui a plus que compensé le désinvestissement cumulatif de 22,4 milliards de dollars enregistré au premier semestre. Environ les deux tiers des acquisitions nettes de titres canadiens par les investisseurs étrangers en juillet et en août étaient attribuables à l’achat d’obligations. Après avoir affiché des sorties nettes totalisant 96,6 milliards de dollars de février à juin, les opérations internationales du Canada en valeurs mobilières ont généré une entrée nette de fonds totalisant 13,5 milliards de dollars au cours des mois d’été.
La tendance observée au cours de l’été s’est poursuivie en septembre, les achats canadiens de titres américains et les investissements étrangers dans des titres canadiens augmentant. Dans un contexte où les tensions commerciales persistent et où les marchés boursiers mondiaux demeurent vigoureux, il sera intéressant de voir si les investissements de portefeuille transfrontaliers continuent sur cette voie.
Auteurs
Guy Gellatly travaille à la Division de l’analyse stratégique, des publications et de la formation de Statistique Canada. Éric Simard travaille à la Division du commerce et des comptes internationaux de Statique Canada.
Bibliographie
Lovely, W. (2025). Buy Canadian? Except where it really matters perhaps. Mark View: Economics and Strategy. vol. IX, no 72. 21 juillet 2025. Banque Nationale du Canada, Marchés financiers.
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