Rapports économiques et sociaux
Tendances récentes en matière d’immigration du Canada vers les États-Unis

Date de diffusion : le 23 juillet 2025

DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202500700006-fra

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Début du texte

Les flux migratoires au-delà des frontières internationales jouent un rôle déterminant dans le façonnement des économies nationales, la capacité d’innovation et le développement sociétal au 21e siècle. Pour les pays voisins dont l’économie est profondément intégrée comme le Canada et les États-Unis, la circulation des personnes, en particulier des travailleurs qualifiés, a des répercussions profondes. Au Canada, les préoccupations concernant l’« exode des cerveaux », soit l’émigration de Canadiens hautement instruits et qualifiés, principalement vers les États-Unis, sont un thème récurrent dans le discours public et politique canadien. L’attrait économique du marché plus vaste des États-Unis, offrant des possibilités plus vastes et souvent une rémunération plus élevée dans certains domaines, continue de compromettre la capacité du Canada à retenir les talents.

Des études antérieures ont porté sur les personnes nées au Canada et installées aux États-Unis, en s’appuyant sur les données du recensement des États-Unis de l’American Community Survey, mais ces sources offrent une couverture insuffisante des résidents canadiens nés à l’étranger et elles ne permettent pas de faire la distinction entre la résidence permanente et la résidence temporaire (Damas de Matos et Parent, 2019; Dion et Vézina, 2010; Mueller, 2006, 2013). Peu d’études ont comparé les flux annuels de migration permanente entre le Canada et les États-Unis. Les données historiques montrent que le Canada a généralement enregistré des sorties nettes vers les États-Unis (U.S. Bureau of the Census, 1990), perdant des travailleurs qualifiés dans des domaines critiques au cours des années 1990 (Zhao, Drew et Murray, 2000). De plus, l’absence de données fiables sur les travailleurs temporaires canadiens aux États-Unis demeure un obstacle majeur à la compréhension de la véritable portée de la mobilité des travailleurs qualifiés entre les deux pays, puisque les Canadiens qui résident aux États-Unis sont probablement plus nombreux à le faire en tant que titulaires d’un visa temporaire que comme résidents permanents (Bérard-Chagnon et Canon, 2022; Dion et Vézina, 2010).

La présente étude compare d’abord les tendances des flux annuels de migration permanente entre le Canada et les États-Unis depuis les années 1990Note . Cette comparaison fournit un contexte important pour comprendre l’échange net de migrants permanents (ressortissants nés à l’étranger qui se sont vu accorder le droit de vivre et de travailler dans le pays d’accueil de façon permanente). Les flux de migration permanente sont mesurés selon le pays de naissance et le pays de dernière résidence. La différence entre ces deux indicateurs reflète, dans une certaine mesure, la migration de deuxième étape, au cours de laquelle les personnes nées à l’étranger s’établissent initialement dans un pays (p. ex. le Canada), puis migrent vers un autre pays (p. ex. les États-Unis).

Toutefois, les statistiques sur la migration permanente ne rendent pas pleinement compte du mouvement de personnes en vertu d’un visa de travail temporaire, qui représente l’une des voies principales permettant aux professionnels qualifiés d’entrer et de séjourner aux États-Unis. Par conséquent, cette étude va plus loin en examinant les tendances récentes des flux de migration temporaire du Canada vers les États-Unis. Elle repose plus précisément sur les données sur les citoyens canadiens qui présentent une demande d’accréditation professionnelle permanente aux États-Unis, une étape clé du processus pour les personnes qui cherchent à obtenir la résidence permanente parrainée par l’employeur (carte verte). Cet ensemble de données unique offre des renseignements précieux sur les caractéristiques des Canadiens qui recherchent activement des possibilités de carrière à long terme avant d’être admissibles à la résidence permanente aux États-Unis. Il permet également de différencier les citoyens canadiens nés au Canada des citoyens canadiens nés à l’étranger, fournissant ainsi des renseignements sur les caractéristiques des anciens immigrants au Canada qui s’établissent aux États-Unis.

La section suivante propose une comparaison des tendances des flux totaux de migration permanente entre les deux pays, suivie d’une analyse des tendances et des modèles des travailleurs temporaires canadiens à la recherche d’un emploi à long terme aux États-Unis. Cette étude n’a pas permis de comparer directement les flux de travailleurs temporaires entre les deux pays en raison du manque de données comparables.

Migration permanente du Canada vers les États-Unis

Le graphique 1 montre les tendances du nombre annuel de résidents permanents quittant le Canada pour s’établir aux États-Unis, et vice versa. Les données sur les immigrants canadiens aux États-Unis sont tirées de diverses éditions du Yearbook of Immigration Statistics publié par l’Office of Homeland Security Statistics des États-Unis (s.d.a), tandis que les données sur les immigrants américains au Canada proviennent de la Base de données longitudinales sur l’immigration (Statistique Canada, 2024).

Le nombre annuel de personnes nées au Canada à qui la résidence permanente aux États-Unis a été accordée a fluctué considérablement au cours de la période à l’étude, particulièrement au début des années 2000. Ces variations sont liées en grande partie aux problèmes et aux arriérés de traitement qui ont touché l’ensemble des admissions aux États-Unis (Batalova, 2006).

Malgré ces fluctuations à court terme, on constate une diminution évidente de la migration permanente du Canada vers les États-Unis depuis la fin des années 2000. Par exemple, le nombre moyen de personnes nées au Canada ayant obtenu la résidence permanente aux États-Unis est passé de 15 600 à la fin des années 2000 à 10 900 à la fin des années 2010, ce qui représente une baisse de 30 %. Les niveaux de 2022 et 2023 sont demeurés essentiellement inchangés par rapport à 2019, l’année précédant la pandémie de COVID-19.

Graphique 1 début

Graphique 1 Flux d’immigration permanente entre les États-Unis et le Canada

Tableau de données du graphique 1
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Année d’obtention de la résidence permanente (titres de rangée) et Personnes nées au Canada vers les États-Unis, Résidents du Canada vers les États-Unis, Personnes nées aux États-Unis vers le Canada et Résidents des États-Unis vers le Canada, calculées selon nombre unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année d’obtention de la résidence permanente Personnes nées au Canada vers les États-Unis Résidents du Canada vers les États-Unis Personnes nées aux États-Unis vers le Canada Résidents des États-Unis vers le Canada
nombre
Sources : Office of Homeland Security Statistics des États-Unis, Yearbook of Immigration Statistics; et Statistique Canada, Base de données longitudinales sur l’immigration.
1991 13 504 20 270 5 275 6 619
1992 15 205 21 202 5 939 7 606
1993 17 156 23 898 6 416 7 989
1994 16 068 22 243 5 118 6 221
1995 12 932 18 117 4 287 5 152
1996 15 825 21 751 5 018 5 806
1997 11 609 15 788 4 369 4 980
1998 10 130 14 295 4 140 4 744
1999 8 782 12 948 4 886 5 494
2000 16 057 21 289 5 118 5 793
2001 21 752 29 991 5 255 5 871
2002 19 352 27 142 4 595 5 255
2003 11 350 16 447 5 143 5 977
2004 15 569 22 439 6 471 7 390
2005 21 878 29 930 7 868 9 160
2006 18 207 23 913 8 886 10 916
2007 15 495 20 324 8 746 10 562
2008 15 109 22 366 9 340 11 202
2009 16 140 22 508 8 147 9 666
2010 13 328 19 491 7 582 9 051
2011 12 800 19 506 7 069 8 696
2012 12 932 20 138 7 288 7 762
2013 13 181 20 489 7 543 6 864
2014 11 590 17 670 7 536 6 421
2015 12 670 19 310 6 794 4 586
2016 12 790 19 350 7 542 4 414
2017 11 480 18 470 7 952 4 802
2018 9 900 14 340 9 748 9 787
2019 11 390 14 720 9 857 12 646
2020 9 530 11 300 5 804 5 884
2021 9 980 12 050 10 973 4 531
2022 11 320 13 920 9 631 9 908
2023 11 870 18 590 9 677 6 586

Graphique 1 fin

Le nombre de résidents permanents des États-Unis dont le dernier pays de résidence était le Canada a suivi une tendance comparable à celle des personnes nées au Canada qui sont des résidents permanents aux États-Unis, même si le premier groupe était environ 40 % plus grand. Autrement dit, environ 30 % des résidents permanents qui migrent du Canada vers les États-Unis n’étaient pas nés au Canada. Étant donné que les personnes nées à l’étranger représentaient de 16 % (Recensement de 1991) à 26 % (Recensement de 2021) de la population canadienne, cela donne à penser que les résidents étrangers du Canada étaient plus susceptibles que les personnes nées au Canada de devenir des résidents permanents des États-Unis. Cette situation pourrait être attribuable à la migration de deuxième étape, selon laquelle des personnes nées à l’étranger migrent vers le Canada, puis se réinstallent aux États-Unis.

Par exemple, selon les estimations de la population canadienne tirées du Recensement de 2016Note  et le nombre de résidents permanents ayant déménagé aux États-Unis au cours de cette année-là, le taux d’émigration vers les États-Unis était de 4,8 pour 10 000 habitants nés au Canada, comparativement à 8,2 pour 10 000 habitants pour la population née à l’étranger.

En comparaison, le nombre de résidents permanents des États-Unis ayant déménagé au Canada était généralement plus faible. En ce qui concerne la population née aux États-Unis, le taux d’émigration vers le Canada était d’environ 2,7 pour 100 000 habitants, soit environ 6 % du taux d’émigration de la population née au Canada vers les États-Unis. Entre le début des années 1990 et le milieu des années 2010, le nombre d’immigrants nés aux États-Unis au Canada représentait le tiers à la moitié environ du nombre d’immigrants nés au Canada aux États-Unis. Par conséquent, le Canada a subi une perte nette dans l’échange de résidents permanents.

Toutefois, ce nombre est en hausse depuis 2017 et, au cours de certaines années après 2017, il était équivalent au nombre de résidents permanents en provenance du Canada qui déménageaient aux États-Unis, ou le dépassait légèrement. Cette tendance a été perturbée par la pandémie de COVID-19, qui a réduit considérablement les entrées en provenance des États-Unis en 2020 et 2021. À compter de 2018, les flux entre les deux pays se sont en grande partie équilibrés.

Contrairement à la tendance observée pour la migration du Canada vers les États-Unis, le nombre de résidents permanents qui ont déménagé au Canada et qui ont résidé pour la dernière fois aux États-Unis n’a été que légèrement supérieur au nombre d’immigrants nés aux États-Unis qui ont déménagé au Canada entre 1991 et 2012. Toutefois, depuis 2013, cette relation s’est inversée la plupart des années. Ce changement est en grande partie attribuable au fait que de nombreuses personnes nées aux États-Unis vivaient au Canada en tant que résidents temporaires avant de devenir des résidents permanents et ont donc déclaré le Canada, et non les États-Unis, comme leur dernier pays de résidence (Hou et Stick, 2025). Par conséquent, le nombre d’immigrants résidant aux États-Unis qui déménagent au Canada n’est pas directement comparable au nombre d’immigrants résidant au Canada qui déménagent aux États-Unis.

Travailleurs canadiens demandant la résidence permanente aux États-Unis

Aux États-Unis, la majorité des immigrants qui demandent la résidence permanente en fonction de l’emploi doivent obtenir une accréditation professionnelle par l’intermédiaire du système Program Electronic Review Management (PERM) (Office of Homeland Security Statistics des États-Unis, s.d.b). Ce processus comprend la mise à l’essai du marché du travail, la protection salariale et une surveillance par le gouvernement pour veiller à ce que l’embauche de travailleurs étrangers ne défavorise pas les travailleurs américains (Rissing et Castilla, 2014)Note . Bien qu’il soit comparable au Programme des travailleurs étrangers temporaires (PTET) du Canada, le système PERM est spécifiquement conçu pour l’immigration permanente, tandis que le PTET est principalement conçu pour les emplois temporaires, avec certaines voies d’accès à la résidence permanente.

Comme le montre le tableau 1, le nombre de citoyens canadiens qui ont cherché à obtenir un emploi permanent aux États-Unis a diminué de 26 % au cours de la période de 2015Note  à 2024, ce qui rend compte d’une baisse plus générale du flux global de résidents permanents canadiens. Cette diminution était plus prononcée chez les citoyens canadiens nés au Canada (-36 %) que chez les citoyens canadiens nés à l’étranger (-17 %). En 2024, les citoyens canadiens nés à l’étranger représentaient 60 % de tous les demandeurs canadiens d’une accréditation professionnelle, en hausse par rapport à 54 % une décennie plus tôt.

Alors que les travailleurs canadiens ayant présenté une demande d’emploi permanent étaient généralement très instruits, leur niveau de scolarité a diminué au cours de la période visée par l’étude, la proportion de personnes titulaires d’une maîtrise ou d’un doctorat étant passée de 41 % à 31 %. Les citoyens canadiens nés au Canada étaient plus susceptibles de posséder un doctorat, tandis que les citoyens canadiens nés à l’étranger étaient plus susceptibles de posséder une maîtrise. Néanmoins, au sein des deux groupes, le niveau de scolarité a diminué au fil du temps.

En 2015 et 2024, environ 46 % des travailleurs canadiens ayant présenté une demande d’emploi permanent étaient concentrés dans des emplois en informatique et en mathématiques, ou dans des emplois en architecture et en génie. La proportion de personnes travaillant dans ces professions était plus élevée chez les citoyens canadiens nés à l’étranger (52 % en 2024) que chez les citoyens canadiens nés au Canada (36 %). Toutefois, ce dernier groupe était plus susceptible d’occuper des postes de gestion.

Le niveau élevé de compétences de ces travailleurs se reflétait également dans les salaires offerts par leurs employeurs parrains. Le salaire médian offert a légèrement fléchi de 2015 à 2024, passant de 144 000 $ (en dollars américains constants de 2024) à 137 000 $. Les offres salariales étaient comparables entre les citoyens canadiens nés au Canada et les citoyens canadiens nés à l’étranger.

Tableau 1
Caractéristiques des citoyens canadiens présentant une demande d’accréditation professionnelle aux États-Unis, selon le pays de naissance, 2015 et 2024 Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Caractéristiques des citoyens canadiens présentant une demande d’accréditation professionnelle aux États-Unis, selon le pays de naissance, 2015 et 2024 Tous, Citoyens canadiens nés au Canada, Citoyens canadiens nés à l’étranger, 2015, 2024, 2015, 2024, 2015 et 2024, calculées selon nombre, , pourcentage, et dollars américains de 2024 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Tous Citoyens canadiens nés au Canada Citoyens canadiens nés à l’étranger
2015 2024 2015 2024 2015 2024
nombre
Notes : La somme du pourcentage des catégories de scolarité peut ne pas correspondre à 100 % en raison de données manquantes. Les revenus médians sont arrondis au millier de dollars près.
Source : U.S. Department of Labor, Performance Data.
Nombre total de demandes 3 309 2 459 1 535 988 1 774 1 471
  pourcentage
Scolarité  
Diplôme de niveau inférieur au baccalauréat 18,4 23,7 23,5 29,4 13,9 20,0
Baccalauréat 40,0 45,8 42,0 45,0 38,3 46,2
Maîtrise 28,3 22,6 20,7 15,9 34,9 27,1
Doctorat 12,9 7,9 13,8 9,7 12,1 6,7
Professions  
Gestion 18,1 14,0 25,0 18,8 12,2 10,8
Opérations commerciales et financières 7,3 13,2 8,2 14,0 6,5 12,6
Informatique et mathématiques 31,4 33,1 24,2 25,8 37,6 37,9
Architecture et génie 15,1 12,6 8,8 10,1 20,5 14,3
Professionnels et techniciens de la santé 6,9 6,3 6,3 6,3 7,5 6,4
Autres professions 21,2 20,8 27,6 25,0 15,7 17,9
  dollars américains de 2024
Salaires médians offerts 144 000 137 000 146 000 135 000 142 000 138 000

Résumé

Au cours des dernières décennies, on a observé une baisse marquée de la migration permanente du Canada vers les États-Unis. Le nombre moyen de personnes nées au Canada à qui la résidence permanente a été accordée aux États-Unis a diminué de 30 % de la fin des années 2000 à la fin des années 2010. En revanche, le nombre d’immigrants nés aux États-Unis au Canada a augmenté. Dans l’ensemble, le Canada a subi une perte nette dans l’échange de résidents permanents du début des années 1990 au milieu des années 2010. Toutefois, depuis 2018, la différence dans les flux de résidents permanents entre les deux pays est devenue relativement faible.

Les données des demandes d’accréditation professionnelle aux États-Unis révèlent que les travailleurs temporaires canadiens à la recherche d’un emploi permanent aux États-Unis étaient très instruits et concentrés dans des professions en informatique, en mathématiques, en architecture et en génie, bien que le niveau de scolarité global de ces demandeurs ait diminué au fil du temps. En 2024, les citoyens canadiens nés à l’étranger représentaient 60 % de tous les citoyens canadiens qui présentaient une demande d’accréditation professionnelle aux États-Unis, et les offres de salaire médian pour ces postes étaient demeurées élevées, mais légèrement inférieures à celles d’une décennie plus tôt.

Le mouvement migratoire continu de Canadiens hautement qualifiés — qu’ils soient nés au Canada ou à l’étranger — vers le marché du travail américain a d’importantes conséquences pour les deux pays. Au Canada, il met en relief les difficultés liées au maintien en poste des immigrants qualifiés. Aux États-Unis, l’afflux de travailleurs canadiens hautement qualifiés continue de stimuler des secteurs clés, mais la baisse globale de l’immigration canadienne semble indiquer un resserrement de la concurrence pour les talents mondiaux.

Remerciements

Les auteurs tiennent à remercier Marc Frenette de ses conseils et ses commentaires relatifs à une version antérieure de cette étude.

Auteurs

Feng Hou travaille à la Division de l’analyse et de la modélisation économiques et sociales, Direction des études analytiques et de la modélisation, à Statistique Canada. Milly Yang travaille au département de sociologie de l’Université Yale, aux États-Unis. Yao Lu travaille au département de sociologie de l’Université Columbia, aux États-Unis.

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