Rapports économiques et sociaux
Croissance du coût unitaire de main-d’œuvre, inflation et croissance de la productivité au Canada et aux États-Unis

Date de diffusion : le 23 avril 2025

DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202500400004-fra

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Résumé

Le coût unitaire de main-d’œuvre est souvent utilisé comme mesure générale de la compétitivité des prix à l’échelle internationale. Il s’écarte du taux d’inflation lorsque le taux de rémunération réel et la productivité du travail affichent des rythmes de croissance différents. Depuis la pandémie de COVID-19, le Canada a connu une accélération de la croissance du coût unitaire de main-d’œuvre ainsi qu’un écart important à la hausse par rapport au taux d’inflation, ce qui n’a pas été le cas pour les États-Unis. Dans le présent article, l’auteur décompose la croissance du coût unitaire de main-d’œuvre dans le secteur canadien des entreprises selon ses sources et constate que la croissance négative de la productivité du travail au Canada depuis la pandémie a été le principal moteur de la croissance accélérée du coût unitaire de main-d’œuvre. Par ailleurs, l’écart important et grandissant au chapitre de la croissance du coût unitaire de main-d’œuvre observé entre le Canada et les États-Unis depuis la pandémie est entièrement attribuable à l’écart de croissance de la productivité du travail entre les deux pays.

Mots-clés : coût unitaire de main-d’œuvre, productivité du travail, Indice des prix à la consommation, inflation.

Auteur

Weimin Wang travaille à la Division de l’analyse économique de la Direction des études analytiques et de la modélisation, à Statistique Canada.

Remerciements

L’auteur tient à remercier Wulong Gu, Matthew MacDonald, Clément Yélou et Mustapha Kaci de Statistique Canada pour leurs précieux commentaires et suggestions.

Introduction

Le coût unitaire de main-d’œuvre (CUM) sert à mesurer le coût moyen nominal de la main-d’œuvre par unité de production réelleNote . Au Canada, la croissance du CUM s’est accélérée, notamment depuis le début de la pandémie de COVID-19 au début de 2020 (graphique 1). Le taux de croissance annuel du CUM est passé de 2,4 %Note  par année pour la période allant du premier trimestre de 1981 au premier trimestre de 2020 à 5,3 % par année pour la période du premier trimestre de 2020 au deuxième trimestre de 2024.

L’augmentation rapide du CUM, surtout pendant une période de forte inflation, a attiré l’attention des décideurs et des analystes. La théorie économique laisse entendre que la hausse des coûts de la main-d’œuvre peut faire augmenter l’inflation, à moins qu’elle ne soit compensée par une augmentation de la croissance de la productivité ou une réduction des marges bénéficiaires.

Les recherches sur la relation de causalité entre le coût de la main-d’œuvre et l’inflation des prix sont vastes, mais non concluantes, comme le résument Bobeica, Ciccarelli et Vansteenkiste (2019). Des études comme celles de Brauer (1997) et Rissman (1995) prouvent l’existence d’un lien de causalité entre les coûts de la main-d’œuvre et l’inflation, tandis que d’autres études, comme celles de Hu et Toussaint-Comeau (2010), Emery et Chang (1996), Mehra (1991), Huh et Trehan (1995) et Sbordone (2002), indiquent le contraire. Certaines études, comme celles de Hess et Schweitzer (2000), Gordon (1988) et Darrat (1994), ne trouvent aucun lien de causalité ou signalent une causalité bidirectionnelle, comme l’a fait remarquer Mehra (1993). Brauer (1997) souligne que ces résultats varient selon la période d’échantillonnage, la question de recherche et les mesures particulières du coût de la main-d’œuvre et du prix utilisées.

Malgré le soutien empirique limité pour l’inflation par les coûts, les tendances du coût de la main-d’œuvre demeurent étroitement surveillées, particulièrement pendant les périodes d’inflation. Dans le présent article, l’auteur examine les sources de la croissance du CUM au Canada et évalue la mesure dans laquelle la croissance du CUM s’écarte de l’inflation au cours de la période allant du premier trimestre de 1981 au deuxième trimestre de 2024. Des écarts importants peuvent indiquer une pression de l’offre sur l’inflation, à la hausse ou à la baisse, bien que l’incidence réelle dépende également de facteurs liés à la demande.

Le CUM est souvent utilisé pour comparer la compétitivité des prix entre les pays. Pour le Canada, la comparaison avec les États-Unis est particulièrement pertinente, étant donné que les États-Unis sont le principal partenaire commercial du Canada et une source importante d’investissements étrangers. Comme le montre le graphique 2, la valeur du CUM a augmenté plus rapidement au Canada qu’aux États-Unis depuis 2020, ce qui donne à penser que le Canada est devenu moins concurrentiel en matière de prix par rapport aux États-Unis. La présente étude porte sur les sources de l’écart de croissance du CUM entre le Canada et les États-Unis et les facteurs qui contribuent à son élargissement.

Graphique 1: Coût unitaire de main-d’œuvre, Canada, premier trimestre de 1981 au deuxième trimestre de 2024

Tableau de données du graphique 1
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1 Canada, calculées selon Coût unitaire de main-d’œuvre unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Canada
Coût unitaire de main-d’œuvre
Source : Statistique Canada, tableau 36-10-0206.
1981  
T1  42,3
T2 43,6
T3  45,0
T4  46,6
1982  
T1  48,0
T2 48,8
T3  48,5
T4  49,4
1983  
T1  49,0
T2 49,1
T3  49,7
T4  49,6
1984  
T1  49,2
T2 49,2
T3  50,3
T4  50,5
1985  
T1  50,6
T2 51,7
T3  52,0
T4  51,9
1986  
T1  52,8
T2 53,1
T3  53,6
T4  55,5
1987  
T1  55,3
T2 55,9
T3  56,1
T4  56,9
1988  
T1  57,7
T2 58,6
T3  59,8
T4  60,8
1989  
T1  61,2
T2 61,9
T3  62,8
T4  63,9
1990  
T1  64,1
T2 65,1
T3  66,2
T4  67,5
1991  
T1  69,1
T2 69,2
T3  69,9
T4  70,0
1992  
T1  70,1
T2 70,5
T3  70,1
T4  70,1
1993  
T1  70,4
T2 69,6
T3  69,0
T4  68,9
1994  
T1  68,1
T2 68,2
T3  68,2
T4  68,2
1995  
T1  67,9
T2 68,4
T3  69,3
T4  69,4
1996  
T1  70,1
T2 70,1
T3  70,5
T4  71,1
1997  
T1  70,8
T2 71,6
T3  72,2
T4  71,9
1998  
T1  71,8
T2 72,9
T3  73,0
T4  73,2
1999  
T1  71,7
T2 72,4
T3  72,4
T4  72,6
2000  
T1  73,1
T2 73,5
T3  74,1
T4  75,2
2001  
T1  75,0
T2 75,3
T3  75,7
T4  75,3
2002  
T1  74,8
T2 75,2
T3  75,3
T4  76,0
2003  
T1  76,2
T2 76,7
T3  76,7
T4  77,4
2004  
T1  78,3
T2 78,8
T3  79,0
T4  79,0
2005  
T1  79,6
T2 80,3
T3  80,9
T4  81,5
2006  
T1  81,8
T2 83,0
T3  84,0
T4  85,1
2007  
T1  86,1
T2 86,5
T3  87,4
T4  88,3
2008  
T1  89,9
T2 90,6
T3  90,1
T4  91,1
2009  
T1  92,1
T2 92,2
T3  91,6
T4  91,0
2010  
T1  90,7
T2 91,3
T3  92,0
T4  92,2
2011  
T1  93,4
T2 93,8
T3  92,7
T4  93,2
2012  
T1  94,5
T2 95,8
T3  97,1
T4  97,7
2013  
T1  97,3
T2 97,5
T3  97,5
T4  97,4
2014  
T1  97,9
T2 98,1
T3  98,3
T4  98,0
2015  
T1  100,1
T2 101,1
T3  100,9
T4  101,0
2016  
T1  99,0
T2 100,0
T3  98,8
T4  99,0
2017  
T1  98,7
T2 98,3
T3  100,8
T4  102,2
2018  
T1  102,6
T2 102,1
T3  102,5
T4  103,7
2019  
T1  104,4
T2 104,5
T3  105,5
T4  106,4
2020  
T1  106,6
T2 110,4
T3  108,8
T4  110,0
2021  
T1  110,0
T2 113,6
T3  116,2
T4  117,2
2022  
T1  120,2
T2 122,6
T3  123,7
T4  125,5
2023  
T1  127,1
T2 129,1
T3  130,7
T4  130,9
2024  
T1  132,6
T2 133,6

Graphique 2: Mouvements des coûts unitaires de main-d’œuvre, Canada et États-Unis

Tableau de données du graphique 2
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2 Canada et États-Unis, calculées selon T1 2020 = 100 unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Canada États-Unis
T1 2020 = 100
Sources : Compilation de l’auteur fondée sur les données du Bureau de la statistique du travail des États-Unis sur la productivité et les coûts des principaux secteurs; Statistique Canada, tableau 36-10-0206.
2020  
T1  100,0 100,0
T2 103,6 101,0
T3  102,1 98,0
T4  103,2 101,2
2021  
T1  103,2 100,7
T2 106,6 102,3
T3  109,0 104,3
T4  110,0 105,2
2022  
T1  112,8 107,4
T2 115,1 108,7
T3  116,1 110,5
T4  117,8 110,0
2023  
T1  119,3 111,8
T2 121,1 112,5
T3  122,6 112,5
T4  122,8 111,8
2024  
T1  124,4 112,8
T2 125,4 113,0

La croissance du coût unitaire de main-d’œuvre entraîne-t-elle une hausse de l’inflation au Canada?

Pour répondre à la question, l’auteur examine le lien entre le CUM et l’inflation. Par définition, le CUM peut être exprimé en ratio de la rémunération nominale du travail à la production réelle :

 
CUM=   rémunération nominale du travail produit intérieur brut réel = rémunération horaire nominale productivité du travail = rémunération horaire réelle (w r ) productivité du travail ×indice des prix à la consommation MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGceaqabeaacaqGdb Gaaeyvaiaab2eacaWLa8Uaeyypa0ZaaSaaaeaacaqGGaaeaaaaaaaa a8qacaqGGaWdaiaabkhapeGaaey6a8aacaqGTbGaaeyDaiaab6gape Gaaey6a8aacaqGYbGaaeyyaiaabshacaqGPbGaae4Baiaab6gapeGa aeiia8aacaqGUbGaae4Baiaab2gacaqGPbGaaeOBaiaabggacaqGSb GaaeyzaiaabccacaqGKbGaaeyDaiaabccacaqG0bGaaeOCaiaabgga caqG2bGaaeyyaiaabMgacaqGSbaabaGaaeiCaiaabkhacaqGVbGaae izaiaabwhacaqGPbGaaeiDaiaabccacaqGPbGaaeOBaiaabshapeGa aey6a8aacaqGYbGaaeyAaiaabwgacaqG1bGaaeOCaiaabccacaqGIb GaaeOCaiaabwhacaqG0bGaaeiiaiaabkhapeGaaey6a8aacaqGLbGa aeiBaaaacqGH9aqpdaWcaaqaaiaabkhapeGaaey6a8aacaqGTbGaae yDaiaab6gapeGaaey6a8aacaqGYbGaaeyyaiaabshacaqGPbGaae4B aiaab6gacaqGGaGaaeiAaiaab+gacaqGYbGaaeyyaiaabMgacaqGYb GaaeyzaiaabccacaqGUbGaae4Baiaab2gacaqGPbGaaeOBaiaabgga caqGSbGaaeyzaaqaaiaabchacaqGYbGaae4BaiaabsgacaqG1bGaae 4yaiaabshacaqGPbGaaeODaiaabMgacaqG0bWdbiaabMoapaGaaeii aiaabsgacaqG1bGaaeiiaiaabshacaqGYbGaaeyyaiaabAhacaqGHb GaaeyAaiaabYgaaaaabaGaaCjaVlabg2da9maalaaabaGaaeOCa8qa caqGPdWdaiaab2gacaqG1bGaaeOBa8qacaqGPdWdaiaabkhacaqGHb GaaeiDaiaabMgacaqGVbGaaeOBaiaabccacaqGObGaae4Baiaabkha caqGHbGaaeyAaiaabkhacaqGLbGaaeiiaiaabkhapeGaaey6a8aaca qGLbGaaeiBaiaabYgacaqGLbGaaeiiaiaabIcacaqG3bWaaWbaaSqa beaacaqGYbaaaOGaaiykaaqaaiaabchacaqGYbGaae4Baiaabsgaca qG1bGaae4yaiaabshacaqGPbGaaeODaiaabMgacaqG0bWdbiaabMoa paGaaeiiaiaabsgacaqG1bGaaeiiaiaabshacaqGYbGaaeyyaiaabA hacaqGHbGaaeyAaiaabYgaaaGaey41aqRaaeyAaiaab6gacaqGKbGa aeyAaiaabogacaqGLbGaaeiiaiaabsgacaqGLbGaae4Caiaabccaca qGWbGaaeOCaiaabMgacaqG4bGaaeiia8qacaqGGdWdaiaabccacaqG SbGaaeyyaiaabccacaqGJbGaae4Baiaab6gacaqGZbGaae4Baiaab2 gacaqGTbGaaeyyaiaabshacaqGPbGaae4Baiaab6gaaaaa@FDA7@
(1) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaaiikaiaaig dacaGGPaaaaa@380A@
 

où la rémunération horaire réelle ( w r MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaae4DamaaCa aaleqabaGaaeOCaaaaaaa@3813@ ) est calculée en déflatant la rémunération nominale du travail au moyen de l’Indice des prix à la consommation (IPC), reflétant ainsi le pouvoir d’achat du revenu du travail. La formule (1) laisse entendre que lorsque le pouvoir d’achat du revenu du travail augmente au même rythme que la productivité du travail (PT), le CUM et l’IPC sont essentiellement les mêmes. L’écart entre la croissance du CUM et l’inflation des prix peut donc être exprimé comme suit :

 
ΔlnCUMΔlnIPC=Δln( w r )Δln( PT ) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaeuiLdqKaci iBaiaac6gacaqGdbGaaeyvaiaab2eacaWLa8UaeyOeI0IaeuiLdqKa ciiBaiaac6gacaqGjbGaaeiuaiaaboeacaWLa8Uaeyypa0JaeuiLdq KaciiBaiaac6gadaqadaqaaiaabEhadaahaaWcbeqaaiaabkhaaaaa kiaawIcacaGLPaaacqGHsislcqqHuoarciGGSbGaaiOBamaabmaaba GaaeiuaiaabsfaaiaawIcacaGLPaaaaaa@54C3@
(2) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaaiikaiaaik dacaGGPaaaaa@380B@
 

Selon ce cadre de comptabilité de la croissance, un taux de croissance de la rémunération réelle supérieur à la croissance de la productivité du travail indique que la croissance du CUM dépasserait l’inflation des prix, et vice versa. Le côté droit du cadre (2) représente l’incidence potentielle sur la demande finale du point de vue de la production. La croissance plus rapide du taux de rémunération horaire réel comparativement à la productivité du travail signifie que le taux de croissance des biens et de services qui peuvent être achetés avec le revenu gagné pendant une heure de travail est plus rapide que celui des biens et des services qui peuvent être produits pendant une heure de travail. Cela crée une demande excédentaire de biens et de services, ce qui exerce une pression à la hausse sur l’inflation des prix à la consommation jusqu’à ce que l’excédent de la demande soit compensé par une réduction de la demande d’investissement, une baisse des exportations ou une augmentation des importations à des prix plus bas. Par conséquent, une divergence entre la croissance du CUM et l’inflation des prix indique une pression possible à la hausse ou à la baisse sur l’inflation du côté de l’offreNote .

La section A du tableau 1 montre les taux de croissance annuels du CUM, de l’IPC, de la rémunération horaire réelle et de la productivité du travail dans le secteur des entreprises au Canada du premier trimestre de 1981 au deuxième trimestre de 2024, divisés en une période prépandémie et une période postpandémie. Plus précisément, l’échantillon complet est divisé en cinq sous-périodes : avant 2000 (du premier trimestre de 1981 au premier trimestre de 2000), la première décennie après 2000 (du premier trimestre de 2000 au premier trimestre de 2010) et la deuxième décennie après 2000 (du premier trimestre de 2010 au premier trimestre de 2020), la période du début de la pandémie (du premier trimestre de 2020 au premier trimestre de 2022) et la période de pandémie ultérieure (du premier trimestre de 2022 au deuxième trimestre de 2024).

Tableau 1
Croissance annuelle du coût unitaire de main-d’œuvre et de ses composantes dans le secteur des entreprises, Canada et États-Unis Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Croissance annuelle du coût unitaire de main-d’œuvre et de ses composantes dans le secteur des entreprises, Canada et États-Unis Avant la pandémie, Depuis la pandémie, Premier trimestre de 1981 au premier trimestre de 2000, Premier trimestre de 2000 au premier trimestre de 2010, Premier trimestre de 2010 au premier trimestre de 2020, Premier trimestre de 2020 au premier trimestre de 2022 et Premier trimestre de 2022 au deuxième trimestre de 2024, calculées selon pourcentage et points de pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  Avant la pandémie Depuis la pandémie
Premier trimestre de 1981 au premier trimestre de 2000 Premier trimestre de 2000 au premier trimestre de 2010 Premier trimestre de 2010 au premier trimestre de 2020 Premier trimestre de 2020 au premier trimestre de 2022 Premier trimestre de 2022 au deuxième trimestre de 2024
pourcentage
Notes : CUM = coût unitaire de main-d’œuvre; IPC = Indice des prix à la consommation.
Sources : Calculs de l’auteur fondés sur les renseignements tirés des tableaux 36-10-0206 et 18-10-0004 de Statistique Canada et du compte de la productivité du travail du Bureau de la statistique du travail des États-Unis.
Section A : Canada  
Croissance logarithmique du CUM 2,9 2,2 1,6 6,0 4,7
Croissance logarithmique de l’IPC 3,6 2,0 1,7 3,5 4,1
Croissance logarithmique de la rémunération horaire réelle 0,8 1,1 1,3 0,9 -0,7
Croissance logarithmique de la productivité du travail 1,5 0,9 1,4 -1,5 -1,3
Section B : États-Unis  
Croissance logarithmique du CUM 2,6 0,5 1,7 3,6 2,3
Croissance logarithmique de l’IPC 3,2 2,5 1,8 4,9 4,2
Croissance logarithmique de la rémunération horaire réelle 1,3 0,8 1,0 0,8 -0,6
Croissance logarithmique de la productivité du travail 1,9 2,8 1,1 2,1 1,4
  points de pourcentage
Section C : Écart de croissance entre le Canada et les États-Unis  
Croissance logarithmique du CUM 0,3 1,7 -0,1 2,5 2,5
Croissance logarithmique de l’IPC 0,4 -0,4 -0,1 -1,4 -0,1
Croissance logarithmique de la rémunération horaire réelle -0,5 0,3 0,3 0,2 -0,1
Croissance logarithmique de la productivité du travail 0,4 1,8 -0,3 3,7 2,7

Comme on peut le voir, le CUM au Canada a augmenté à un taux annuel de 2,9 % du premier trimestre de 1981 au premier trimestre de 2000, ce qui est nettement inférieur au taux annuel d’inflation des prix (3,6 %) enregistré au cours de la même période. Cela s’explique principalement par la solide croissance de la productivité du travail du Canada (1,5 % par année), qui a dépassé la croissance de la rémunération horaire réelle (0,8 % par année). Au cours des deux décennies qui ont suivi l’an 2000, la croissance du CUM et l’inflation des prix ont été étroitement harmonisées, la rémunération horaire réelle et la productivité du travail ayant augmenté à un rythme semblable au cours de la période. Toutefois, cette tendance a changé radicalement après le début de la pandémie de COVID-19. Au cours des deux années marquées par des politiques de confinement pandémique (du premier trimestre de 2020 au premier trimestre de 2022), la croissance du CUM s’est accélérée pour atteindre 6,0 % par année, soit 2,5 points de pourcentage de plus que le taux annuel d’inflation des prix au cours de la même période. Cette hausse s’explique entièrement par une baisse substantielle de la productivité du travail. Malgré l’augmentation de la rémunération réelle proche de sa moyenne à long terme, la baisse de la productivité du travail (-1,5 % par année) a entraîné une croissance élevée du CUM, exerçant ainsi une pression du côté de l’offre sur l’inflation. Au cours de la dernière période de pandémie, l’inflation annuelle de l’IPC a augmenté pour se situer à 4,1 % (en hausse par rapport aux 3,5 % de la période précédente), tandis que la croissance annuelle du CUM a ralenti pour s’établir à 4,7 % (en baisse par rapport aux 6,0 % de la période précédente), réduisant l’écart entre la croissance du CUM et l’inflation de l’IPC, qui est passé de 2,5 points de pourcentage à 0,6 point de pourcentage en raison d’un ralentissement substantiel de la croissance de la rémunération réelle. L’augmentation de l’inflation au cours de la dernière période de pandémie s’explique probablement par la demande refoulée à la suite de la réouverture de l’économie au début de 2022, ainsi que les pressions continues du côté de l’offreNote .

Dans l’ensemble, la croissance du CUM du secteur des entreprises au Canada a été plus lente ou semblable à celle de l’inflation des prix avant la pandémie de COVID-19, ce qui n’indique aucune pression à la hausse sur l’inflation du côté de l’offre pendant cette période. Toutefois, pendant la pandémie, la forte baisse de la croissance de la productivité du travail a entraîné une accélération importante de la croissance du CUM, ce qui pourrait avoir contribué à la hausse de l’inflation au cours de la dernière période de pandémie.

Source de la croissance du coût unitaire de main-d’œuvre : comparaison entre le Canada et les États-Unis

Comme cela a été mentionné, la croissance du CUM a été plus élevée au Canada qu’aux États-Unis depuis le début de la pandémie de COVID-19. Pour comprendre cet écart, la présente étude décompose l’écart de croissance entre le Canada et les États-Unis en fonction de ses sources, selon la formule (3) ci-dessous :

 
Δlog( CUM CA CUM US )=Δlog ( IPC CA IPC US )
(3) MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaaiikaiaaio dacaGGPaaaaa@380C@
 

Il existe trois sources pour l’écart de croissance du CUM entre le Canada et les États-Unis dans le secteur des entreprises. Celui-ci est positivement lié à l’écart d’inflation de l’IPC et à l’écart de croissance de la rémunération horaire réelle entre les deux pays, et négativement lié à leur écart de croissance de la productivité du travail.

La section B du tableau 2 montre les taux de croissance annuels du CUM, de l’IPC, de la rémunération horaire réelle et de la productivité du travail dans le secteur des entreprises aux États-Unis pour la période allant du premier trimestre de 1981 au deuxième trimestre de 2024. Contrairement à ce qui s’est passé au Canada, la croissance du CUM aux États-Unis a été inférieure à l’inflation des prix pendant les cinq sous-périodes, ce qui donne à penser qu’il n’y a aucune pression des coûts sur l’inflation aux États-Unis, même si le pays a connu une inflation plus élevée que le Canada à compter de 2020.

La section C du tableau 2 présente l’écart entre le Canada et les États-Unis en ce qui concerne la croissance du CUM et ses sources pendant plus de cinq sous-périodes du premier trimestre de 1981 au deuxième trimestre de 2024. Comme on peut le voir, le Canada a connu une croissance du CUM plus élevée que les États-Unis tout au long de la période d’échantillonnage, à l’exception de la décennie allant de 2010 à 2020. Du premier trimestre de 1981 au premier trimestre de 2000, la productivité totale des entreprises a augmenté à un rythme plus rapide au Canada qu’aux États-Unis, soit de 0,3 point de pourcentage par année, principalement parce que le Canada a connu une inflation plus élevée au cours de cette période. L’effet de la plus faible croissance de la rémunération horaire réelle au Canada et de la plus faible croissance de la productivité du travail a été en grande partie neutralisé.

Au cours de la décennie allant de 2000 à 2010, l’écart de croissance du CUM entre le Canada et les États-Unis a augmenté pour atteindre 1,7 point de pourcentage par année, malgré le plus faible taux d’inflation au Canada. Cet écart de croissance du CUM était entièrement attribuable à la croissance par année de la productivité du travail qui était de 1,8 point de pourcentage plus élevée aux États-Unis qu’au Canada pendant cette période. De 2010 à 2020, la situation a été bien différente. Le Canada a connu une croissance du CUM légèrement inférieure et un taux d’inflation légèrement inférieur à celui des États-Unis. Parallèlement, le Canada a connu une croissance de la productivité du travail plus élevée que les États-Unis, mais cet avantage a été contrebalancé par la croissance plus élevée de la rémunération horaire réelle au Canada.

La pandémie de COVID-19 a renversé la dynamique de la croissance de l’écart de CUM entre le Canada et les États-Unis. Depuis le début de la pandémie en 2020, l’écart de croissance du CUM des deux pays s’est élargi. Au Canada, la croissance du CUM a été de 2,5 points de pourcentage plus rapide par année que celle du CUM des États-Unis, malgré un taux d’inflation en moyenne plus faible au Canada pendant cette période. À l’instar de la décennie de 2000 à 2010, l’écart de croissance important du CUM des deux pays depuis 2020 est entièrement attribuable aux différences de croissance de la productivité du travail entre les deux pays. Du premier trimestre de 2020 au premier trimestre de 2022, la productivité du travail au Canada a diminué de 1,5 % par année et de 1,3 % par année du premier trimestre de 2022 au deuxième trimestre de 2024. Entre-temps, la productivité du travail aux États-Unis a augmenté de 2,1 % par année et de 1,7 % par année pendant ces deux périodes respectives.

De plus, la dynamique de l’inflation au Canada et aux États-Unis depuis 2020 a été très différente. Au cours de la première période de pandémie (du premier trimestre de 2020 au premier trimestre de 2022), le taux d’inflation annuel était de 4,9 % aux États-Unis et de 3,5 % au Canada, tandis que la croissance annuelle du CUM était de 3,6 % aux États-Unis et de 6,0 % au Canada. Au cours de la dernière période de pandémie (du premier trimestre de 2022 au deuxième trimestre de 2024), le taux d’inflation annuel aux États-Unis a diminué de 0,7 point de pourcentage pour s’établir à 4,2 %, tandis qu’au Canada, il a augmenté de 0,6 point de pourcentage pour s’établir à 4,1 %. Une explication possible de la dynamique différente est que la faible croissance de la productivité au Canada a entraîné une croissance du CUM beaucoup plus élevée que l’inflation, ce qui peut avoir contribué à l’accélération de l’inflation au Canada pendant cette période.

Conclusion

Dans le présent article, l’auteur examine la relation entre le CUM et l’inflation au Canada et aux États-Unis de 1981 à 2024, en mettant l’accent sur l’incidence de la pandémie de COVID-19. Avant la pandémie, le CUM au Canada a augmenté à un rythme plus lent ou semblable à celui de l’inflation des prix, ce qui donne à penser qu’il n’y avait aucune pression inflationniste importante du côté de l’offre. Toutefois, pendant la pandémie, le Canada a connu une accélération marquée de la croissance du CUM en raison d’une baisse importante de la productivité du travail, ce qui a contribué aux pressions inflationnistes du côté de l’offre.

En comparaison, la croissance du CUM aux États-Unis a toujours été inférieure à l’inflation des prix au cours de toutes ces périodes, ce qui n’indique aucune pression des coûts sur l’inflation, même si l’inflation a été plus élevée aux États-Unis qu’au Canada après 2020. L’écart de croissance du CUM entre le Canada et les États-Unis était attribuable aux différences dans la croissance de la productivité du travail, la croissance de la productivité étant plus faible au Canada, particulièrement après 2020. Le présent article souligne que la hausse de la croissance du CUM au Canada pendant la pandémie était en grande partie attribuable à la baisse de la productivité du travail, tandis que les États-Unis ont enregistré des gains de productivité.

En résumé, la présente étude montre que la pandémie a eu un effet disproportionné sur la croissance du CUM au Canada par rapport aux États-Unis, et que la faible croissance de la productivité au Canada, ainsi que la croissance plus élevée du CUM, peut avoir contribué aux pressions inflationnistes observées dans le pays depuis la pandémie.

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