Rapports économiques et sociaux
Cartographie de l’importance des économies urbaines et rurales du Canada : estimations expérimentales du produit intérieur brut et revenu intérieur brut en fonction d’un carré de quadrillage

Date de diffusion : le 23 avril 2025

DOI: https://doi.org/10.25318/36280001202500400003-fra

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Résumé

La présente étude s’intéresse à l’importance relative des économies régionales urbaines et rurales au Canada. En s’appuyant sur les mesures expérimentales nouvellement mises au point du produit intérieur brut et du revenu intérieur brut à l’échelle de carrés de quadrillage de 1 km sur 1 km, elle offre un aperçu de l’ampleur des économies urbaines et rurales en 2019. Il en ressort que les régions rurales sont à l’origine de 23,1 % de la production canadienne et que 19,5 % de la rémunération des employés y est versée, les régions urbaines représentant les parts restantes. Il en ressort également que 60,6 % de la production rurale est issue des régions relativement proches des principaux marchés, comme le sud de l’Ontario, le centre de l’Alberta entre Calgary et Edmonton et le Lower Mainland de la Colombie-Britannique.

Mots-clés : produit intérieur brut, revenu intérieur brut, économies rurales, économies urbaines

Auteurs

Mark Brown, Matthew Brown et Jesse Tweedle travaillent à la Division de l’analyse économique, au sein de la Direction des études analytiques et de la modélisation de Statistique Canada. Jiang Li travaille à la Direction générale des stratégies, des résultats et de la recherche, à Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Remerciements

Cette étude a bénéficié du financement du projet Améliorer l’accessibilité des données rurales et faire progresser le développement et l’analyse des données rurales d’Innovation, Sciences et Développement économique Canada.

Introduction

Les collectivités rurales doivent composer avec des difficultés particulières, y compris celles liées à l’accès aux services, à la diversification de l’industrie et aux changements climatiques. Ces difficultés se traduisent par des vulnérabilités économiques qui peuvent être exacerbées par la numérisation, l’automatisation et la transition écologique, lesquelles entraînent des changements économiques structurels. Pour traiter des enjeux qui touchent les régions rurales du Canada, et aider ces dernières à saisir les nouvelles occasions qui peuvent se présenter, une approche fondée sur des données probantes est essentielle pour tous les ordres de gouvernement. Un élément clé l’élaboration de politiques et de programmes fondés sur des renseignements factuels est l’accès à des données appropriées.

Or, une des limitations à cet égard, c’est que les données actuelles des mesures économiques standards manquent de détail géographique. Par exemple, le plus petit niveau de détail auquel on a accès pour les le produit intérieur brut (PIB) rural est pour l’ensemble des régions autres que les régions métropolitaines de recensement de chaque province (Statistique Canada, 2024). L’absence de détail géographique rend très difficile la comparaison directe entre les économies rurales intrinsèquement hétérogènes et les économies urbaines. D’autres difficultés d’ordre pratique se posent pour la cartographie du PIB et du revenu intérieur brut (RIB) dans les régions rurales du Canada (voir Bemrose, Brown et Macdonald, 2023), les principales étant liées à l’échelle et à la flexibilité des limites des régions géographiques normalisées. Il peut être difficile d’appliquer les régions géographiques du recensement fondées sur la population à une analyse des régions rurales, parce que leurs unités géographiques sont souvent trop grandes et ont des limites qui changent au fil du temps. Par conséquent, les analystes se tournent de plus vers les carrés de quadrillage (p. ex. carrés de 1 km2) pour mesurer l’emplacement de l’activité économique. Les carrés de quadrillage permettent de représenter l’économie indépendamment de l’endroit où les gens vivent et, dans une perspective rurale, de mieux représenter l’endroit où la production économique rurale a lieu.

À cette fin, Statistique Canada a expérimenté des mesures de l’activité économique fondées sur des carrés de quadrillage, allant du dénombrement d’entreprises au PIB (voir Bemrose et Macdonald, 2022, et Bemrose, Brown et Macdonald, 2023). Cette étude fait avancer ces travaux en fournissant des estimations du PIB et du RIB fondés sur des carrés de quadrillage pour tous les secteurs d’activité au Canada en 2019. Ces estimations expérimentales servent de base pour la mesure de l’importance de l’économie des régions urbaines et rurales du Canada.

La présente étude contribue à ces efforts grâce à l’élaboration de mesures de l’importance de l’économie rurale au Canada, à des niveaux géographiques détaillés. Pour ce faire, une norme internationale est utilisée pour définir les régions urbaines et les régions rurales, et pour déterminer si ces régions sont relativement proches ou éloignées des marchés. Il s’avère que les régions rurales sont à l’origine de 23,1 % du PIB du Canada, une proportion qui correspond de près à leur part de la population. Toutefois, la plus grande partie de cette production rurale provient des régions à forte proximité au marchéNote , celles-ci étant à l’origine de 14,0 % du PIB national, une proportion supérieure à leur part de la population (12,7 %). En revanche, les régions rurales à faible proximité au marché représentent une part plus faible du PIB national, celle-ci se situant à 9,1 %, alors qu’elles représentent 10,1 % de la population; en d’autres mots, leur production est inférieure à ce à quoi on pourrait s’attendre compte tenu de leur poids démographique.

La suite de ce document est organisée en trois sections. Dans la prochaine section, les données et les méthodes utilisées pour l’analyse sont décrites, y compris pour la mesure du PIB et du RIB par carré de quadrillage, et la façon dont le Canada urbain et rural est défini est expliquée. Ensuite, les résultats sont présentés, y compris l’importance relative des économies urbaines et rurales au Canada. Enfin, le document se termine par une brève conclusion.

Données et méthodologie

L’analyse de l’importance des économies rurales et urbaines repose sur l’élaboration de mesures économiques à un niveau géographique détaillé, et sur la définition des régions rurales et urbaines du Canada. Cette section traite de la façon dont ces mesures sont élaborées et appliquées.

Produit intérieur brut et revenu intérieur brut par carré de quadrillage

Pour l’élaboration des données, nous nous appuyons sur la mesure du PIB industriel par carré de quadrillage que Bemrose, Brown et Macdonald (2023) ont mis au point pour le Yukon, et l’étendons à l’ensemble du Canada. À l’échelle des industries, la production économique peut être considérée comme ayant lieu à certains points, le long de lignes et dans des régions. Ces trois approches seront utilisées pour répartir le PIB dans la grille.

  • Points :Pour le secteur des entreprises, il s’agit de la mesure directe du PIB lorsque l’activité commerciale peut être associée à un emplacement précis (p. ex. usine de fabrication, magasin de détail), fondée sur les données fiscalesNote . Toutefois, pour certaines industries du secteur des entreprises, comme l’extraction minière, l’exploitation en carrière, et extraction du pétrole et du gaz, le PIB est attribué à des points précis en s’appuyant sur d’autres renseignements (p. ex. émissions de gaz à effet de serre). Pour certaines parties du secteur public, la répartition du PIB se fait également au moyen de points (p. ex. en utilisant l’emplacement et la superficie en pieds carrés des bâtiments fédéraux de l’administration publique fédérale).
  • Lignes : Pour les industries du transport et les services publics d’électricité, le PIB est réparti le long des réseaux (p. ex. le réseau de transport routier ou le réseau électrique).
  • Régions : Pour les activités économiques qui demandent une utilisation intensive des terres (p. ex. production agricole ou foresterie), le PIB est réparti entre les régions.

La répartition du RIB est effectuée à l’aide d’une méthodologie différente, car le RIB ne dépend pas de l’endroit où la production a lieu, mais de l’endroit où le revenu est utilisé. Toutefois, dans la pratique, cette interprétation est plus nuancée. Par conséquent, les principaux éléments du RIB — rémunération des employés, revenu mixte brut (ci-après, revenu mixte), et l’excédent d’exploitation brut plus impôts moins subventions (ci-après, excédent d’exploitation) — doivent être répartis en tenant compte de ces différences d’emplacementNote . La rémunération des employés et le revenu mixte sont répartis en utilisant l’emplacement du travailleur ou de l’entreprise, selon les renseignements sur l’adresse tirés des données fiscales des formulaires T1. L’excédent d’exploitation est réparti selon le lieu de déclaration de l’entreprise, en général son siège social. Dans tous les cas, ces emplacements peuvent être considérés comme des points.

Enfin, le PIB et le RIB seront utilisés pour mesurer l’importance relative des économies urbaines et rurales. Cette comparaison permet de mettre en lumière les différences géospatiales entre le lieu de production et le lieu d’affectation reçu. La production (c’est-à-dire le PIB) a lieu lorsque le capital et le travail sont combinés pour transformer les intrants en extrants. Le RIB est une mesure de la capacité des agents économiques (p. ex. les entreprises, les particuliers) à transformer le revenu qu’ils tirent de la production en biens et services dont ils ont besoin pour la consommation ou l’investissement. À l’échelle nationale, la somme du PIB et du RIB est la même. Cependant, lorsqu’il est ventilé par géographie infranationale, ce n’est pas le cas. Le PIB peut se produire dans les usines et les magasins, sur les routes ou les lignes de transmission, et dans les lieux de travail éloignés tels que les mines, les forêts et les champs. Les revenus tirés de ces activités et les décisions de dépenser ou d’épargner ces revenus reviennent aux agents économiques tels que les particuliers et les entreprises à leur domicile ou à leur siège social. Par conséquent, il y a une différence entre l’endroit où le PIB a lieu et celui où le RIB s’accumule lorsque les géographies fines sont utilisées pour l’analyseNote .

Par exemple, les travailleurs ne vivent pas nécessairement dans le même carré de quadrillage, dans la même catégorie urbaine-rurale ou dans la même province que leur lieu de travail. L’excédent d’exploitation est attribué à l’entreprise où les décisions financières sont prises (p. ex. quelle part de l’excédent d’exploitation sera retenue comme bénéfice non réparti et potentiellement investi, et quelle part sera versée en dividendes). Le RIB ne rend pas compte de l’endroit où les investissements sont faits ni de l’endroit où les dividendes sont versés. Cependant, il rend compte des revenus disponibles aux endroits où sont prises les décisions à cet effet.

Tout au long de l’analyse, l’accent sera mis sur le PIB puisqu’il rend compte de l’endroit où la production a lieu. Le RIB (qui serait peut-être mieux décrit comme « RIB régional ») sera fourni dans certaines situations, puisqu’il peut faciliter la mise en contraste de l’endroit où la production est effectuée et de l’endroit où les revenus sont accumulés, en particulier la rémunération du travail, où il y a un lien plus clair entre les endroits où les revenus sont attribués et où les gens vivent.

Définition des régions urbaines et rurales

Même si l’économie peut être mesurée à une échelle géographique très détaillée, les données doivent être agrégées de manière convenable pour fournir un portrait des économies rurales et urbaines. Ici, le continuum urbain-rural est défini en utilisant la méthodologie du degré d’urbanisation (DEGURBA), mise au point par l’Union européenne et approuvée par la Commission de statistique des Nations Unies (voir Union européenne, 2020, et Dijkstra et coll., 2021). Au niveau le plus agrégé (niveau 1), le DEGURBA classe les carrés de quadrillage de 1 km sur 1 km en centres urbains, grappes urbaines et régions rurales (tableau 1), définis comme suit :

  • Centres urbains : grappes de carrés de quadrillage contigus ayant une densité d’au moins 1 500 habitants par km2 et une population d’au moins 50 000 habitants.
  • Grappes urbaines : grappes de carrés de quadrillage contigus ayant une densité d’au moins 300 habitants par km2 et une population d’au moins 5 000 habitants.
  • Régions rurales : carrés de quadrillage qui ne répondent pas aux critères de densité ou de population pour être considérés comme des centres urbains ou des grappes urbaines; ils représentent le reste du Canada.

Il existe des parallèles évidents entre la définition de région rurale du DEGURBA et celle de Statistique Canada. Pour définir ce concept, Statistique Canada se fonde sur les centres de population, qui sont basés sur les îlots de diffusion, et définis en fonction de leur densité et population, à l’instar de la méthodologie du DEGURBA (tableau 1). Cependant, puisque le DEGURBA s’appuie sur un seuil de population plus élevé pour définir les régions urbaines, cette méthodologie aura tendance à se traduire par des proportions plus grandes de population rurale. En effet, selon la définition du DEGURBA, 22,8 % de la population canadienne est classée comme rurale (tableau 2), alors que selon la définition de région rurale comme région autre qu’un centre de population (Statistique Canada, 2022), 17,8 % de la population canadienne serait rurale. Le DEGURBA a été choisi pour la présente étude, car il se fonde sur un système similaire de quadrillage de 1 km2, il fournit un moyen d’inclure des données quadrillées sur la population, et il est comparable à l’échelle internationale.

Tableau 1
Définition de la ruralité selon la méthodologie Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Catégorie urbaine-rurale (titres de rangée) et Densité de population par kilomètre carré, Recensement de la population, Degré d’urbanisation (DEGURBA), Désignation et Population, calculées selon unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Catégorie urbaine-rurale Recensement de la population Degré d’urbanisation (DEGURBA)
Désignation Population Densité de population par kilomètre carré Désignation Population Densité de population par kilomètre carré
Note ...

n'ayant pas lieu de figurer

Note : Le degré d’urbanisation (DEGURBA) est utilisé à des fins d’analyse et n’est pas une classification type des zones rurales et urbaines.
Sources : Statistique Canada (2021a) et Union européenne (2020).
Région rurale Régions autres que les centres de population Moins de 1 000 Moins de 400 Région rurale Carrés de quadrillange qui ne répondent pas aux critères d’une région urbaine Carrés de quadrillange qui ne répondent pas aux critères d’une région urbaine
Région urbaine Petits centres de population 1 000 à 29 999 ... n'ayant pas lieu de figurer Grappe urbaine 5 000 ou plus 300 ou plus
Centres de population moyens 30 000 à 99 999 ... n'ayant pas lieu de figurer Centre urbain 50 000 ou plus 1 500 ou plus
Grands centres de population 100 000 ou plus ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer ... n'ayant pas lieu de figurer

Importance économique du Canada urbain et rural

Application de la méthode du degré d’urbanisation dans le cadre de la mesure du produit intérieur brut et du revenu intérieur brut

La carte 1 illustre l’application du DEGURBA à la grille de 1 km2 utilisée pour mesurer le produit intérieur brut (PIB) et le revenu intérieur brut (RIB)Note . Comme le montre la carte, d’après la classification, un très faible pourcentage de la masse terrestre du Canada utilisée pour produire le PIB est considérée comme une région urbaine (c.-à-d. composée de centres urbains et de grappes urbaines). Les régions urbaines représentent 1,7 % de la masse terrestre du Canada utilisée pour générer le PIB, le reste étant consacré à la production rurale (tableau 2). Comme on peut s’y attendre, les grands centres urbains comme Toronto, Montréal et Vancouver (carte 1), sont considérés comme des centres urbains, ainsi que de nombreuses régions urbaines de moindre taille, comme Halifax ou Thunder Bay. Les grappes urbaines, qui sont beaucoup plus nombreuses, peuvent être réparties approximativement en deux types : certaines forment les franges suburbaines et exurbaines des centres urbains et pourraient raisonnablement être considérées comme des extensions de ces centres, tandis que d’autres sont plus isolées et forment leur propre région urbanisée, comme Truro, en Nouvelle-Écosse, ou Vernon, en Colombie-Britannique.

Carte 1: Degré d’urbanisation du Canada

Description de la carte 1

La carte 1 est une carte du Canada, dans laquelle des carrés de quadrillage de 1 kilomètre carré sont utilisés pour mesurer le produit intérieur brut (PIB). Ces carrés de quadrillage sont colorés selon leur degré d’urbanisation (DEGURBA), lequel est réparti en trois catégories : région rurale, grappe urbaine et centre urbain. Les définitions de chaque catégorie DEGURBA se trouvent dans le tableau 1. Le fond de la carte (représentant les régions qui ne contribuent pas au PIB) est de couleur gris pâle, et les frontières provinciales et territoriales sont visibles. Les noms de certaines villes sont indiqués dans la carte. Dans une légende au coin inférieur de la carte, la couleur associée à chacune des trois catégories DEGURBA est indiquée. Les régions rurales sont en vert et couvrent la plus grande superficie totale parmi toutes les catégories. Les grappes urbaines sont en rose pâle et correspondent aux villes de petite et moyenne importance ou aux régions périphériques des grandes villes. Les centres urbains sont en rose foncé et correspondent aux grandes villes du pays.

Dans la carte, il y a deux cartons intérieurs, montrant certaines régions du pays en gros plan. Au coin inférieur gauche il y a un carton intérieur montrant la région englobant les villes de Calgary et d’Edmonton. Au coin supérieur droit, il y a un carton intérieur montrant la région située entre les villes d’Ottawa et de Québec. Chacun des deux cartons intérieurs est relié à la région sur la carte à laquelle il correspond.

La carte montre qu’un faible pourcentage de la masse terrestre du Canada utilisée pour produire un PIB est en région urbaine (c.-à-d. centres urbains et grappes urbaines). En fait, les régions urbaines constituent environ 1,7 % de la superficie totale montrée sur la carte, le reste étant composée de régions rurales. Les plus grandes régions rurales de production se trouvent dans les provinces de l’Ouest, surtout en Alberta et en Saskatchewan. Les grandes villes (p. ex. Toronto et Vancouver) et les petites villes (p. ex. Halifax et Thunder Bay) sont considérées comme des centres urbains. Les grappes urbaines (qui sont plus nombreuses que les centres urbains) se composent de deux types de régions : certaines forment les zones suburbaines ou exurbaines entourant les grandes villes (p. ex. Flamborough, Ancaster et Winona qui entourent Hamilton), tandis que d’autres sont plus isolées et forment leurs propres régions urbanisées (p. ex. Truro, en Nouvelle-Écosse). Dans l’ensemble, la carte montre la concentration géographique élevée des régions urbanisées au Canada.

La question clé qui se pose est la suivante : quelle est l’ampleur de la production économique (PIB) et des revenus (RIB) dans les régions rurales? Les régions rurales, qui représentent 22,8 % de la population canadienne, génèrent 23,1 % du PIB (tableau 2). En ce qui concerne le RIB, les régions rurales reçoivent 17,4 % du RIB au total, une proportion qui est tirée vers le bas par l’allocation de l’excédent d’exploitation aux sièges sociaux situés dans les centres urbains. Néanmoins, en ce qui concerne la rémunération des employés, qui est plus étroitement liée à l’endroit où vivent les gens, les régions rurales en représentent 19,5 %. En revanche, la majeure partie de la production canadienne se fait dans des centres urbains relativement denses, et la majeure partie du revenu est utilisée et contrôlée dans ces centres urbains. Ces régions représentent 56,6 % de la population canadienne, 60,5 % du PIB et 65,0 % du RIB. Ces proportions pourraient être attribuables à la productivité plus élevée des travailleurs dans les centres urbains (voir Beckstead et coll., 2010), mais elles pourraient aussi rendre compte de la concentration d’emplois dans les centres urbains qui sont occupés, en partie, par des personnes qui vivent dans les grappes urbaines et régions rurales avoisinantes. En effet, les grappes urbaines représentent 20,6 % de la population canadienne, mais 16,3 % du PIB. Toutefois, elles représentent 21,3 % de la rémunération des employés.

Tableau 2
Région, population, produit intérieur brut, revenu intérieur brut et parts des composantes du revenu intérieur brut selon le degré d’urbanisation, 2019 Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Degré d’urbanisation (titres de rangée) et Masse terrestre génératrice de PIB, RIB, Revenu mixte , Rémunération des salariés, Composantes du RIB, Population, PIB et Excédent d’exploitation, calculées selon part en pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Degré d’urbanisation Masse terrestre génératrice de PIB Population PIB RIB Composantes du RIB
Rémunération des salariés Revenu mixte Excédent d’exploitation
part en pourcentage
Note : Le degré d’urbanisation est utilisé à des fins d’analyse et n’est pas une classification type des zones rurales et urbaines. En raison de l'arrondissement, la somme des pourcentages peut ne pas correspondre à 100 %. PIB = produit intérieur brut; RIB = revenu intérieur brut.
Source : Statistique Canada, calculs des auteurs.
Centre urbain 0,7 56,6 60,5 65,0 59,3 60,1 73,4
Grappe urbaine 1,0 20,6 16,3 17,7 21,3 17,4 12,8
Région rurale 98,4 22,8 23,1 17,4 19,5 22,5 13,7

Prendre en compte l’accès au marché

Bien qu’elle fournisse une définition géographiquement précise et ascendante des régions urbaines et rurales, la méthodologie DEGURBA est limitée dans la mesure où elle ne tient pas compte de l’emplacement par rapport aux marchés. Par conséquent, les régions rurales et les grappes urbaines qui sont tout près des principaux marchés intérieurs (p. ex. les régions rurales du sud de l’Ontario) sont traitées de la même façon que les régions rurales éloignées (p. ex. le nord de l’Ontario). Il est important de tenir compte de la proximité au marché parce qu’elle est associée à des niveaux de revenu plus élevés (voir Hanson, 2005, et Beckstead et coll., 2010)Note  et au choix de l’emplacement de l’entreprise (voir Head et Mayer, 2004) et, par conséquent, du PIB et du RIB des régions.

Pour en tenir compte, on mesure également la proximité au marché des carrés de quadrillage, ou ce qu’on appelle traditionnellement leur potentiel de marché (Harris, 1954; voir aussi Fujita, Krugman et Venables, 2001). Selon la formulation de Harris (1954), la proximité au marché ( m i MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVCI8FfYJH8YrFfeuY=Hhbbf9v8qqaqFr0xc9pk0xbb a9q8WqFfeaY=biLkVcLq=JHqpepeea0=as0Fb9pgeaYRXxe9vr0=vr 0=vqpWqaaeaabiGaciaacaqabeaadaqaaqaaaOqaaabaaaaaaaaape GaamyBa8aadaWgaaWcbaWdbiaadMgaa8aabeaaaaa@3846@ ) du carré de quadrillage i MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVCI8FfYJH8YrFfeuY=Hhbbf9v8qqaqFr0xc9pk0xbb a9q8WqFfeaY=biLkVcLq=JHqpepeea0=as0Fb9pgeaYRXxe9vr0=vr 0=vqpWqaaeaabiGaciaacaqabeaadaqaaqaaaOqaaabaaaaaaaaape GaamyAaaaa@36FA@ est calculée comme

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Carte 2: Degré d’urbanisation et de proximité au marché, Canada

Description de la carte 2

La carte 2 est une carte du Canada, dans laquelle des carrés de quadrillage de 1 kilomètre carré sont utilisés pour mesurer le PIB. Ces carrés de quadrillage sont colorés selon la proximité au marché urbain-rural. Cette carte combine la catégorie de degré d’urbanisation avec la proximité relative au marché (c.-à-d. élevée ou faible) pour chaque carré de quadrillage. Le fond de la carte (représentant les régions qui ne contribuent pas au PIB) est de couleur gris pâle, et les frontières provinciales et territoriales sont visibles. Les noms de certaines villes sont indiqués dans la carte.

Dans une légende située au haut de la carte, la couleur associée à chaque des catégories est indiquée. Les régions rurales ayant une forte proximité au marché sont en vert et se trouvent principalement le long du corridor Québec-Windsor, en Alberta entre Calgary et Edmonton ainsi que dans le Lower Mainland de la Colombie-Britannique et le sud de l’île de Vancouver. Les régions rurales ayant une faible proximité au marché sont en vert pâle et représentent la plus grande partie de la masse terrestre du Canada qui contribue au PIB; ces régions principalement constituées de territoires agricoles, sont fortement concentrés en Saskatchewan, en Alberta et au Manitoba, et répartis de manière plus sporadique dans les autres provinces et territoires. Les grappes urbaines ayant une forte proximité au marché sont en rose moyen et se trouvent généralement dans les zones urbaines situées en banlieue ou dans les régions exurbaines des grandes villes. Les grappe urbaine ayant une faible proximité au marché sont en rose pâle et correspondent aux régions urbaines plus isolées, situées à l’extérieur des grandes villes. Les centres urbains sont en rose foncé et correspondent aux mêmes régions que celles présentées dans la carte 1, notamment les grandes villes.

Dans la carte, il y a trois cartons intérieurs, montrant certaines régions du pays en gros plan. Au coin supérieur droit, il y a un carton intérieur montrant la région du sud de l’Ontario, qui est entièrement faite de régions ayant une forte proximité au marché, qu’elles soient urbaines ou rurales. La région du Grand Toronto y est classée comme grand centre urbain, tout comme London, Windsor et diverses autres villes de la région. Au coin supérieur droit, il y a un carton intérieur montrant la région en Nouvelle-Écosse entre les villes de Truro et d’Halifax. Truro y est classée comme région urbaine ayant une faible proximité au marché et est séparée d’Halifax par une vaste zone de région rurale ayant une faible proximité au marché. Quant à la ville d’Halifax, elle est classée comme centre urbain, tandis que ses banlieues sont largement classées comme grappes urbaines ayant une forte proximité au marché. Au coin inférieur gauche, il y a un carton intérieur qui montre les basses-terres continentales de la Colombie-Britannique, où les régions entourant les villes de Vancouver, de Nanaimo et de Victoria ont toutes une forte proximité au marché. Chacun des deux cartons intérieurs est relié à la région sur la carte à laquelle il correspond.

Dans l’ensemble, cette carte montre qu’en dépit de leur petite superficie, les régions urbaines du Canada exercent une influence assez significative sur les régions environnantes en raison de leur proximité au marché, en particulier le long du corridor Québec-Windsor, en Alberta entre Calgary et Edmonton ainsi que dans le Lower Mainland de la Colombie-Britannique et le sud de l’île de Vancouver.

Les classifications de DEGURBA et de la proximité au marché ayant été déterminées, chaque carré de quadrillage peut être classé selon celles-ci, ce qui donne six classes urbaines-rurales. En pratique, il n’y a que cinq classes, car très peu de carrés de quadrillage ont été classés comme des centres urbains à faible proximité. Par conséquent, les résultats pour cette classe urbaine-rurale ne seront pas fournis; au lieu, les résultats pour les carrés de quadrillage de centres urbains seront fournis (tableau 3).

Tableau 3
Région, population, produit intérieur brut, revenu intérieur brut et parts des composantes du revenu intérieur brut selon le degré d’urbanisation et la proximité au marché, 2019 Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Degré d’urbanisation et proximité au marché (titres de rangée) et Masse terrestre génératrice de PIB, RIB, Revenu mixte , Rémunération des salariés, Composantes du RIB, Population, PIB et Excédent d’exploitation, calculées selon part en pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Degré d’urbanisation et proximité au marché Masse terrestre génératrice de PIB Population PIB RIB Composantes du RIB
Rémunération des salariés Revenu mixte Excédent d’exploitation
part en pourcentage
Notes : Le degré d’urbanisation est utilisé à des fins d’analyse et n’est pas une classification type des zones rurales et urbaines. En raison de l'arrondissement, la somme des pourcentages peut ne pas correspondre à 100 %. PIB = produit intérieur brut; RIB = revenu intérieur brut.
Source : Statistique Canada, calculs des auteurs.
Centre urbain 0,7 56,6 60,5 65,0 59,3 60,1 73,4
Grappe urbaine ayant une forte proximité au marché 0,7 17,2 13,8 14,6 17,6 14,5 10,5
Grappe urbaine ayant une faible proximité au marché 0,2 3,4 2,5 3,1 3,6 2,9 2,3
Région rurale ayant une forte proximité au marché 19,7 12,7 14,0 11,2 12,2 12,6 9,5
Région rurale ayant une faible proximité au marché 78,7 10,1 9,1 6,2 7,2 9,9 4,3

Des tendances révélatrices se dégagent lorsque les régions urbaines et rurales sont classées selon leur proximité au marché. Pour les grappes urbaines, indépendamment de la proximité au marché, leur part du PIB national est inférieure à leur part de la population, mais leur part de la rémunération d’emploi correspond à peu près à leur part de la population. De manière générale, il s’agit des endroits où vivent les gens plutôt que des endroits où la production a lieu. Pour ce qui est des régions rurales à forte proximité au marché, leur part du PIB est supérieure à leur part de la population, mais leur part de la rémunération est inférieure à leur part de la population. Il s’agit d’endroits ayant des niveaux de production relativement élevés, mais une population moins nombreuse et moins de revenus. Les régions rurales à faible proximité au marché représentent environ 10,1 % de la population canadienne, mais 9,1 % du PIB et 7,2 % de la rémunération. Les régions rurales à faible proximité au marché constituent la seule catégorie urbaine-rurale pour laquelle leur part du PIB et de la rémunération du travail est inférieure à leur part de la population. Le modèle global est celui où la production, par rapport à la population, tend à être concentrée dans les centres urbains et les régions rurales ayant une forte proximité au marché (généralement à proximité des centres urbains).

Conclusion et discussion

Les collectivités rurales doivent composer avec des difficultés qui sont différentes de celles rencontrées dans les zones urbaines. Ces difficultés sont liées à la nature de leurs économies, notamment en ce qui a trait à leur emplacement par rapport aux marchés. L’analyse montre qu’environ 23,1 % de la production canadienne a lieu dans les régions rurales, les 76,9 % restants ayant lieu dans les régions urbaines. Elle montre également que 60,6 % de la production rurale est générée dans les régions relativement proches des principaux marchés comme le sud de l’Ontario, le centre de l’Alberta entre Calgary et Edmonton et le Lower Mainland de la Colombie-Britannique. Pour ce qui est des régions rurales plus éloignées, leurs parts du PIB et de la rémunération sont inférieures à celles auxquelles on pourrait s’attendre compte tenu de leur poids démographique.

Il s’agit d’un premier instantané des économies urbaines et rurales fondé sur ce type de mesure géographiquement détaillée de la production économique. Bien que cette étude fournisse un tableau raisonnablement exact de ces économies, l’amélioration des données permettra de préciser ce tableau. D’un point de vue analytique, il serait préférable de considérer ce travail comme un point de départ, qui pourra être suivi d’une analyse plus approfondie en faisant l’essai de différentes définitions de région urbaine et de région rurale, en examinant leurs structures industrielles particulières, et peut-être complémentaires, et en étudiant la façon dont les économies urbaines et rurales évoluent au fil du temps et réagissent aux chocs économiques.

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