Rapports économiques et sociaux
Tendances récentes en matière de flux migratoires des États-Unis au Canada

Date de diffusion : le 26 mars 2025

DOI: https://doi.org/10.25318/36280001202500300004-fra

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Introduction

Le Canada est depuis longtemps un pays de destination pour les expatriés américains, que ce soit en raison de sa proximité géographique, de sa culture qui leur est familière ou de son environnement socioéconomique qui est semblable à celui des États-Unis. Toutefois, les flux migratoires ont toujours eu tendance à fluctuer sous l’effet de facteurs économiques, politiques et sociaux (Boyd, 1981; Kobayashi et Ray, 2005). Notamment, les changements d’orientation des politiques américaines — en particulier celles touchant l’immigration, le marché du travail et la stabilité sociale — peuvent influer sur les intentions des résidents des États-Unis de se réinstaller au nord de leur frontière (Croucher, 2011).

Les reportages médiatiques offrent différentes analyses de la manière dont la réorientation des politiques américaines agit sur la migration vers le Canada (Benenson & Mattey, 2025; Cain, 2016; Singer, 2024). Or, ces rapports sont surtout axés sur l’immigration de citoyens américains, et ne tiennent pas compte de l’immigration de résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté américaine. Or, ces derniers sont souvent les plus touchés par les changements dans les politiques américaines d’immigration, et ils sont souvent ciblés par les efforts du Canada vivant à attirer des travailleurs hautement qualifiés (Arnold, 2020; Rose, 2020). De plus, peu d’attention est accordée aux personnes nées au Canada et aux résidents permanents du Canada qui résidaient aux États-Unis, mais sont revenus vivre au Canada.

Le présent article s’intéresse aux tendances récentes en matière de flux migratoires des États-Unis vers le Canada. Les immigrants des États-Unis sont définis, aux fins de la présente, comme des personnes qui ont obtenu la résidence permanente au Canada et dont le pays de naissance, de citoyenneté ou de dernière résidence est les États-UnisNote . Cinq catégories d’immigrants sont prises en compte dans cette analyse : 1) les personnes nées aux États-Unis dont le dernier pays de résidence était les États-Unis; 2) les citoyens américains nés à l’extérieur des États-Unis; 3) les résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté américaine; 4) les citoyens américains qui étaient des résidents temporaires du Canada avant d’obtenir le statut de résident permanent du CanadaNote ; et 5) les citoyens américains qui étaient des résidents temporaires d’un pays tiers avant d’obtenir le statut de résident permanent du Canada. L’analyse est fondée sur les données de la Base de données longitudinales sur l’immigration. Elle s’appuie également sur les données du Recensement canadien pour estimer le nombre de personnes nées au Canada et de résidents permanents du Canada qui résidaient auparavant aux États-Unis et sont revenus vivre au Canada.

Bien que cette étude cherche à déterminer si les flux migratoires des États-Unis vers le Canada correspondent aux changements de gouvernement aux États-Unis, aucune tendance observée ne doit être interprétée comme causale. Au-delà des facteurs politiques, la situation économique et les motivations personnelles entrent aussi en ligne de compte dans la décision de migrer ou non. Par ailleurs, la vigueur relative des marchés du travail des États-Unis et du Canada a une incidence sur la circulation transfrontalière, comme on a pu le constater lors de la crise financière de 2008, qui a contribué à une augmentation du nombre d’Américains cherchant un emploi à l’étranger (Singer et Wilson, 2009). De plus, les politiques canadiennes en matière d’immigration (p. ex. programme Entrée express pour les travailleurs qualifiés, programmes ciblés pour les professionnels des secteurs de la santé et de la technologie) peuvent avoir facilité la migration en provenance des États-Unis depuis 2015 (Arnold, 2020).

Flux migratoires des citoyens et résidents des États-Unis vers le Canada

Le graphique 1 montre le nombre d’immigrants des États-Unis au Canada, révélant certaines tendances notables dans leur composition et leur nombre.

Premièrement, on constate de grands changements dans la composition des flux d’immigrants provenant des États-Unis, selon le statut de citoyenneté américaine, le pays de naissance et le dernier pays de résidence. Au début des années 1980, presque tous les immigrants des États-Unis au Canada étaient des citoyens américains : plus des trois quarts étaient nés aux États-Unis ou y résidaient avant d’immigrer au Canada. Cette proportion a diminué au cours de la décennie suivante, mais elle est restée au-dessus de la barre des deux tiers jusqu’au début des années 2010, après quoi elle a amorcé une forte tendance à la baisse. Pendant ce temps, la proportion de résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté américaine à immigrer au Canada s’est accrue de façon significative par rapport au début des années 2010 pour s’élever à 45 % en 2019, l’année précédant la pandémie de COVID-19. La proportion de citoyens américains qui étaient auparavant des résidents temporaires du Canada a aussi augmenté de manière significative au cours de cette période, atteignant un sommet de 54 % en 2017, pour ensuite fluctuer au cours des années suivantes. La proportion d’immigrants des États-Unis qui n’étaient pas nés aux États-Unis, mais qui avaient la citoyenneté américaine, variait de 8 % à 12 % avant le début des années 2010, avant de diminuer pour s’établir à 2 % au début des années 2020. En raison de ces changements, au cours des dernières années, la majorité des immigrants des États-Unis au Canada étaient soit des résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté américaine, soit des citoyens américains qui avaient déjà vécu au CanadaNote .

Deuxièmement, aucune corrélation claire n’a été relevée entre les changements de gouvernement aux États-Unis et le nombre d’immigrants des États-Unis au Canada entre le début des années 1980 et le milieu de l'année 2005. La baisse des flux migratoires enregistrée au début des années 1980 s’inscrit dans le déclin progressif qui a suivi le pic d’immigration du milieu des années 1970, après la fin de la guerre du Vietnam, et coïncide avec des récessions ayant touché les États-Unis et le Canada (Kobayashi et Ray, 2005). De même, le recul observé au début des années 1990 coïncide avec un ralentissement économique et une baisse du niveau global d’immigration au Canada. Le flux migratoire en provenance des États-Unis est resté faible jusqu’au début des années 2000.

Graphique 1 : Nombre de nouveaux résidents permanents du Canada qui étaient des citoyens ou des résidents des États-Unis avant d’immigrer au Canada, 1980 à 2023

Tableau de données du graphique 1
Tableau de données graphique 1 Nombre de nouveaux résidents permanents du Canada qui étaient des citoyens ou des résidents des États-Unis avant d’immigrer au Canada, 1980 à 2023
Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Année (titres de rangée) et Résidents des États-Unis ayant la citoyenneté américaine, nés à l’extérieur des États-Unis, Résidents des États-Unis n'ayant pas la citoyenneté américaine, Résidents des États-Unis ayant la citoyenneté américaine, nés aux États-Unis, Citoyens américains anciennement résidents temporaires du Canada, Citoyens américains, anciennement résidents temporaires d'un pays tiers, Variation du nombre total de nouveaux résidents permanents du Canada, 1980 = 100 et Total, calculées selon nombre, ratio et nombre unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Année Résidents des États-Unis ayant la citoyenneté américaine, nés à l’extérieur des États-Unis Résidents des États-Unis n'ayant pas la citoyenneté américaine Résidents des États-Unis ayant la citoyenneté américaine, nés aux États-Unis Citoyens américains anciennement résidents temporaires du Canada Citoyens américains, anciennement résidents temporaires d'un pays tiers Variation du nombre total de nouveaux résidents permanents du Canada, 1980 = 100 Total
nombre ratio nombre
Notes : Les barres grises représentent les périodes de récession aux États-Unis : de janvier 1980 à juillet 1980, de juillet 1981 à novembre 1982, de juillet 1990 à mars 1991, de mars 2001 à novembre 2001, de décembre 2007 à juin 2009, de février 2020 à avril 2020. Les cases au-dessus du graphique représentent les périodes des différentes administrations gouvernementales.
Source : Statistique Canada, Base de données longitudinales sur l’immigration.
1980 1 259 762 7 899 11 247 100,0 10 178
1981 1 220 845 8 488 25 348 89,8 10 926
1982 1 052 623 7 667 33 367 84,6 9 742
1983 856 531 5 972 24 279 62,2 7 662
1984 839 472 5 584 38 224 61,5 7 157
1985 891 394 5 339 28 324 58,7 6 976
1986 962 454 5 787 34 337 69,0 7 574
1987 1 117 598 6 179 59 418 105,6 8 371
1988 891 407 5 177 34 442 112,2 6 951
1989 902 522 5 440 59 456 133,1 7 379
1990 755 615 4 746 51 443 150,4 6 610
1991 757 864 4 998 59 340 161,8 7 018
1992 889 1 098 5 619 48 381 177,3 8 035
1993 987 952 6 050 44 399 178,4 8 432
1994 766 721 4 734 24 432 155,9 6 677
1995 613 694 3 845 27 495 147,9 5 674
1996 601 800 4 405 33 650 157,0 6 489
1997 511 610 3 859 30 526 150,1 5 536
1998 420 576 3 748 30 397 121,1 5 171
1999 433 598 4 463 32 432 132,1 5 958
2000 478 666 4 649 29 487 158,1 6 309
2001 516 645 4 710 33 580 174,1 6 484
2002 461 680 4 114 30 518 159,0 5 803
2003 531 772 4 674 28 499 153,6 6 504
2004 775 719 5 896 43 602 164,6 8 035
2005 852 1 115 7 193 51 690 183,1 9 901
2006 1 086 1 619 8 211 56 698 175,7 11 670
2007 1 053 1 488 8 021 72 772 165,3 11 406
2008 1 290 1 402 8 510 94 882 172,6 12 178
2009 1 229 1 107 7 330 95 841 176,1 10 602
2010 1 034 1 426 6 591 104 965 196,0 10 120
2011 992 1 429 6 275 127 747 173,5 9 570
2012 778 1 690 5 294 1 445 794 179,7 10 001
2013 959 2 218 3 687 3 590 762 180,7 11 216
2014 753 2 871 2 797 4 679 743 181,7 11 843
2015 456 2 383 1 747 4 972 791 189,7 10 349
2016 538 2 089 1 787 5 637 855 206,8 10 906
2017 530 2 560 1 712 6 454 712 199,8 11 968
2018 581 6 503 2 703 6 709 1 313 223,9 17 809
2019 546 9 307 2 793 6 557 1 329 237,9 20 532
2020 235 4 331 1 318 4 530 515 128,6 10 929
2021 322 2 971 1 238 10 354 482 283,1 15 367
2022 505 7 248 2 155 6 988 1 385 305,2 18 281
2023 371 4 685 1 530 8 212 1 030 329,1 15 828

Troisièmement, les fluctuations de l’immigration des États-Unis vers le Canada observées à la suite de changements de gouvernement aux États-Unis depuis le milieu des années 2000 touchent différentes catégories d’immigrants. La croissance de l’immigration en provenance des États-Unis pendant le deuxième mandat de la 43e administration présidentielle ainsi que sa baisse pendant les premières années de la 44e administration sont principalement attribuables aux résidents des États-Unis ayant la citoyenneté américaine (nés aux États-Unis ou à l’extérieur des États-Unis). En revanche, la croissance de l’immigration en provenance des États-Unis observée durant les premières années de la 45e administration s’explique en grande partie par les résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté américaine, dont le nombre à immigrer au Canada a quadruplé pour passer de 2 100 en 2016 à 9 310 en 2019. Cela peut donner à penser que les politiques d’immigration restrictives des États-Unis (p. ex. plafonnement des visas, délais pour l’obtention de la résidence permanente permettant de travailler [carte verte], risques accrus d’expulsion) ont incité les migrants temporaires (p. ex. travailleurs du programme H-1B, étudiants étrangers) à chercher des occasions plus stables au Canada. À l’inverse, l’immigration américaine au Canada a diminué de 20 % au cours des trois premières années de la 46e administration par rapport à la même période de la 45e administration, malgré une augmentation de 38 % de l’immigration globale au cours de cette période. Cette baisse est principalement attribuable aux résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté américaine.

Les Canadiens qui reviennent des États-Unis

Le graphique 2 montre le nombre estimatif de personnes nées au Canada et de résidents permanents du CanadaNote  revenant au pays, c’est-à-dire qui vivaient aux États-Unis cinq ans auparavant, mais qui résidaient au Canada au moment du recensementNote .

Le nombre de personnes nées au Canada revenant au pays a augmenté de 92 % au cours de la période de 1996 (sous la 42e administration présidentielle) à 2006 (sous la 43e administration), puis il a diminué de 29 % de 2006 à 2016 (sous la 44e administration). De manière similaire, le nombre de résidents permanents du Canada revenant au pays a augmenté de 122 % au cours de la période de 1996 à 2006, puis a diminué de 23 % au cours des 10 années suivantes. Ces tendances suggèrent que la tendance du retour des Canadiens correspond largement aux changements de gouvernement aux États-Unis du milieu des années 1990 au milieu des années 2010. De 2016 à 2021, le nombre de personnes nées au Canada revenant au pays a affiché une légère baisse (-6 %), tandis que le nombre de résidents permanents du Canada revenant au pays a augmenté de 15 %. Les restrictions de voyage liées à la COVID-19 ont probablement eu une incidence sur les flux migratoires de 2016 à 2021.

Graphique 2 : Nombre estimé de personnes nées au Canada et de résidents permanents du Canada qui sont revenus des États-Unis au Canada au cours des cinq années précédentes

Tableau de données du graphique 2
Tableau de données graphique 2 Nombre estimé de personnes nées au Canada et de résidents permanents du Canada qui sont revenus des États-Unis au Canada au cours des cinq années précédentes
Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Personnes qui résidaient aux États-Unis cinq ans auparavant (titres de rangée) et Année de recensement, 1991, 1996, 2001, 2006, 2011, 2016 et 2021, calculées selon nombre unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Personnes qui résidaient aux États-Unis cinq ans auparavant Année de recensement
1991 1996 2001 2006 2011 2016 2021
nombre
Source : Statistique Canada, Recensement de la population, 1991 à 2021, et Enquête nationale auprès des ménages de 2011.
Personnes nées au Canada 33 641 29 937 38 084 57 391 45 903 40 646 38 129
Résidents permanents du Canada 9 507 7 217 9 486 15 990 15 043 12 276 14 064

Les personnes nées au Canada et les résidents permanents du Canada revenant au pays étaient plus susceptibles de faire partie du groupe d’âge le plus actif et d’avoir un niveau de scolarité plus élevé que les autres personnes nées au Canada et résidents permanents du Canada. En 2021, 58 % des personnes nées au Canada revenant au pays et 72 % des résidents permanents revenant au pays étaient âgés de 25 à 64 ans, comparativement à 50 % des autres personnes nées au Canada et à 64 % des autres résidents permanents. Au sein de ce groupe d’âge, 64 % des personnes nées au Canada revenant au pays et 70 % des résidents permanents revenant au pays étaient titulaires d’un baccalauréat ou d’un grade supérieur, comparativement à 27 % des autres personnes nées au Canada et à 42 % des autres résidents permanents. Ces résultats suggèrent que les personnes dont le niveau de capital humain est plus élevé ont tendance à être plus mobiles.

En somme, la composition de la population immigrante provenant des États-Unis a beaucoup changé depuis les années 1980, époque où les flux migratoires étaient dominés par les résidents des États-Unis nés aux États-Unis. Depuis quelques années, la majorité des immigrants au Canada provenant des États-Unis sont soit des résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté américaine, soit des citoyens américains qui étaient des résidents temporaires du Canada. Ce changement est sans doute lié, au moins en partie, à la forte augmentation du nombre de travailleurs étrangers temporaires au Canada et à la sélection croissante d’immigrants à partir de ce bassin (Hou, Crossman et Picot, 2020).

De plus, le nombre de résidents des États-Unis ayant la citoyenneté américaine (nés aux États-Unis ou à l’extérieur des États-Unis) qui déménagent au Canada a augmenté au cours du deuxième mandat de la 43e administration présidentielle, puis diminué sous la 44e administration, alors que le nombre de résidents des États-Unis n’ayant pas la citoyenneté canadienne qui déménagent au Canada a quadruplé au cours des trois premières années de la 45e administration, puis diminué sous la 46e administration. Le mouvement des personnes nées au Canada et des résidents permanents du Canada qui reviennent des États-Unis a également reflété les changements de gouvernement aux États-Unis.

À l’avenir, compte tenu des changements politiques et économiques aux États-Unis, les résultats de cette étude pourraient éclairer les schémas d’immigration potentiels des non-citoyens américains et des personnes nées au Canada vivant actuellement aux États-Unis vers le Canada au cours des prochaines années.

Auteurs

Max Stick et Feng Hou travaillent à la Division de l’analyse sociale et de la modélisation, Direction des études analytiques et de la modélisation, de Statistique Canada.

Références

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Cain, P. 2016. Some U.S. liberals walk the walk: Immigration to Canada doubled after Bush’s 2004 re-election. Global News. Consulté le 11 février 2025.

Croucher, S. 2011. The nonchalant migrants: Americans living north of the 49th parallel. International Migration & Integration, 12:113-131.

Hou, F., E. Crossman et G. Picot. 2020. Sélection des immigrants en deux étapes : analyse de son expansion au Canada. Statistique Canada : Aperçus économiques, no 112. Produit no 11-626-X – 2020009 au catalogue de Statistique Canada.

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