Rapports économiques et sociaux
Rendement économique et financier des entreprises appartenant à des immigrants au Canada

Date de diffusion : le 26 février 2025

DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202500200002-fra

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Le Canada compte l’une des plus fortes proportions d’immigrants parmi les pays développés. Selon les données du Recensement de 2021, les immigrants représentaient près du quart (23,0 %) de la population, ce qui constitue la plus forte proportion parmi les pays du G7. Ce chiffre devrait atteindre près de 32 % d’ici 2041 (Statistique Canada, 2022). Les immigrants ont également tendance à avoir des taux de propriété d’entreprise plus élevés que les personnes nées au Canada (Green et coll., 2016). Par conséquent, il est essentiel de comprendre l’incidence des entreprises appartenant à des immigrants sur l’économie canadienne.

Le présent article met en évidence les principales constatations tirées de deux études récentes (Liu et coll., 2024a; Liu et coll., 2024b) qui traitent de la productivité du travail et des contributions financières des entreprises appartenant à des immigrants. Reposant sur la Base de données canadienne sur la dynamique employeurs-employés portant sur la période de 2001 à 2020, ces études permettent d’analyser la relation entre les propriétaires d’entreprises immigrants et la productivité du travail ainsi que les contributions financières au niveau de l’entreprise. Les études tiennent compte des caractéristiques des entreprises et des propriétaires immigrants à leur arrivée au pays. De plus, les études permettent d’examiner les différences en matière de productivité du travail et de contributions financières entre les entreprises appartenant majoritairement, d’une part, et minoritairement, d’autre part, à des immigrants.

Les entreprises appartenant majoritairement à des immigrants sont, en moyenne, moins productives que les entreprises appartenant à des personnes nées au Canada, tandis que les entreprises appartenant minoritairement à des immigrants sont tout aussi productives, et la taille des entreprises a une forte incidence sur l’écart de productivité du travail

Après avoir pris en compte les caractéristiques des entreprises, comme l’emploi, l’intensité du capital, l’industrie et la province, on constate que la productivité du travail des entreprises appartenant majoritairement à des immigrants était inférieure de 9,4 % à celle des entreprises appartenant à des personnes nées au Canada, et ce, peu importe la taille de l’entreprise. À l’inverse, la productivité du travail des entreprises appartenant minoritairement à des immigrants était supérieure de 2,4 % à celle des entreprises appartenant à la population née au Canada (graphique 1)Note .

Toutefois, les entreprises appartenant à des immigrants étaient plus concentrées parmi les petites entreprises. Cet écart global de productivité du travail masque d’importantes variations selon la taille des entreprises. L’écart de productivité augmentait en fonction de la taille de l’entreprise. Pour les entreprises de moins de cinq employés, l’écart de productivité entre les entreprises appartenant majoritairement à des immigrants et celles appartenant à des personnes nées au Canada était de 8,8 %. L’écart se creusait à mesure que la taille des entreprises augmentait pour atteindre 20,9 % pour les entreprises de 100 employés ou plus. En ce qui concerne les entreprises appartenant minoritairement à des immigrants, les résultats diffèrent selon l’effectif. Si, pour les entreprises comptant moins de 100 employés elles étaient légèrement plus productives que les entreprises appartenant à la population née au Canada, elles affichaient une productivité inférieure de 10,3 % à celle des entreprises appartenant à des personnes nées au Canada pour les entreprises de 100 employés ou plus.

graphique 1 Écart estimé de la productivité du travail au niveau de l’entreprise selon la taille de l’entreprise et la participation d’immigrants à la propriété

Tableau de données du graphique 1
Tableau de données du graphique 1 Sommaire du tableau
Les données sont présentées selon Taille de l’entreprise (titres de rangée) et EAMJI, EAMNI et EAPNC, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Taille de l’entreprise EAMJI EAMNI EAPNC
pourcentage
Note ***

valeur considérablement différente de l’estimation pour la catégorie de référence (p < 0,001)

Retour à la référence de note&nbsp;*** referrer

Notes : EAMJI = entreprises appartenant majoritairement à des immigrants; EAMNI = entreprises appartenant minoritairement à des immigrants; EAPNC = entreprises appartenant à des personnes nées au Canada.
Source : Statistique Canada, Base de données canadienne sur la dynamique employeurs-employés et calculs des auteurs.
1 à 4 employés 91 Tableau de données du graphique 1 Note *** 101 100
5 à 19 employés 89 Tableau de données du graphique 1 Note *** 105 Tableau de données du graphique 1 Note *** 100
20 à 99 employés 84 Tableau de données du graphique 1 Note *** 101 100
100 employés et plus 79 Tableau de données du graphique 1 Note *** 90 Tableau de données du graphique 1 Note *** 100
Ensemble 91 Tableau de données du graphique 1 Note *** 102 Tableau de données du graphique 1 Note *** 100

La productivité du travail des entreprises appartenant à des immigrants est positivement corrélée avec le niveau de scolarité, la connaissance des langues officielles et l’expérience antérieure de l’exploitation d’une entreprise des propriétaires immigrants, en particulier pour les petites et moyennes entreprises

Les caractéristiques des propriétaires immigrantsNote , en particulier celles liées au capital humain, contribuaient positivement à la productivité du travail des entreprises appartenant à des immigrants. Les entreprises appartenant à des immigrants admis comme gens d’affaires (demandeurs principaux) affichaient le niveau de productivité du travail le plus élevé, ce qui représente une augmentation de 3,4 % par rapport au groupe de référence des entreprises appartenant à des immigrants admis comme travailleurs économiques (demandeurs principaux). Ces données probantes indiquent que l’expérience antérieure de l’exploitation d’une entreprise des propriétaires a une incidence positive sur la productivité du travail des entreprises. En revanche, les entreprises appartenant à des immigrants admis comme réfugiés et au titre d’autres catégories étaient parmi les moins productives (graphique 2).

graphique 2 Corrélations entre certaines caractéristiques des propriétaires immigrants et la productivité du travail au niveau de l’entreprise

Tableau de données du graphique 2
Tableau de données du graphique 2 Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2 , calculées selon (figurant comme en-tête de colonne).
  Pourcentage
Note *

valeur significativement différente de l’estimation pour la catégorie de référence (p < 0,05)

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Note **

valeur significativement différente de l’estimation pour la catégorie de référence (p < 0,01)

Retour à la référence de note&nbsp;** referrer

Note ***

valeur significativement différente de l’estimation pour la catégorie de référence (p < 0,001)

Retour à la référence de note&nbsp;*** referrer

Notes : Réf. = catégorie de référence; DP = demandeurs principaux.
Source : Statistique Canada, Base de données canadienne sur la dynamique employeurs-employés et calculs des auteurs.
Catégorie d’admission (réf. : immigration économique, DP) 0,0
Immigrants économiques, conjoints et personnes à charge 2,4 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Gens d’affaires, DP 3,4 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Regroupement familial -0,5
Réfugiés -3,2 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Autres -3,4 Tableau de données du graphique 2 Note *
Plus haut niveau de scolarité (réf. : secondaire ou niveau inférieur) 0,0
École de métiers, diplôme ou études universitaires -2,6 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Baccalauréat ou études en vue d’obtenir un diplôme d’études supérieures 1,3 Tableau de données du graphique 2 Note **
Maîtrise 5,1 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Doctorat 16,4 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Connaissance des langues officielles (réf. : anglais seulement) 0,0
Français seulement -3,8 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Anglais et français -0,6
Ni anglais ni français -2,1 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Région de naissance (réf. : Europe) 0,0
Afrique et Moyen-Orient -1,2 Tableau de données du graphique 2 Note *
Asie du Sud -5,8 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Asie de l’Est -18,2 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Océanie et autres pays d’Asie -8,9 Tableau de données du graphique 2 Note ***
Amérique du Sud et centrale -5,8 Tableau de données du graphique 2 Note ***
États-Unis et autres pays 2,9 Tableau de données du graphique 2 Note **

Le niveau de scolarité des propriétaires immigrants démontrait une forte corrélation positive avec la productivité d’une entreprise. Par exemple, les entreprises appartenant à des immigrants titulaires d’un doctorat affichaient la productivité du travail la plus élevée, en hausse de 16,4 % par rapport à celle des entreprises aux propriétaires titulaires d’un diplôme d’études secondaires ou de niveau inférieur. Les entreprises appartenant à des immigrants titulaires d’une maîtrise se classaient au deuxième rang des entreprises les plus productives, suivies de celles dont les propriétaires sont titulaires d’un baccalauréat (graphique 2).

La capacité des propriétaires immigrants de parler les langues officielles était également corrélée à la productivité du travail d’une entreprise. Les entreprises appartenant à des immigrants uniquement anglophones ou qui maîtrisaient à la fois l’anglais et le français étaient tout aussi productives. Par ailleurs, elles étaient plus productives que celles appartenant à des propriétaires uniquement francophones ou qui ne maîtrisaient aucune des deux langues officielles. Fait intéressant, les entreprises appartenant à des immigrants uniquement francophones affichaient la productivité du travail la plus faible, ce qui peut être attribuable aux limitations des possibilités commerciales ou de marché causées par les obstacles linguistiques (graphique 2). Ces résultats soulignent le rôle important du capital humain des propriétaires dans l’amélioration du rendement des entreprises, comme le démontrent d’autres études (Fairlie et Robb, 2009).

Sur le plan géographique, les entreprises appartenant à des immigrants venus d’Europe, des États-Unis ou d’autres régions diverses étaient les plus productives. En revanche, les entreprises appartenant à des immigrants venus d’Asie de l’Est étaient les moins productives, en moyenne (graphique 2).

Toutefois, les corrélations de ces caractéristiques avec la productivité du travail des entreprises étaient surtout significatives pour les petites et moyennes entreprises de moins de 100 employés. Parmi les grandes entreprises de 100 employés ou plus, ces relations disparaissaient en grande partie, à l’exception du niveau de scolarité des propriétaires immigrants. Parmi les grandes entreprises, celles dont les propriétaires immigrants étaient titulaires d’un baccalauréat ou d’une maîtrise, mais pas d’un doctorat, étaient désormais les plus productives. Si les entreprises appartenant à des immigrants venus d’Europe, des États-Unis ou d’autres régions diverses restaient parmi les plus productives, et ce, peu importe leur taille, les entreprises appartenant à des propriétaires venus d’Asie de l’Est n’étaient plus les moins productives parmi les entreprises de 100 employés ou plus. De fait, elles étaient tout aussi productives que les entreprises dont les propriétaires venaient d’Europe ou des États-Unis.

Les entreprises appartenant à des immigrants (en majorité ou en minorité) ont tendance à payer des impôts nets par employé plus élevés que les entreprises appartenant à des personnes nées au Canada

Après avoir pris en compte les caractéristiques des entreprises, les entreprises appartenant majoritairement à des immigrants payaient, en moyenne, 16 % plus d’impôts nets par employé (les impôts totaux exigibles moins les remboursements d’impôts ou les crédits d’impôt) que les entreprises de propriétaires nés au Canada (graphique 3). Les entreprises appartenant minoritairement à des immigrants en payaient encore plus : 23 % d’impôts nets supplémentaires par employé (graphique 3).

graphique 3 Contributions financières estimées au niveau de l’entreprise selon la participation d’immigrants à la propriété d'entreprises

Tableau de données du graphique 3
Tableau de données du graphique 3 Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 3 EAMJI, EAMNI et EAPNC, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
  EAMJI EAMNI EAPNC
pourcentage
Note **

valeur significativement différente de l’estimation pour la catégorie de référence (p < 0,01)

Retour à la référence de note&nbsp;** referrer

Note ***

valeur significativement différente de l’estimation pour la catégorie de référence (p < 0,001)

Retour à la référence de note&nbsp;*** referrer

Notes : EAMJI = entreprises appartenant majoritairement à des immigrants; EAMNI = entreprises appartenant minoritairement à des immigrants; EAPNC = entreprises appartenant à des personnes nées au Canada.
Source : Statistique Canada, Base de données canadienne sur la dynamique employeurs-employés et calculs des auteurs.
Total des impôts nets par employé 116 Tableau de données du graphique 3 Note *** 123 Tableau de données du graphique 3 Note *** 100
Total des impôts à payer par employé 110 Tableau de données du graphique 3 Note *** 116 Tableau de données du graphique 3 Note *** 100
Total des remboursements d’impôt et des crédits d’impôt par employé 63 Tableau de données du graphique 3 Note *** 89 Tableau de données du graphique 3 Note ** 100

Cette augmentation des impôts nets est attribuable à la fois à la hausse du total des impôts à payer et à la baisse des remboursements ou des crédits d’impôt. Plus précisément, les entreprises appartenant majoritairement à des immigrants payaient 10 % de plus en impôts totaux avant les remboursements et recevaient 37 % moins de remboursements d’impôts ou de crédits d’impôt par employé. De même, les entreprises appartenant minoritairement à des immigrants payaient 16 % plus d’impôts totaux et recevaient 11 % moins de remboursements d’impôts (graphique 3).

Parmi les entreprises appartenant à des immigrants, celles appartenant minoritairement à des immigrants payaient 16 % plus d’impôts nets par employé que celles appartenant majoritairement à des immigrants, et ce, même en tenant compte des caractéristiques de l’entreprise et du propriétaire. Des facteurs comme l’expérience de l’exploitation d’une entreprise, le niveau de scolarité et la maîtrise des deux langues officielles par le propriétaire immigrant étaient positivement corrélés à des impôts nets plus élevés par employé.

Conclusion

Les entreprises appartenant à des immigrants, en particulier celles appartenant majoritairement à des immigrants, étaient généralement moins productives que les entreprises appartenant à des personnes nées au Canada (aucun propriétaire immigrant). Cet écart de productivité se creusait à mesure que la taille des entreprises augmentait. Cet écart pourrait s’expliquer par plusieurs facteurs. Par exemple, les entreprises appartenant à des immigrants sont confrontées à davantage de contraintes financières, ce qui pourrait limiter leur capacité à investir dans des technologies qui améliorent la productivité ou dans une main-d’œuvre qualifiée. Même après la prise en compte des différences sectorielles générales, les entreprises appartenant à des immigrants pourraient demeurer concentrées dans des industries très concurrentielles et à faible marge (comme de petits commerces de détail, des restaurants ou des entreprises de services personnels) qui présentent des économies d’échelle plus faibles et moins d’occasions de croissance de la productivité.

Les entreprises appartenant minoritairement à des immigrants étaient plus productives que celles appartenant majoritairement à des immigrants, et ce, peu importe la taille de l’entreprise. De fait, les petites et moyennes entreprises (moins de 100 employés) appartenant minoritairement à des immigrants affichaient des niveaux de productivité semblables à ceux des entreprises appartenant à des personnes nées au Canada. En outre, les entreprises appartenant minoritairement à des immigrants contribuaient davantage aux impôts nets à payer que celles appartenant majoritairement à des immigrants. Ces résultats donnent à penser que la collaboration entre les propriétaires immigrants et ceux nés au Canada pourrait être bénéfique, puisque la copropriété facilite l’échange de renseignements, de cultures, d’expériences et de réseaux, ce qui contribue ainsi à développer des produits qui répondent à des demandes diverses.

Les caractéristiques des propriétaires immigrants au moment de leur arrivée au pays, comme leur niveau de scolarité, leur expérience de l’exploitation d’une entreprise et leurs compétences linguistiques, étaient positivement corrélées à la productivité du travail et aux contributions financières des entreprises appartenant à des immigrants. Ces facteurs étaient particulièrement marqués pour les petites et moyennes entreprises. Le niveau de scolarité était le prédicteur le plus important de la productivité pour toutes les entreprises, quelle que soit leur taille. Ce résultat souligne le rôle crucial des études dans le soutien de l’offre de main-d’œuvre qualifiée et la réussite des entreprises dans l’économie canadienne.

Auteurs

Huju Liu travaille au sein de la Division de l’analyse économique, relevant de la Direction des études analytiques et de la modélisation, à Statistique Canada. Chaohui Lu travaille à Santé Canada et faisait partie de la Division de l’analyse économique à Statistique Canada au moment de l’analyse. Haozhen Zhang et Jianwei Zhong travaillent à la Direction générale de la recherche et des données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada.

Bibliographie

Fairlie, R.W. et A.M. Robb (2009).« Gender differences in business performance: evidence from the Characteristics of Business Owners survey ». Small Business Economics 33, 375.

Green, D., H. Liu, Y. Ostrovsky et G. Picot (2016). Immigration, propriété d’entreprises et emploi au Canada. Direction des études analytiques : documents de recherche, no 375, Statistique Canada.

Liu, H., C. Lu, H. Zhang et J. Zhong (2024a). Labour Productivity of Immigrant-owned Businesses and Its Determinants, dans Elmi et coll. (éd.) : Immigrant Entrepreneurship: Challenges and Opportunities, Palgrave Macmillan Cham.

Liu, H., C. Lu, H. Zhang et J. Zhong (2024b). Fiscal Contribution of Immigrant-owned Corporations and Its Determinants, dans Elmi et coll. (éd.) : Immigrant Entrepreneurship: Challenges and Opportunities, Palgrave Macmillan Cham.

Statistique Canada (2022). « Les immigrants représentent la plus grande part de la population depuis plus de 150 ans et continuent de façonner qui nous sommes en tant que Canadiens », Le Quotidien, 26 octobre 2022.

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