Rapports économiques et sociaux
Mobilité intergénérationnelle du revenu au Canada : points saillants de deux études récentes

Date de diffusion : le 21 décembre 2023

DOI : https://doi.org/10.25318/36280001202301200001-fra

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Une étude dans un numéro à venir du American Economic Journal: Applied Economics compare les taux de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Norvège, en Suède et en Finlande. Le taux de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu est défini comme la fraction d’enfants adultes dans la population dont le revenu est supérieur à celui gagné par leurs parents au même âge. Des études antérieures ont révélé une baisse spectaculaire du taux de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu aux États-Unis : alors qu’on pouvait s’attendre à ce qu’environ 90 % des Américains de 30 ans nés dans les années 1940 s’en tirent mieux que leurs parents au même âge, la proportion n’était que d’un peu plus de 50 % des Américains de 30 ans nés dans les années 1980. Un examen plus restreint a montré que le taux de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu au Canada à 30 ans était resté relativement stable pour les personnes nées entre 1977 et 1985, et que la plupart des Canadiens de 30 ans nés dans les années 1980 avaient un revenu familial moyen indexé plus élevé que celui de leurs parents au même âge.

La nouvelle étude, corédigée par un groupe de chercheurs internationaux dirigé par le professeur Robert Manduca (Université du Michigan), s’est surtout penchée sur les aspects méthodologiques de l’estimation de la mobilité intergénérationnelle absolue du revenu, comme les effets des différentes définitions du revenu, et a permis de discuter des avantages et des inconvénients de diverses stratégies d’estimation en présence de contraintes de données souvent rencontrées par les chercheurs. Toutefois, elle a également fait ressortir des différences dignes de mention au chapitre des taux de mobilité absolue du revenu dans les pays participants. Par exemple, pour la cohorte d’adultes nés en 1985, le taux estimé le plus élevé de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu mesuré à l’âge de 30 ans était en Norvège, où environ 3 enfants adultes sur 4 avaient un revenu familial supérieur à celui de leurs parents à l’âge de 30 ans (graphique 1). Le taux estimatif de mobilité le plus faible a été observé aux États-Unis, où seulement la moitié environ des enfants adultes nés en 1985 pouvaient espérer avoir un revenu familial supérieur à celui de leurs parents au même âge. Au Canada, le taux estimatif de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu pour la même cohorte d’enfants adultes était plus élevé qu’aux États-Unis, moins élevé qu’en Norvège ou au Royaume-Uni et à peu près le même qu’en Finlande.

Graphique 1 : Taux de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu mesuré à l'âge de 30 ans, selon le pays

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Pays (titres de rangée) et Taux de mobilité, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pays Taux de mobilité
pourcentage
Canada 57
États-Unis 50
Finlande 57
Royaume-Uni 65
Norvège 74

L’étude présente un examen détaillé de la sensibilité des estimations de la mobilité absolue à divers choix méthodologiques faits par les chercheurs dans la littérature sur la mobilité intergénérationnelle du revenu. Elle montre qu’en général, la définition du revenu, l’âge auquel la mobilité absolue est estimée et les méthodes statistiques utilisées dans l’analyse influent tous sur les résultats. Par exemple, dans la plupart des pays, les taux de mobilité intergénérationnelle absolue à l’âge de 40 ans étaient très différents de ceux à l’âge de 30 ans. Au Canada, le taux de mobilité intergénérationnelle absolue du revenu augmentait avec l’âge auquel il était mesuré. Les auteurs explorent également les sources possibles de différences dans les taux de mobilité absolue entre les pays participants et concluent en soulignant que « [l]a mobilité absolue du revenu reste un indicateur économique très pertinent et révélateur, qui mérite toujours l’attention des spécialistes des sciences sociales et des décideurs politiques ».

La partie canadienne de l’étude reposait sur les données de la Base de données sur la mobilité intergénérationnelle du revenu (BDMIR), tenue à jour par la Division de l’analyse sociale et de la modélisation de Statistique Canada. La BDMIR, qui a été créée au milieu des années 1990 et qui a été mise à jour plusieurs fois au cours des 25 dernières années, est utilisée depuis de nombreuses années dans la recherche canadienne sur la mobilité intergénérationnelle du revenu. Elle est mise à la disposition des chercheurs canadiens par l’intermédiaire du Réseau canadien des centres de données de recherche depuis déjà un certain temps. Cette base de données, dans laquelle les données des enfants et des parents sont couplées à l’aide de données administratives, peut être utilisée pour étudier la transmission de l’emploi et des revenus des parents aux enfants, ainsi que d’autres phénomènes intergénérationnels. Grâce à la structure longitudinale de la BDMIR, les chercheurs sont en mesure de suivre les enfants jusque dans leur vie d’adultes avancée et d’observer leurs revenus à différentes étapes de leur vie.

La valeur de la BDMIR en tant qu’outil d’analyse a été récemment accrue par l’intégration des renseignements tirés du Recensement de la population (couplage de la BDMIR et du recensement) pour les années 1996, 2001, 2006, 2011 (Enquête nationale auprès des ménages) et 2016. Les données du recensement fournissent des renseignements importants qui, en général, ne sont pas disponibles dans les données administratives, comme des renseignements concernant le niveau de scolarité, le statut d’immigrant et les caractéristiques professionnelles des personnes. Une étude pilote menée par M. Connolly (Université du Québec à Montréal), C. Haeck (Université du Québec à Montréal) et J.-W.  P. Laliberté (Université de Calgary) a recouru aux données tirées du couplage de la BDMIR et du recensement en vue d’examiner l’incidence du niveau de scolarité des parents sur la transmission des revenus entre les générations. L’étude a porté sur la mobilité relative, qui fait référence aux changements dans la position qu’occupe un enfant adulte dans la répartition globale du revenu par rapport à la position occupée par ses parents. L’étude a été motivée par les recherches antérieures qui laissent entendre que la mobilité intergénérationnelle relative globale du revenu au Canada est en baisse. La scolarité est connue comme étant un déterminant important tant pour les revenus gagnés au cours de la vie que pour les revenus des enfants adultes. Cependant, l’absence de données sur le niveau de scolarité des personnes dans la BDMIR a nui aux efforts déployés précédemment pour mesurer à quel point le taux de transmission intergénérationnelle du revenu au Canada dépend du niveau de scolarité des parents.

Faisant fond sur la force de la nouvelle base de données résultant du couplage de la BDMIR et du recensement, l’étude pilote a permis d’effectuer plusieurs constatations importantes. Les auteurs ont mis l’accent sur l’importance des taux d’achèvement des études secondaires et ont laissé entendre que « le fait de favoriser l’achèvement des études secondaires pourrait contribuer à ralentir la tendance à la baisse de la mobilité intergénérationnelle du revenu ». Ils ont également observé que l’augmentation du niveau de scolarité des mères aurait pu avoir un effet similaire sur la mobilité des revenus. Une partie de l’analyse a permis d’examiner les variations en matière de mobilité du revenu selon le statut d’immigrant. La disponibilité des renseignements sur le statut d’immigrant est un autre élément clé et constitue l’une des principales forces de la nouvelle base de données résultant du couplage de la BDMIR et du recensement.

Les chercheurs peuvent désormais accéder aux données de la base de données résultant du couplage de la BDMIR et du recensement par l’intermédiaire des centres de données de recherche partout au Canada.

Auteur

Yuri Ostrovsky travaille à la Division de l’analyse sociale et de la modélisation et à la Division de l’analyse stratégique, des publications et de la formation de Statistique Canada.

Références

Manduca, R., M. Hell, A. Adermon, J. Blanden, E. Bratberg, A. C. Gielen, H. van Kippersluis, K. Lee, S. Machin, M. D. Munk, M. Nybom, Y. Ostrovsky, S. Rahman, et O. Sirniö (2023) Measuring Absolute Income Mobility: Lessons from North America and Europe. American Economic Journal: Applied Economics. À venir.

Connolly, M., C. Haeck et J. W. Laliberté (2022). Parental education and the rising transmission of income between generations. In Measuring Distribution and Mobility of Income and Wealth. Eds: R. Chetty , J. N. Friedman , J. C. Gornick , B. Johnson et A. Kennickell.

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