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Les régions rurales ont besoin d'immigrants

Au cours de la période allant de 2001 à 2006, le Canada a accepté, en moyenne, quelque 211 000 immigrants par an1. L'immigration est une composante de plus en plus importante de la croissance démographique du Canada. Au cours de la période s'étendant de 1971-19722 à 1975-1976, l'immigration représentait 37 % de la croissance démographique totale. De 2000-2001 à 2004-2005, l'immigration représentait environ 60 % de la croissance démographique du Canada (Statistique Canada, 2006).

Dans de nombreuses régions rurales du Canada, la diminution naturelle de la population (c.-à-d. lorsque les décès sont plus nombreux que les naissances) et l'émigration interne ont fait baisser la population. Les personnes qui restent sont confrontées aux problèmes que constituent l'érosion de l'infrastructure, la réduction de la base économique et la perte de capital social de longue date. De nombreuses collectivités rurales se tournent vers l'immigration comme moyen de stimuler les institutions sociales et le développement économique et ralentir la décroissance démographique. Certaines collectivités rurales recrutent dynamiquement des immigrants, en utilisant par exemple l'Internet pour faire leur propre promotion comme destination d'immigration. D'autres cherchent à l'étranger des immigrants qui fourniront la main-d'œuvre dont leurs collectivités ont besoin (Sénat du Canada, 2008). Cependant, Broadway (2007) et Fairy et Hanson et coll. (2008) relèvent que les conditions de travail peuvent être moins favorables et/ou qu'il s'agit d'un travail pour lequel il est difficile de recruter des travailleurs locaux.

Kandel et Parrado (2005) et Broadway (2007) ont relevé que les usines de transformation des aliments de Brooks, en Alberta et Brandon, au Manitoba, ont eu de la difficulté à maintenir un effectif composé de travailleurs locaux pour combler les postes peu rémunérés, à forte intensité de main-d'œuvre et physiquement exigeant. En conséquence, les entreprises embauchent abondamment des immigrants et des réfugiés d'Afrique, d'Asie et d'Amérique centrale pour satisfaire à leurs besoins de main-d'œuvre. Broadway (2007) observe qu'à Brooks, en Alberta, ceci s'est soldé par une pénurie de logements, une augmentation de la demande pour les services sociaux, l'accroissement de divers troubles sociaux, la création d'emplois à temps partiel ou relativement peu rémunérés et une baisse relative des niveaux de revenu. Cependant, sur une note plus positive, il constate que les immigrants ont été intégrés à l'économie de la collectivité, car ils ont créé des services locaux (depuis des épiceries jusqu'à de la musique) pour une population croissante d'immigrants et de réfugiés qui, comme il l'a relevé, a enrichi la collectivité en général.

Donato et coll. (2007) ont relevé d'éventuelles incidences négatives plus générales afférentes à l'arrivée de nouveaux immigrants — frustration due au fait que la collectivité manque d'expérience ou d'infrastructure pour aider les immigrants et méfiance et résistance de la collectivité hôte ainsi que des immigrants découlant de tensions raciales/ethniques. Ces problèmes potentiels ne sont pas propres aux collectivités rurales, certes, mais ils peuvent y être plus écrasants parce que la collectivité dispose d'une moindre assiette fiscale pour fournir des ressources, d'une population moins nombreuse pour fournir de l'aide et éventuellement d'une population qui a moins vécu l'expérience du développement communautaire transculturel.

De nombreuses collectivités rurales « composent, elles aussi, avec la réalité de la diversité et de la transformation démographique » (Radford, 2007). Radford demande que l'on effectue, sur les immigrants ruraux, davantage de recherche consistant à suivre les expériences, la qualité de vie de ces néo-Canadiens et les défis auxquels ils sont confrontés. Une telle recherche peut contribuer à ce qu'on prenne des mesures plus efficaces pour atténuer les difficultés qui risquent de se présenter. Ram et Shin (1999) laissent entendre que plus un groupe d'immigrants est mobile, plus son degré d'intégration à la population générale de la société est élevé. Par conséquent, la répartition spatiale de la population est un indicateur de l'intégration socioéconomique. La mobilité des immigrants dans une collectivité rurale, dans laquelle le sentiment d'appartenance communautaire est relativement plus fort (Mitura et Bollman, 2004), peut accroître l'intégration des immigrants dans la société canadienne, comparativement à l'expérience vécue dans les régions urbaines.

Dans ce bulletin, nous établissons, au moyen des données du Recensement de la population de 2006, des profils d'immigrants ruraux selon cinq thèmes : le nombre d'immigrants exprimé en pourcentage de la population totale, la période d'arrivée des immigrants, la région de naissance des immigrants, la migration des nouveaux immigrants et, enfin, le classement des régions rurales en fonction du nombre d'immigrants exprimé en pourcentage de la population totale dans chaque région rurale3.

Notes

  1. « Le recensement estime à 1 110 000 le nombre d'immigrants qui se sont établis au Canada entre le 1er janvier 2001 et le 16 mai 2006. » (Statistique Canada, 2007c). Ainsi, au cours de la période de 5¼ d'années s'étendant du 1er janvier 2001 au 16 mai 2006, le nombre de nouveaux immigrants était d'environ 211 000 par an.
  2. « Le recensement estime à 1 110 000 le nombre d'immigrants qui se sont établis au Canada entre le 1er janvier 2001 et le 16 mai 2006. » (Statistique Canada, 2007c). Ainsi, au cours de la période de 5¼ d'années s'étendant du 1er janvier 2001 au 16 mai 2006, le nombre de nouveaux immigrants était d'environ 211 000 par an.
  3. Des bulletins antérieurs de Beshiri et Alfred (2002) et Beshiri (2004) ont présenté des vues d'ensemble du nombre d'immigrants au Canada rural en 1996 et 2001 respectivement.