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Incidence et ampleur du faible revenu des Canadiens des régions rurales et urbaines actifs sur le marché du travail
Caractéristiques personnelles, familiales et du marché du travail des travailleurs canadiens à faible revenu
Principaux facteurs associés à l'appartenance à une famille à faible revenu pour les personnes qui travaillent
Comment la situation des travailleurs ruraux et urbains à faible revenu évolue-t-elle avec le temps?
Trajectoires sur le marché du travail des travailleurs canadiens ruraux et urbains à faible revenu
Mobilité géographique des travailleurs à faible revenu des régions rurales et urbaines
Incidence et ampleur du faible revenu des Canadiens des régions rurales et urbaines actifs sur le marché du travail
En 2003, l'incidence du faible revenu (établi au moyen du seuil de la Mesure du panier de consommation) (voir l'encadré 1) chez les Canadiens actifs sur le marché du travail était environ la même pour les travailleurs ruraux et urbains (8,6 % dans les régions rurales comparativement à 7,8 % dans les centres urbains).
On constate avec étonnement que l'écart de revenu ou l'ampleur du faible revenu1 des travailleurs à faible revenu était comparable, indépendamment du fait qu'ils aient vécu dans une région rurale ou urbaine. Ce résultat était semblable à celui que nous avons trouvé pour l'ensemble de la population à faible revenu (population active et non active). Pour l'un ou l'autre groupe, le revenu familial était d'environ 30 % inférieur au seuil de faible revenu, ce qui indique que pour les pauvres, le travail ne procure pas toujours un avantage par rapport à l'inactivité, et cela est vrai indépendamment du fait que l'on vive dans une région rurale ou urbaine.
Caractéristiques personnelles, familiales et du marché du travail des travailleurs canadiens à faible revenu
Les travailleurs ruraux et urbains à faible revenu présentent des profils différents. Comparativement aux travailleurs urbains à faible revenu, les travailleurs ruraux à faible revenu sont plus âgés, moins susceptibles d'être seuls, plus susceptibles de faire partie d'un couple à deux revenus ayant des enfants et moins susceptibles d'être titulaires d'un diplôme universitaire (figure 1).
Les caractéristiques du marché du travail des travailleurs ruraux à faible revenu sont également très différentes. Ils travaillent un plus grand nombre d'heures que les travailleurs urbains à faible revenu (en moyenne 300 heures de plus par an), possèdent davantage d'expérience professionnelle et sont bien plus susceptibles d'être des travailleurs autonomes. Ils sont également bien moins susceptibles de travailler dans l'industrie des ventes et services, moins susceptibles de travailler pour une moyenne entreprise ou moins susceptibles d'être des salariés faiblement rémunérés (figure 2) (voir les définitions dans l'encadré 3).
Il est intéressant de constater que les travailleurs ruraux à faible revenu sont moins susceptibles que leurs homologues urbains de toucher des prestations d'aide sociale (AS)2 (7 % ont touché des prestations d'AS en 2003, comparativement à 13 % des travailleurs urbains à faible revenu). Cependant, les travailleurs à faible revenu dans les régions rurales sont plus susceptibles (30 %) que leurs homologues urbains (20 %) de toucher des prestations d'assurance-emploi (a.-e.).
Figure 1 Caractéristiques personnelles et familiales des travailleurs canadiens ruraux et urbains à faible revenu
Figure 2 Caractéristiques du marché du travail des travailleurs canadiens ruraux et urbains à faible revenu
Le sexe est important lorsque l'on compare les conditions d'emploi des travailleurs ruraux et urbains à faible revenu. Les travailleurs à faible revenu de sexe masculin des régions rurales travaillent plus d'heures que leurs homologues urbains. En 2003, ces hommes des régions rurales ont travaillé, en moyenne, 2 000 heures comparativement à 1 700 heures pour les hommes des régions urbaines. Il est intéressant de relever que les personnes qui vivent dans les régions rurales et qui sont salariées ont des salaires plus élevés que celles qui vivent dans des centres urbains. Les travailleurs à faible revenu de sexe masculin des régions rurales gagnent plus de 15 $ l'heure, comparativement à 13 $ l'heure pour leurs homologues urbains. Par contraste, les travailleurs à faible revenu de sexe féminin ont des heures de travail et des salaires semblables, indépendamment du fait qu'elles vivent dans des régions rurales ou dans des centres urbains.
Principaux facteurs associés à l'appartenance à une famille à faible revenu pour les personnes qui travaillent
Des régressions logistiques distinctes ont été effectuées pour les Canadiens actifs des régions rurales et urbaines, afin d'établir les principaux facteurs associés à l'appartenance des personnes qui travaillent à une famille économique à faible revenu. Les résultats indiquent que le fait d'être le seul soutien économique de la famille était le facteur qui était le plus probablement associé à l'appartenance à une famille à faible revenu dans les régions urbaines et rurales. Il est intéressant de noter que la probabilité d'être pauvre lorsque le travailleur fait partie d'un couple à revenu unique ayant des enfants était plus élevée pour ceux des centres urbains (20,4 %) que ceux des régions rurales (15,6 %) (figure 3).
Figure 3 Influence de la composition de la famille sur la probabilité qu'une personne qui travaille appartienne à une famille à faible revenu
Le fait d'être un travailleur autonome ou d'être faiblement rémunéré était certes associé à une plus forte probabilité de vivre dans une famille à faible revenu, mais le fait d'être travailleur autonome exerçait une influence légèrement plus forte pour les travailleurs des régions rurales, tandis que la faible rémunération était nettement plus préjudiciable aux travailleurs urbains (figure 4).
Figure 4 Influence de la situation de la population active sur la probabilité qu'un travailleur appartienne à une famille à faible revenu
Par ailleurs, le fait de travailler moins de 910 heures pendant l'année exerçait une influence légèrement plus forte sur la probabilité d'être pauvre pour les travailleurs urbains que pour les travailleurs ruraux (il augmentait la probabilité d'être pauvre de dix points de pourcentage pour les travailleurs urbains, mais seulement de huit points de pourcentage pour leurs homologues ruraux).
D'autres caractéristiques, quoique moins importantes, accroissaient la probabilité de vivre dans une famille à faible revenu des travailleurs ruraux et urbains. Ces caractéristiques sont, par ordre d'importance : être un nouvel immigrant ou un Autochtone vivant hors réserve, travailler pour une petite entreprise, posséder peu d'expérience du marché du travail et travailler moins qu'à plein temps, l'année entière. Le fait de vivre dans la province de Québec réduisait le risque de vivre dans une famille à faible revenu pour les travailleurs ruraux et urbains. Il est intéressant de relever que le fait de vivre en Saskatchewan ou au Manitoba augmentait le risque d'être dans une situation de faible revenu pour les travailleurs ruraux, mais cela n'était pas le cas pour leurs homologues urbains.
Il arrive souvent que des caractéristiques semblables augmentent le risque de se trouver dans une situation de faible revenu pour les Canadiens actifs des régions rurales et urbaines, mais certains facteurs ont exercé une influence sur seulement l'un de ces deux groupes :
- Pour les travailleurs ruraux, vivre en Alberta ou travailler dans le secteur primaire faisait augmenter la probabilité de vivre dans une famille à faible revenu.
- Dans le cas des travailleurs urbains, le fait de vivre en Colombie-Britannique ou d'être jeunes, ou de travailler dans l'industrie des ventes et services, ou de ne pas avoir terminé des études secondaires, ou de travailler pour une moyenne entreprise accroissait le risque de vivre dans une famille à faible revenu.
Comment la situation des travailleurs ruraux et urbains à faible revenu évolue-t-elle avec le temps?
Les résultats montrent qu'environ 40 % des travailleurs à faible revenu ont vécu dans une situation de faible revenu persistante au cours de la période s'étendant de 2000 à 2004, indépendamment du fait qu'ils aient vécu dans une région rurale ou un centre urbain. De même, des proportions semblables (environ 80 %) des travailleurs canadiens ruraux et urbains à faible revenu sont sortis de la situation de faible revenu au moins une fois au cours de la période s'étendant de 2001 à 2004, ou en sont sortis « définitivement »3 (environ 30 % pour chaque groupe).
Ces résultats indiquent que les progrès en matière de revenu des travailleurs ruraux et urbains à faible revenu étaient comparables pendant cette période de cinq ans. Ce qui est plus important, c'est que les travailleurs à faible revenu, indépendamment du fait qu'ils aient vécu dans une région rurale ou urbaine, se trouvaient tous dans une situation plutôt précaire de 2000 à 2004, car ils se sont trouvés, en moyenne, dans une situation de faible revenu la moitié du temps.
Les raisons qui expliquent la sortie d'une situation de faible revenu (pour ceux qui ont été capables d'en sortir au moins une fois) étaient très semblables, indépendamment du fait que les personnes aient vécu dans une région rurale ou urbaine. Il est intéressant de relever que dans 65 % de tous les cas, la sortie était due à un changement de la composition de la famille ou à une augmentation des gains d'un autre membre de la famille (figure 5).
Figure 5 Principales raisons de l'augmentation du revenu au-dessus du seuil de faible revenu des travailleurs ruraux qui résidaient dans un ménage à faible revenu
Trajectoires sur le marché du travail des travailleurs canadiens ruraux et urbains à faible revenu
Les travailleurs à faible revenu dans les régions rurales étaient bien plus susceptibles que leurs homologues urbains d'être des travailleurs autonomes, et ce, pendant des périodes plus longues (figure 6).
Tel qu'indiqué ci-haut (figure 2), plus de la moitié des travailleurs à faible revenu dans les régions rurales étaient des travailleurs autonomes en 2003. Les résultats indiquent que plus de 60 % des travailleurs à faible revenu dans les régions rurales étaient des travailleurs autonomes au moins une fois au cours de la période s'étendant de 2000 à 2004, et que 40 % étaient des travailleurs autonomes pendant toutes les années, de 2000 à 2004. Il n'est pas clair si le fait d'être travailleur autonome est le facteur qui « cause » le faible revenu, ou si les travailleurs à faible revenu dans les régions rurales ne peuvent pas trouver d'emplois rémunérés et, comme solution de rechange, doivent exploiter une petite entreprise comme travailleurs autonomes.
Figure 6 Proportion des travailleurs canadiens à faible revenu dans les régions rurales et urbaines qui étaient des travailleurs autonomes
Les travailleurs ruraux à faible revenu ont également accumulé plus d'heures de travail rémunérées que les travailleurs urbains à faible revenu : 9 300 heures au cours de la période de 2000 à 2004, contre 7 900 heures pour leurs homologues urbains4. Ceci équivaut à huit semaines supplémentaires de travail à plein temps par an5.
Mobilité géographique des travailleurs à faible revenu des régions rurales et urbaines
Les résultats présentés ci-dessus se concentraient sur les travailleurs à faible revenu qui vivaient constamment dans une région rurale ou urbaine pendant chaque année, de 2000 à 2004. Cependant, certaines de ces personnes ont déménagé d'une région rurale à une région urbaine (ou vice versa, ou les deux) au cours de cette période. Près de 90 % des travailleurs à faible revenu n'ont pas changé de type de région6 au cours des cinq années. Seulement 6 % de ceux qui étaient pauvres et qui vivaient dans une région rurale en 2000 ont déménagé dans un centre urbain, tandis que 7 % de ceux qui étaient pauvres et qui vivaient dans un certain urbain en 2000 ont déménagé dans une région rurale pendant la période.
Déménager d'une région rurale à un centre urbain semble améliorer la situation économique des travailleurs à faible revenu, mais l'inverse ne semble pas être vrai. Bien que dans ce cas que les différences ne soient pas statistiquement significatives (principalement en raison de la faible taille de l'échantillon), ceux qui vivaient dans des régions rurales en 2000 et qui ont déménagé dans un centre urbain au cours des quatre années suivantes avaient, en moyenne, un revenu personnel plus élevé et un revenu familial plus élevé que ceux qui ont déménagé d'une région urbaine à une région rurale.
Ceci indique que le déménagement n'est pas, en soi, une panacée au faible revenu — c'est le point de départ et le point d'arrivée qui sont importants. Déménager d'une région rurale à une région urbaine semble aider les travailleurs à faible revenu à améliorer leur situation économique, tandis que déménager d'une région urbaine à une région rurale semble être préjudiciable sur le plan de leurs gains et de leur situation de faible revenu.
Conclusions
L'incidence du faible revenu est très semblable, indépendamment du fait que l'on vive dans une région rurale ou urbaine. Par ailleurs, les travailleurs ruraux à faible revenu ne sont pas dans une situation plus difficile que leurs homologues urbains, compte tenu que l'écart ou l'« ampleur » du faible revenu est semblable. Cependant, les travailleurs à faible revenu des régions urbaines et rurales présentent des profils plutôt différents, et certains facteurs associés au faible revenu sont spécifiques à l'endroit où les Canadiens vivent. Par conséquent, des politiques universelles pour lutter contre le faible revenu peuvent avoir des effets différents sur les populations rurales et urbaines.
Par exemple, les pauvres des régions rurales sont plus âgés que leurs homologues urbains. Pour cette raison, il faut peut-être cibler différemment l'éducation et la formation dans les régions urbaines et rurales. Les pauvres ruraux sont plus susceptibles que leurs homologues urbains de vivre dans des familles à deux revenus avec des enfants. Par conséquent, il peut être plus utile, dans les régions rurales, d'aider les parents à assumer le coût d'élever des enfants. Par ailleurs, le travail autonome est plus prédominant chez les pauvres ruraux. Par conséquent, les politiques de salaire minimum ne s'appliquent pas à un important segment de travailleurs à faible revenu dans les régions rurales. En outre, la forte proportion de travailleurs autonomes parmi les travailleurs à faible revenu des régions rurales implique que peu de travailleurs à faible revenu ont accès aux prestations d'assurance-emploi. En outre, le travail dans le secteur primaire accroît le risque de faible revenu pour les résidents des régions rurales. Une stratégie éventuelle consiste à aider les membres de la famille à trouver des emplois dans d'autres secteurs.
Quelles que soient les différences qui peuvent exister entre les facteurs associés au faible revenu des Canadiens actifs des régions rurales et urbaines, il est important de reconnaître que le fait de vivre dans une situation de faible revenu n'est pas un phénomène passager. Au cours de la période de 2000 à 2004, les travailleurs à faible revenu des régions rurales et urbaines ont passé plus de la moitié de leur temps dans une situation de faible revenu, et 40 % d'entre eux ont connu des situations de faible revenu persistantes.
Note
- « Dans le cas des familles dont le revenu disponible est inférieur à un seuil de faible revenu, l'ampleur du faible revenu correspond à la différence entre leur revenu disponible et leur seuil de faible revenu exprimé en pourcentage de ce seuil. Par exemple, un faible revenu d'une ampleur de 0,2 signifie que la personne vit dans une famille dont le revenu disponible est de 20 % inférieur au seuil de faible revenu pour ce type de famille. » (Tiré de Ressources humaines et Développement social Canada Le faible revenu au Canada de 2000 à 2002 selon la Mesure du panier de consommation, juin 2006).
- Les prestations touchées par la personne (non la famille).
- Sortir « définitivement » d'une situation de faible revenu signifie que le revenu de la famille économique de la personne était inférieur au seuil de faible revenu selon le panier de consommation en 2000 et était au-dessus de ce seuil chaque année, de 2001 à 2004.
- Il convient de noter que cette statistique n'a été calculée que pour les personnes qui ont déclaré leur effort de travail au cours de chaque année entre 2000 et 2004.
- Dans cette étude, le travail à plein temps signifie au moins 35 heures par semaine.
- Dans ce cas, changer de type de région signifie passer d'une région rurale à une région urbaine ou vice versa.
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