Section 5 : La gestion environnementale

Les agriculteurs ont adopté une foule de pratiques pour gérer les répercussions des activités agricoles sur l’environnement. Des activités de restauration, notamment la conversion des terres cultivées marginales en pâturages, la plantation de zones tampons riveraines, la protection et la restauration des fonctions des milieux humides, aident à maintenir ou à améliorer la capacité des terres à produire des biens et services écosystémiques précieux.

Les impacts

Beaucoup d’activités agricoles peuvent avoir des impacts environnementaux sur la terre, l’air et l’eau. Ces impacts diffèrent selon l’emplacement de la ferme, le type de ferme, les pratiques agricoles et de gestion des terres particulières employées, de même que le moment où ces pratiques sont adoptées (c.-à-d. la saison d’application des engrais). Par exemple, les éléments nutritifs et les pesticides peuvent s’écouler des champs dans les cours d’eau de surface ou pénétrer dans les sources d’eaux souterraines. La charge en phosphore accrue provenant de l’agriculture est l’un des nombreux facteurs qui ont entraîné des efflorescences d’algues dans le lac Érié et le lac Winnipeg 1 , 2 , 3 .

Les aliments nutritifs et les pesticides

Plusieurs éléments nutritifs sont essentiels à la croissance des plantes, notamment l’azote, le phosphore et le potassium. Les engrais commerciaux et le fumier de bétail sont souvent utilisés comme complément aux éléments nutritifs du sol à des niveaux qui assurent une productivité et le rendement économique maximaux des cultures. L’épandage de fumier ajoute également la matière organique nécessaire au sol, ce qui aide à en améliorer la structure 4 .

Il faut néanmoins prendre soin d’appliquer ces éléments nutritifs afin d’en réduire les répercussions sur l’eau. S’ils sont appliqués en excès, l’azote et le phosphore présents dans les engrais et le fumier peuvent s’écouler dans les eaux de surface ou souterraines, entraîner une croissance excessive de plantes aquatiques, comme les algues, et l’épuisement ultérieur de l’oxygène dissout pendant la décomposition des plantes après leur mort. Cet appauvrissement en oxygène peut modifier la composition de la communauté aquatique et, dans des cas extrêmes, causer la mort de poissons et d’autres organismes 5 . La salubrité de l’approvisionnement en eau potable, y compris les répercussions possibles sur la santé humaine de l’azote présent dans cette eau, est une source d’inquiétude pour les Canadiens 6 . Plusieurs provinces ont adopté des lois strictes à propos de la gestion des éléments nutritifs et de la manutention du fumier.

Des pesticides sont appliqués sur les cultures agricoles pour éviter les pertes causées par les mauvaises herbes, les insectes, les champignons et les parasites. Bien que les pesticides puissent aider à maintenir le rendement et la qualité des cultures, ils peuvent également contaminer les eaux de surface et souterraines. Cette contamination peut avoir des répercussions sur les écosystèmes, notamment sur des espèces précises et la biodiversité, et elle peut avoir des impacts sur la santé humaine 7 .

En 2011, 69 % des fermes de cultures canadiennes ont épandu des engrais commerciaux (tableau 5.1). Cette application d’engrais variait peu selon les régions du pays mais elle était plus couramment mentionnée en Ontario et au Manitoba (75 %) et moins fréquemment en Colombie-Britannique (63 %).

En 2011, 69 % des fermes de cultures canadiennes ont déclaré avoir appliqué des herbicides; 15 %, des insecticides; et 23 %, des fongicides (tableau 5.1). L’application d’herbicides était plus communément déclarée par les agriculteurs de la Saskatchewan (79 %) et du Manitoba (77 %), tandis que l’application d’insecticides revenait plus souvent dans les provinces de l’Atlantique (34 %) et en Colombie-Britannique (28 %). L’application de fongicides était plus souvent déclarée par des agriculteurs du Manitoba (42 %) et moins fréquemment par des agriculteurs du Québec (10 %).

De 2001 à 2011, on a constaté une augmentation de 4 % de la superficie des terres fertilisées au Canada (tableau 5.2). En 2011, la plus importante superficie fertilisée se trouvait dans des régions de drainage des Prairies : Assiniboine-Rouge (7 496 870 hectares), Saskatchewan-Sud (5 195 829 hectares) et Saskatchewan-Nord (4 499 229 hectares). En pourcentage de la superficie des terres cultivées, les régions de drainage Saskatchewan-Nord (76 %), Assiniboine-Rouge (75 %) et Saskatchewan-Sud (75 %) affichaient les plus hauts pourcentages de terres fertilisées.

De 2001 à 2011, il y a eu une augmentation de 3 % de la superficie des terres agricoles traitées avec des herbicides, de 42 % de la superficie des terres agricoles traitées avec des insecticides et de 114 % de la superficie des terres agricoles traitées avec des fongicides (tableau 5.3). Les plus grandes superficies de terres agricoles traitées avec des herbicides et des fongicides en 2011 étaient situées dans les régions de drainage Assiniboine-Rouge, Saskatchewan-Sud et Saskatchewan-Nord, qui étaient également les trois régions de drainage où l’on trouvait les plus grandes superficies de terres agricoles et de terres cultivées. Les plus grandes superficies de terres agricoles traitées avec des insecticides étaient situées dans les régions de drainage Assiniboine-Rouge, Saskatchewan-Sud et Grands Lacs. Plusieurs facteurs peuvent influer sur l’utilisation des pesticides. Par exemple, aux États-Unis, l’utilisation de pratiques de conservation du sol et l’adoption de cultures transgéniques pouvant tolérer les herbicides sont toutes deux à l’origine de l’accroissement de l’utilisation d’herbicides 8 , 9 .

Si l’on examine la superficie d’application en pourcentage des terres cultivées, on constate des modèles différents d’application des insecticides et des fongicides. Les régions de drainage où le pourcentage de la superficie des terres cultivées traitées avec des insecticides était le plus élevé en 2011 étaient Okanagan-Similkameen (28,3 %), Saint-Jean-St-Croix (19,0 %) et Côte des provinces maritimes (15,7 %). Les régions de drainage qui affichaient le pourcentage le plus élevé de superficie des terres cultivées traitées avec des fongicides en 2011 étaient Okanagan-Similkameen (28,0 %), Assiniboine-Rouge (24,5 %) et Saint-Jean-St-Croix (20,8 %).

En 2011, le bétail des fermes canadiennes a produit près de 152 millions de tonnes de fumier (tableau 5.4). Les bovins étaient à l’origine de 84 % de cette production, le porc, de 8 %, et la volaille, de 3% 10 . Plus de 50 % de la production totale de fumier provenaient des régions de drainage Saskatchewan-Sud et Assiniboine–Rouge dans les Prairies ainsi que de la région de drainage Grands Lacs dans le sud de l’Ontario. Ces trois régions de drainage comptaient les stocks de bovins, volaille et porcs parmi les plus élevés au pays.

Ce fumier contenait presque 1 million de tonnes d’azote, plus de 255 000 tonnes de phosphore et plus de 542 000 tonnes de potassium. Les régions de drainage Terre-Neuve-Labrador, Saint-Laurent et Grands Lacs étaient les plus grandes productrices d’éléments nutritifs provenant de fumier par superficie agricole.

L’utilisation de l’eau

L’eau est essentielle aux cultures et à l’élevage. Au Canada, la plupart des cultures sont alimentées par la pluie mais certaines dépendent de l’irrigation; durant les périodes où il y a peu de pluie, l’irrigation sert à accroître l’humidité du sol, assurant un rendement meilleur et plus prévisible des récoltes. En 2005, l’irrigation constituait seulement 1,8 % de la quantité totale d’eau servant à la croissance des cultures 11 .

En 2011, l’agriculture utilisait 1,8 milliard de m3 d’eau, 85 % pour la production végétale et 15 % pour la production animale. Dans l’ensemble, le secteur était à l’origine de 5 % des 35,4 milliards de m3 d’eau des rivières, lacs et eaux souterraines du Canada prélevés par les activités économiques et les ménages en 2011 12 . Toutefois, contrairement à la production d’énergie thermique et aux autres principaux utilisateurs d’eau qui rejettent la majeure partie de l’eau retirée dans l’environnement; l’agriculture consomme 13  la majeure partie de l’eau prélevée pour son utilisation. L’agriculture a consommé environ 84 % 14  ou 1,5 milliard de m3 d’eau prélevés pour la production végétale et animale en 2011.

Selon l’Enquête sur l’eau dans l’agriculture, près de 1,7 milliard de m3 d’eau ont été utilisés à des fins d’irrigation en 2012. Presque 40 % de cette eau a été appliquée en juillet et 24 % en août 15 , quand la disponibilité de l’eau est à son plus bas et la pression sur les réserves d’eau atteint un sommet en raison des demandes concurrentes 16 . La région Saskatchewan-Sud, qui est située en grande partie en Alberta, était à l’origine de 77 % du volume total d’eau utilisé pour l’irrigation. Les régions de drainage Colombie-Britannique-Côte du Pacifique, Fraser–Basses-terres, Okanagan-Similkameen et Columbia – étaient responsables de 14 % (tableau 5.5).

L’intensité de l’irrigation destinée aux grandes cultures irriguées (2 998 mètres cubes/hectare) et aux cultures fourragères (2 894 mètres cubes/hectare) était plus élevée que celle des cultures fruitières (2 093 mètres cubes/hectare) et des cultures légumières (1 328 mètres cubes/hectare) (tableau 5.5). Les grandes cultures et les cultures fourragères représentaient 99 % des terres qui étaient irriguées dans la région de drainage Saskatchewan-Sud, celle qui a été la plus irriguée, en volume et en superficie, en 2012 17 .

Les principaux contaminants atmosphériques

Les principaux contaminants atmosphériques (PCA) sont un groupes de polluants qui peuvent causer du smog, des pluies acides et d’autres problèmes environnementaux et de santé. L’agriculture est une importante source de deux PCA, l’ammoniaque (NH3) et les particules.

L’agriculture est la principale source d’émissions atmosphériques de NH3, qui est produit par l’application d’engrais et la gestion du fumier de bétail et de volaille. Lorsque les émissions de NH3 provenant des activités agricoles se dégagent près des centres de population, elles peuvent interagir avec les sulfates et les nitrates produits par l’industrie pour former des particules fines secondaires (P2.5), qui peuvent avoir des effets nocifs sur la santé humaine et l’environnement. Des P2.5 secondaires liées aux émissions de NH3 dégagées par les activités agricoles ont été déclarées dans le sud de l’Ontario et la vallée du bas Fraser en Colombie-Britannique 18 . De 1985 à 2011, les émissions de NH3 causées par l’agriculture ont augmenté de 29 %, passant de 354 480 tonnes à 458 051 tonnes. En 2011, l’agriculture était responsable de 88 % des émissions totales de NH3 19 .

La poussière du sol et des matières biologiques, les gouttelettes et les particules provenant des produits agrochimiques et des bactéries, qui se répercutent sur la qualité de l’air intérieur et extérieur, sont les principales sources agricoles de particules 20 . Ces dernières réduisent la visibilité, participent à l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique, aux pluies acides et au smog et influencent le climat en modifiant la quantité d’énergie solaire incidente et la quantité d’énergie terrestre dégagée qui est retournée dans l’espace par radiation. Les particules sont liées à plusieurs maladies du coeur et troubles respiratoires ainsi qu’à diverses formes de maladies cardiovasculaires. Elles peuvent également avoir des effets négatifs sur la végétation 21 , 22 .

De 1985 à 2011, les émissions de particules totales (PT) provenant de l’agriculture ont diminué de 14 %, passant de 1 832 225 tonnes à 1 581 049 tonnes. En 2011, l’agriculture était responsable de 8 % des émissions totales de PT, une diminution par rapport à 14 % en 1985. L’agriculture était la quatrième plus importante source de PT en 2011, après la poussière provenant des routes non revêtues (49 %), les activités de la construction (19 %) et la poussière provenant des routes revêtues (19 %) 23 .

Les émissions de gaz à effet de serre et leur suppression

En 2012, l’agriculture a généré 56 mégatonnes d’émissions de gaz à effet de serre d’équivalent de dioxyde de carbone (Mt d’éq. CO2 d’émissions de GES), soit 8 % du total du Canada (tableau 5.6). Les émissions de GES provenant de l’agriculture ont augmenté de 19 % (9 Mt d’éq. CO2) de 1990 à 2012. Par ailleurs, 14 Mt d’éq. CO2 étaient attribuables à la consommation d’électricité à la ferme en 2012, soit une hausse par rapport 8 Mt d’éq. CO2 en 1990, un accroissement de 75 % 24 .

Ces augmentations sont attribuables à une plus grande population de bovins de boucherie et de porcs, ainsi qu’à la hausse de l’utilisation des engrais azotés de synthèse 25 .

L’adoption à grande échelle de pratiques sans travail du sol et la diminution constante de la superficie des terres en jachère sont à l’origine de la conversion des terres cultivées d’une source d’émissions de gaz à effet de serre à un puits net 26 , 27 . En 1990, les terres cultivées étaient une source de 12 Mt d’éq. CO2 d’émissions de GES dans l’atmosphère, alors qu’en 2012, les absorptions nettes de GES par les terres cultivées étaient de 5 Mt d’éq. CO2 28 .

L’intensité des émissions de GES est la comparaison des émissions de GES à la valeur d’un produit agricole : la production végétale et animale a émis 2,38 tonnes d’émissions d’équivalents CO2 par milliers de dollars courants de production en 2010 29 . Au fil du temps, les mesures de l’intensité peuvent indiquer si l’industrie devient plus efficiente.

La gestion

Les programmes de planification environnementale à la ferme, qui aident les agriculteurs à évaluer les aspects ou les problèmes environnementaux dans la ferme, ont débuté en Ontario en 1993 et sont maintenant en vigueur dans toutes les provinces 30 . Bien que la participation soit volontaire, 35 % des fermes canadiennes avaient un plan environnemental de la ferme (PEF) officiel en 2011. Au Québec (72 %) et dans les provinces de l’Atlantique (53 %), le nombre de fermes qui avaient un PEF était supérieur au nombre qui n’en n’avait pas (tableau 5.7). Certaines différences dans la participation peuvent être attribuables aux différences entre les programmes provinciaux, ainsi qu’aux différences dans la législation provinciale qui ciblent la gestion des éléments nutritifs et du fumier 31 .

Un PEF comprend également un plan d’action décrivant en détail les pratiques de gestion bénéfiques (PGB) qui devraient être mises en place afin d’améliorer les conditions environnementales  32 . Les PGB sont des pratiques agricoles conçues pour réduire les impacts négatifs possibles sur l’environnement. Les agriculteurs du Canada ont instauré plusieurs PGB afin de gérer le fumier, les engrais et les pesticides ainsi que de protéger les ressources agraires et hydriques 33 . En 2011, 43 % des fermes canadiennes ayant un PEF avaient mis en oeuvre l’intégralité des PGB de leur plan, tandis que 52 % les avaient instaurées en partie (tableau 5.7). Le Québec affichait la plus forte proportion de fermes où les PGB avaient été mises en place en entier (76 %).

L’utilisation des terres

Les terres agricoles productives constituent un élément essentiel des écosystèmes agricoles. Les terres cultivées (les terres qui produisent de grandes cultures, du foin, des fruits, des légumes, du gazon et des cultures de pépinières) représentaient 55 % de la superficie agricole totale en 2011, suivies des pâturages naturels (23 %) et des pâturages cultivés ou ensemencés (9 %) 34 . De 1971 à 2011, la superficie des terres cultivées a augmenté de 27 %, surtout en raison de la diminution importante de la jachère (81 %). La superficie des pâturages cultivés ou ensemencés s’est accrue de 34 %, alors que toutes les autres terres, y compris les pâturages naturels, les milieux boisés et les milieux humides, les terres en friche et les autres terres, ont rétréci de 16 % (graphique 5.1).

Les pratiques de travail du sol et de jachère

La bonne gestion des terres peut réduire l’érosion et augmenter la structure et la fertilité du sol, aidant à préserver et à améliorer les terres agricoles. Les sols agricoles qui sont couverts par de la végétation, des résidus de cultures ou de la neige, sont moins susceptibles de se dégrader à cause de l’érosion éolienne et hydrique. Les pratiques de travail du sol et de jachère sont deux facteurs qui déterminent la période pendant laquelle le sol est couvert au cours de l’année. Les autres facteurs comprennent le type de culture et le climat.

Le travail du sol comprend le labour et le crochetage en préparation à la plantation ou à l’ensemencement. Trois types de travail du sol sont couramment utilisés au Canada. Le travail classique du sol consiste à incorporer ou enfouir la plupart des résidus de cultures de l’année précédente dans le sol. Le travail de conservation ou le travail du sol réduit garde la majeure partie des résidus de culture à la surface. La culture sans travail du sol est l’ensemencement direct dans les résidus de culture, pour éviter le travail mécanique du sol 35 . Les types de climat, de sol et de culture sont tous des facteurs qui influent sur le type de travail. Par exemple, les céréales, les oléagineux et les haricots peuvent croître facilement avec des pratiques de conservation ou sans travail du sol, tandis qu’il est généralement plus facile de cultiver la pomme de terre si l’on fait un travail classique du sol.

Chacune de ces trois pratiques a ses propres avantages. Le travail classique rend le sol plus poreux et plus meuble, ce qui favorise l’échange d’air et la croissance des racines. Toutefois, le fait d’éliminer les résidus de la surface du sol le rend plus vulnérable à l’érosion éolienne et hydrique et accélère la décomposition de la matière organique. Les résidus de culture laissés sur les champs après le travail de conservation du sol et la culture sans travail du sol conservent l’humidité, la structure du sol et la matière organique. De même, le travail de conservation du sol et la culture sans travail du sol nécessitent moins de passages de machinerie dans les champs, d’où des économies de carburant et de main-d’oeuvre.

Au cours des 20 dernières années, le travail classique du sol est devenu moins conventionnel, tandis que l’absence de travail du sol a gagné en popularité pour devenir la possibilité numéro un dans les fermes à l’échelle nationale (particulièrement évident en Saskatchewan et en Alberta) 36 . Les terres préparées à l’ensemencement par le travail classique du sol ont diminué, passant de 69 % en 1991 à 19 % en 2011 (tableau 5.8). Les terres préparées à l’ensemencement grâce à la conservation du sol sont demeurées relativement stables, se situant à 24 % en 1991 et 25 % en 2011. La culture sans travail du sol est passée de 7 % en 1991 à 56 % en 2011. Les pratiques sans travail du sol étaient plus courantes dans l’écozone des Prairies (64 %), qui représentait 66 % de la superficie totale préparée à l’ensemencement au Canada.

Les pratiques d’utilisation des terres, comme l’utilisation accrue des pratiques sans travail du sol et la diminution de la superficie des terres en jachère, ont permis d’améliorer la séquestration du carbone grâce à la rétention d’une plus grande quantité de matière organique du sol 37  et ont aidé à réduire les émissions de particules 38 .

La gestion des éléments nutritifs et des parasites

Les agriculteurs canadiens mettent en oeuvre plusieurs PGB afin de gérer les éléments nutritifs. Des pratiques telles que des analyses régulières du sol et l’agriculture de précision (la gestion des intrants de la production végétale de lieu en lieu) peuvent augmenter l’efficacité de l’utilisation des éléments nutritifs. L’analyse des éléments nutritifs dans le sol fournit des renseignements utiles que les producteurs peuvent utiliser pour établir un lien entre les besoins des cultures en éléments nutritifs, les niveaux d’éléments nutritifs dans le sol et les éléments nutritifs appliqués dans le fumier et les engrais commerciaux. En 2011, l’analyse des éléments nutritifs dans le sol était effectuée une fois l’an dans 20 % des fermes de cultures, alors qu’une telle analyse était faite tous les deux ou trois ans dans 36 % des fermes de cultures. Treize pour cent ont déclaré ne faire aucune analyse des éléments nutritifs dans le sol (tableau 5.9).

Afin de réduire l’utilisation des pesticides, les agriculteurs ont également recours à plusieurs méthodes de lutte antiparasitaire de remplacement. En 2011, 55 % des fermes de cultures utilisaient la rotation des cultures pour perturber les cycles des ravageurs, avec plus de la moitié de celles de l’Ontario, de la Saskatchewan, du Manitoba et de l’Alberta ayant recours à cette méthode de lutte antiparasitaire (tableau 5.10).

La gestion du bétail en pâturage

La garde du bétail en plein champ à la fin de l’automne et en hiver (pratique connue sous le nom de pâturage extensif) permet au fumier de se déposer directement plutôt que d’utiliser un épandeur de fumier. Il faut toutefois s’assurer que les dépôts se répandent dans l’ensemble du paysage pour prévenir le surpâturage et éviter les zones écologiquement sensibles. Le fait de déplacer régulièrement les aliments, les abris et la litière aide à y parvenir.

En 2011, 39 % des fermes d’élevage pratiquaient le pâturage extensif (tableau 5.11). Cette proportion était plus élevée dans les provinces de l’Ouest, notamment en Saskatchewan (65 %) et en Alberta (62 %), où l’élevage de bovins est courant, et moins élevée au Québec (6 %), où les entreprises laitières sont plus présentes.

Le contrôle de l’accès du bétail aux eaux de surface évite la dégradation des berges et protège la qualité de l’eau. En 2011, 56 % des fermes d’élevage avaient des pâturages ou des enclos situés à proximité des eaux de surface (tableau 5.12). Cette proportion était la plus élevée en Saskatchewan (74 %) et la plus faible au Québec (33 %). En 2011, 15 % des fermes d’élevage ne permettaient aucun accès aux eaux de surface, 18 % permettaient un accès limité et 35 % permettaient un accès illimité pendant la saison de pâturage (tableau 5.13). La proportion des fermes d’élevage qui n’autorisait aucun accès était la plus élevée au Québec (66 %), tandis que la proportion qui accordait un accès illimité pendant toute la saison de pâturage était la plus élevée au Manitoba (43 %) et en Saskatchewan (41 %).

Autres pratiques de gestion des terres et de l’eau

Les agriculteurs ont adopté plusieurs autres PGB qui peuvent améliorer la productivité des terres agricoles et réduire les répercussions sur l’environnement. Selon la toute dernière Enquête sur la gestion agroenvironnementale, 24 % des fermes avaient des plantes fourragères vivaces permanentes sur des terres érodables, 20 % utilisaient de l’engrais à libération lente et 18 % ajoutaient du paillage afin d’améliorer les conditions du sol en 2011. Les plantes couvre-sol et les plantes compagnes étaient utilisées dans 15 % des fermes et 9 % des agriculteurs ensemençaient des plantes couvre-sol ou des cultures d’engrais vert (tableau 5.14).

La réglementation oblige les producteurs de nombreuses provinces à garder des marges de recul par rapport aux cours d’eau. Les zones tampons riveraines, situées sur les berges d’une rivière, d’un ruisseau, d’un lac ou d’un autre cours d’eau, aident à capturer le sol, les éléments nutritifs et pesticides, qui proviennent des fermes, avant qu’ils ne ruissellent jusqu’à l’eau. Elles assurent aussi la stabilité des berges 39 . En 2011, plus de la moitié (54 %) des fermes qui avaient des cours d’eau avaient conservé une zone tampon riveraine pour tous ces cours d’eau, tandis que 23 % des producteurs qui avaient des milieux humides saisonniers, et 41 % qui avaient des milieux humides permanents, avaient conservé une zone tampon riveraine dans tous les cas (tableau 5.15). Cette pratique était plus courante dans les provinces de l’Atlantique, au Québec et en Ontario.

Les irrigateurs ont recours à diverses pratiques pour conserver l’eau. En 2012, certaines des pratiques les plus courantes employées par les irrigateurs consistaient à arroser la nuit ou le matin, utiliser des buses économisatrices d’eau et d’électricité, incorporer du compost ou une autre matière organique dans le sol ou laisser la chaume sur les champs pour garder l’humidité, et réduire la pression de l’eau servant à l’irrigation 40 .

Les fermes de la région de drainage Saskatchewan-Sud étaient les plus susceptibles d’utiliser des buses permettant d’économiser de l’eau et de l’électricité, de réduire la pression de l’eau servant à l’irrigation et de conserver l’humidité en laissant la chaume des cultures et en incorporant de la matière organique dans le sol. L’arrosage la nuit ou le matin était particulièrement courant dans les régions de drainage Grands Lacs, Okanagan–Similkameen et Fraser–Basses-terres.

L’achat de biens en immobilisations

Par ailleurs, les agriculteurs font des investissements afin de compenser leurs répercussions sur l’environnement. Selon l’Enquête financière sur les fermes, les agriculteurs qui ont rapporté avoir investit en immobilisations en 2011, ont investi en moyenne 6 810 $ par ferme dans des améliorations de la protection de l’environnement, 47 480 $ dans la construction d’aires d’entreposage du fumier et 17 701 $ dans la construction d’aires d’entreposage de pesticides, de produits chimiques et de carburant en 2011 (graphique 5.2). Les investissements plus importants consentis dans l’entreposage du fumier au Québec sont attribuables aux exigences réglementaires, au type de structure d’entreposage requis pour le lisier liquide et au grand nombre d’exploitations laitières et porcines dans la province 41 , 42 , 43 .

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