EnviroStats
Écosystème en vedette — les océans
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Remerciements
Nous tenons à remercier nos collègues de Statistique Canada de leurs précieuses contributions tout au long de l’élaboration et de la rédaction du présent article : Sean Clarke, Eric Desjardins, Kirk Donaldson, Guillaume Dubé, Tansy Evely, Matthew Hoffarth, Matthew Kelly, Karan Landge, Alexandria Melvin, Ricky Patel, Matt Prescott et Jennie Wang. Nous remercions également Sheri Fritzsche et ses collègues de Pêches et Océans Canada de leur aide dans la compréhension et l’interprétation des données de Pêches et Océans Canada.
Nous exprimons notre reconnaissance à nos pairs évaluateurs, dont les commentaires ont permis d’améliorer la qualité de l’article :
- William Alger, Dehcho Guardian
- Carolyn Cahill
- Direction de l’économie, statistiques et gouvernance des données, Pêches et Océans Canada
- Shawn Marshall, Susan Preston, Brett Painter et Evalynn Jacaban, Environnement et Changement climatique Canada
- Dan Mulrooney, Chantal Vis et Marlow Pellatt, Parcs Canada
- Brian Robinson, Université McGill
- Rob Smith, Midsummer Analytics
- François Soulard, comptable principal en capital naturel
Introduction
Figure 1
Certaines statistiques sur les écosystèmes océaniques et côtiers, 2023

Description de la Figure 1
Le titre de la figure est « Certaines statistiques sur les écosystèmes océaniques et côtiers, 2023 ».
La figure contient une rangée d’images qui correspondent à quatre types d’écosystèmes océaniques et côtiers, soit les eaux océaniques, un grand héron dans un marais salé, un herbier sous-marin et une forêt de varech. En dessous de chaque image est un chiffre indiquant l’étendue de chaque écosystème (voir le tableau). La partie inférieure de la figure présente deux tableaux contenant des statistiques sélectionnées pour les écosystèmes océaniques et côtiers au Canada : un tableau pour la condition et l’autre pour les services écosystémiques.
| Écosystème | Superficie (km2) |
|---|---|
| Eaux océaniques | 5 758 773 |
| Marais salés | 3 514 |
| Herbiers marins | 1 562 |
| Forêts de varech | 603 |
| Biorégion marine | Réchauffement par décennie (1982 à 2024) |
|---|---|
| degrés Celsius | |
| Plateforme néo-écossaise | 0,53 |
| Détroit de Georgia | 0,36 |
| Plateformes de Terre-Neuve-et-Labrador | 0,33 |
| Golfe du Saint-Laurent | 0,33 |
| Contribution | Quantité | Valeur |
|---|---|---|
| nombre | millions de dollars | |
|
||
| Séquestration du carbone | 23 mégatonnes | 5 467 |
| Poissons sauvages | 638 kilotonnes | 1 176 |
| Tourisme axé sur la nature | 64 millions de jours | 458 |
| Somme | ... n'ayant pas lieu de figurer | 7 101 |
Note : Ces statistiques sélectionnées sur l’étendue, les conditions et les services écosystémiques des océans et des côtes représentent un sous-ensemble des mesures pertinentes dans chaque catégorie. Tout au long de l’élaboration du Recensement de l’environnement, les statistiques continueront d’être améliorées afin d’offrir une compréhension plus complète des écosystèmes au fil du temps.
Sources : Statistique Canada, Recensement de l'environnement, tableaux 38-10-0153-01, 38-10-0183-01, 38-10-0189-01 et 38-10-0190-01.
Plus du tiers du territoire canadien est océanique, pour une superficie de près de 5,8 millions de kilomètres carrés entre la côte et les limites de la zone économique exclusiveNote 1. Les océans du Canada recèlent de nombreuses espèces et jouent un rôle essentiel dans les systèmes climatiques, de l’échelle locale à l’échelle mondiale. Ils sont également importants pour l’économie, la société et les identités culturelles du pays. Les Canadiens et Canadiennes ont besoin de renseignements sur les zones marines et côtières naturelles pour prendre des décisions sur la façon d’interagir avec celles-ci, ce qui comprend le suivi des changements de leur superficie, de leur santé et des manières dont elles contribuent au bien-être de la population canadienne.
Début de la boîte de texteCe qu’il faut savoir sur la présente étude
La présente étude décrit les efforts visant à créer une série de comptes écosystémiques pour le Canada dans le cadre du Recensement de l’environnement. L’objectif est de démontrer l’utilité de produire un ensemble intégré de comptes de l’étendue, de la condition et des services des écosystèmes océaniques et côtiers afin de mettre en évidence la manière dont ces statistiques peuvent servir à comprendre la relation entre l’environnement et la société canadienne.
Ce travail propose une évaluation expérimentale des services écosystémiques en termes physiques et monétaires. Il s’appuie sur les comptes de l’étendue et de la condition des écosystèmes océaniques et côtiers déjà élaborés dans le cadre du Recensement de l’environnement et met en lumière les liens entre ces comptes.
Ces comptes réunissent des données de multiples sources, y compris des données économiques et environnementales, pour fournir des statistiques cohérentes et comparables. Ces comptes ne sont pas encore complets, mais ils illustrent les efforts continus pour mesurer l’étendue et la condition des écosystèmes ainsi que leurs contributions aux avantages pour la population. Des efforts seront déployés pour améliorer et élargir ces statistiques au fil du temps à mesure que de nouvelles données et méthodes deviennent disponibles.
Les données et les méthodes sont conformes au Système de comptabilité économique et environnementale — Comptabilité des écosystèmes (SCEE-CE) (en anglais seulement), une norme statistique internationale de comptabilisation du capital naturel. Pour en savoir plus sur le compte de l’étendue des écosystèmes océaniques et côtiers, le compte de l’étendue des écosystèmes océaniques et côtiers protégés et conservés et le compte de la condition des océans, visitez le portail du Recensement de l’environnement. Les sources de données et les méthodes pour les estimations des services écosystémiques sont décrites à l’annexe A.Services écosystémiques : les contributions des zones marines au bien-être des Canadiens et Canadiennes
Les zones océaniques et côtières du Canada contribuent à de nombreux aspects du bien-être, que l’on appelle des « services écosystémiques » ou des « contributions de la nature aux personnes »Note 2Note 3. Ces services comprennent les poissons et les fruits de mer sauvages pêchés à des fins commerciales, les expériences touristiques axées sur la nature (p. ex. la randonnée pédestre, les visites de points d’intérêts, le kayak de mer) et la séquestration du carbone, soit le processus par lequel les écosystèmes captent et emmagasinent le dioxyde de carbone (CO2). En 2023, les écosystèmes océaniques et côtiers ont fourni l’équivalent de 7,1 milliards de dollars en services écosystémiques, y compris en poissons et en fruits de mer sauvages pêchés à des fins commerciales (1,2 milliard de dollars)Note 4, en tourisme axé sur la nature (458 millions de dollars)Note 5 et en séquestration du carbone (5,5 milliards de dollars)Note 6 (graphique 1)Note 7.
Ces estimations ne représentent pas toute la valeur de l’océan, mais elles révèlent des valeurs intégrées aux transactions sur le marché et se limitent à un sous-ensemble de ces valeurs. En outre, d’autres contributions précieuses et importantes n’ont pas été prises en considération dans la présente étude, comme la protection des zones côtières contre les inondations et l’érosion, l’habitat faunique, les valeurs esthétiques et les activités culturelles.

Tableau de données du graphique 1
| Séquestration du carbone | Poissons sauvages | Tourisme axé sur la nature | |
|---|---|---|---|
| millions de dollars | |||
| Source : Statistique Canada, tableau 38-10-0190-01. | |||
| 2018 | 729 | 950 | 336 |
| 2019 | 1 527 | 916 | 331 |
| 2020 | 2 169 | 231 | 107 |
| 2021 | 3 173 | 1 553 | 264 |
| 2022 | 3 964 | 1 604 | 384 |
| 2023 | 5 467 | 1 176 | 458 |
Les océans contribuent également à l’économie du Canada grâce à l’emploi et à d’autres activités productivesNote 8. En 2021, en moyenne, 29,7 % du revenu d’emploi au sein des collectivités dont l’économie est basée sur la pêche provenait directement des industries liées à la pêcheNote 9Note 10. Le revenu d’emploi s’ajoute aux valeurs monétaires associées aux poissons pêchés à des fins commerciales, présentées précédemment, qui excluent les coûts tels que la main-d’œuvre (voir l’annexe A).
L’importance des écosystèmes océaniques va au-delà de leur valeur monétaire; elle se manifeste par leur incidence sur les moyens de subsistance, la santé, l’identité culturelle et les autres relations entre les humains et la nature. Par exemple, l’étendue de la glace de mer est en déclinNote 11 : les périodes sans glace se prolongent en raison des changements climatiquesNote 12. Les répercussions sont profondes pour les écosystèmes arctiques et leurs principales espèces comme les ours polaires, les baleines, les phoques, les morses et d’autres animaux de l’Arctique. La perte d’espèces clés et le déclin de la glace de mer menacent la sécurité alimentaire des Inuit, leur accès à des zones de pêche et de chasse et les déplacements entre leurs communautés. De nombreux Inuit comptent sur la nourriture traditionnelleNote 13 pêchée ou chassée qu’ils partagent avec leur famille élargie et leur communauté. La perte de ces aliments contribue à leur insécurité alimentaire et a des conséquences négatives sur leur identité culturelle, leurs traditions et leur santéNote 14Note 15.
Pourtant, les mesures des services écosystémiques révèlent d’importantes relations entre l’activité humaine et les écosystèmes marins. L’examen des quantités physiques et des valeurs en dollars de ces services combinés, au fil du temps, permet de mieux comprendre l’évolution de ces relations. Par exemple, les répercussions de la pandémie de COVID-19 sont manifestes dans la chute abrupte des valeurs en dollarsNote 16 des poissons pêchés à des fins commerciales (graphique 2) et du tourisme axé sur la nature (graphique 3) en 2020, mais pour des raisons différentes.

Tableau de données du graphique 2
| Canada | Pacifique | Atlantique | |
|---|---|---|---|
| kilotonnes | |||
| Note : « Canada » renvoie à l’ensemble des données disponibles pour tout le territoire océanique canadien, y compris les océans Atlantique, Pacifique et Arctique. Les données disponibles ne comprennent aucun débarquement de poissons marins dans les provinces ou les territoires bordant l’océan Arctique (les données sur le lieu de pêche des poissons ne sont pas disponibles). Voir l’annexe A pour obtenir plus de détails.
Sources : Statistique Canada, tableaux 38-10-0189-01 et 38-10-0190-01. |
|||
| Quantité de poissons pêchés | |||
| 2018 | 797 | 195 | 602 |
| 2019 | 807 | 183 | 624 |
| 2020 | 740 | 176 | 564 |
| 2021 | 718 | 147 | 571 |
| 2022 | 670 | 115 | 556 |
| 2023 | 638 | 100 | 538 |
| millions | |||
| Dollars ajustés pour l’inflation (dollars de 2017) | |||
| 2018 | 934 | 179 | 755 |
| 2019 | 888 | 100 | 787 |
| 2020 | 221 | 33 | 188 |
| 2021 | 1 381 | 72 | 1 309 |
| 2022 | 1 323 | 72 | 1 251 |
| 2023 | 954 | 72 | 882 |
Pendant la période pandémique (2020), le prix du marché payé pour les poissons et les fruits de mer pêchés à des fins commerciales a diminué davantage que l’effort de pêcheNote 17, ce qui a entraîné une forte diminution temporaire de la valeur des contributions des océans à la production de poissons pêchés à des fins commerciales (graphique 2). La valeur monétaire de ce service écosystémique repose sur une valeur résiduelle (rente des ressources; voir l’annexe A), c’est-à-dire le montant obtenu en soustrayant des revenus les coûts d’exploitation tels que la main-d’œuvre, le combustible et l’entretien des machines. Par conséquent, si les revenus diminuent par rapport aux coûts, la valeur résiduelle peut être faible, comme dans le cas présent. Les tendances nationales en termes physiques et monétaires dépendent des variations dans l’océan Atlantique, lequel soutient une industrie de la pêche plus importante que l’océan Pacifique.

Tableau de données du graphique 3
| Canada | Pacifique | Atlantique | |
|---|---|---|---|
| millions | |||
| Note : Le tourisme axé sur la nature comprend les activités liées à l’utilisation et à l’appréciation de l’environnement par des personnes qui voyagent hors de leur lieu de vie habituel. Il ne comprend pas les loisirs pratiqués par les résidents locaux. Voir l’annexe A pour obtenir plus de détails. « Canada » renvoie à l’ensemble des océans Atlantique, Pacifique et Arctique en territoire canadien. Les données pour l’océan Arctique ne sont pas présentées en raison de leurs faibles valeurs par rapport aux autres régions, mais elles sont incluses dans les totaux nationaux. Sources : Statistique Canada, tableaux 38-10-0189-01 et 38-10-0190-01. |
|||
| Nombre de jours de tourisme axé sur la nature | |||
| 2018 | 63 | 37 | 26 |
| 2019 | 61 | 34 | 26 |
| 2020 | 33 | 17 | 15 |
| 2021 | 50 | 27 | 23 |
| 2022 | 61 | 33 | 27 |
| 2023 | 64 | 39 | 25 |
| Dollars ajustés pour l’inflation (dollars de 2017) | |||
| 2018 | 331 | 215 | 114 |
| 2019 | 321 | 206 | 114 |
| 2020 | 103 | 69 | 33 |
| 2021 | 235 | 159 | 75 |
| 2022 | 317 | 205 | 111 |
| 2023 | 372 | 261 | 110 |
Contrairement à la pêche commerciale, la baisse de la valeur du tourisme axé sur la nature en 2020 et sa reprise subséquente correspondaient aux mêmes tendances en matière d’activité au cours de la même période (voir le graphique 3). La baisse des visites des zones marines et côtières a fait diminuer les dépenses en activités touristiques et entraîné une baisse de la valeur associée aux services écosystémiques liés au tourisme axé sur la nature.

Tableau de données du graphique 4
| Canada | Pacifique | Atlantique | |
|---|---|---|---|
| millions | |||
| Note : Les estimations de la séquestration du carbone dans les eaux océaniques de l’Arctique ne sont pas disponibles en raison d’un manque de données d’entrée sur la température à la surface de la mer et la chlorophylle-a pour cette région (voir l’annexe A). Les données pour les autres écosystèmes dans l’océan Arctique ne sont pas présentées en raison de leurs faibles valeurs par rapport aux autres régions, mais elles sont incluses dans les totaux nationaux.
Sources : Statistique Canada, tableaux 38-10-0189-01 et 38-10-0190-01. |
|||
| Tonnes de carbone séquestré | |||
| 2018 | 20 | 5 | 14 |
| 2019 | 21 | 5 | 15 |
| 2020 | 20 | 5 | 14 |
| 2021 | 22 | 5 | 16 |
| 2022 | 22 | 6 | 15 |
| 2023 | 23 | 5 | 17 |
| Dollars ajustés pour l’inflation (dollars de 2017) | |||
| 2018 | 717 | 191 | 508 |
| 2019 | 1 480 | 368 | 1 077 |
| 2020 | 2 080 | 528 | 1 500 |
| 2021 | 2 820 | 638 | 2 118 |
| 2022 | 3 268 | 853 | 2 340 |
| 2023 | 4 438 | 1 004 | 3 338 |
Les écosystèmes océaniques et côtiers jouent également un rôle crucial dans l’absorption et le stockage de carbone, ce qui contribue à réduire le dioxyde de carbone dans l’atmosphère. La quantité physique de carbone séquestré a augmenté de 22 % dans l’océan Atlantique de 2018 à 2023 en raison des hausses de température et d’une augmentation de la prolifération des algues (mesurée selon les concentrations de chlorophylle-a). De 2018 à 2023, l’augmentation de la valeur en dollarsNote 16 de la séquestration du carbone (graphique 4) s’explique par les hausses du prix unitaire appliqué aux estimations de la séquestration du carbone. Le prix du carbone a augmenté, passant de 10 dollars par tonne d’équivalent CO2 en 2018 à 65 dollars en 2023Note 18.
Les avantages de la nature dépendent de son étendue et de sa condition
La capacité à fournir des services écosystémiques dépend du type d’écosystème, de sa condition (sa santé) et de son étendue (sa taille). Ce principe s’illustre sous l’angle de la séquestration du carbone bleu, c’est-à-dire les processus biologiques qui captent et emmagasinent le CO2 dans les écosystèmes côtiers et océaniques. L’étendue des divers types d’écosystèmes a une incidence directe sur la quantité de carbone qui peut être séquestrée. Par exemple, au Canada, les eaux océaniques représentent la grande majorité de l’étendue des écosystèmes océaniques et côtiers (plus de 99,9 %; tableau 1). Les eaux océaniques ne constituent pas l’écosystème le plus efficace pour la séquestration du carbone; elles sont néanmoins responsable de la majorité (96 %) du captage du carbone bleu en 2023.
Chaque écosystème possède une capacité unique de séquestration du carbone qui varie également selon sa condition. Les conditions océaniques, telles que la température de la surface de la mer, les concentrations de chlorophylle et les concentrations de particules organiques, exercent toutes une incidence sur la capacité des eaux océaniques à fournir ce service écosystémique. Les eaux océaniques séquestrent notamment le carbone par l’entremise de la croissance du phytoplancton, qui absorbe le CO2 par photosynthèse. Ce carbone entre dans le réseau alimentaire marin et atteint à terme les couches océaniques inférieures sous forme de débris organiques. Il peut ainsi demeurer emprisonné pendant plus de 100 ans (voir l’annexe A).
| Océan | Écosystème | Étendue (milliers de km2) |
Séquestration du carbone (millions de tonnes par année) |
Taux moyen de séquestration du carbone Tableau 1 Note 1 (t/km2 par année) |
|---|---|---|---|---|
Sources : Calculs de Statistique Canada et tableaux 38-10-0153-01 et 38-10-0189-01. |
||||
| Canada | Eaux océaniques | 5 758,8 | 22,10 | 10,3 |
| Marais salés | 3,5 | 0,77 | 218,0 | |
| Herbiers marins | 1,6 | 0,04 | 23,2 | |
| Forêts de varech | 0,6 | 0,04 | 60,0 | |
| Atlantique | Eaux océaniques | 1 707,8 | 17,13 | 10,0 |
| Marais salés | 0,8 | 0,03 | 30,7 | |
| Herbiers marins | 0,5 | 0,11 | 218,0 | |
| Forêts de varech | .. indisponible pour une période de référence précise | .. indisponible pour une période de référence précise | .. indisponible pour une période de référence précise | |
| Pacifique | Eaux océaniques | 453,7 | 4,97 | 11,2 |
| Marais salés | 0,7 | 0,16 | 218,0 | |
| Herbiers marins | 0,6 | 0,04 | 60,0 | |
| Forêts de varech | 0,5 | 0,01 | 19,9 | |
| Arctique | Eaux océaniques | 3 597,2 | .. indisponible pour une période de référence précise | .. indisponible pour une période de référence précise |
| Marais salés | 2,3 | 0,50 | 218,0 | |
| Herbiers marins | 0,3 | 0,00 | 5,2 | |
| Forêts de varech | .. indisponible pour une période de référence précise | .. indisponible pour une période de référence précise | .. indisponible pour une période de référence précise | |
Les marais salés, un type de milieu humide côtier, emprisonnent à long terme le carbone dans des sédimentsNote 19. Ils couvrent moins de 1 % de la superficie des écosystèmes océaniques et côtiers du Canada, mais ils sont responsables de 3 % du totale de carbone bleu séquestré en 2023 (tableau 1). Les marais salés et les autres écosystèmes côtiers, tels que les herbiers marins et les forêts de varech, contribuent davantage à la séquestration du carbone bleu par unité de surface que les eaux océaniques. Cependant, ils sont touchés directement par les activités humaines, comme la pollution, la construction effectuée dans les environs et le changement dans l’utilisation des terresNote 20, ce qui peut modifier leur étendue et leur condition et, par conséquent, nuire à leur capacité d’emmagasiner le carbone.
| Océan | Biorégion marine | Taux moyen de séquestration du carbone (t/km2 par année) |
Concentration de chlorophylle-a (mg/m3) | Concentration de carbone organique particulaire (mg/m3) |
|---|---|---|---|---|
| Sources : Calculs de Statistique Canada et tableaux 38-10-0153-01, 38-10-0183-01 et 38-10-0189-01. | ||||
| Atlantique | Estuaire et golfe du Saint-Laurent | 20,3 | 1,7 à 5,6 | 257,5 à 1 039,5 |
| Plateforme néo-écossaise | 9,4 | 0,5 à 1,2 | 130,7 à 267,6 | |
| Plateformes de Terre-Neuve-et-Labrador | 6,2 | 0,6 à 1,0 | 150,3 à 330,4 | |
| Pacifique | Plateforme sud | 28,5 | 1,6 à 6,5 | 308,9 à 1 468,9 |
| Plateforme nord | 22,1 | 1,2 à 4,4 | 412,8 à 1 514,6 | |
| Zone extracôtière du Pacifique | 6,3 | 0,4 à 1,0 | 109,0 à 304,2 | |
Les plus forts taux de séquestration du carbone dans les eaux océaniques, selon la moyenne pour la période allant de 2018 à 2024, ont été observés dans les biorégions marines de la plateforme sud et de la plateforme nord dans l’océan Pacifique, ainsi que la biorégion marine de l’estuaire et du golfe du Saint-Laurent. Ces régions ont également présenté les concentrations les plus élevées de chlorophylle-a et de carbone organique particulaire pendant la même période (tableau 2). Ces deux attributs ont une incidence directe sur la quantité de CO2 absorbée et emmagasinée par les eaux océaniques, et servent d’indicateurs types de la condition des écosystèmes.
La plateforme continentale du Pacifique tend à être plus productive que l’océan Atlantique, étant donné qu’elle absorbe davantage de CO2 par unité de surface que cette dernière (tableau 2). Cependant, on attribue la séquestration d’une plus grande quantité de carbone à l’océan Atlantique en raison de sa plus grande étendue (tableau 1).
Protéger la capacité de la nature pour les générations futures
Les zones de protection et les autres mesures de conservation efficaces par zone aident à atténuer les répercussions négatives de l’activité humaine sur les écosystèmes océaniques et côtiers, et contribuent de ce fait à améliorer la santé des écosystèmes et leur capacité à fournir des services écosystémiques dans l’avenirNote 21.
Par exemple, les marais salés soutiennent indirectement les pêches, car ils nourrissent et servent de refuge à de multiples espèces de poissonsNote 22Note 23. La biorégion marine du complexe de la baie d’Hudson possède la plus grande superficie documentée de marais salés au Canada et a séquestré plus de 495 000 tonnes de carbone en 2023Note 24. Cette région se classe également au deuxième rang quant à la proportion de la superficie de marais salés qui est protégée ou conservée (43,1 %), après l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent (dont 45,4 % de la superficie de marais salés est protégée ou conservée)Note 25.
De nouvelles zones marines conservées et protégées sont en cours d’établissement afin d’atteindre l’objectif du Canada de conserver 30 % de sa superficie océanique d’ici 2030Note 26, conformément aux cibles du Cadre mondial de la biodiversité (en anglais seulement)Note 27. En 2024, Tang.ɢwan — ḥačxwiqak — Tsig̱is a été désigné en tant que zone de protection marine dans la biorégion marine de la zone extracôtière du Pacifique, ce qui porte la proportion des aires protégées et conservées à 15,5 % des océans canadiens et à plus de 30 % des eaux du Pacifique du CanadaNote 25Note 28. Les mesures de conservation et d’autres politiques peuvent atténuer les répercussions négatives de l’activité humaine et assurer le maintien des écosystèmes côtiers et marins dans une condition qui leur permet de faire partie de la vie des Canadiens et Canadiennes de génération en génération.
Le programme du Recensement de l’environnement de Statistique Canada continuera de produire et de mettre à jour les statistiques environnementales et économiques sur les écosystèmes marins et d’autres écosystèmes d’un bout à l’autre du Canada. Des données intégrées sur l’étendue, la condition et les services des écosystèmes, telles que celles qui sont présentées ici, sont essentielles pour faire le suivi des changements au fil du temps et appuyer des décisions éclairées sur les zones naturelles du Canada.
Annexe A : Méthodes d’estimation des services écosystémiques
La présente annexe résume brièvement les méthodes qui servent à mesurer les services écosystémiques en termes physiques et monétaires pour l’élaboration des comptes des services écosystémiques, conformément au Système de comptabilité économique et environnementale — Comptabilité des écosystèmes (SCEE-CE) (en anglais seulement).
Séquestration du carbone
La séquestration du carbone désigne l’absorption de carbone de l’atmosphère par des processus biologiques et son stockage dans les écosystèmes pour une longue période. La séquestration du carbone a été mesurée au moyen de deux méthodes différentes :
- Pour les écosystèmes côtiers (herbiers marins, marais salés et forêts de varech), les estimations de la séquestration du carbone ont été obtenues en intégrant les taux de séquestration du carbone publiés à l’étendue spatialement explicite de chaque type d’écosystème selon le compte de l’étendue des écosystèmes océaniques et côtiers. Les taux de séquestration du carbone (c’est-à-dire le nombre annuel moyen de tonnes de carbone séquestré par mètre carré) ont été obtenus à partir de la littérature scientifique, en donnant priorité aux études publiées qui portaient entre autres sur des sites au Canada et en complétant celles-ci par d’autres études lorsque des résultats à l’échelle locale n’étaient pas disponibles.
- Pour les eaux océaniques, la séquestration du carbone a été modélisée à l’aide des données d’observation de la Terre sur la concentration de la chlorophylle-a, la température de la surface de la mer, l’atténuation diffuse et le rayonnement photosynthétiquement actif. Le modèle a estimé la quantité de carbone de l’atmosphère ayant été absorbé par le phytoplancton au moyen de la photosynthèse. La production primaire nette (PPN) par le phytoplancton a été estimée à l’aide du modèle de production généralisé verticalement (Vertically Generalized Production Model)Note 29. Pour évaluer la contribution de cette production au stockage à long terme, le flux d’exportation de la couche de surface du carbone organique dérivé de la PPN a été calculé, et la fraction de ce flux atteignant une profondeur de 1 000 mètres, couramment employée comme seuil pour un stockage d’une durée d’au moins 100 ans, a servi à représenter la composante qui contribue au stockage à long terme du carbone.
Les estimations représentent les puits de carbone nets, car elles comprennent uniquement le carbone emmagasiné dans l’environnement par les écosystèmes. Le modèle utilisé tient compte de la quantité de carbone émis par les écosystèmes comme des processus naturels et soustrait celle-ci des estimations de l’absorption de carbone afin de produire une estimation nette du carbone emmagasiné. Ces estimations ne tiennent pas compte des effets des perturbations causées par l’être humain.
La valeur monétaire de la séquestration du carbone a été estimée en appliquant les prix du Système de tarification fondé sur le rendement (STFR) fédéral. Bien que la redevance fédérale sur les combustibles ait été fixée à 0 dollar le 1er avril 2025, le STFR est demeuré en vigueurNote 30. Le STFR fédéral fournit les prix du marché les plus pertinents pour la séquestration du carbone dans les océans, lesquels relèvent de la compétence fédérale. Bien que ces prix reflètent les dispositions institutionnelles et les conditions du marché actuelles, ils ne rendent pas compte de toute l’incidence de la réduction du dioxyde de carbone (CO2) dans l’atmosphère sur le climat ou le bien-être humain. Le coût social du carbone est une mesure des dommages anticipés causés par les émissions de gaz à effet de serre, mais il dépend du choix du taux d’actualisation et comprend un large éventail de coûts directs et indirects. Ces coûts ne sont pas nécessairement comparables à d’autres valeurs présentées ici, qui ont été calculées à partir de la rente des ressources (voir ci-dessous).
Le flux physique estimé de séquestration du carbone (en tonnes de carbone) a été converti en tonnes d’équivalent CO2 et multiplié par le prix du carbone selon le STFR fédéral pour l’année de référence correspondante afin de calculer la valeur monétaire totale de la séquestration du carbone pour chaque année de référence.
Tourisme axé sur la nature
Le tourisme axé sur la nature se définit comme les voyages et les séjours de personnes à l’extérieur de leur lieu habituel pour une durée de moins d’un an, en vue de jouir de l’environnement par des interactions directes, sur place, physiques et expérientielles avec l’environnementNote 31.
Pour les écosystèmes océaniques et côtiers, le tourisme axé sur la nature a été mesuré en estimant le nombre de jours de tourisme axé sur la nature passés à proximité de zones océaniques et côtières. Les jours estimés comprennent toutes les visites dont l’objectif principal du voyage était l’agrément ou d’autres raisons personnelles, mais ils excluent les visites dont l’objectif principal était le travail.
Le nombre de jours est obtenu à partir de l’Enquête nationale sur les voyages (ENV) et de l’Enquête sur les voyages des visiteurs (EVV). Tous les voyages d’agrément, pour visiter de la famille et des amis et pour d’autres raisons personnelles spéciales, ayant eu lieu dans une subdivision de recensement (SDR) côtière ont été inclus si une ou plusieurs des activités suivantes ont été déclarées : visite de points d’intérêts; observation de la faune ou des oiseaux; visite d’un parc national, provincial ou naturel; navigation de plaisance; canot ou kayak; camping; excursion ou randonnée pédestre; plage; ski de fond ou raquette. Pour les voyages qui font partie du champ de l’enquête, le nombre de jours a été estimé en additionnant le nombre de nuits déclarées plus une pour chaque voyage. En raison de limites dans les données disponibles de l’EVV, la durée du séjour des visiteurs internationaux a été extrapolée à partir des ratios calculés à l’aide de l’ENV (résidents canadiens voyageant au Canada).
La valeur monétaire du tourisme axé sur la nature a été estimée selon l’approche de la rente des ressources (voir ci-dessous pour obtenir plus de détails), en utilisant les dépenses déclarées dans les enquêtes pour estimer la production liée au tourisme axé sur la nature.
Les données provinciales de Terre-Neuve-et-Labrador, de l’Île-du-Prince-Édouard, de la Nouvelle-Écosse, du Nouveau-Brunswick et du Québec ont été agrégées sous la catégorie de l’océan Atlantique; celles de l’Ontario, du Manitoba et des territoires (Yukon, Territoires du Nord-Ouest et Nunavut), sous la catégorie de l’océan Arctique; celles de la Colombie-Britannique, sous la catégorie de l’océan Pacifique.
Poissons et fruits de mer pêchés à des fins commerciales
Les valeurs dans le présent article correspondent aux débarquements des pêches maritimes commerciales, y compris le poisson de fond, le poisson pélagique et d’autres poissons à nageoires et les mollusques, selon les données de Pêches et Océans Canada. Les données peuvent comprendre la production de certains mollusques d’élevage (par exemple, les huîtres de l’Atlantique). Les débarquements commerciaux sous-estiment le service d’approvisionnement fourni, car ce ne sont pas toutes les captures accessoires qui sont incluses.
La valeur monétaire des contributions des écosystèmes à la production de poissons est estimée au moyen de l’approche de la rente des ressources (voir ci-dessous), en utilisant la valeur marchande des débarquements de poissons déclarés par Pêches et Océans Canada comme estimation de la production liée à la pêche commerciale.
Les données provinciales ont été agrégées sous la catégorie des régions océaniques de la même manière que pour le tourisme axé sur la nature (voir ci-dessus).
Rente des ressources
La rente des ressources est la valeur excédentaire obtenue par les utilisateurs d’une ressource naturelle, qui représente le rendement de la ressource naturelle elle-mêmeNote 32. La rente des ressources est calculée comme étant l’écart entre le revenu total généré par l’extraction d’une ressource et tous les coûts engagés durant le processus d’extraction, y compris la consommation du capital produit (dépréciation), le rendement de l’actif produit, la main-d’œuvre et les intrants intermédiaires, mais à l’exception des impôts, des redevances et d’autres coûts qui ne relèvent pas du processus d’extractionNote 33Note 34Note 35. La rente des ressources sert de base aux estimations du patrimoine en ressources naturelles du Canada dans les Comptes des actifs en ressources naturelles, lequel est intégré aux comptes du bilan national trimestriels du CanadaNote 33.
La rente des ressources est un type de rente économique qui comprend uniquement le rendement du capital non produit naturel. Dans le cas de l’exploitation des ressources naturelles telles que les minéraux, le bois et le poisson, tout le rendement du capital non produit, calculé tel qu’il est décrit ci-dessus, est habituellement attribué à la ressource naturelle en tant que rente des ressources. De manière plus générale, cependant, le capital non produit peut également comprendre les contrats, le marketing, le contrôle monopolistique ou d’autres caractéristiques uniques d’un actif qui ne sont pas le résultat d’un processus de production.
Afin d’estimer la rente des ressources pour certains services écosystémiques, le rendement du capital non produit a été estimé pour toutes les industries de l’économie canadienne en combinant des données sur l’ensemble de l’économie provenant de plusieurs sources, y compris les tableaux des ressources et des emplois, les données sur les flux d’investissement et le stock de capital (comprend le stock net et les estimations de l’amortissement) et les rendements d’obligations sur cinq ans du gouvernement du Canada (combinés aux données sur le stock de capital pour calculer le rendement du capital produit). Ces estimations ont été traitées comme une rente de ressources lorsqu’elles étaient associées à l’exploitation des ressources naturelles ou à d’autres contributions des écosystèmes au revenu du marché. Les ratios de rente à la production ont été combinés aux dépenses en activités de tourisme axé sur la nature ou aux valeurs marchandes des poissons pêchés (exprimées en tant que production des industries qui approvisionnent ces dépenses aux prix de base) afin d’estimer la rente des ressources de chaque service écosystémique.
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