Émissions de gaz à effet de serre du point de vue de la demande

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Joe St. Lawrence, Division des comptes et de la statistique de l'environnement

C'est un fait bien connu que les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de façon considérable au cours des quinze dernières années. Plus précisément, les émissions ont augmenté de 25 % entre 1990 et 2005 pour atteindre 747 Mt1,  soit 33 % de plus que l'objectif national à atteindre conformément au Protocole de Kyoto2.

En général, les émissions sont déclarées de ce point de vue de « l'offre » et précisent la quantité de polluants rejetés et les entités polluantes. Bien que cet aspect de l'offre soit important, c'est la demande de biens et services qui constitue l'élément déclencheur de la production des émissions de gaz à effet de serre. Comme l'a mentionné le célèbre économiste Adam Smith, « la consommation est l'unique fin et but de toute production », ce qui signifie que sans demande de produits et services, la production économique, et donc la pollution qu'elle engendre, seraient nulles.

Lorsque la demande d'un bien ou d'un service sera suffisante, l'industrie satisfera ce besoin. Les émissions de gaz à effet de serre sont un regrettable sous-produit de la production connexe. Le présent article tient compte des principaux facteurs d'émission de gaz à effet de serre entre 1990 et 2002 du point de vue de la demande.

Contexte de la méthodologie et des sources de données

Les résultats de cette étude sont issus d'un modèle entrées-sorties hybride qui combine les données physiques sur les émissions de gaz à effet de serre produites par l'industrie et les données économiques sur la production et la consommation de biens et services. Le modèle permet d'évaluer les émissions de gaz à effet de serre associées à la production de chaque bien et service dans l'économie canadienne. Il tient compte des émissions associées directement à l'industrie produisant le bien ou le service, ainsi que des émissions produites à un échelon supérieur de la chaîne d'approvisionnement. Ces dernières peuvent être qualifiées d'émissions « indirectes » ou « intégrées ».

Le Canada est un état signataire de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) de 1992 et doit par conséquent présenter tous les ans, le 15 avril, un inventaire de ses émissions de gaz à effet de serre à la CCNUCC. Environnement Canada est le ministère qui a pour mandat de préparer le rapport d'inventaire national du Canada. L'inventaire est préparé selon les lignes directrices de la CCNUCC. Après avoir ratifié le Protocole de Kyoto dans le cadre de la CCNUCC en décembre 2002, le Canada s'est engagé à réduire ses émissions de 6 % d'ici 2008 à 2012 (moyenne) comparativement aux données de référence de 1990. Pour appuyer la mesure de ces réductions, de nouvelles lignes directrices et orientations méthodologiques pour les rapports sur les inventaires nationaux ont été élaborées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) et approuvées à des fins d'utilisation par la CCNUCC.

Le Bulletin sur la disponibilité et écoulement d'énergie au Canada de Statistique Canada et le Rapport d'inventaire national d'Environnement Canada représentent l'information disponible la plus récente sur la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre au Canada. Pour compléter les rapports internationaux officiels sur les gaz à effet de serre d'Environnement Canada, des évaluations plus détaillées sur la consommation d'énergie et les émissions de gaz à effet de serre sont produites par Statistique Canada, conformément au cadre comptable du Système de comptabilité nationale du Canada (SCNC). En plus de fournir une classification industrielle plus détaillée, ces comptes de la consommation d'énergie et des émissions de gaz à effet de serre peuvent être liés aux données économiques du SCNC pour montrer comment la consommation d'énergie et les émissions sont influencées par l'activité économique du marché.

Les lecteurs pourront remarquer que les estimations d'émissions précisées dans ce document diffèrent des totaux figurant dans la présentation officielle d'Environnement Canada à la CCNUCC. Ce fait est attribuable aux ajustements qui doivent être apportés à la sectorialisation et aux définitions du GIEC afin d'assurer la conformité avec les exigences du SCNC. Par ailleurs, les comptes utilisés dans le cadre de la présente analyse ne comprennent que les trois principaux gaz à effet de serre, à savoir le dioxyde de carbone, le méthane et l'oxyde nitreux et ne comprennent pas les émissions causées par la décomposition ou l'incinération de déchets.

Quelle est la cause de l'augmentation des gaz à effet de serre du point de vue de la demande?

Le Canada est fortement intégré dans l'économie internationale et dégage des excédents commerciaux. Par conséquent, nous produisons plus de gaz à effet de serre qu'il n'en faut pour satisfaire notre demande de biens et services canadiens.

En réalité, les émissions de gaz à effet de serre produites pour satisfaire la demande intérieure de biens et services nationaux correspondaient à 54 % des 574 Mt de gaz à effet de serre produits par l'industrie en 2002 (tableau 1). En d'autres termes, les exportations représentaient 46 % des émissions industrielles de gaz à effet de serre, soit la plus grande part des émissions du point de vue de la demande.

Tableau 1 Sources d'émissions de gaz à effet de serre industrielles du point de vue de la demande, 1990 et 2002. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 1
Sources d'émissions de gaz à effet de serre industrielles du point de vue de la demande, 1990 et 2002

Catégories de la demande finale

Du point de vue de la demande finale, les gaz à effet de serre émis par l'industrie sont attribués à l'utilisateur final des biens et des services plutôt qu'au producteur et peuvent être qualifiés d'émissions indirectes.

Dans le Système de comptabilité nationale du Canada, la demande finale est répartie selon les catégories suivantes :

Dépenses personnelles : Achats de produits, taxes à la consommation, salaires et traitements, et revenu supplémentaire du travail des personnes employées dans le secteur des particuliers. Comprend les particuliers, les familles et les organismes privés à but non lucratif.

Construction, machines et matériel : Valeur des acquisitions d'un producteur, dont sont soustraites les cessions, et des immobilisations pendant la période comptable, auxquelles viennent se greffer certains ajouts à la valeur d'actifs non produits (comme les actifs du sous-sol ou les améliorations majeures à la superficie, à la qualité ou à la productivité d'un terrain) et réalisés par l'activité productive des unités de type institutionnel.

Dépenses courantes nettes du gouvernement : Activités économiques du gouvernement fédéral (dont la défense), des gouvernements provinciaux et territoriaux, des administrations municipales, des universités, collèges, écoles de formation professionnelle et de métiers, des hôpitaux et des établissements de soins spéciaux pour bénéficiaires internes subventionnés par l'État, ainsi que des écoles et des commissions scolaires publiques.

Stocks : Biens que détiennent les unités qui les ont produits avant qu'ils ne soient traités de façon plus poussée, vendus ou livrés à d'autres unités, ou utilisés à d'autres fins, ainsi que les biens acquis auprès d'autres unités, destinés à la consommation intermédiaire ou à la revente sans autre traitement.

Exportations : Rentrées de fonds d'autres provinces et territoires ou de l'étranger, liées à la vente de marchandises ou de services. Le troc, l'octroi et le don de produits et de services en guise de cadeaux constituent également des exportations.

Comme la mondialisation a facilité l'accès aux marchés internationaux, le Canada a augmenté ses échanges commerciaux à l'échelle mondiale. Tandis que ce phénomène a profité à l'économie canadienne, il a également entraîné la hausse de la production d'émissions de gaz à effet de serre. En fait, l'augmentation des émissions totales de gaz à effet de serre au Canada entre 1990 et 2002 est en grande partie attribuable aux émissions associées aux exportations (graphique 1).

Graphique 1 Émissions industrielles associées à la production de biens et services pour la demande finale intérieure et les exportations, 1990 à 2002. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Graphique 1
Émissions industrielles associées à la production de biens et services pour la demande finale intérieure1 et les exportations, 1990 à 2002

Comparativement à 1990, l'année 2002 a été marquée par une augmentation de 50 % des émissions de gaz à effet de serre issues de la production de biens et services destinés aux marchés étrangers. En revanche, l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre créées par la production de biens et services visant à satisfaire la demande du marché intérieur est établie à seulement 0,4 %. Ensemble, ces deux sources de demande ont produit une augmentation globale de 18 % des émissions industrielles.

Quelle est la cause de cette augmentation des émissions de gaz à effet de serre découlant de la production de biens et services destinés à l'exportation? Cette croissance est principalement attribuable à l'exportation de combustibles minéraux, parmi lesquels le charbon, le pétrole brut et le gaz naturel. En 1990 et en 2002, la production de ces combustibles à des fins d'exportation a généré une quantité d'émissions de gaz à effet de serre plus importante que la production de toute autre marchandise exportée (tableau 2). Pendant cette période, les émissions de gaz à effet de serre générées par la production de combustibles exportés se sont accrues de 135 % compte tenu de l'augmentation de la demande mondiale de combustible.

Tableau 2 Émissions de gaz à effet de serre industrielles intérieures associées à la production de produits destinés à l'exportation, 1990 et 2002. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 2
Émissions de gaz à effet de serre industrielles intérieures associées à la production de produits destinés à l'exportation, 1990 et 2002

La vigueur de l'économie canadienne à l'heure actuelle peut être attribuée en grande partie à l'essor remarquable en Alberta, conséquence de la forte augmentation de la demande de pétrole et gaz naturel précieux3.  Bien que l'Ontario et le Québec soient beaucoup plus peuplés que l'Alberta, les émissions de gaz à effet de serre de l'Alberta sont les plus importantes au pays4, en partie à cause des grandes quantités de gaz à effet de serre émis pour produire du pétrole et du gaz à destination du marché extérieur.

L'envers de cet examen des exportations est que les estimations normales des émissions du côté de l'offre ne comprennent pas les gaz à effet de serre que l'économie canadienne rejette ailleurs en important des biens et des services.

La quantité et la valeur des produits exportés ont augmenté, tout comme celles des produits importés. Les importations sont également associées à des émissions de gaz à effet de serre, mais ces émissions ne sont pas produites au Canada et ne figurent généralement pas dans les chiffres estimatifs. De 1990 à 2002, les émissions produites à l'extérieur du pays liées à la demande canadienne de biens et services importés ont augmenté d'environ 15 % (graphique 1).

Qu'en est-il des émissions intérieures attribuables aux demandes des ménages canadiens?

Après les exportations, les dépenses personnelles (ou des ménages) au Canada représentaient la deuxième plus grande source d'émissions de gaz à effet de serre du point de vue de la demande (tableau 1). La production visant à satisfaire la demande de biens et services des ménages était à l'origine d'environ 37 % des émissions industrielles intérieures en 2002.

En raison du taux de croissance plus élevé des émissions de gaz à effet de serre issues des exportations, les dépenses personnelles et les exportations ont interverti leur position entre 1990 et 2002 pour ce qui est de leur importance relative. Les dépenses personnelles représentaient la plus grande part des émissions industrielles intérieures en 1990, soit 41 %, mais elles ont diminué en 2002 pour s'établir à 37 %. Pour la même année, les émissions industrielles attribuables aux exportations ont atteint 46 %, alors qu'elles n'étaient que de 36 % onze ans plus tôt.

Les carburants : la plus grande source d'émissions directes des ménages

Dans la section précédente, l'analyse portait sur les émissions industrielles associées à la consommation des ménages. Ces émissions peuvent être qualifiées d'émissions « indirectes » des ménages. En 2002, le produit associé aux émissions indirectes des ménages les plus importantes était l'électricité (13,5 % des émissions totales des ménages), suivi des « autres » services (12,2 %), des aliments et boissons non alcoolisées (12,1 %) et des catégories de combustibles combinés5  (7,8 %). Le tableau 3 présente une ventilation complète des émissions directes et indirectes pouvant être attribuées aux achats des ménages en 1990 et en 2002. Passons maintenant aux émissions qui proviennent directement des ménages.

Tableau 3 Émissions directes et indirectes provenant des dépenses personnelles, 1990 et 2002. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 3
Émissions directes et indirectes provenant des dépenses personnelles, 1990 et 2002

L'utilisation de carburants par les ménages représentait la principale source d'émissions de gaz à effet de serre directement liées aux ménages en 1990 et en 2002 (tableau 3). Les émissions associées à cette consommation de carburant sont considérées comme étant directes, compte tenu du fait qu'elles sont le résultat des ménages plutôt que de l'activité industrielle. Les autres principales émissions directes provenant des ménages sont celles qui sont occasionnées par la combustion de mazout et de gaz naturel pour chauffer les maisons6.

Les émissions directes dues à l'utilisation de mazout et de carburant par les ménages représentaient environ un tiers de la totalité des émissions directes et indirectes associées aux ménages en 2002 (tableau 3). Les ménages étaient directement ou indirectement responsables de près de la moitié des émissions intérieures totales en 2002 (321 Mt sur un total de 685 Mt de gaz à effet de serre émis au Canada)7.

Intensité des émissions des ménages

Dans le cas des ménages, l'intensité des émissions de gaz à effet de serre est une mesure des gaz à effet de serre qui sont émis par unité de dépense personnelle.

Les émissions directes de gaz à effet de serre par les ménages ont augmenté de 14 % entre 1990 et 2002, alors que les émissions indirectes ont augmenté de 7 % (tableau 4). À ces émissions intérieures s'ajoutent les émissions à l'étranger découlant de la production de biens importés pour satisfaire la demande des ménages. Les émissions associées à la production de ces biens ont augmenté de 17 % au cours de cette période.

Tableau 4 Émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre attribuables aux ménages, 1990 à 2002. Une nouvelle fenêtre s'ouvrira.

Tableau 4
Émissions directes et indirectes de gaz à effet de serre attribuables aux ménages, 1990 à 2002

Ensemble, ces trois types d'émissions ont entraîné une augmentation de 11 % de la totalité des émissions attribuables aux ménages, au pays et à l'étranger.

De 1990 à 2002, les dépenses personnelles ont augmenté de 35 %, passant de 444,5 milliards de dollars à 600,5 milliards de dollars en prix constants8. Étant donné que les émissions de gaz à effet de serre des ménages ont beaucoup moins augmenté, l'intensité des émissions attribuables aux ménages a diminué de près de 18 % au cours de cette période (tableau 4).

N'eût été ce déclin de l'intensité des émissions, les émissions de gaz à effet de serre associées aux dépenses des ménages auraient été plus importantes en 2002.

La diminution de l'intensité des émissions produites par les ménages était en partie due aux changements des modèles de dépenses personnelles. Comparativement à 1990, les ménages ont dépensé relativement peu pour des biens et services émettant des gaz à effet de serre en 2002. Ce fait a aussi été influencé par les améliorations apportées à l'efficacité énergétique de la production industrielle.

Conclusion

Bien que le point de vue traditionnel de l'offre fournisse des renseignements essentiels à la compréhension des émissions de gaz à effet de serre, le point de vue de la demande nous éclaire aussi sur cette question. L'analyse présentée dans ce document démontre que la croissance des exportations de combustibles minéraux a joué un rôle important dans l'augmentation des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2002. Parallèlement, cette hausse des exportations a considérablement contribué au rendement économique équilibré du Canada. Le rapprochement de ces deux impératifs, à savoir la nécessité de contrôler les émissions de gaz à effet de serre d'une part et, d'autre part, de créer des emplois et de favoriser le bien-être économique, est complexe en raison des répercussions à court et à long terme pour l'économie et l'environnement.

Notes

  1. Tous les chiffres relatifs aux émissions figurant dans ce rapport sont exprimés en équivalent C02 (dioxyde de carbone). On calcule ces chiffres en pondérant les émissions de gaz à effet de serre individuels relativement au potentiel de réchauffement de la planète du dioxyde de carbone (auquel on attribue une valeur de 1), puis en regroupant tous les gaz.
  2. Environnement Canada, 2007, Rapport d'inventaire national — émissions et absorptions des gaz à effet de serre au Canada : 1990 à 2005, Ottawa.
  3. P. Cross et  G. Bowlby, 2006, « L'irrépressible poussée économique de l'Alberta : l'éclosion de la rose de l'Ouest », L'Observateur économique canadien,  produit n° 11-010-XIB au catalogue de Statistique Canada, vol. 19, n° 9, Ottawa.
  4. Environnement Canada, 2007, Rapport d'inventaire national  — émissions et absorptions des gaz à effet de serre au Canada : 1990 à 2005, Ottawa.
  5. Comprend le gaz naturel, les carburants, les lubrifiants et d'autres combustibles.
  6. Les émissions directes des ménages peuvent également être associées à la combustion de bois de chauffage et à la cuisine en plein air. Ces quantités relativement faibles ne sont pas prises en compte dans la présente analyse.
  7. Les comptes des émissions utilisés dans le cadre de la présente analyse sont disponibles dans CANSIM : tableau 153-0034. Pour 2002, ces comptes traitent 685 Mt des 720 Mt soumises officiellement au GIEC par Environnement Canada. L'écart est attribuable aux ajustements exposés dans l'encadré intitulé « Contexte ».
  8. Statistique Canada, s.d., CANSIM : tableau 380-0017.