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  1. Introduction
  2. Questions de méthodologie
  3. Importance des entreprises de petite, moyenne et grande taille
  4. Produit intérieur brut nominal par heure travaillée selon la taille d’entreprise
  5. L'effet de modifications de la répartition par taille sur la productivité du travail
  6. Conclusions

1   Introduction

Dans les discussions sur le rendement économique du Canada, on s’est demandé si des modifications de la structure industrielle par accroissement des entreprises de grande taille auraient un effet favorable sur les niveaux de productivité. Comme les grandes entreprises sont généralement plus productives que les petites, on pouvait s’attendre à ce qu’un déplacement de la répartition selon la taille d’entreprise vers les entreprises de plus grande taille ait un effet favorable sur la productivité globale.

Les écarts de productivité entre petites et grandes entreprises ont été attribués à un certain nombre de facteurs : économies d’échelle liées à la taille des usines; cycles de production plus courts; prix plus élevés du capital par rapport à la main-d’oeuvre qui se traduisent par des différences dans la portion de capital par travailleur; et différences d’efficacité de gestion.

Les facteurs qui sous-tendent la concentration relativement forte des entreprises de petite taille au Canada et l’effet de cette concentration ont été étudiés par un certain nombre de chercheurs (Baldwin et Gorecki, 1986; Inwood et Keay, 2005; Leung, Meh et Terajima, 2008) 1 . La question est habituellement abordée de façon indirecte par le calcul d’estimations des améliorations de la productivité du travail découlant de la capacité de réaliser des économies d’échelle, puis par la correction de ces estimations pour tenir compte de l’effet des différences de taille d’entreprise ou d’usine sur les estimations des niveaux relatifs de productivité du travail.

Les études antérieures ont été limitées par un manque de données exhaustives sur les différences de productivité d’une catégorie de taille d’entreprise à l’autre. Le présent article surmonte cette limite en élaborant le premier ensemble d’estimations du produit intérieur brut (PIB) par taille d’entreprise et en combinant ces estimations aux estimations de l’emploi afin de générer des estimations de la productivité du travail par taille d’entreprise pour un grand nombre d’industries. Les effets de changements de la répartition selon la taille d’entreprise sur la productivité globale sont mesurés. L’étude couvre la période allant de 2002 à 2008. On se sert du PIB par heure travaillée pour mesurer la productivité du travail 2 .

L’étude fait fond sur Leung et Rispoli (2012), qui estiment les contributions au PIB faites par les entreprises de petite, moyenne et grande taille entre 2001 et 2008. Dans la présente étude, une entreprise est définie comme toutes les unités contrôlées par une société mère. Les entreprises sont classées selon l’emploi (l’effectif) de la société mère ultime : les petites entreprises comptent de 0 à 99 employés, les moyennes, de 100 à 499, et les grandes, 500 ou plus. La part des grandes entreprises dans le PIB du secteur des entreprises s’est accrue de façon constante, passant de 44,4 % en 2002 à 47,9 % en 2008. Les entreprises de petite et de moyenne taille ont contribué à la proportion restante (52,1 %) du PIB du secteur des entreprises en 2008. Les chiffres de l’essor des ressources expliquent en grande partie la hausse de la contribution des grandes entreprises du secteur de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz. Les progrès au chapitre de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz ont contrebalancé l’impact des difficultés du secteur de la fabrication, où les grandes entreprises ont traditionnellement dominé.

La présente étude étend l’analyse à l’examen des facteurs travail (mesurés par heure travaillée) et de la productivité agrégée du travail pour chaque catégorie de taille d’entreprise. Au Canada, les grandes entreprises dans le secteur des entreprises sont plus capitalistiques que les petites et moyennes entreprises. L’article étudie donc la façon dont la productivité du travail diffère d’une catégorie de taille d’entreprise à l’autre et la façon dont cet écart a évolué au cours de la période. Cette information est aussi utilisée pour mesurer l’ampleur des changements de productivité agrégée dont on s’attendrait qu’ils accompagnent les changements de répartition selon la taille d’entreprise. Cet exercice a pour but d’éclairer le débat sur la question de savoir si l’on devrait s’attendre à ce qu’une augmentation de la proportion des grandes entreprises ait beaucoup d’effet sur les niveaux canadiens de productivité.

2   Questions de méthodologie

2.1  Couverture

Au Canada, le secteur des entreprises englobe toutes les sociétés et les entreprises non constituées en société qui sont à but lucratif et qui produisent des biens et des services pour les vendre à un prix censé correspondre à tout le moins aux coûts de production. Les entreprises publiques sont incluses dans cette définition. En 2008, le secteur des entreprises a représenté 78,2 % du PIB total du Canada 3 .

2.2  Définition de productivité

L’accent est mis sur la productivité du travail, un indicateur de l’efficacité avec laquelle l’économie utilise le travail pour produire des biens et des services. La productivité du travail sera plus élevée dans les secteurs où les travailleurs ont plus de capitaux et où les entreprises réalisent des économies d’échelle, emploient des travailleurs plus spécialisés ou utilisent des technologies plus avancées.

La productivité du travail est définie ici comme étant la production par unité de facteur travail. La production est mesurée au moyen du PIB calculé aux prix de base. Le facteur travail est mesuré au moyen des heures travaillées. La productivité du travail de l’industrie i est la moyenne pondérée de la productivité du travail dans les catégories d’entreprises de petite, de moyenne et de grande taille pour l’industrie i, où les poids représentent le partage des heures entre chaque catégorie de taille d’entreprise dans l’industrie i,

PT représente la productivité du travail, H, les heures travaillées et j les indices des catégories de taille d’entreprise. La productivité du travail pour le secteur des entreprises dans son ensemble est la somme, à l’échelle de toutes les industries, de la productivité du travail d’une industrie multipliée par sa part dans les heures travaillées du secteur des entreprises : 

2.3  Mesure du produit intérieur brut

Le PIB du secteur des entreprises est mesuré aux prix de base et en termes nominaux. La valeur ajoutée dans les comptes d’entrées-sorties est l’une des mesures du PIB qui sont produites dans le Système de comptabilité nationale du Canada. La valeur ajoutée dans les comptes d’entrées-sorties est la somme de la valeur ajoutée brute de toutes les unités productrices résidentes 4 .

Les comptes d’entrées-sorties fournissent des estimations du PIB au niveau de l’industrie ou au niveau national, mais les estimations ne sont pas disponibles par taille d’entreprise. Pour obtenir des mesures des composantes du revenu du PIB par industrie et par taille d’entreprise, des données provenant de plusieurs sources sont utilisées pour estimer les composantes incluses dans les agrégats des industries : salaires et traitements; parties du revenu supplémentaire du travail; autre excédent d’exploitation; et impôts indirects moins subventions.

La présente étude se fonde généralement sur les données administratives de l’Agence du revenu du Canada (ARC). Les états des résultats de l’Index général des renseignements financiers joints aux déclarations T2 des sociétés sont la principale source de données utilisée pour produire des estimations du revenu, de l’excédent d’exploitation et des impôts indirects sur la production moins les subventions. Le formulaire T4, État de la rémunération payée, que chaque entreprise délivre à ses employés aux fins de l’impôt sur le revenu, représente la principale source de données pour le revenu du travail. L'emploi de chaque entreprise provient des comptes de retenues à la source (PD7).

Les estimations pour les catégories de taille d’entreprise sont tirées de Leung et Rispoli (2012). Chaque emplacement dans l’entreprise est rangé dans une catégorie de taille en fonction de l’effectif du groupe d’entreprises sous contrôle commun (société mère ultime) auquel il appartient, et tous les emplacements sont additionnés pour produire une estimation du PIB de la société mère ultime 5 .

Les parts qui en résultent dans les catégories de taille pour chaque composante du PIB sont étalonnées selon l’industrie d’après les comptes d’entrées-sorties 6 . Les estimations d’agrégats pour le secteur des entreprises représentent la somme des estimations étalonnées par industrie.

2.4  Mesure du facteur travail

Le facteur travail, dans cette analyse, est mesuré comme les heures travaillées dans le cas des travailleurs rémunérés, ainsi que dans celui des travailleurs autonomes non constitués en société.

On le calcule en deux étapes pour les travailleurs rémunérés — d’abord avec une estimation des emplois, puis avec une estimation des heures travaillées par emploi. Le produit des deux donne une estimation du nombre total d’heures travaillées en ce qui concerne les travailleurs rémunérés.

Dans la première étape, les heures travaillées sont estimées pour les travailleurs rémunérés. Cela nécessite une estimation des emplois des travailleurs rémunérés par taille d’entreprise. L’estimation est établie à partir du fichier des retenues sur la paie (PD7) (secteur des entreprises seulement), puis elle est étalonnée en fonction du niveau principal d’industrie et du nombre d’emplois, tels que publiés par les comptes de productivité de Statistique Canada.

L’ARC exige que chaque employeur ouvre et tienne un compte de retenues à la source et soit responsable du prélèvement, du versement et de la déclaration des retenues sur la paie pour chaque employé. Ce compte porte le numéro d’entreprise (NE) de l’employeur, un identificateur unique attribué par l’ARC. Certaines entreprises ont une structure d’exploitation simple dans laquelle l’entreprise et l’établissement sont la même entité et ne portent généralement qu’un NE. À l’inverse, des entreprises complexes peuvent avoir de nombreux NE. En pareils cas, la répartition de l’emploi aux emplacements est fonction de la structure de l’entreprise, laquelle est tirée du Registre des entreprises.

Dans la deuxième étape, les heures travaillées par travailleur rémunéré sont estimées selon la taille d’entreprise et l’industrie en utilisant les données de l’Enquête sur la population active.

Le nombre total d’heures travaillées par les travailleurs rémunérés est calculé comme étant le produit des emplois et des heures travaillées par emploi. Les chiffres obtenus sont étalonnés sur les heures travaillées par les travailleurs rémunérés selon l'industrie pour le secteur des entreprises, telles que publiées par les comptes de productivité de Statistique Canada.

Enfin, le nombre total des heures travaillées par les travailleurs indépendants non constitués en société sont tirées des comptes de productivité. Aux fins de la présente analyse, tous les travailleurs indépendants non constitués en société sont rangés dans la catégorie des petites entreprises.

3   Importance des entreprises de petite, moyenne et grande taille

3.1  Produit intérieur brut

Au cours de la période allant de 2002 à 2008, la part des petites entreprises dans le PIB a diminué. En 2002, les petites et moyennes entreprises généraient 55,6 % du PIB du secteur des entreprises; en 2008, ce chiffre était tombé à 52,1 % (tableaux 1 et 2). Durant cette période, le PIB des petites entreprises s’est apprécié de 5,3 % par an en moyenne, et celui des entreprises de taille moyenne de 3,4 % par an. La croissance de la production dans les deux groupes a été inférieure au taux annuel de croissance de 7,3 % enregistré par les entreprises de grande taille.

La proportion du PIB attribuable aux grandes entreprises différait considérablement d’une industrie à l’autre, variant de moins de 4 % dans le secteur de l’agriculture à 93 % dans celui des services publics (tableau 3). Les industries dans lesquelles la part du PIB imputable aux grandes entreprises a dépassé les 40 % tout au long de la période allant de 2002 à 2008 étaient les suivantes : services publics; extraction minière et extraction de pétrole et de gaz; information et culture; fabrication; transport; arts et spectacles; et finances et immobilier.

La hausse la plus notable de la part du PIB produite par les grandes entreprises a été observée dans l’industrie de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz, où la contribution des grandes entreprises a augmenté de 13,6 points de pourcentage, passant de 69,3 % en 2002 à 82,9 % en 2008. La croissance des grandes entreprises dans l’industrie de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz est survenue au cours de l’essor du secteur des ressources. Certaines industries ont enregistré des hausses plus modérées (de 6 à 8 points de pourcentage) de leur apport de grandes entreprises au PIB : le transport, les finances et l’immobilier, l’information et la culture, le commerce de gros et les services administratifs.

Certaines industries, soit les services publics, la fabrication, les autres services, l’enseignement et l’agriculture, ont enregistré une diminution de la proportion du PIB attribuable aux grandes entreprises au cours de la période allant de 2002 à 2008. Il convient de mentionner la diminution de la part des grandes entreprises dans l’industrie de la fabrication, compte tenu de la contribution substantielle de cette industrie au PIB du secteur des entreprises. La baisse du PIB de la fabrication au cours de la période allant de 2002 à 2008, qui a coïncidé avec l’appréciation significative du dollar canadien par rapport au dollar américain, a touché principalement les grandes entreprises. La proportion des grandes entreprises dans la fabrication a diminué pour passer de 61 % à 56 %. Les changements survenus dans le secteur de la fabrication ont coïncidé avec les baisses absolues du PIB nominal dans ce secteur (tableau 4). Entre 2002 et 2008, le PIB des grandes entreprises de fabrication a décru à un rythme annuel moyen de 2,2 %. En revanche, les petites entreprises manufacturières ont vu leur PIB s’apprécier de 3,1 % par an en moyenne.

3.2  Heures travaillées

Les taux de croissance des heures travaillées et du PIB étaient comparables entre les différentes catégories de taille d’entreprise. Comme dans le cas du PIB, les hausses des heures travaillées des grandes entreprises de 2002 à 2008 ont dépassé celles des entreprises de moyenne et de petite taille. Le nombre total d’heures travaillées dans les grandes entreprises a augmenté de 3,4 % par année, comparativement à 1,0 % par an pour les entreprises de taille moyenne et à 0,6 % par an pour les petites entreprises (tableau 5).

Les similitudes de taux de croissance des heures travaillées et du PIB d’une catégorie de taille d’entreprise à l’autre s’observent au niveau des industries. Les industries dans lesquelles s’est produite une hausse marquée ou modérée du PIB attribuable aux grandes entreprises (extraction minière et extraction de pétrole et de gaz, transport, finances, commerce de gros et services administratifs) ont aussi enregistré une plus forte croissance des heures travaillées dans la catégorie des entreprises de grande taille. Par exemple, dans le secteur de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz, le taux moyen de croissance des heures travaillées dans le cas des grandes entreprises a été de 9,4 %, comparativement à 3,7 % pour les entreprises de taille moyenne et à 6 % pour les petites entreprises.

En outre, dans les industries ayant enregistré une diminution de la part du PIB attribuable aux grandes entreprises, la croissance des heures travaillées dans les grandes entreprises a eu tendance à être plus faible que celle observée dans les petites et moyennes entreprises. Par exemple, dans le secteur de la fabrication, le taux de croissance moyen des heures travaillées dans les grandes entreprises a été de -2,5 %, comparativement à -1,9 % dans les moyennes entreprises et à -1,6 % dans les petites entreprises.

La part relative des heures travaillées dans les grandes entreprises a augmenté, passant de 28,3 % en 2002 à 31,6 % en 2008 (tableau 6). Comme dans le cas du PIB, les augmentations dans la part des heures travaillées attribuable aux grandes entreprises ont été les plus élevées dans les industries de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz, du commerce de gros, du commerce de détail, des finances, du transport, de l’information et des services administratifs. La part des heures travaillées imputable aux grandes entreprises du secteur de la fabrication a diminué, tout comme son PIB.

La part des heures travaillées dans les entreprises de taille moyenne s’est généralement maintenue au même niveau de 2002 à 2008. Les deux exceptions étaient le secteur de la construction, où cette part s’est appréciée pour passer de 9 % à 12 %, et l’industrie de l’extraction minière et de l’extraction de pétrole et de gaz, où cette part a diminué, passant de 19 % à 16 %.

La part des heures travaillées des petites entreprises a diminué dans l’ensemble, passant de 58,4 % à 55,5 %. Les plus fortes baisses ont été enregistrées dans les secteurs du transport, de l’information, de la construction, du commerce de gros, du commerce de détail, des services administratifs et de l’hébergement.

4   Produit intérieur brut nominal par heure travaillée selon la taille d’entreprise

Les grandes entreprises diffèrent des petites quant à l’intensité de capital. La croissance qui transforme une petite entreprise en une grande implique souvent l’application de plus de capital par travailleur pour mécaniser les processus ou pour développer le capital intellectuel (Caves et Pugel, 1980). Les entreprises de plus grande taille sont plus susceptibles de faire des investissements en éléments d’actif incorporels, par exemple dans la publicité, l’amélioration des compétences et la recherche et développement 7 . En outre, les grandes entreprises ont tendance à embaucher des travailleurs plus scolarisés et qualifiés et à verser des salaires plus élevés (Brown et Medoff, 1989, et Morissette, 1991). Ces pratiques donnent lieu à des différences de productivité du travail entre les grandes et les petites entreprises.

En 2008, mesurée par le PIB nominal par heure travaillée, la productivité du travail dans les grandes entreprises (72 $) dépassait celles des moyennes entreprises (42 $) et des petites entreprises (35 $) (tableau 7). La productivité du travail des moyennes entreprises correspondait à 59 % de celle des grandes entreprises, et la productivité du travail des petites entreprises équivalait à 48 % de celle des grandes entreprises (tableau 8).

Au Canada, les grandes entreprises sont plus présentes que les moyennes et les petites dans les industries nécessitant d’importants capitaux. Une division des industries entre celles « à plus forte concentration de grandes entreprises » (environ 50 % ou plus du PIB attribuable aux grandes entreprises) et celles « à moindre concentration de grandes entreprises » sépare grosso modo les industries entre celles qui sont à forte intensité de capital et celles qui ne sont pas capitalistiques. Les industries du groupe à plus forte concentration de grandes entreprises sont les industries infrastructurelles (services publics, information et transport), les industries primaires (extraction minière et extraction de pétrole et de gaz) et le secteur de la fabrication, qui sont de grands consommateurs de capitaux (Baldwin et Dixon, 2008). La productivité du travail des grandes entreprises dans ces industries était de 100 $ par heure travaillée en 2008, soit plus du double de celle des industries dans lesquelles les grandes entreprises sont moins dominantes (39 $).

Les effets d’échelle sont suffisamment importants pour que les petites entreprises présentes dans les industries à forte intensité de capital soient désavantagées sur le plan de la productivité par rapport aux entreprises présentes ailleurs. En 2008, les petites entreprises n’étaient qu'à moitié moins productives que les grandes dans les industries où les grandes entreprises étaient plus présentes. Toutefois, dans les industries à moindre concentration de grandes entreprises, la productivité du travail des petites entreprises équivalait à 77 % de celle des grandes entreprises.

Certaines preuves donnent à penser que la productivité du travail nominale des petites et moyennes entreprises a augmenté par rapport à cette des grandes entreprises dans les industries où les petites entreprises étaient plus présentes. La productivité du travail des petites entreprises par rapport aux grandes s’est accrue dans 9 des 10 industries du groupe à « moindre concentration en grandes entreprises ». Les taux de croissance de la productivité du travail des petites et moyennes entreprises ont dépassé ceux des grandes entreprises.

Ce phénomène de rattrapage était moins visible dans les industries où les grandes entreprises étaient plus importantes. L’exception était le secteur de la fabrication, où le rattrapage était probablement lié au déclin des grandes entreprises de fabrication.

5   L'effet de modifications de la répartition par taille sur la productivité du travail

La tendance des petites entreprises à être moins productives que les grandes a amené les analystes qui se penchent sur les différences de niveau de productivité entre le Canada et les États-Unis à se demander si la structure industrielle n’en serait pas une explication. Une réponse complète à cette question sort du champ de la présente étude, car elle nécessiterait une comparaison détaillée des différences de taille d’entreprise par industrie entre le Canada et les États-Unis ainsi qu’un calcul de la proportion de l’écart de productivité attribuable aux différences dans les répartitions par taille d’entreprise.

Cela dit, il est possible de mieux comprendre la question en calculant la mesure dans laquelle un changement arbitraire du nombre total d’heures travaillées — en le faisant migrer des petites et moyennes entreprises aux grandes entreprises — ferait augmenter la productivité du travail moyenne tout en gardant constante la productivité du travail dans chaque catégorie de taille 8 .

Un contrefactuel est créé en augmentant arbitrairement la proportion des heures travaillées attribuable aux grandes entreprises et en recalculant la productivité agrégée du travail, puis en exprimant le nouveau niveau de productivité en pourcentage du niveau original. Pour ce faire, on calcule la productivité moyenne pour les grandes entreprises et pour le groupe combiné des petites et moyennes entreprises et l’on repondère les deux. Trois scénarios sont envisagés : les parts d’heures travaillées attribuables aux grandes entreprises sont augmentées de 10 %, de 25 % et de 50 % par rapport à celles de 2002. Pour mettre les choses en contexte, mentionnons qu’au cours de la période allant de 2002 à 2008, la proportion d’heures travaillées attribuable aux grandes entreprises dans le secteur canadien des entreprises s’est accrue d’environ 10 %.

Le contrefactuel est calculé pour chaque industrie séparément et l’on fait la somme des résultats pour estimer l’impact pour le secteur des entreprises dans son ensemble (tableau 99 . Pour le secteur des entreprises dans son ensemble, augmenter la part d’heures attribuable aux grandes entreprises de 10 %, de 25 % et de 50 % ferait respectivement augmenter la productivité de 2 %, 4 % et 7 % en 2002 10 .

Dans les industries « à plus forte concentration de grandes entreprises », les changements de structure industrielle influent grandement sur la productivité du travail en raison des grands écarts de productivité entre petites et grandes entreprises. Dans le secteur minier, la productivité du travail augmenterait, respectivement, de 4 %, 9 % et 18 %, en vertu des trois scénarios. Dans le secteur de la fabrication, cette augmentation serait respectivement de 3 %, 8 % et 17 %.

Dans les industries où les grandes entreprises sont moins présentes et moins avantagées quant à la productivité, les modifications de la répartition par taille ont généralement beaucoup moins d’incidence. Dans le secteur de la construction, les deux premiers scénarios donnent lieu à un gain de productivité inférieur à 1 %. Les hausses les plus marquées s’observent dans l’industrie du commerce de gros (2 %, 4 % et 8 %, respectivement).

Les résultats de ces scénarios doivent être évalués au regard des estimations de l’ampleur de l’écart de productivité entre le Canada et les États-Unis. Baldwin, Leung et Rispoli (2011) estiment que l’écart au chapitre du PIB réel du secteur des entreprises par heure travaillée en 1998 était d’environ 12 points de pourcentage — il aurait fallu que le PIB réel canadien par heure travaillée à la fin des années 1990 augmente d’environ 10 % pour combler cet écart. Environ un tiers de cet écart était le fait des entreprises individuelles du secteur des entreprises non constituées en société — un groupe rangé ici dans la catégorie de taille d’entreprise la plus petite 11 .

Les changements découlant de l’expérience contrefactuelle n’effaceraient pas entièrement cet écart, mais ils le feraient diminuer. Le fait d’augmenter la part d’heures attribuable aux grandes entreprises de 10 %, 25 % et 50 % réduirait l’écart en 1998 d’environ 12 %, 27 % et 56 %, respectivement. Mais l’écart entre la productivité du travail du Canada et celle des États-Unis s’est élargi de façon considérable depuis 1998 et la hausse affichée par la productivité du travail nominale attribuable à une augmentation des grandes entreprises aura donc moins de répercussions sur le rétrécissement de l’écart. Davantage de détails sur la manière dont ces répercussions se sont produites au cours de la période d’après 2000 seront présentés dans un document de recherche à venir qui comparera le PIB par heure travaillée au Canada et aux États-Unis au cours de la période allant de 2002 à 2008 (Baldwin, Leung et Rispoli, 2013).

6   Conclusions

On a souvent décrit le Canada comme manquant de grandes entreprises, ce qui a pour conséquence, a-t-on soutenu, que sa productivité agrégée est moindre. L’analyse de cette question nécessite des données exhaustives et uniformes sur les répartitions par taille d’entreprise et les différences de niveau de productivité entre les catégories de taille d’entreprise. À ce jour, de telles données ne sont pas disponibles.

La présente étude et les articles qui s’y rapportent dans cette série (Rispoli, 2009; Leung et Rispoli, 2011) examinent l’importance de la taille des entreprises en mesurant le PIB généré, l’emploi fourni et, par conséquent, la productivité du travail selon les catégories de taille d'entreprise.

En 2008, la productivité, telle que mesurée au moyen du PIB nominal par heure travaillée, était de 72 $ pour les grandes entreprises, ce qui est bien supérieur à la productivité des entreprises de taille moyenne (42 $) et de petite taille (35 $).

Le PIB nominal par heure travaillée des petites et moyennes entreprises est bien inférieur à celui des plus grandes entreprises dans les industries capitalistiques (extraction minière et extraction de pétrole et de gaz, services publics, fabrication, transport et information).

D’importants changements sont survenus après 2002. En premier lieu, les grandes entreprises ont accru leur part tant du PIB que du travail. En deuxième lieu, certains des écarts de productivité du travail entre grandes et petites entreprises se sont rétrécis au cours de la période, en particulier dans les industries où les grandes entreprises étaient moins présentes.

À l’examen de l’effet des changements de structure industrielle (répartition des heures travaillées entre catégories de taille d’entreprise dans chaque industrie) sur la productivité du travail, on constate qu’une augmentation de 10 % de la part d’heures émanant des grandes entreprises (comparable aux changements survenus après 2002) aurait une incidence relativement faible sur la productivité du travail canadienne (2 %), en supposant que les changements d’heures travaillées relatives dans les différentes catégories de taille d’entreprise ne s’accompagnent pas de changements dans la productivité relative des différentes catégories de taille.

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