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Les études de la croissance économique sont souvent axées sur l'importance du capital et de son évolution. Ces estimations du capital englobent les machines et équipements, ainsi que les bâtiments et ouvrages de génie. Cependant, ces dernières années, les chercheurs ont commencé à s'intéresser de manière plus générale aux dépenses d'investissement, surtout celles qui fournissent des actifs moins corporels. Ces dépenses prennent plusieurs formes, dont des connaissances scientifiques, la valeur de la marque ou l'emplacement et les caractéristiques des ressources naturelles. Dans tous les cas, les immobilisations corporelles et incorporelles sont définies en se fondant sur leur capacité d'être utilisées répétitivement dans les procédés de production pendant des périodes de plus d'un an.

Alors que les estimations classiques du savoir scientifique sont axées sur le rôle de la recherche et développement (R-D), une définition élargie de l'activité d'innovation est nécessaire pour analyser pleinement le rôle joué par la création de savoir scientifique dans le progrès de la croissance économique. Le problème que posent les estimations classiques de la R-D tient à l'utilisation d'information issue de sources qui produisent des données en s'inspirant du Manuel de Frascati (OCDE, 2002), ce qui peut donner lieu à une sous-estimation des investissements en savoir scientifique (Baldwin, Beckstead et Gellatly, 2003).

Dans le présent document, nous élargissons la définition de la R-D du Manuel de Frascati et nous estimons les dépenses d'investissement en actifs incorporels au Canada pour l'ensemble des activités scientifiques, à savoir les dépenses en logiciels, en achat de services scientifiques et de génie, en services scientifiques et de génie pour compte propre et en R-D, ainsi qu'en publicité et en prospection minière et pétrolière. Pour chaque catégorie d'actifs, nous produisons des estimations des dépenses d'investissement par secteur d'activité et pour le secteur canadien des entreprises dans son ensemble, pour la période allant de 1981 à 2001. Ce faisant, nous examinons plusieurs questions à propos de l'investissement incorporel. Celles-ci sont : 

  1. Pourquoi la portée de l'investissement incorporel devrait-elle être étendue au-delà de la définition du Manuel de Frascati?

Les deux grandes raisons pour lesquelles nous élargissons ici la définition des dépenses scientifiques du Manuel de Frascati sont les suivantes : 

  1. premièrement, elle n'inclut pas les dépenses qui sont essentiellement des investissements. Ces investissements sont faits pour adapter plutôt que pour inventer de nouveaux produits et technologies; et
  2. deuxièmement, elle ne tient pas compte de la quantité importante de services scientifiques qui est achetée sous forme de savoir technologique, qu'il s'agisse de R-D externe (le Manuel de Frascati ne porte que sur la R-D effectuée intra-muros), de génie-conseil et d'autres services, de brevets, de services d'architectes et d'avant-projets;
  1. Quelle est l'importance des investissements incorporels comparativement aux investissements corporels? La relation est-elle constante au cours du temps?

En dollars courants, les investissements incorporels sont plus importants que les investissements en machines et équipements (M et E) ou en bâtiments et ouvrages de génie. La différence était faible au début des années 1980, mais s'est accrue rapidement à mesure que la croissance annuelle moyenne de l'investissement en M et E (5,2 %) et de l'investissement dans les bâtiments et ouvrages de génie (2,9 %) a été dépassée par celle des investissements incorporels (8,2 %). Par conséquent, en 2001, ces derniers étaient près de deux fois plus importants que les investissements dans les M et E et près de quatre fois plus importants que les investissements dans les bâtiments et les ouvrages de génie.

  1. Quels investissements incorporels sont les plus importants? Lesquels croissent le plus rapidement?

Les dépenses scientifiques représentent, en moyenne, 77,4 % des dépenses en actifs incorporels effectuées de 1981 à 2001. Les dépenses de publicité représentent la deuxième part par ordre décroissant d'importance (18,3 %), et sont suivies par les dépenses de prospection minière et pétrolière (4,3 %). Dans le cadre des dépenses scientifiques, les dépenses en services scientifiques et de génie pour compte propre (31,4 %) et les dépenses en achats de services scientifiques et de génie (21,3 %) sont les deux catégories les plus importantes. La mesure de la R-D associée le plus étroitement à la définition du Manuel de Frascati représente une part de 19,0 % et l'investissement dans les logiciels, les 5,6 % restants.

Les dépenses en actifs incorporels dont la croissance a été la plus rapide sont les dépenses d'investissement en logiciels, qui ont augmenté annuellement de 13,9 % en moyenne de 1981 à 2001. Par conséquent, la part de l'investissement global dans les actifs incorporels imputable aux logiciels est passée de 2,5 % en 1981 à 6,7 % en 2001. Le deuxième taux de croissance par ordre décroissant a été enregistré pour la R-D (10,8 %), suivie par la prospection minière et pétrolière (10,4 %), la publicité (7,7 %), l'achat de services scientifiques et de génie (7,5 %) et les services scientifiques et de génie pour compte propre (6,6 %).

  1. Dans quelles industries les investissements incorporels sont-ils les plus importants?

La définition élargie des actifs incorporels utilisée ici montre que les investissements incorporels sont répartis dans tout le secteur des entreprises, contrairement à l'investissement dans la R-D qui est plus concentré. Bien que la composition des investissements incorporels varie selon le secteur d'activité, les dépenses d'investissement dans les actifs incorporels sont divisées à peu près uniformément entre le secteur de biens et celui de services.

  1. Comment les investissements incorporels varient-ils selon le secteur d'activité?

Même si tous les secteurs d'activité investissent dans des actifs incorporels, le type d'actifs incorporels achetés varie considérablement. Dans le secteur des mines, du pétrole et du gaz, les dépenses de prospection minière et pétrolière sont celles qui dominent, tandis que dans le celui de la construction, l'accent est mis sur l'achat de services scientifiques et de génie, principalement des services de génie et d'architecture. L'investissement dans les services de publicité est le plus important dans les secteurs du commerce de détail, des arts, spectacles et loisirs, de l'hébergement et des services de restauration, et des autres services.

Pour l'ensemble du secteur des entreprises, les dépenses en R-D dominantes sont celles des autres activités de R-D exécutées pour compte propre et de l'achat de services scientifiques. Cela reste vrai au niveau du secteur d'activité, même dans ceux qui exécutent la plupart de la R-D. Les autres services scientifiques et de génie pour compte propre représentent la catégorie la plus importante dans les secteurs de l'agriculture et de la foresterie, des services publics, de la fabrication, du commerce de gros, de l'information et de la culture, du transport, des finances, et du soutien administratif.

Enfin, les services professionnels, scientifiques et techniques représentent le secteur où la R-D est la catégorie la plus importante, même si, ici, les autres services scientifiques pour compte propre viennent en second lieu. La R-D est également assez importante dans les secteurs de la fabrication et du commerce de gros.