Préface
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Étant donné l'intérêt des analystes pour les forces sous-jacentes qui influencent la croissance de l'économie canadienne, Statistique Canada a réalisé un certain nombre d'études portant sur les transformations fondamentales des déterminants de cette croissance. Ces études sont axées non pas tant sur les tendances à court terme qui reflètent les fluctuations des taux de change ou du prix des produits de base favorisant certains secteurs ou certaines régions, que sur le processus de production sous-jacent et la nature de l'innovation. Leur but est d'examiner l'évolution de nouvelles tendances de nature transformationnelle et s'étendant à tous les secteurs de l'économie.
Ces dernières années, les analystes se sont penchés sur divers types de changements, allant de la naissance de l'économie axée sur la haute technologie à l'essor de l'économie du savoir et à l'importance de l'innovation de manière plus générale.
En ce qui concerne le premier aspect, la notion essentielle est que les technologies de pointe, particulièrement les technologies de l'information et des communications (TIC), représentent le nouvel intrant capital indispensable à la croissance économique. La révolution des technologies de l'information et des communications a suscité une évolution radicale des priorités d'investissement. Ainsi, le pourcentage d'investissement en machines et équipements consacré aux technologies de l'information et des communications a augmenté de manière spectaculaire au cours du temps (Baldwin et Gu, 2007).
De nombreuses études macroéconomiques ont révélé l'existence de relations positives significatives entre le stock de capital TIC et le rendement macroéconomique des industries. Jorgenson et Stiroh (2000) ont rendu compte d'une relation positive entre la croissance de la productivité multifactorielle au niveau de l'industrie aux États-Unis et l'investissement en technologie de l'information au cours de la période postérieure à 1995. Travaillant au niveau de l'industrie, Stiroh (2001) a dégagé une corrélation positive entre l'intensité de l'investissement en TIC et la croissance de la productivité du travail. Au Canada, Armstrong et coll. (2002) ont examiné la mesure dans laquelle les variations de la croissance de la production ont été dictées par des investissements en technologies de l'information et des communications, comme le matériel informatique, les logiciels et l'équipement de télécommunications. Ces auteurs ont constaté que le pourcentage de la croissance de la production attribuable à l'investissement dans les TIC a augmenté sensiblement de 1995 à 2000 et qu'un lien étroit existe entre l'investissement dans les TIC et les résultats de productivité. Gu et Wang (2004) ont aussi constaté un lien étroit, au Canada, entre la croissance de la productivité multifactorielle au niveau de l'industrie, d'une part, et l'utilisation des TIC ainsi qu'une main-d'oeuvre hautement spécialisée, d'autre part. Au niveau microéconomique, d'autres études ont confirmé le rôle important joué par les stratégies axées sur les TIC dans le succès des entreprises. Baldwin et Sabourin (2001, 2004) ont indiqué que les entreprises manufacturières qui ont utilisé le plus l'équipement TIC ont eu une croissance plus rapide que les autres, ce qui leur a permis d'accroître leur part du marché ainsi que leur productivité relative.
Beckstead et Gellatly (2003) ont étudié le profil des industries canadiennes des TIC afin de voir si leur performance diffère en ce qui concerne non seulement la croissance de la productivité, mais aussi celle de la rentabilité, de la production, de l'investissement en capital, des échanges, de la recherche et développement (R-D), de l'emploi et de la qualité de la main-d'oeuvre. Ils ont aussi examiné un grand ensemble de secteurs d'activité à caractère scientifique, c'est-à-dire des secteurs qui contribuent à l'innovation industrielle en faisant des investissements relativement importants en recherche et développement ainsi qu'en capital humain, et constaté que le secteur des TIC n'était pas la seule source d'innovation industrielle dans la nouvelle économie. Il existe un autre ensemble d'industries « fondées sur le savoir » qui se spécialisent dans la R-D et qui méritent que l'on s'intéresse à elles à part entière. La croissance du PIB, la croissance de l'emploi, la croissance de la productivité, l'investissement dans la technologie et les dépenses en R-D sont tous des domaines dans lesquels le secteur des TIC excelle; mais à bien des égards, les industries fondées sur le savoir scientifique qui n'appartiennent pas à ce secteur et qui mettent l'accent sur les dépenses en R-D sont tout aussi dynamiques, si bien qu'une approche plus générale que la simple étude des investissements en technologie devrait être adoptée pour saisir pleinement la nature des changements qui sous-tendent l'économie canadienne. Les dépenses en R-D, qui comprennent principalement les dépenses en main-d'oeuvre spécialisée (scientifiques), sont également un déterminant de la réussite. Donc, les stratégies axées sur les sciences qui font partie intégrante de la nouvelle économie du savoir fondée sur la haute technologie ne sont pas unidimensionnelles. Elles comprennent l'utilisation de machines et équipements de pointe. Mais elles requièrent simultanément le recours à des travailleurs scientifiques possédant une formation très poussée.
Les études portant sur le concept plus général de l'économie du savoir soulignent aussi que les compétences des travailleurs, et non seulement les machines et équipements technologiques, jouent un rôle important. Leurs auteurs cherchent à déterminer si l'on accorde plus d'importance à la main-d'oeuvre hautement spécialisée, ou à ce que certains ont appelé les « travailleurs du savoir », dans les procédés de production. Ils s'intéressent d'abord à des groupes restreints de travailleurs du savoir, définis comme des scientifiques, puis à des groupes plus vastes, englobant les personnes ayant atteint des niveaux de scolarité élevés mais ne se limitant pas aux scientifiques. Selon Beckstead et Vinodrai (2003) et Baldwin et Beckstead (2003) ont constaté que la part de l'emploi qui, dans l'économie canadienne, revient aux « travailleurs du savoir » a augmenté de manière constante entre 1971 et 1996, et ce, si l'on tient compte de l'une ou l'autre des définitions du groupe.
Contrairement aux études de l'économie axée sur les TIC ou sur le savoir, les études de l'innovation portent sur les déterminants plus généraux du processus d'innovation au lieu de se limiter aux nouveaux investissements en TIC et en R-D. De nombreuses innovations prennent la forme de changements modestes, progressifs, tandis que d'autres sont plus révolutionnaires. Les unes et les autres contribuent au processus de renouvellement industriel. Baldwin et Hanel (2003) concluent que les stratégies d'innovation et les intrants du processus d'innovation diffèrent considérablement selon le secteur manufacturier. Dans certaines industries, les efforts sont axés sur la R-D et le développement de nouveaux produits, ce qui nécessite du personnel de R-D. Dans d'autres, ils consistent à intégrer un nouveau procédé technique et à utiliser les nouveaux produits intermédiaires développés dans d'autres industries, ce qui requiert des ingénieurs et des spécialistes des sciences appliquées. Dans d'autres encore, ils comprennent les deux aspects.
Les études sur l'innovation montrent que des entreprises novatrices existent dans tous les secteurs d'activité. Baldwin et Gellatly (1998, 1999 et 2001) se sont appuyés sur des données d'enquête recueillies auprès des entreprises de tous les secteurs de l'économie canadienne et ont constaté qu'il existait des entreprises innovatrices dans toutes les industries, aussi bien dans le secteur des biens que dans celui des services. Fait plus important encore, dans tous les secteurs, ces entreprises sont celles dont la croissance est la plus rapide et qui réussissent le mieux (Baldwin et Gellatly, 2003). Toutefois, leur profil d'innovation est adapté à l'environnement industriel dans lequel elles sont exploitées et varie donc. Certaines entreprises se concentrent sur les scientifiques affectés à la R-D, c'est-à-dire sur la création de nouvelles connaissances. D'autres s'intéressent surtout à d'autres types de scientifiques – les ingénieurs – afin d'intégrer de nouveaux produits et matières découverts par certaines industries dans le procédé de production d'autres industries qui utilisent ces découvertes, soit comme machines et équipements nouveaux, soit comme matières intermédiaires nouvelles. La deuxième approche entraîne des dépenses qui, bien que différentes de celles liées à la R-D, ont de nombreuses propriétés semblables, c'est-à-dire qu'elles aboutissent à la création d'actifs à long terme et qu'elles requièrent un effort scientifique important. Dans les deux cas, les dépenses en personnel sont utilisées pour faire des investissements qui contribuent au succès de l'entreprise.
La présente étude prolonge nos études antérieures sur le changement transformationnel. Elle les complète en ce sens qu'elle a trait aux types d'investissement faits dans le cadre du processus d'innovation. Toutefois, sa portée n'est pas limitée au matériel informatique, tel que les TIC, sur lequel s'est concentrée la plus grande partie de l'analyse macroéconomique de la productivité. Elle complète l'ensemble antérieur d'études sur l'économie du savoir parce qu'elle a pour but de quantifier l'investissement en capital de savoir ou ce qui est appelé aujourd'hui les actifs incorporels. Ce faisant, elle est analogue aux travaux antérieurs en ce sens qu'elle reconnaît que des investissements importants sont faits dans les travailleurs, pas simplement pour leur permettre de se perfectionner, mais plutôt pour qu'ils acquièrent de nouvelles connaissances que l'entreprise peut exploiter pour s'adonner à des activités d'innovation. Elle reconnaît aussi que certains investissements en savoir sont faits par achat de R-D, de brevets, de licences et de connaissances technologiques à d'autres entreprises.
Le présent document étoffe nos études sur l'innovation, car il tient compte de l'existence de divers types d'investissements en innovation. Une partie seulement de ces dépenses d'innovation sont incluses dans les dépenses de R-D. D'importantes dépenses d'investissement à caractère scientifique sont également faites en dehors de cette dernière. La proportion de dépenses scientifiques de type R-D et non R-D varie selon l'industrie, parce que la nature de l'innovation diffère d'un secteur à l'autre.
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