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Le présent document résume le rendement à long terme du Canada en matière de productivité, en mettant l'accent sur les éléments qui distinguent la situation observée après 2000 de celle des décennies précédentes. À cette fin, les auteurs cherchent à répondre à un ensemble de questions.

1.
La contribution de la croissance de la productivité du travail à la croissance du produit intérieur brut (PIB) a-t-elle changé?

De 2000 à 2008, le PIB du secteur des entreprises a augmenté de 2,2 % par année, taux légèrement inférieur à celui de 3,0 % observé de 1988 à 2000. La contribution de la croissance de la productivité du travail à celle du PIB a diminué après 2000, tandis que la contribution de la croissance du nombre d'heures travaillées à celle du PIB a augmenté. La contribution de la productivité du travail représentait 34 % de la croissance du PIB après 2000 comparativement à 56 % au cours de la décennie précédente. La productivité du travail a progressé de 0,7 % par année de 2000 à 2008, en baisse par rapport au taux de 1,7 % enregistré de 1988 à 2000. En revanche, le nombre d'heures travaillées a augmenté de 1,4 %, progrès légèrement supérieur à celui de 1,3 % enregistré précédemment.

2.
Comment la croissance de la productivité du travail se compare-t-elle à la croissance du revenu réel du travail?

Sur l'ensemble de la période de 1961 à 2008, la rémunération annuelle moyenne réelle du travail a augmenté de 1,8 %, tandis que la productivité du travail a progressé de 2,0 %. De 2000 à 2008, la croissance de la rémunération annuelle moyenne réelle horaire du travail (0,9 %) a suivi de près celle de la productivité du travail (0,7 %), alors que dans les années 1990, elle était légèrement inférieure.

3.
Quelle a été la source de la croissance de la productivité du travail : les accroissements de l'intensité du capital, les améliorations de la qualité (changements de composition) de la main-d'oeuvre ou les accroissements de la productivité multifactorielle (PMF)?

De 1988 à 2000, les accroissements de l'intensité du capital ont donné lieu à 1,0 point de pourcentage de l'accroissement annuel de 1,7 point de pourcentage de la productivité du travail, la hausse du niveau de compétence de la main-d'oeuvre, à 0,4 point de pourcentage et l'accroissement de la PMF, à 0,3 point de pourcentage. Au cours de la période postérieure à 2000, la croissance de l'intensité du capital a également contribué 1,1 point de pourcentage, et les changements de composition de la main-d'oeuvre, quelque 0,3 point de pourcentage, mais la contribution de la PMF a été négative. Le ralentissement de la croissance de la productivité du travail après 2000 a été presque entièrement imputable aux facteurs qui déterminent la croissance de la PMF, à savoir les effets de la technologie, de l'innovation, de l'organisation de l'entreprise, des économies d'échelle et de l'utilisation de la capacité.

4.
Quelles industries ont été à l'origine du ralentissement de la croissance de la productivité entre les années 1990 et la période postérieure à 2000?

Le ralentissement de la croissance de la productivité du travail dans le secteur agrégé des entreprises après 2000 est expliqué en grande partie par le ralentissement de la croissance de la productivité dans deux grandes industries, à savoir celle de l'extraction minière et de l'extraction de pétrole et de gaz et celle de la fabrication. L'industrie de la finance, des assurances et des services immobiliers a également contribué légèrement au ralentissement de la croissance de la productivité après 2000.

Pour l'ensemble des industries, le ralentissement de la croissance de la productivité a été corrélé positivement à la croissance de la production. Dans celles où la croissance de la production a ralenti le plus, la croissance de la productivité en a fait de même.

5.
Comment se comparent la croissance de la productivité du Canada et celle des États-Unis?

De 1961 à 1985, la croissance de la productivité a été plus rapide au Canada qu'aux États-Unis, puis elle a été moins rapide jusqu'à 1990, année où les deux pays étaient revenus essentiellement à leurs niveaux relatifs de 1961. Les taux de croissance relatifs ont été à peu près les mêmes dans les années 1990. Mais depuis 2000, le Canada a considérablement perdu du terrain.

6.
Quels facteurs expliquent les différences de trajectoire de la croissance de la productivité du travail : les différences de croissance de l'intensité du capital, les différences d'amélioration des compétences (composition de la main-d'oeuvre) ou les différences de croissance de la PMF?

La faible différence de croissance de la productivité du travail en faveur des États-Unis observée de 1961 à 2008 tient en grande partie à la croissance plus rapide de la PMF dans ce pays, situation qui a persisté pendant toute la période. De 1961 à 2008, la croissance annuelle de la productivité du travail dans le secteur des entreprises a été légèrement, mais non significativement, plus faible (0,3 point de pourcentage) au Canada qu'aux États-Unis. La croissance annuelle de la PMF au Canada a été inférieure de 0,9 point de pourcentage à celle observée aux États-Unis.

En revanche, sur la période de 1961 à 1996, aucun écart continu n'a eu lieu entre la croissance de l'intensité du capital au Canada et celle enregistrée aux États-Unis. En effet, au début de la période, la croissance de la contribution de l'approfondissement du capital à la croissance de la productivité du secteur des entreprises a été plus importante au Canada qu'aux États-Unis, ce qui s'est traduit par une plus forte croissance de la productivité du travail durant cette période. Toutefois, à la fin des années 1970 et au début des années 1980, les taux de croissance de l'intensité du capital au Canada et aux États-Unis ont commencé à se rapprocher, avant de devenir similaires à la fin des années 1980. Comme à la période précédente, ce changement d'intensité du capital a été la cause principale de la variation observée de la productivité relative du travail dans les deux pays au cours de la période. Un écart significatif de croissance de l'intensité du capital s'est creusé entre le Canada et les États-Unis après 1996 en faveur de ces derniers, mais s'est réduit ces dernières années.

La contribution de la composition de la main-d'oeuvre à la croissance de la productivité du secteur des entreprises a été plus importante au Canada qu'aux États-Unis pendant la plupart de la période de 1961 à 2008, quoique la différence se soit amenuisée à la fin de la période. De 1961 à 2008, l'évolution vers une main-d'oeuvre plus instruite et plus expérimentée a été plus rapide au Canada qu'aux États-Unis, ce qui a accéléré la croissance de la productivité du travail de 0,2 point de pourcentage par année dans le secteur canadien des entreprises comparativement à son homologue américain.

De 2000 à 2008, la croissance de la productivité du travail dans le secteur des entreprises a été nettement plus lente au Canada qu'aux États-Unis. Durant cette période, la différence de croissance de la productivité du travail entre les deux pays a été de 1,9 point de pourcentage.

Le principal déterminant de cette accentuation de la différence de croissance de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis de 2000 à 2008 a été la croissance plus lente de la PMF au Canada. Les effets des variations de l'intensité du capital et de la composition de la main-d'oeuvre ont été comparables dans les deux pays.

7.
Quelles industries ont été à l'origine de la différence de croissance de la productivité du travail entre le Canada et les États-Unis après 2000?

Après 2000, la croissance de la productivité du travail a été beaucoup plus lente au Canada qu'aux États-Unis dans trois industries : la fabrication; l'information et la culture; et la finance, les assurances et les services immobiliers.

8.
Quel est le niveau approximatif de productivité du Canada comparativement aux États-Unis?

Le niveau de productivité dans le secteur des entreprises a été plus bas au Canada qu'aux États-Unis depuis 1961. L'écart était relativement faible au milieu des années 1980, quand la productivité du travail du Canada était inférieure de 10 % au niveau américain. Après le milieu des années 1980, la productivité du travail a diminué au Canada. En 2008, le niveau au Canada n'était égal qu'aux trois quarts du niveau aux États-Unis.

9.
Quelle est la source des différences de niveau du PIB par habitant entre le Canada et les États-Unis : des différences de productivité du travail ou des différences de nombre d'heures travaillées?

En 2008, l'écart de production entre le Canada et les États-Unis en faveur des États-Unis était de 16 % en ce qui concerne le PIB par habitant. Le niveau relativement plus faible de productivité du travail au Canada expliquait 14 points de pourcentage de cet écart de production. Le nombre d'heures travaillées par habitant, plus faible au Canada qu'aux États-Unis, rendait compte des 2 autres points de pourcentage de cet écart.

Il s'agit d'un changement important relativement aux années 1990 durant lesquelles la plus grande part de la différence tenait au nombre d'heures travaillées. Après 2000, le PIB par habitant du Canada est demeuré presque inchangé comparativement à celui des États-Unis, malgré la baisse de la productivité relative du travail. Cette situation est due à l'accroissement de l'utilisation de la main-d'oeuvre (nombre d'heures travaillées par habitant) au Canada comparativement aux États-Unis, qui a compensé la diminution de la productivité relative du travail. La période postérieure à 2000 a été marquée par un marché du travail nettement plus robuste au Canada qu'aux États-Unis.

10.
D'autres mesures du bien-être ont-elles baissé comparativement à la situation aux États-Unis à partir de 2000?

Pour évaluer le rendement d'une économie, on se sert habituellement d'une mesure en volume du PIB, qui représente le revenu en dollars constants (revenu du travail plus bénéfices) que génère la production intérieure d'une économie, les indices en volume ou en dollars constants étant calculés d'après les prix des biens et services intérieurs produits. Si on élargit le concept de revenu réel afin d'inclure les variations de pouvoir d'achat du revenu gagné dues à la variation des prix relatifs des exportations et des importations, la mesure pertinente est le revenu national brut réel (RNB). Les variations du pouvoir d'achat sont causées par les variations des prix relatifs des exportations et des importations, c'est-à-dire les termes de l'échange.

À partir de 2000, les prix des exportations canadiennes ont augmenté sensiblement comparativement au prix des importations. Les recettes canadiennes en provenance de l'étranger ont également augmenté comparativement aux paiements versés à l'étranger. Ces deux événements ont entraîné une hausse prononcée des mesures de la croissance du revenu réel qui tiennent compte des variations des termes de l'échange et du revenu issu d'investissements à l'étranger, situation qui a des incidences sur les comparaisons entre le Canada et les États-Unis. De 2002 à 2008, les termes de l'échange du Canada se sont beaucoup améliorés, en raison de l'augmentation des prix des produits de base, d'une appréciation du dollar et d'une baisse mondiale des prix des produits manufacturés qui ont contribué fortement à la croissance du revenu réel. Aux États-Unis, les mesures du revenu réel ont été nettement moins affectées par les variations des termes de l'échange.

Par conséquent, les comparaisons du rendement relatif par habitant des deux pays dépendent fondamentalement du fait que les termes de l'échange et les flux de revenus internationaux sont intégrés ou non dans l'analyse. Si les termes de l'échange sont exclus et que l'on s'intéresse à la croissance du PIB réel relatif par habitant (ou à la croissance de la productivité relative), le rendement du Canada semble être moins bon que celui des États-Unis de 2002 à 2006. Durant cette période, la croissance du PIB réel par habitant a été de 9,3 % aux États-Unis mais de 7,0 % au Canada. Si l'on tient compte des termes de l'échange et des revenus d'investissement internationaux, le revenu réel par habitant des États-Unis a augmenté de 8,6 %, taux comparable à la croissance du PIB par habitant de ce pays. Par contre, la mesure corrigée de la croissance du revenu réel par habitant du Canada est de 15,6 %, c'est-à-dire plus du double de la croissance du PIB réel par habitant du Canada et près du double du taux des États-Unis.