Sommaire
Consulter la version la plus récente.
Information archivée dans le Web
L’information dont il est indiqué qu’elle est archivée est fournie à des fins de référence, de recherche ou de tenue de documents. Elle n’est pas assujettie aux normes Web du gouvernement du Canada et elle n’a pas été modifiée ou mise à jour depuis son archivage. Pour obtenir cette information dans un autre format, veuillez communiquer avec nous.
Les travaux de recherche sur la dynamique de la concurrence ont révélé que des parts de marché importantes sont transférées, au fil du temps, des entreprises en déclin à celles en croissance. Les entreprises qui accroissent leur part de marché y parviennent en raison de gains importants de productivité relative. Il a été démontré que ce processus de redistribution contribue de façon importante à la croissance de la productivité agrégée.
Il est difficile de prédire ex ante quelles entreprises connaîtront une croissance ou un déclin. Au début d'une période donnée, il n'existe que peu d'écart entre la productivité des établissements qui progresseront subséquemment et celle des établissements qui vont voir leur part de marché diminuer. Il demeure que les premiers trouveront des moyens de hausser leur productivité par rapport aux seconds, et cette hausse soudaine de leur productivité relative se traduira par des gains importants en ce qui touche la part de marché (Baldwin et Sabourin, 2001, 2004; Baldwin et Gellatly, 2003). Le transfert de ressources (des établissements moins productifs aux établissements plus productifs) qui en résulte à l'intérieur d'une industrie représente une part importante de la croissance de la productivité pour toute l'industrie; cette part peut atteindre 50% dans le secteur de la fabrication (Baldwin et Gu, 2006) et à peu près 100% dans le secteur du commerce de détail (Baldwin et Gu, 2008).
Des recherches complémentaires à partir d'enquêtes-entreprises canadiennes ont montré que cette apparition soudaine d'écarts de productivité est rattachée pour une part aux différences touchant la capacité des entreprises à innover et à tirer parti des avantages que peuvent offrir les technologies de pointe (Baldwin et Sabourin, 2001, 2004; Baldwin, Sabourin et Smith, 2003). Ces écarts de productivité émergents engendrent des forces centrifuges à l'intérieur du marché, ce qui a pour conséquence un accroissement de la part de marché des établissements qui font des gains de productivité relative, et une diminution de celle des établissements dont la productivité relative décroît. On observe également à l'intérieur du marché des forces centripètes qui font contrepoids à cette tendance en permettant aux établissements dont la part de marché diminue de limiter l'écart de productivité qui les sépare de leurs rivaux en plein élan.
Les externalités reliées aux retombées alimentent ces forces centripètes. Les retombées sont depuis longtemps considérées comme une caractéristique importante des marchés concurrentiels. Elles comprennent des transferts non tarifés de savoir sur la production de certains producteurs, soit les entreprises qui possèdent des actifs spéciaux ou des avantages organisationnels, aux producteurs rivaux. Le savoir particulier (techniques, technologies, brevets, structures organisationnelles) qui permet à certaines entreprises d'obtenir un avantage peut se transmettre, sous forme de retombées, aux entreprises en perte de vitesse. L'ampleur et la rapidité de ce transfert détermineront si les entreprises qui n'ont pas fait la découverte de techniques ou de produits nouveaux pourront survivre sur le marché.
L'importance de ces externalités aura un effet déterminant sur la vitesse à laquelle les populations se renouvelleront, par le jeu des entrées et des sorties, et cela influera aussi sur la mesure dans laquelle les entités existantes peuvent se transformer à temps pour être à même de poursuivre leurs activités. Cela déterminera si le modèle écologique de sélection se caractérise par une sortie rapide des entités moins productives ou s'il existe un filet de sécurité généré par les retombées qui évite aux entités de prendre trop de retard par rapport aux chefs de file de l'industrie. Enfin, la rapidité avec laquelle s'opère le transfert de savoir des entreprises en croissance aux autres entreprises peut avoir des répercussions sur l'incitation qu'auront les entreprises très performantes à innover, et, par le fait même, sur la croissance économique générale. L'idée selon laquelle il convient de favoriser les externalités sous-tend de nombreuses politiques industrielles visant à faciliter le transfert de savoir au profit des entités qui sont en situation de désavantage. C'est un aspect fondamental des lois régissant les brevets, qui confèrent une protection juridique à l'endroit des idées, mais uniquement pendant une période délimitée, de sorte que les idées qui sont visées par les brevets puissent faire l'objet de la plus grande diffusion possible.
De nombreuses études de recherche menées à partir de données de panel microéconomiques ont porté sur les sources et les catégories de processus centrifuges à l'intérieur du secteur des entreprises au Canada. Il s'agit de forces concourant à la séparation qui s'opère, sur le plan de la compétitivité, entre entreprises très productives et entreprises peu productives. On s'est moins intéressé à la nature des forces centripètes susceptibles d'atténuer ce phénomène de séparation entre entreprises rivales par le jeu de la concurrence. Le présent document fait état des résultats de notre première étude du sujet. Nous nous concentrons sur la relation entre la croissance de la productivité des établissements en déclin (qui pourraient bénéficier de retombées) et celle des établissements en expansion (qui pourraient être à l'origine des retombées). D'autres externalités peuvent aussi présenter de l'intérêt, par exemple celles se transmettant vers les établissements prospères. Toutefois, étant donné toute l'attention que l'on accorde au processus de redistribution concurrentielle donnant lieu à un transfert de ressources économiques des entreprises en déclin aux entreprises en croissance, l'examen des retombées de productivité qui créent un lien entre les entreprises en croissance et les entreprises en déclin constitue un point de départ logique.
Nous utilisons des données au niveau de l'établissement sur la croissance de la productivité et la variation des parts de marché au cours de trois périodes précises (1979 à 1984, 1984 à 1990 et 1990 à 1996) afin de déterminer si les établissements dont la part de marché diminuait au cours de chacune de ces périodes ont profité de retombées de productivité émanant de producteurs rivaux plus prospères (cette prospérité ressortant de l'accroissement de leur part de marché). Nous étudions la mesure dans laquelle la productivité des établissements dont la part de marché diminue est influencée par 1) la proximité de la frontière technologique et 2) les variations simultanées de la productivité des établissements rivaux dont la part de marché augmente. Parallèlement, nous cherchons à établir si l'incidence de ces retombées est délimitée spatialement.
Nous évaluons ces sources possibles de retombées (établissements se situant à la frontière au début de la période examinée et établissements qui accroissent leur part de marché au cours de la période) en raison de ce qu'elles révèlent au sujet du genre d'information sur la production que détiennent les établissements rivaux et que les établissements en difficulté peuvent assimiler. Les retombées associées aux établissements se situant à la frontière refléteront probablement les pratiques exemplaires des chefs de file de l'industrie, tandis que celles émanant des établissements qui accroissent leur part de marché seront reliées à de nouvelles sources de savoir sur la production qui émergeront au fil du déplacement constant de la frontière. Notre modèle comprend également des renseignements géographiques sur la distance qui sépare les établissements en déclin des établissements à la frontière et de ceux dont la part de marché augmente, de façon à vérifier si les retombées de productivité sont circonscrites sur le plan spatial.
L'analyse montre que les établissements dont la part de marché diminue ne profitent pas de retombées de productivité de leurs rivaux se situant à la frontière technologique. Une fois que l'on prend en compte la tendance à revenir à la moyenne, les établissements en déclin se situant plus loin de la frontière enregistrent en fait des taux de croissance de la productivité plus bas, et non plus hauts, ce qui démontre que le savoir plus ancien provenant de la frontière n'engendre pas de retombées dont pourraient tirer profit les producteurs moins efficients. Il est probable que, plus un établissement en déclin est éloignée de la frontière, plus la croissance de sa productivité sera basse.
L'analyse permet par ailleurs de constater que les établissements dont la part de marché diminue profitent de retombées de productivité de leurs rivaux dont la part de marché s'accroît, soit les établissements qui ont un avantage concurrentiel avéré. Ces établissements rivaux sont ceux qui gagnent au jeu de la concurrence au fur et à mesure que le processus dynamique se déroule. Même si les établissements en déclin profitent dans une certaine mesure des établissements rivaux, les retombées de productivité des établissements dont la part de marché augmente sur ceux dont la part de marché diminue sont circonscrites sur le plan spatial et modestes sur le plan qualitatif.
Ces externalités de productivité des établissements en croissance augmenteront le taux de croissance de la productivité des établissements en déclin dans une proportion pouvant aller de 0,18 à 0,34 point de pourcentage tout au plus. C'est relativement peu comparativement à l'écart de 3,5 points de pourcentage entre le taux médian de croissance des établissements en expansion et celui des établissements en déclin (selon la moyenne pour les trois périodes). Les externalités mesurées ici ont donc une incidence relativement faible aux fins de résorber l'écart entre les établissements prospères et ceux en difficulté. Ce processus évolutif a des allures de concours où les meneurs obtiennent rapidement une gratification tandis que l'écart qui les sépare des concurrents obtenant de moins bons résultas se creuse constamment.
- Date de modification :