1. Introduction

Paula Vicente, Elizabeth Reis et �lvaro Rosa

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Le dernier Recensement de la population et du logement du Portugal a eu lieu en mars 2011. Il s’agissait d’une opération statistique coûteuse et de grande envergure comportant des prises de contact en personne, porte à porte, pour la distribution et la collecte des questionnaires imprimés partout dans le pays. La tâche principale de toute opération de recensement est de dénombrer tous les habitants et de déterminer où ils vivent, sans omettre personne (Waite 2007). Cependant, le bon accomplissement d’une telle tâche peut être compromis par divers facteurs, notamment la performance des ressources humaines participantes, le degré de coopération des citoyens, et les caractéristiques particulières des régions et des populations qui sont dénombrées. Des données fiables ne peuvent être obtenues qu’au moyen de processus valables et rigoureux, raison pour laquelle le recensement s’appuie sur un système d’assurance de la qualité (AQ) complet qui est conçu et mis en œuvre tout au long des opérations de recensement proprement dites (Wroth-Smith, Abbott, Compton et Benton 2011).

Avant 2011, le système d’AQ des opérations de recensement s’appuyait sur des procédures nationales normalisées, c’est-à-dire des normes, des indicateurs, des processus et des sous-processus définis au niveau national, si bien que toutes les régions utilisaient les mêmes activités d’AQ pour les besoins de la surveillance. Bien que le Portugal soit un petit pays, il présente une grande diversité géographique et démographique caractérisée par des régions fortement urbanisées ainsi que des régions rurales, des régions à très forte densité de population ainsi que des villages quasiment abandonnés et déserts, de même que des régions habitées principalement par des personnes âgées et d’autres, par des personnes beaucoup plus jeunes. Cette diversité est susceptible d’avoir une incidence sur la mise en œuvre d’un recensement, car les problèmes, les difficultés et le risque d’échec ne sont pas uniformes, mais varient plutôt en fonction des caractéristiques particulières de la population et des régions où le recensement est effectué. Compte tenu de cette situation, une nouvelle perspective a été adoptée pour le Recensement de 2011 : le système d’AQ a été remanié afin de l’adapter aux caractéristiques locales particulières des régions géographiques et des populations (Statistics Portugal 2007). Ce changement a rendu nécessaire l’établissement de la carte des risques d’échec sur le territoire du Portugal, ce qui a mené à l’élaboration d’une carte d’alerte (Map of Alert) (Statistics Portugal 2010).

Le Portugal est subdivisé administrativement en 303 municipalités englobant 4 260 freguesias (administrations locales). (La freguesia est la plus petite région administrative/gouvernementale au Portugal. Chaque municipalité comprend un ensemble de freguesias. La freguesia est l’équivalent d’une paroisse civile.) Cette organisation sert de base à la mise en œuvre des opérations du recensement : la freguesia est le niveau le plus bas de la hiérarchie de coordination des opérations; au‑dessus d’elle vient la coordination municipale, puis la coordination régionale et, enfin, la coordination nationale au sommet. Le Bureau du recensement de Statistique Portugal est chargé de la coordination stratégique et nationale des opérations complètes. Statistique Portugal nomme des délégués régionaux chargés de la coordination régionale; les présidents des municipalités sont responsables de la coordination municipale, et enfin, les présidents des junta de freguesia (PJF). Les PJF sont chargés de la coordination au niveau de la freguesia (le junta de freguesia est l’organe directeur de chaque freguesia et est administré par le président du junta de freguesia).

La carte d’alerte est une carte détaillée du territoire portugais au niveau des freguesias, dans laquelle un code de couleur est attribué à chaque freguesia pour indiquer le risque potentiel d’échec des opérations de recensement : rouge (risque élevé), orange (risque moyen) et vert (risque faible). Par risque d’échec, nous entendons d’éventuels problèmes de couverture, c’est-à-dire omettre de dénombrer certaines personnes ou en dénombrer d’autres en double. Dresser la carte des 4 260 freguesias en fonction de leur risque d’échec devrait permettre aux coordonnateurs municipaux de savoir d’avance quelles freguesias nécessiteront des activités d’AQ particulières afin de soutenir efficacement les opérations sur le terrain. Cela permettrait de cibler les ressources sur les freguesias que l’on sait poser un risque élevé d’échec des opérations. Donc, les freguesias vertes ou oranges pourraient être traitées en appliquant les procédures d’AQ standard, tandis que des procédures spéciales seraient conçues et mises en œuvre pour répondre aux caractéristiques locales particulières des freguesias rouges. Ces procédures spéciales pourraient inclure l’affectation d’agents recenseurs plus chevronnés aux régions les plus difficiles, le contrôle plus régulier du travail des agents recenseurs, ou la vérification du travail d’une proportion d’agents recenseurs supérieure aux 5 % habituels.

L’information sur les caractéristiques des populations, des logements et des régions susceptibles de causer des difficultés de couverture pour le recensement (par exemple, l’existence de sans-logis, de personnes appartenant à des groupes minoritaires ou de régions comptant de nombreux logements inoccupés (Groves 1989, page 137, Groves et Couper 1998, page 176)) était nécessaire pour dresser la carte d’alerte. Ce genre d’information aurait pu être tirée des données du Recensement de 2001, mais comme celles‑ci risquaient d’être dépassées, on a décidé de recueillir l’information requise au moyen d’un sondage expédié par la poste à tous les PJF. Il était essentiel d’obtenir la coopération de chacun des 4 260 PJF afin d’être certains que chaque freguesia soit classée selon un niveau de risque dans la carte d’alerte.

Le questionnaire du sondage sur la perception du risque a été envoyé au début d’octobre 2010. L’échéance pour la collecte des données établie à l’interne par l’équipe de recherche était le milieu de décembre 2010, mais comme les répondants ont tendance à remettre à plus tard la réponse aux sondages par la poste, on leur a demandé de retourner le questionnaire dûment rempli dans le mois suivant sa réception. Plus de la moitié des freguesias (58 %) l’ont fait dans ce délai; après cette période, les réponses ont continué d’arriver, mais à un rythme plus lent. À l’échéance, 77 % des freguesias avaient retourné le questionnaire, mais le nombre de questionnaires arrivant à la fin avait baissé fortement. Malgré le bon taux de réponse (Dillman, Smyth et Christian 2009), l’objectif visant à obtenir les données auprès de toutes les freguesias était loin d’être atteint. Terminer la collecte des données à la mi‑décembre aurait signifié qu’un niveau de risque ne serait pas attribué à près du quart des freguesias, réduisant ainsi considérablement l’efficacité de la carte d’alerte en tant qu’instrument d’assurance de la qualité. Un envoi par la poste de suivi a donc été adressé aux freguesias non répondantes le 16 décembre. En plus d’accroître la taille de l’échantillon, on espérait améliorer la qualité de l’information pour la conception de la carte d’alerte. En fait, on craignait que les non-répondants soient des freguesias dont les caractéristiques posaient problème pour le recensement, de sorte que l’ampleur réelle du code rouge serait sous-représentée dans la carte. Il est bien connu que la demande de renseignements personnels ou délicats dans les questionnaires augmente le risque de non-réponse (par exemple, Groves, Fowler Jr, Couper, Lepkowski, Singer et Tourangeau 2004, page 224) et, même si les renseignements demandés dans le sondage sur la perception du risque n’étaient pas de nature personnelle (c’est-à-dire concernant le PJF lui-même), ils communiquaient des informations que les PJF pourraient hésiter à partager. Ceux-ci pourraient juger les questions sur l’existence de sans-logis, de zones sans éclairage public, ou de chaussées non revêtues de tarmacadam dans les régions qu’ils gouvernent comme exagérément délicates, et donc entraîner leur non-participation au sondage. L’envoi par la poste de suivi avait aussi pour objectif de réduire au minimum l’effet de la non-réponse sur la classification des freguesias selon le niveau de risque.

La carte d’alerte a été utilisée pour la première fois dans le cadre du Recensement de la population et du logement du Portugal de 2011, mais Statistique Portugal a l’intention de l’adopter comme instrument d’AQ permanent pour les futures opérations de recensement. L’étude décrite dans le présent article examine l’effet du suivi sur le taux de réponse et les résultats du sondage sur la perception du risque, et évalue la mesure dans laquelle les réponses au suivi ont modifié la configuration de la carte d’alerte, c’est‑à‑dire la classification selon le niveau de risque.

La méthode est présentée à la section 2. Les résultats sont donnés à la section 3. Enfin, une discussion est fournie à la section 4.

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