2 La première controverse : Anders Kiaer et la « méthode représentative »

Ken Brewer

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Anders Kiaer (1838-1919), a été le fondateur et le premier directeur de Statistics Norway. Nombreux sont ceux qui affirment aujourd'hui qu'il a été le premier statisticien d'enquête moderne, mais sa contribution à la statistique n'était pas sans détracteurs à l'époque. Ceux-ci affirmaient, par exemple, que son approche de l'échantillonnage péchait par un manque de description théorique. En outre, les références faisaient sérieusement défaut dans les articles de Kiaer. La plupart des accusations portées contre lui par ses contemporains étaient fondées, mais il est également vrai qu'en publiant pour la première fois ses idées en 1895, il a lancé un processus qui a abouti à l'élaboration de la théorie moderne de l'échantillonnage. Kiaer a également été le premier à utiliser un sondage de manière indépendante, plutôt que comme un sous-produit d'un dénombrement complet.

En 1895, Kiaer avait réalisé des sondages avec succès dans son propre pays depuis au moins 15 ans, constatant pour son plus grand plaisir qu'il n'était pas toujours nécessaire de dénombrer une population complète pour obtenir de l'information utile à son sujet. Il décida qu'il était temps de convaincre ses pairs de ce fait, ce qu'il a essayé de faire à la séance de l'Institut international de statistique (IIS) qui se tenait à Berne cette année-là. Kiaer y a soutenu que ce qu'il appelait une « investigation partielle », fondée sur un sous-ensemble des unités de la population, pouvait effectivement fournir ce genre d'information, à condition seulement que le sous-ensemble en question soit choisi avec prudence de manière à refléter en miniature l'ensemble de cette population. Il décrivit ce processus comme étant sa « méthode représentative » et réussit à gagner un certain appui, notamment de la part de ses collègues scandinaves. Malheureusement, son idée de « représentation » était trop subjective et (avec le recul) manquait trop de rigueur probabiliste pour progresser face à la conviction universelle que seuls les dénombrements complets, les « recensements », pouvaient fournir des renseignements utiles (Wright 2001, Lie 2002).

De surcroît, toutes les innovations de Kiaer, en particulier son idée d'un échantillonnage « représentatif », étaient suffisamment controversables pour déclencher une forte opposition à ses idées chez ses contemporains, ce qu'ont mis tout spécialement en évidence les réactions négatives suscitées par l'article qu'il a présenté à l'assemblée de l'IIS de 1895. Il a néanmoins persisté et continué de présenter des articles au sujet de ses sondages et des méthodes qu'il utilisait aux assemblées ultérieures.

Huit ans plus tard, à l'assemblée de l'IIS qui s'est tenue à Berlin en 1903, Lucien March a soutenu que la randomisation pourrait offrir un fondement objectif pour l'utilisation des « investigations partielles » (Wright 2001, Lie 2002).

Cette idée a été explorée plus en détail par Sir Arthur Lyon Bowley, d'abord dans un article théorique (Bowley 1906) et plus tard au moyen d'une démonstration pratique de sa faisabilité dans un sondage réalisé à Reading, en Angleterre (Bowley 1912).

En 1925, à l'assemblée qui s'est tenue à Rome, les membres de l'ISS étaient suffisamment convaincus (en grande partie par un rapport que l'Institut avait lui-même commandé !) pour adopter une résolution témoignant de leur acceptation de la notion d'échantillonnage. Toutefois, ils laissaient à la discrétion des chercheurs d'opter pour l'échantillonnage aléatoire ou par choix raisonné. Avec l'avantage du recul, nous pouvons conjecturer que, aussi vague qu'ait été leur conscience du fait, les auteurs de ce rapport avaient l'intuition que, si l'échantillonnage par choix raisonné pouvait parfois donner des estimations utiles, la base offerte par la randomisation était également souhaitable.

Au cours de l'années suivante, Bowley a lui-même publié une monographie importante (Bowley 1926) dans laquelle il exposait ce que l'on savait alors au sujet des approches par choix raisonné et aléatoire de sélection de l'échantillon, et a également proposé des idées en vue de poursuivre l'élaboration de l'une et de l'autre. Il a notamment émis l'idée de rassembler les unités similaires en groupes appelés « strates », et d'inclure les mêmes proportions d'unités provenant de chaque strate dans l'échantillon. En outre, il a essayé de rendre l'échantillonnage par choix raisonné plus rigoureux en tenant compte des corrélations entre les variables d'intérêt pour le sondage et toutes autres variables auxiliaires susceptibles d'être utiles dans le processus d'estimation.

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