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  1. Introduction
  2. Données et concepts
  3. Modèle des transitions sur le marché du travail
  4. Conversion de la richesse en revenu viager
  5. Résultats
  6. Conclusion

1   Introduction

Les discussions au sujet du caractère adéquat du revenu à la retraite ont porté principalement soit sur le revenu, soit sur la consommation. LaRochelle-Côté, Myles et Picot (2008) et Ostrovsky et Schellenberg (2009) examinent le taux de remplacement du revenu des retraités, c'est-à-dire le ratio du revenu après la retraite au revenu avant la retraite. Lise (2003) et Lafrance et LaRochelle-Côté (2011) ont, quant eux, examiné la consommation.

Les auteurs des études qui portent sur la consommation supposent que le flux réel des achats détermine le bien-être; ceux qui examinent le revenu supposent que ce sont plutôt les recettes, puisqu'elles déterminent la possibilité de satisfaire aux besoins et non seulement la consommation de biens et services.

Après la retraite, le revenu habituellement diminue tandis que la consommation demeure relativement constante. Il est possible, toutefois, de combler cet écart. Dans un monde où la capacité de gain est plus élevée au milieu de la vie, on peut s'attendre à ce que le revenu de travail diminue à la retraite, mais la baisse pourrait être compensée par le revenu provenant d'actifs créés par l'épargne durant les années de gains plus élevés ou par la liquidation de ces actifs. Dans la présente étude, nous étudions cette possibilité en examinant le « revenu potentiel » que les ménages pourraient utiliser pour financer leur consommation à la retraite, plus particulièrement le « revenu potentiel » que la richesse génère pour les retraités.

Il n'est pas nécessaire que ce potentiel soit réalisé sous forme de revenu pour qu'il soit pertinent dans le contexte des discussions portant sur le caractère adéquat de la préparation des Canadiens à la retraite, et nous ne soutenons pas qu'il devrait l'être. Les retraités peuvent décider de ne pas tirer parti de leurs actifs de cette manière, mais ces actifs sont disponibles et en faire abstraction peut biaiser les discussions au sujet du caractère adéquat du revenu à la retraite.

Nous comparons ici le revenu des ménages à l'âge de la retraite et le revenu de ceux en âge de travailler en tâchant de déterminer quel serait le revenu total des ménages à l'âge de la retraite s'ils liquidaient leurs actifs et achetaient une rente. Nous appelons ce concept, qui a été utilisé dans d'autres études (Weisbord et Hansen, 1968; Wolfson, 1979; Wolff et Zacharias, 2009), « revenu potentiel ».

1.1  Aperçu

Cette étude est organisée comme suit. Les sections 2 et 3 expliquent les principaux concepts et fournissent des statistiques descriptives fondées sur les données brutes.

À la section 4, nous présentons les quatre mesures du « revenu » qui sont estimées dans les analyses. La première estimation est celle du revenu réel. La deuxième est celle du revenu réel plus le revenu imputé tiré de l'occupation du logement en propriété, qui n'est pas habituellement pris en compte dans les études qui mesurent les gains, bien qu'il soit inclus dans les Comptes nationaux à titre de revenu des ménages. La propriété du logement est une source de revenu net au-delà des dépenses engagées au titre des frais du ménage. La source du revenu tiré des services procurés par un logement occupé en propriété est la valeur nette accumulée dans un logement grâce aux investissements de toute une vie. Dans la présente étude, nous utilisons les estimations produites par Brown, Hou et Lafrance (2010).

Les troisième et quatrième estimations du revenu comprennent deux types de richesse convertie en rente, qui sont ajoutés au revenu en deux étapes afin d'évaluer l'importance de l'un et de l'autre. La troisième estimation est obtenue en ajoutant la valeur convertie en rente de la valeur nette de tous les actifs sauf le logement au revenu des ménages à l'âge de la retraite. Un retraité peut avoir accumulé un régime enregistré d'épargne-retraite (REER) important à 65 ans mais ne pas en retirer de fonds pendant plusieurs années après la retraite. De même, les personnes ayant des capitaux propres dans une entreprise peuvent liquider cet actif et utiliser le produit comme revenu de retraite, mais ils peuvent décider de ne pas le faire immédiatement. Le retraité peut décider de conserver un deuxième logement ou un autre bien immobilier qu'il pourrait vendre pour subvenir à ses besoins parce qu'il le considère comme un investissement précieux même si ce bien ne produit pas un flux de revenu.

Enfin, dans la quatrième estimation, la valeur convertie en rente de la résidence principale est ajoutée au revenu des ménages à l'âge de la retraite. Un propriétaire peut continuer de vivre dans ce logement, tirant ainsi le revenu implicite provenant du logement inclus dans la deuxième estimation tout en conservant un actif pouvant être exploité au moyen d'un prêt hypothécaire inversé ou d'une autre opération financière.

À la section 5, nous comparons les répartitions des diverses estimations du revenu des ménages à l'âge de la retraite et de ceux en âge de travailler. Nous représentons graphiquement la répartition de chaque estimation du revenu de manière à illustrer les variations selon les différents groupes et mesures du revenu, et nous estimons une série de matrices de transition qui montrent, pour les deux types de ménages, la probabilité de se situer dans chaque quintile de revenu corrigé en fonction de la richesse étant donné le quintile d'origine dans la répartition réelle des revenus.

Les résultats de l'étude sont résumés à la section 6. La robustesse des résultats aux changements apportés à plusieurs hypothèses est présentée à l'annexe III.

2   Données et concepts

Les données sont tirées de l'Enquête sur la sécurité financière (ESF) de 1999 1 . Même si l'ESF de 2005 comprend des renseignements semblables, nous utilisons la version de 1999 parce que sa taille d'échantillon plus grande permet d'effectuer des analyses fiables au niveau de détail requis ici. L'étude montre comment les résultats varient lorsque seul le revenu réel des ménages en âge de travailler et de ceux à l'âge de la retraite est pris en compte par rapport à la situation où l'on compare leur « revenu potentiel ». Même si les données datent de plus de dix ans, elles permettent de déterminer si les estimations du « revenu potentiel » devraient faire partie du débat sur les préparatifs des Canadiens à la retraite.

Dans le cadre de l'ESF de 1999, on a recueilli des renseignements sur les actifs ou avoirs et les dettes des familles et des personnes seules (figure 1). La collecte des données s'est déroulée dans toutes les provinces de mai à la fin de juillet 1999. Des renseignements ont été recueillis sur la valeur de l'ensemble des principaux avoirs financiers et non financiers et sur les sommes dues à l'égard des prêts hypothécaires, des véhicules, des cartes de crédit, des prêts étudiants et d'autres dettes. Dans le présent rapport, la valeur nette représente la valeur de ces avoirs dont on a retranché les dettes. La valeur nette d'un ménage est le montant d'argent qui reste à sa disposition après la vente de tous ses avoirs et le remboursement de la totalité de ses dettes.

Figure 1

Pour la première fois dans une enquête canadienne sur les avoirs et les dettes, l'ESF de 1999 a inclus la valeur des droits à pension dans les régimes d'employeur 2 . Il s'agit d'une partie importante de la richesse des Canadiens, puisqu'elle fournit dans de nombreux cas au moins une partie du revenu dont ils ont besoin à la retraite.

Ce rapport présente deux concepts de la valeur nette ou « richesse » : dans le premier, la richesse comprend tout sauf la résidence principale; dans le deuxième, la richesse comprend également la valeur de la résidence principale (nette de la dette hypothécaire).

L'unité d'analyse dans la présente étude est la famille économique (le ménage) parce que les actifs et les dettes sont habituellement déclarés pour l'ensemble du ménage et non pour chaque membre de celui-ci. Un ménage est constitué d'une personne seule ou d'une famille composée de deux personnes ou plus qui vivent dans le même logement et qui sont apparentées par le sang, par mariage, par union libre ou par adoption.

Le revenu du ménage, calculé comme étant la somme du revenu de chaque membre adulte du ménage, comprend les traitements et salaires, le revenu provenant d'un travail autonome, le revenu de placements, le revenu de pensions de retraite, les prestations fiscales pour enfants, les prestations de la Sécurité de la vieillesse, les prestations au titre du Supplément de revenu garanti, les prestations du RPC/RRQ, les prestations d'assurance-emploi, les prestations d'assistance sociale, les indemnités pour accident du travail, les crédits d'impôt pour la TPS/TVH, les crédits d'impôt provinciaux et territoriaux, d'autres revenus et les paiements de pension alimentaire.

Les comparaisons du revenu des ménages à différentes étapes de leur cycle de vie doivent tenir compte des différences de taille du ménage. Les ménages ayant à leur tête une personne sexagénaire ou septuagénaire sont généralement plus petits que ceux ayant à leur tête une personne dans la quarantaine ou dans la cinquantaine. Une réduction du revenu suivant la retraite porte habituellement moins à conséquence si la taille du ménage diminue également.

Pour comparer le revenu par habitant, on peut simplement diviser le revenu total du ménage par le nombre de membres du ménage. Ce faisant, toutefois, on fait abstraction de la possibilité d'économies d'échelle sur le plan de la consommation : il en coûte moins cher pour deux personnes de vivre ensemble que séparément parce que, par exemple, elles peuvent partager les dépenses au titre d'articles de consommation tels que les services publics et les grands électroménagers. D'ailleurs, les auteurs des études portant sur la consommation corrigent souvent les chiffres par un facteur autre que le nombre de membres du ménage. Une méthode courante (Pendakur, 1998; Lise, 2003) consiste à déterminer une valeur corrigée en fonction des équivalents-adultes (CEA) de la consommation et à déflater les variables de la consommation des ménages au moyen d'une échelle d'équivalence 3 . Mathématiquement, cela peut être exprimé comme suit : 

  1. CEA_Consommation = Famille_Consommation/Taillex

Le choix de l'ordre de grandeur de la variable de l'échelle d'équivalence, soit la taille de x, est déterminée par la taille des économies d'échelle sur le plan de la comsommation (la mesure dans laquelle le coût de la consommation par personne diminue à mesure que la taille du ménage augmente). La taille des économies d'échelle supposées par l'échelle d'équivalence est inversement liée à la valeur de x. Si x est établi à 1, il est supposé qu'il n'y a pas d'économies d'échelle sur le plan de la consommation. Dans de nombreuses études, l'échelle d'équivalence utilisée est la racine carrée de la taille du ménage (où x=0,5) (voir Buhman et coll., 1988).

Dans la présente étude, nous utilisons à la fois la règle de la racine carrée (appelée la moyenne par équivalent-adulte) et une estimation simple de la moyenne par habitant qui repose sur l'hypothèse qu'il n'y a pas d'économies d'échelle sur le plan de la consommation. Dans le deuxième cas, nous obtenons une limite supérieure pour les estimations des comparaisons du bien-être financier des ménages à l'âge de la retraite et de ceux en âge de travailler en utilisant les mesures du revenu estimées ici.

Cette analyse porte principalement sur le revenu avant impôt mais fournit également des estimations utilisant le revenu après impôt. Les comparaisons du revenu avant impôt peuvent donner une fausse image du bien-être financier des ménages à l'âge de la retraite et de ceux en âge de travailler si la proportion du revenu imposable et/ou le taux d'imposition marginal diffèrent selon le type de revenu. Les calculs du « revenu potentiel » après impôt nécessitent un plus grand nombre d'hypothèses que ceux du revenu avant impôt (annexe III, section 3) et, par conséquent, peuvent avoir de plus grands intervalles de confiance. Pour en déterminer les répercussions éventuelles sur les résultats, nous examinons le rôle de l'imposition dans le cadre d'une analyse de la sensibilité à l'annexe III, section 3.

3   Modèle des transitions sur le marché du travail

L'échantillon de ménages est divisé en quatre types selon l'âge du soutien économique principal (chef du ménage) : en âge de travailler (25 à 44 ans et 45 à 64 ans) et à l'âge de la retraite (65 à 74 ans et 75 à 84 ans).

3.1  Actifs et passifs

La composition des actifs ou avoirs et des dettes des quatre types de ménages est présentée au tableau 1.

L'actif total des ménages ayant à leur tête une personne âgée de 65 à 74 ans est d'environ 279 000 $ par équivalent-adulte. Le montant le plus important provient des avoirs de retraite (115 617 $), suivis du logement (74 948 $), tandis que des montants moins importants proviennent d'autres actifs financiers (42 327 $), d'autres actifs non financiers (20 707 $), d'autres biens immobiliers (15 469 $) et des capitaux propres dans une entreprise (10 131 $). La dette est relativement petite, soit de 6 769 $ par équivalent-adulte, et principalement sous forme de dette hypothécaire.

Dans le cas des ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans, l'actif total par équivalent-adulte est de 251 705 $ et la dette totale est de 26 101 $. Les régimes de retraite privés constituent l'actif le plus important (93 074 $), le logement venant au deuxième rang (73 598 $). La répartition proportionnelle des autres actifs est semblable à celle des ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans.

Dans les ménages ayant à leur tête une personne de 25 à 44 ans, l'actif total est de 108 423 $ par équivalent-adulte et la dette totale est de 30 039 $. La résidence principale représente la part la plus importante du portefeuille d'actifs (44 592 $). L'hypothèque sur la résidence principale est la plus importante composante de la dette pour tous les types de ménages, mais plus particulièrement dans le cas des ménages les plus jeunes.

3.2  Comparaisons du revenu et de la valeur nette

Le tableau 2 présente plusieurs des statistiques descriptives des quatre types de ménages analysés dans la présente étude. Les ménages à l'âge de la retraite représentent moins de 20 % des ménages dans l'ensemble de l'échantillon. Les estimations du revenu moyen et médian du ménage sont considérablement plus élevées pour les ménages en âge de travailler que pour ceux à l'âge de la retraite, particulièrement les ménages ayant à leur tête une personne de 75 à 84 ans. Le revenu moyen du ménage par adulte-équivalent est de 37 258 $ pour le groupe des 45 à 64 ans, de 27 503 $ pour les 65 à 74 ans et de 23 736 $ pour les 75 à 84 ans.

En revanche, les estimations de la valeur nette brossent un tableau beaucoup plus positif de la situation financière des ménages à l'âge de la retraite. Nous utilisons deux définitions de la valeur nette, dont l'une comprend et l'autre ne comprend pas la valeur nette de la résidence principale 4 . La valeur nette moyenne de l'ensemble des actifs (y compris la résidence principale) augmente, passant de 220 144 $ pour les ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans à 265 563 $ pour ceux ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans, puis diminue pour s'établir à 212 111 $ dans le cas des ménages ayant à leur tête une personne de 75 à 84 ans. La valeur nette moyenne des ménages les plus jeunes est beaucoup plus faible, s'établissant à 75 088 $.

Le tableau 3 contient des données sur la répartition du revenu et de la valeur nette. Les quintiles de revenu et de valeur nette sont d'abord calculés pour l'ensemble de la population, puis les divers types de ménage sont répartis entre les quintiles.

Les ménages à l'âge de la retraite sont plus susceptibles que ceux en âge de travailler de se situer dans les quintiles inférieurs de la répartition du revenu. Par contre, on observe un nombre disproportionné de ménages les plus jeunes en âge de travailler dans les quintiles inférieurs des répartitions de la valeur nette.

4   Conversion de la richesse en revenu viager

La méthode la plus courante utilisée pour combiner le revenu et la richesse en une seule mesure consiste à convertir le stock de richesse en flux et à ajouter ce flux au revenu courant (Wolff et Zacharias, 2009).

Aux fins de la présente analyse, nous convertissons la richesse en flux en calculant la valeur d'une rente viagère pouvant être achetée avec ce stock de richesse. Les établissements financiers offrent à cette fin toute une gamme d'options, dont l'une est une rente qui garantit un flux de revenu fixe jusqu'au décès de l'acheteur ou, dans le cas d'un couple, jusqu'au décès du conjoint survivant.

Deux méthodes peuvent être utilisées pour calculer le taux de la rente, c'est-à-dire le pourcentage de l'actif qui sera payé annuellement sous forme de revenu. La première est fondée sur une formule selon laquelle l'actif total de la personne est épuisé à son décès, compte tenu du taux d'intérêt que l'on pourrait s'attendre à toucher sur cet actif et de l'espérance de vie prévue de l'intéressé. Selon la deuxième méthode, les rentes sont établies d'après les cours du marché.

La première méthode a l'avantage d'être simple, n'exigeant que le taux d'intérêt prévu et l'espérance de vie. Le principal inconvénient est que les taux des rentes ne tiennent pas compte des frais de transaction, c'est-à-dire des frais que l'acheteur d'une rente doit payer. Pour contourner ce problème, on pourrait utiliser les taux des rentes sur les marchés existants, mais il faudrait disposer d'un ensemble représentatif de cotes. Cependant, cela présente un problème également puisque les sociétés qui offrent ces cotes savent que la plupart des gens qui achètent des rentes ont une meilleure santé que la moyenne et, par conséquent, les cotes sont établies pour une population qui ne représente pas la personne moyenne dans chaque groupe d'âge 5 .

Nous utilisons ici la première méthode. Nous comparons les résultats avec ceux donnés par les cotes plus loin dans la présente section. Les deux méthodes donnent des résultats semblables.

On peut calculer le taux d'intérêt de la rente (w) au moyen de la formule suivante : 

Image

où : 

T = l'espérance de vie du conjoint survivant

r = le taux d'intérêt prévu sur l'actif

L'espérance de vie (T) est tirée des tables de mortalité publiées par Statistique Canada (2006). Pour les couples, on utilise le conjoint dont l'espérance de vie restante est la plus longue (conjoint survivant).

Le taux d'intérêt utilisé est le taux réel de rendement des obligations du gouvernement du Canada à long terme vers la fin des années 1990. La spécification de base suppose un rendement constant de 3 %, mais nous effectuons des tests de sensibilité en utilisant des taux d'intérêt allant de 1,5 % à 5 % (annexe III, section 1).

Lorsqu'on calcule le flux de revenu corrigé en fonction de la richesse, il importe de veiller à ne pas comptabiliser en double le revenu tiré des actifs appartenant aux ménages. Les actifs qui produisent déjà un revenu, surtout les avoirs de retraite, ne doivent pas être convertis en rente. Heureusement, l'ESF de 1999 indique les diverses sources du revenu des ménages tiré des actifs et, le cas échéant, on les soustrait des estimations du revenu avant d'ajouter au revenu le flux provenant de la valeur nette convertie en rente (voir l'annexe II).

Comme il est mentionné précédemment, nous utilisons deux définitions de la valeur nette, l'une excluant et l'autre incluant la valeur de la résidence principale. Nous appliquons d'abord la méthode décrite ci-dessus à la définition de la valeur nette excluant la valeur de la résidence principale. Le revenu sous forme de rente calculé au moyen de la formule est ajouté au revenu réel du ménage de manière à produire un premier ensemble d'estimations du revenu potentiel corrigées en fonction de la richesse.

Pour inclure le flux de revenu qui peut être tiré de la résidence principale, nous employons une méthode de rechange qui ne liquide pas le logement immédiatement, puisque le revenu implicite tiré de la propriété du logement est déjà inclus dans le revenu 6 . Une résidence principale produit un flux de services au cours de la vie du propriétaire et en même temps représente un actif pouvant être aliéné à une date ultérieure. Les personnes peuvent continuer de vivre dans leur résidence, se procurant ainsi des services de logement au lieu de payer un loyer et, en même temps, vendre la résidence en contractant une hypothèque inversée (ou au moyen d'une autre transaction financière) qui fournit une somme forfaitaire pouvant à son tour être convertie en rente.

Le revenu pouvant être tiré de la conversion en rente des capitaux propres dans un logement (par exemple, au moyen d'un prêt hypothécaire inversé) 7  est également ajouté au revenu des ménages à l'âge de la retraite pour produire un deuxième ensemble d'estimations du revenu potentiel corrigées en fonction de la richesse.

Toutes les estimations sont calculées sur une base avant impôt; elles sont suivies d'une brève description des répercussions de l'utilisation de comparaisons sur une base après impôt. Le rôle de l'imposition est examiné dans le cadre de l'analyse de sensibilité à l'annexe III.

5   Résultats

5.1  Niveaux de revenu

5.1.1  Calculs avant impôt

Les moyennes du revenu corrigé en fonction de la richesse et du revenu non corrigé sont comparées au tableau 4 8 . La première ligne contient les estimations du revenu non corrigé tirées de l'enquête. La deuxième ajoute le revenu implicite tiré d'un logement occupé en propriété. La troisième ajoute la valeur convertie en rente de la richesse non immobilière et la quatrième, la valeur convertie en rente de la richesse immobilière 9 . Les estimations du revenu converti en rente tiré de la richesse immobilière et non immobilière sont ajoutées seulement dans le cas des ménages à l'âge de la retraite; on considère que les ménages en âge de travailler accumulent des actifs en vue de leur retraite. Par conséquent, les comparaisons entre types de ménages devraient porter surtout sur le revenu corrigé en fonction de la richesse des ménages à l'âge de la retraite et sur le revenu réel des ménages en âge de travailler.

La prise en compte de la richesse accroît le revenu des ménages à l'âge de la retraite peu importe l'âge du chef du ménage, mais à différents degrés. Pour les ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans, le revenu moyen augmente de 12 % lorsqu'on ajoute le revenu implicite tiré d'un logement occupé en propriété, d'un autre 8 % lorsqu'on ajoute la valeur convertie en rente de la richesse non immobilière et d'un autre 9 % lorsqu'on ajoute la valeur convertie en rente de la résidence principale, ce qui donne une augmentation totale de 29 %. Dans le cas des ménages ayant à leur tête une personne de 75 à 84 ans, l'augmentation totale est de 53 %.

Pour analyser le revenu des divers types de ménage, nous comparons le revenu potentiel des ménages à l'âge de la retraite et le revenu réel (corrigé pour tenir compte du revenu implicite associé à la propriété du logement) des ménages en âge de travailler.

La prise en compte du revenu potentiel des personnes âgées provenant de différentes sources de richesse a des répercussions importantes. Non corrigé, le revenu moyen par équivalent-adulte des ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans correspond à 74 % de celui des ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans. Lorsque le revenu implicite tiré d'un logement occupé en propriété est ajouté pour les deux types de ménages, le ratio passe à 77 %. Lorsque l'on ajoute au revenu des ménages à l'âge de la retraite la valeur convertie en rente de la richesse non immobilière, le ratio augmente encore, passant à 82 %, et lorsqu'on inclut la valeur convertie en rente de la richesse immobilière, il passe à 88 % (graphique 1).

Toutes ces comparaisons utilisent l'échelle d'équivalence adulte qui divise la racine carrée de la taille du ménage de manière à prendre en compte les économies d'échelle. Si l'on utilise de simples comparaisons par habitant (annexe III, tableau explicatif 10), le bien-être financier relatif des ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans augmente encore plus. Le revenu moyen par habitant passe de 86 % à 104 % de celui des ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans lorsque toutes les sources de « revenu potentiel » sont prises en compte.

5.1.2  Sensibilité aux taux d'intérêt

La valeur annuelle d'une rente est sensible au taux d'intérêt qui sous-tend les calculs. Pour tester la sensibilité des résultats, nous avons choisi des limites de 1,5 % et de 5 %, soit une échelle de +/- 50 % du taux d'intérêt de base utilisé (annexe III). Le taux d'intérêt de la rente tiré de la formule employée pour ces deux spécifications de base va de 5,6 % à 7,5 % pour les ménages à l'âge de la retraite (les limites inférieure et supérieure).

La rente estimée représente une possibilité théorique et non la réalité commerciale de l'achat d'une rente au Canada. Les dépenses, les marges bénéficiaires et l'anti-sélection liée à la mortalité pourraient réduire le revenu viager de 10 % ou plus (Hamilton, 2009). Toutefois, les estimations utilisées aux fins de la présente analyse sont semblables à celles utilisées par d'autres. Hamilton (2009) suggère un taux de rente de 7,8 % pour un couple de 65 ans 10 . On trouve sur le marché canadien actuel (avril 2011) une rente viagère réversible pour un couple de 65 ans au taux de 6,1 %.

Sur la base du taux de rendement de 5 % et du taux de rente de 7,5 %, le ratio du revenu relatif utilisant l'échelle d'équivalence d'adulte pour les ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans passe des 88 % produits par l'estimation repère à 92 %; pour les ménages ayant à leur tête une personne de 75 à 84 ans, il passe de 90 % à 93 % (graphique 2).

5.1.3  Calcul après impôt

Les estimations précédentes représentent le revenu avant impôt; cependant, le revenu après impôt peut être plus proche des ressources disponibles au titre des dépenses des ménages.

L'utilisation du revenu après impôt et de l'échelle d'équivalence fondée sur la racine carrée a pour effet d'améliorer la situation financière des ménages à l'âge de la retraite par rapport aux calculs avant impôt (annexe III, tableau explicatif 7). Sur une base après impôt, le revenu moyen par équivalent-adulte des ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans correspond à 79 % de celui des ménages en âge de travailler ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans. Ce pourcentage passe à 81 % lorsqu'on ajoute le revenu implicite tiré d'un logement occupé en propriété. Lorsque la richesse non immobilière est prise en compte pour les ménages à l'âge de la retraite, il augmente encore, passant à 95 %, et lorsque la richesse immobilière est ajoutée, il passe à 105 % (graphique 3).

L'utilisation des calculs par habitant plutôt que des calculs par équivalent-adulte et du revenu après impôt (annexe III, tableau explicatif 11) a pour effet d'améliorer la situation relative des ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans dont le revenu potentiel après impôt passe de 92 % sans revenu implicite tiré du logement et 100 % avec revenu implicite tiré du logement à 114 % lorsqu'on prend en compte la richesse non immobilière et à 124 % lorsqu'on prend en compte également la richesse immobilière.

5.2  Répartitions du revenu

Aux sections précédentes, nous avons examiné comment un concept différent du revenu, soit le « revenu potentiel », influe sur le revenu moyen d'un groupe. Toutefois, il influe également sur la répartition du revenu au sein d'un groupe.

Les changements dans la répartition sont exposés en plus grand détail au tableau 5, où la répartition entre quintiles de revenu est estimée pour les quatre types de ménages au moyen des calculs des équivalents-adultes. La somme de chaque ligne correspond à 100.

La répartition du revenu des ménages à l'âge de la retraite (particulièrement ceux ayant à leur tête une personne de 75 à 84 ans) est moins asymétrique lorsque les corrections en fonction de la richesse sont incluses dans les calculs. Sur la base du revenu seulement, les 66 % des ménages à l'âge de la retraite plus âgés se situent dans les deux quintiles inférieurs. Lorsque des actifs autres que le logement sont inclus, ce pourcentage passe à 60 % et lorsque les actifs immobiliers sont pris en compte, il passe à 45 %. La modification du concept du revenu a beaucoup moins d'effet sur la répartition du revenu des ménages en âge de travailler.

Les graphiques 4, 5, 6 et 7 montrent que l'effet de la correction en fonction de la richesse sur la situation financière des ménages à l'âge de la retraite est plus marqué lorsque la valeur de la résidence principale est incluse. La correction en fonction de la richesse a un faible effet seulement sur la répartition au sein du groupe des ménages en âge de travailler ayant à leur tête une personne de 25 à 44 ans. On observe un effet légèrement plus marqué sur la répartition des ménages en âge de travailler ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans, mais nettement inférieur à celui dans le cas des ménages à l'âge de la retraite 11 .

Les matrices de mobilité entre les quintiles aux tableaux 6 et 7 comparent les répartitions des revenus des ménages à l'âge de la retraite qui résultent de la conversion de la richesse en rente, les répartitions étant basées sur leurs revenus réels. Les cellules comprennent le pourcentage des ménages dans chaque quintile corrigé en fonction de la richesse, étant donné le quintile d'origine dans la répartition du revenu réel. Par exemple, 40 % des ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans qui se trouvent dans le quintile inférieur d'après leur revenu réel progressent d'au moins un quintile lorsque toutes les sources de richesse sont incluses sous forme de rentes; c'est le cas de plus de 50 % des ménages ayant à leur tête une personne de 75 à 84 ans.

6   Conclusion

Les études sur le bien-être financier après la retraite ont généralement porté plus particulièrement sur deux mesures, soit celles de la consommation et du revenu, qui peuvent dresser des portraits fort différents. Lorsque les ménages passent à la retraite, certaines dépenses diminuent mais d'autres ont tendance à augmenter, de sorte que la consommation demeure relativement stable (Lise, 2003; Lafrance et LaRochelle-Côté, 2011). Par contre, le taux de remplacement du revenu total « par » adulte est de 85 %.

Toutefois, l'écart se rétrécit ou disparaît lorsqu'on examine les ressources disponibles à la retraite pour financer la consommation. Ce « revenu potentiel » est la somme du revenu tel qu'il est mesuré habituellement et du revenu qui pourrait être tiré des actifs possédés comme les fonds communs de placement et le logement.

Dans la présente analyse, le revenu qui pourrait être généré si les ménages liquidaient leurs actifs et achetaient une rente 12  est ajouté au revenu réel des ménages à l'âge de la retraite. Les résultats montrent que le « revenu potentiel » des ménages à l'âge de la retraite est beaucoup plus proche de celui des ménages en âge de travailler que ne le laissent supposer les mesures conventionnelles du revenu. L'inclusion de la valeur nette de la richesse convertie en rente dans le revenu des ménages à l'âge de la retraite améliore sensiblement leur situation financière relative, environ la moitié de cette amélioration provenant des avantages associés au logement sous forme d'économies au titre du loyer et de la réalisation d'une partie de la richesse accumulée dans le logement au moyen d'une hypothèque inversée. Par exemple, le revenu moyen avant impôt par équivalent-adulte des ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans correspond à 77 % de celui des ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans. Toutefois, lorsque la richesse immobilière et la richesse non immobilière sont incluses, ce taux passe à 88 %.

Sur une base après impôt, le tableau pour les ménages à l'âge de la retraite est encore plus positif. Le revenu moyen après impôt par équivalent-adulte dans les ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans correspond à 79 % de celui des ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans. Lorsque la richesse immobilière et la richesse non immobilière sont prises en compte, ce taux passe à 105 %.

Les calculs présentés ici sont fondés sur des données d'enquête et sur certaines hypothèses spécifiques (quant aux taux d'intérêt, à la longévité et au marché du prêt hypothécaire inversé). En principe, ils devraient s'accompagner d'intervalles de confiance. Toutefois, les intervalles de confiance ne sont pas fournis dans la présente étude. Le but visé n'est pas d'indiquer le montant exact qui représente l'écart entre le « revenu potentiel » et le revenu réel. Il s'agit plutôt de démontrer dans quelle mesure les résultats sont sensibles à différentes hypothèses. Même si les montants réels du « revenu potentiel » varient selon les hypothèses utilisées, le résultat qui se dégage systématiquement est que les ménages à l'âge de la retraite, en moyenne, ont épargné suffisamment pour maintenir un flux de revenu relativement constant. Une fois les impôts pris en compte, ils semblent même avoir un petit coussin.

Il faut souligner que les calculs s'appuient sur les données de l'ESF de 1999, qui maintenant datent de plus de dix ans. La richesse des ménages et les marchés financiers ont évolué depuis. Les recherches futures se baseront sur l'ESF de 2005 et sur l'ESF de 2012 afin d'examiner si le « revenu potentiel » a varié au fil du temps.

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