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  1. Introduction
  2. Méthodologie
  3. Sources des données
  4. Résultats
  5. Conclusion

1   Introduction

Les grandes entreprises ont une visibilité nettement plus grande que les petites et moyennes entreprises, et ce, pour différentes raisons. Ainsi, les grandes entreprises sont plus susceptibles de lancer de vastes campagnes publicitaires. Elles commanditent de grandes manifestations culturelles et sportives. Bon nombre de celles qui sont cotées en bourse font l'objet de l'attention des maisons de courtage; de plus, étant donné qu'une entreprise de grande taille peut assurer une part importante de l'emploi dans une région géographique donnée, les fermetures, les mises à pied ou les embauches effectuées par une telle entreprise feront souvent l'objet d'une couverture médiatique.

Prises une à une, les petites et moyennes entreprises sont moins visibles; toutefois, elles remplissent collectivement un rôle important au sein de l'économie. Elles constituent une grande source de dynamisme économique, une part importante des gains nets et des pertes nettes au chapitre de l'emploi chaque année leur étant imputable 1 . On indique souvent que le roulement continuel d'entreprises que cela représente contribue au lancement de produits et de procédés nouveaux et innovateurs au sein de l'économie 2 . Les petites et moyennes entreprises se concentrent sur des segments spécialisés du marché qui peuvent ne pas être rentables pour les entreprises plus grandes; à cette fin, elles adoptent des procédés de production adaptables permettant d'offrir des produits personnalisés. Les petites et moyennes entreprises jouent en outre un rôle important lors des premières étapes du cycle de vie des produits; misant sur leurs liens étroits avec leurs clients, elles sont souvent plus en mesure de mettre à profit les innovations techniques de base engendrées par les grandes entreprises pour créer de nouveaux produits 3 .

La présente étude fait état d'estimations de l'apport des petites et moyennes entreprises au produit intérieur brut (PIB) du Canada, estimations qui sont comparables, sur le plan méthodologique, avec celles établies pour les États-Unis. Aux fins de cette étude, les petites et moyennes entreprises sont des entreprises comptant moins de 500 employés, tandis que les grandes entreprises en compteront 500 et plus. Leung et coll. (2011) ont produit les premières estimations de l'apport des entreprises au PIB selon leur taille pour le Canada en 2005, à partir essentiellement de données au niveau de l'entreprise, aux fins de procéder à la répartition, par catégorie de taille des entreprises, de chaque composante du PIB aux prix de base (traitements et salaires, revenu supplémentaire du travail, revenu mixte, excédent d'exploitation et impôts indirects sur la production après déduction des subventions). Toutefois, ces estimations pourraient ne pas se prêter à des comparaisons avec celles produites pour les États-Unis par Kobe (2007), pour la période allant de 1998 à 2004, et par Popkin (2002), pour les années 1997 et 1998, en raison de différences d'ordre méthodologique. Ainsi, dans les études de Kobe (2007) et de Popkin (2002), toutes les composantes du PIB qui n'ont pas trait à la rémunération du travail font l'objet d'une répartition entre catégories de taille d'entreprise selon une méthode indirecte faisant appel à des statistiques agrégées additionnelles (part des recettes des entreprises selon la taille de l'effectif d'après les données du U.S. Census Bureau, et part des composantes du PIB selon la catégorie de revenu d'après les données de l'Internal Revenue Service [IRS]). De plus, Leung et coll. (2011) se fondent sur le PIB aux prix de base, tandis que Kobe (2007) et Popkin (2002) optent pour les prix du marché. La différence entre ces deux méthodologies tient au fait que le PIB aux prix du marché comprend les impôts indirects sur les produits (par exemple, les taxes de vente provinciales, la taxe sur les produits et services [TPS] et les taxes d'accise sur l'essence et les cigarettes), ce qui n'est pas le cas du PIB aux prix de base.

Dans la présente étude, les estimations du PIB aux prix de base selon la taille des entreprises au Canada en 2005 sont établies au moyen de l'approche employée par Kobe (2007) et Popkin (2002). Ces estimations aux prix de base sont ensuite converties en estimations aux prix du marché par suite de la répartition — entre industries et entre catégories de taille des entreprises — des impôts indirects nets sur les produits dans les tableaux de la demande finale des comptes d'entrées-sorties. Les estimations pour le Canada pour 2005 sont ensuite comparées à celles de Kobe (2007) pour les États-Unis pour 2004. Il aurait certes été préférable de comparer des estimations portant sur la même année, mais la croissance économique vigoureuse enregistrée dans l'un et l'autre pays tend à indiquer que les fluctuations cycliques éventuelles de l'apport des entreprises par catégorie de taille risquent peu d'invalider la comparaison des deux économies l'une par rapport à l'autre au milieu des années 1990.

L'importance de disposer d'estimations comparables de l'apport des petites et moyennes entreprises, par opposition à celui des grandes entreprises, tient au fait que la taille des entreprises constitue une caractéristique structurelle souvent mentionnée comme différenciant l'économie canadienne de l'économie américaine. Il y a eu des études antérieures où l'on comparait l'apport des petites entreprises au Canada et aux États-Unis, mais ces comparaisons portaient seulement sur une partie du secteur des entreprises et ne reposaient pas sur une mesure de la production concordant avec celles produites par Statistique Canada et par le Bureau of Economic Analysis (BEA) des États-Unis 4 . Dans la présente étude, les parts du PIB sont présentées selon la taille des entreprises pour le secteur des entreprises non agricoles, en excluant les logements occupés par le propriétaire 5 . Le PIB l'emporte sur d'autres mesures de la production, comme les ventes, parce qu'il mesure la valeur des biens et services produits par le facteur travail et le facteur capital, et ce, sans double compte, tandis que les ventes incluent les facteurs intermédiaires. Une entreprise pourrait enregistrer de fortes ventes mais faire un faible apport au PIB si elle ajoute peu de valeur aux facteurs intermédiaires qu'elle se procure.

Les chercheurs ont aussi tenté souvent d'établir des liens entre les écarts de répartition selon la taille des entreprises d'un pays à l'autre et les différences au chapitre du dynamisme, de la maturité et de l'efficience 6 . Dans le cas particulier du Canada et des États-Unis, des études antérieures faisaient valoir que les différences de taille des entreprises peuvent expliquer une partie de l'écart de productivité du travail entre les deux pays. Dans la plupart de ces études, la production n'est pas mesurée selon le PIB 7 . L'exception est l'étude de Baldwin et coll. (2011), où l'on compare la productivité des secteurs des entreprises non constituées en société et des entreprises constituées en société dans les deux économies. Étant donné que certaines entreprises non constituées peuvent être de grande taille tandis que certaines sociétés seront de petite taille, cette étude ne traite pas directement de l'importance de la taille. Dès lors, la présente étude constitue une première étape en vue de mieux comprendre l'importance de la taille des entreprises dans l'optique de l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis 8 .

Les petites et moyennes entreprises de moins de 500 employés représentent une part plus importante du PIB du secteur des entreprises non agricoles au Canada (54,2 %) qu'aux États-Unis (50,7 %). Cet apport supérieur des petites et moyennes entreprises au Canada s'observe dans la plupart des industries, mais il est plus marqué dans les industries productrices de services que dans les industries productrices de biens. Cela tient en partie aux caractéristiques propres à deux industries où les administrations publiques occupent une place importante, soit la santé et l'éducation. Lorsque l'on exclut les industries en question, ces proportions s'établissent respectivement à 52,9 % et à 50,3 %.

Dans la prochaine section, nous exposons la méthodologie employée par Kobe (2007) pour calculer l'apport au PIB selon la taille ainsi que la manière dont les estimations canadiennes de l'apport au PIB selon la taille aux prix de base sont converties en estimations aux prix du marché. La section 3 présente les sources de données et la section 4, les résultats. La section 5 est la conclusion.

2   Méthodologie

2.1  Méthodologie employée par Kobe (2007) pour estimer l'apport des petites et moyennes entreprises

Disposant de données administratives au niveau de l'entreprise, Leung et coll. (2011) ont été en mesure de calculer l'apport des entreprises au PIB selon leur taille pour le Canada. À partir de données au niveau de l'entreprise, la procédure à suivre pour imputer, à la catégorie de taille pertinente, l'apport de chaque entreprise au PIB est relativement simple. Pour leur part, les estimations de Kobe (2007) portant sur les États-Unis étaient fondées principalement sur des totalisations des revenus et sur les composantes du PIB par catégorie de revenu et par industrie, d'après les données publiées par l'IRS 9  , ainsi que sur des totalisations des recettes et de la masse salariale par catégorie de taille de l'effectif et par industrie d'après les données du U.S. Census Bureau 10 . Ces totalisations ont servi à ventiler les données du BEA sur le PIB entre principales composantes et entre industries. Dans la suite de cette section, nous commentons brièvement la méthodologie de Kobe (2007), que celle-ci décrit de façon détaillée dans son étude.

Le programme Statistics of U.S. Businesses (SUSB) du U.S. Census Bureau produit des totalisations de la masse salariale et des recettes selon la taille de l'effectif des entreprises, l'industrie et la forme juridique de l'entité. Toutes les industries sont prises en compte, exception faite des administrations publiques, de l'agriculture et de certaines industries mineures. Cela veut donc dire que les estimations de l'apport des entreprises au PIB américain selon la taille excluent l'industrie agricole. En ce qui touche les traitements et salaires à titre de composante du PIB, on a directement recours aux estimations de la masse salariale selon la taille de l'effectif établies par le U.S. Census Bureau pour subdiviser les traitements et salaires entre catégories de taille des entreprises 11 .

Dans le cas des composantes du PIB autres que la rémunération du travail, relativement aux sociétés, une approche différente est requise, car le U.S. Census Bureau ne ventile pas ces composantes selon la taille des entreprises. L'IRS le fait, mais par catégorie de revenu, et non d'après la taille de l'effectif. Dans le but de combiner les deux sources de données, Kobe (2007) prend d'abord la part des recettes imputable aux grandes entreprises d'après les données du U.S. Census Bureau, qu'elle multiplie par le revenu total d'après les données de l'IRS. Elle obtient ainsi la fraction des revenus imputable aux grandes entreprises. Ce dernier montant sert ensuite à déterminer le nombre de catégories de revenu associées aux grandes entreprises. Supposons par exemple que les grandes entreprises représentent 60 % des recettes selon le programme SUSB et que l'IRS indique que les entreprises ont des revenus totalisant 100 milliards de dollars. Supposons également que ce montant de 100 milliards de dollars est réparti entre les entreprises en fonction de trois catégories de revenu : la première catégorie, formée des entreprises dont le revenu est d'au plus 1 million de dollars, représente 20 milliards de dollars au total; la deuxième, soit les entreprises dont le revenu se situe entre 1 million et 5 millions de dollars, totalise 30 milliards; et la catégorie comprenant les entreprises ayant un revenu supérieur à 5 millions de dollars représente le reste du montant, soit 50 milliards de dollars. Dans cet exemple, la part du revenu total qui serait imputable aux grandes entreprises serait de 60 milliards de dollars, et ces grandes entreprises constitueraient la totalité de la catégorie formée par les entreprises dont le revenu est supérieur à 5 millions de dollars et le tiers de celle correspondant à un revenu allant de 1 million à 5 millions de dollars. Cette répartition, une fois établie, est appliquée à toutes les totalisations de l'IRS portant sur les composantes du PIB selon la catégorie de revenu. En d'autres termes, la part de n'importe laquelle de ces composantes qui est imputable aux grandes entreprises correspondrait au total de la catégorie des entreprises ayant un revenu de 5 millions de dollars et plus, et à un tiers de celle des entreprises dont le revenu va de 1 million à 5 millions de dollars. Les estimations des composantes du PIB selon la taille d'après les données du U.S. Census Bureau et de l'IRS sont ensuite étalonnées, industrie par industrie, à partir des statistiques officielles du BEA.

Étant donné que l'on dispose de données au niveau des entreprises pour le Canada, il est possible de produire des estimations au moyen de la méthodologie de Kobe (2007) 12 . La composante du PIB constituée par les traitements et salaires est divisée par la taille de l'effectif des entreprises en fonction de la part de la masse salariale correspondante, tandis que la division des composantes du PIB autres que la rémunération est effectuée en fonction d'une combinaison de la part de revenu par taille de l'effectif et de la part des composantes autres que la rémunération par catégorie de revenu des entreprises — malgré le fait que l'on dispose de données sur les parts des composantes autres que la rémunération selon la taille de l'effectif des entreprises. Une fois déterminées toutes les composantes du PIB selon la taille et l'industrie, celles-ci sont étalonnées d'après les totaux industriels dans les comptes d'entrées-sorties 13 .

Il convient de signaler deux points communs entre la méthodologie de Kobe (2007) et celle de Leung et coll. (2011). En premier lieu, la masse salariale selon la taille de l'effectif des entreprises sert dans les deux cas à répartir les traitements et salaires entre les catégories de taille d'entreprise. La seule différence tient à la manière dont on procède à la répartition des composantes du PIB autres que la rémunération. En second lieu, dans le cas des entreprises non constituées en société, les composantes du PIB autres que la rémunération sont imputées entièrement aux petites entreprises, du fait des limites des données pour les périodes étudiées; la méthodologie décrite précédemment s'applique uniquement à la part des composantes du PIB autres que la rémunération du travail qui est imputable aux sociétés. De ce fait, l'apport des petites et moyennes entreprises au PIB est probablement surestimé tant au Canada qu'aux États-Unis, car les entreprises non constituées en société ne sont pas toutes de petite taille. Selon Kobe (2007), la part imputable aux petites et moyennes entreprises aux États-Unis en 2002 pourrait être de deux points de pourcentage inférieure aux estimations (2002 est la seule année où ce point pourrait être examiné). Au Canada, le secteur des entreprises non constituées en société compte beaucoup moins d'entreprises de grande taille. Si l'on se fie aux données fiscales provenant des déclarations T1 (Déclarations de revenus et de prestations), la part imputable aux petites et moyennes entreprises pourrait être inférieure aux estimations dans une proportion pouvant atteindre 0,4 point de pourcentage 14 .

2.2  Passer des prix de base aux prix du marché

Les estimations de la valeur ajoutée par industrie sont fondées sur des paramètres d'évaluation qui varient d'un pays à l'autre. Ainsi, les estimations du PIB par industrie sont fondées sur les prix de base au Canada, mais sur les prix du marché aux États-Unis. Les différences entre les estimations aux prix du marché et celles aux prix de base tiennent aux impôts indirects et aux subventions rattachées aux produits, qui équivalaient à quelque 9 % de l'économie canadienne en 2005. Dans cette section, nous décrivons comment les estimations de l'apport au PIB selon la taille aux prix de base pour le Canada sont modifiées de manière à y incorporer les impôts indirects nets sur les produits.

Aux États-Unis, les impôts indirects sur les produits (ou taxes à la consommation) sont incorporés à la production de l'industrie qui doit percevoir ces impôts, puis les verser à l'État 15 . Les taxes de vente et les taxes d'accise sont deux des principales formes que prennent ces impôts indirects. Les taxes de vente générales peuvent être perçues par les détaillants, les grossistes et les établissements de services. Les taxes de vente sur les biens sont incorporées à la production à la fois dans l'industrie du commerce de gros et dans celle du commerce de détail, tandis que les taxes de vente sur les services sont incorporées à la production de l'industrie fournissant les services en question. Il n'y a que quelques taxes d'accise qui sont imputées à l'industrie de la fabrication, par exemple les taxes sur le tabac et sur l'alcool. Les autres taxes d'accise sont imputées aux industries du commerce de gros et du commerce de détail. Les droits de douane sont également réputés être des taxes à la consommation et sont inclus dans la production des grossistes.

Au Canada, les comptes d'entrées-sorties font état des impôts indirects sur les produits selon le type d'impôt et de produits; par contre, on n'établit pas d'estimations de ces impôts par industrie à partir de cette source d'information. Les estimations relatives aux taxes à la consommation par industrie pour le Canada sont produites au moyen de la méthode mise au point par le BEA (comptes d'entrées-sorties) et mentionnée à la section précédente. Plus précisément, les taxes à la consommation sont incorporées à la production de l'industrie responsable de leur perception et de leur versement à l'État. La taxe sur les produits et services/taxe de vente harmonisée (TPS/TVH) perçue à l'égard des services est imputée à l'industrie des services tandis que la TPS/TVH sur les biens est répartie entre les industries du commerce de gros et du commerce de détail en fonction de leur part respective des versements nets de TPS/TVH à l'Agence du revenu du Canada (ARC) 16 . Les taxes de vente provinciales sont imputées aux détaillants et les droits de douane à l'importation, les taxes d'accise et les taxes sur la quantité de gallons de carburant, aux grossistes. Les taxes d'accise sur le tabac et l'alcool sont imputées aux fabricants.

Une fois les impôts indirects imputés aux industries qui les perçoivent, ils sont répartis par catégorie de taille d'entreprise au moyen du revenu d'exploitation (ensemble des impôts indirects, sauf la TPS/TVH) ou de la valeur ajoutée (TPS/TVH seulement).

3   Sources des données

De manière à obtenir des mesures de chacune des composantes du PIB, il faut utiliser des données provenant de différents fichiers administratifs. Les états financiers codés selon l'Index général des renseignements financiers (IGRF) et joints aux déclarations T2 (Déclarations de revenus des sociétés) sont la principale source de données servant à produire des mesures du revenu et de l'excédent d'exploitation qui soient compatibles avec celles utilisées dans le Système de comptabilité nationale (SCN) 17  . La principale source de données sur le revenu du travail est constituée par les feuillets T4 (État de la rémunération payée) que toutes les entreprises, qu'elles soient ou non constituées en société, délivrent à leurs employés aux fins de l'impôt sur le revenu 18 . L'effectif de chaque entreprise est établi à partir des données de l'Enquête sur l'emploi, la rémunération et les heures de travail. Le fichier de la TPS nette de l'ARC est utilisé pour répartir la TPS sur les biens entre les détaillants et les grossistes.

C'est au moyen du Registre des entreprises que l'on met en correspondance tous les renseignements provenant de ces sources de données avec le groupe de la société mère ultime, selon le concept d'entreprise adopté par Leung et coll. (2011), et aussi dans la plupart des cas par Kobe (2007). On définit l'entreprise comme étant une entité juridique ou un groupe d'entités juridiques consolidées faisant l'objet d'un jeu complet d'états financiers. Le groupe d'entreprises de la société mère ultime comprend les entreprises dans lesquelles une même entreprise — la société mère ultime — détient une participation majoritaire. Cette définition de l'entreprise convient à la présente analyse, puisque c'est la société mère ultime qui prend les décisions pour le groupe d'entreprises qu'elle possède et contrôle.

L'approche de Kobe (2007) fait appel dans un premier temps à la répartition des revenus et de la masse salariale selon la taille de l'effectif des entreprises à partir des données du programme SUSB. Armington (1998) indique que, dans le contexte du programme SUSB, l'entreprise correspond au plus haut niveau d'agrégation des entités juridiques commerciales ayant le même propriétaire 19 . Par contre, les totalisations du revenu et les composantes du PIB par catégorie de revenu d'après les données de l'IRS se situent à un niveau d'agrégation des entreprises plus bas. La raison en est que, aux États-Unis, les entreprises peuvent produire des déclarations de revenus consolidées auprès de l'IRS — mais n'y sont pas obligées. C'est sans compter que, pour pouvoir produire une déclaration consolidée, la société mère doit détenir au moins 80 % du capital-actions des autres membres du groupe 20 , alors que la proportion servant à définir les groupes d'entreprises comptant une société mère ultime aux fins de l'approche mentionnée précédemment est de 50 %. Étant donné que ce ne sont pas toutes les entreprises qui produisent des déclarations de revenus consolidées aux États-Unis et que le niveau d'agrégation est plus bas que dans le cas des groupes d'entreprises comptant une société mère ultime même lorsque ces groupes produisent une déclaration consolidée, le nombre d'entreprises faisant partie des catégories de revenu supérieures sera plus bas que si tous les groupes d'entreprises comptant une société mère ultime produisaient des déclarations consolidées 21 . Dès lors, il est probable que la part du PIB imputable aux grandes entreprises aux États-Unis soit sous-estimée.

4   Résultats

Au Canada, les petites et moyennes entreprises (c'est-à-dire les entreprises comptant moins de 500 employés) ont représenté 54,2 % du PIB du secteur des entreprises en 2005, ce qui équivaut à 576,9 milliards de dollars, comparativement à 45,8 % (486,7 milliards de dollars) pour les grandes entreprises (500 employés et plus) (tableau 122 , 23 . Aux États-Unis, en 2004, ces proportions ont été respectivement de 50,7 % (4,7 billions de dollars) et de 49,3 % (4,6 billions de dollars) (tableau 1).

Le graphique 1 montre que, tant au Canada qu'aux États-Unis, les petites et moyennes entreprises représentaient la plus grande partie de l'apport au PIB dans la plupart des industries : construction; finances; services professionnels; santé; arts, spectacles et loisirs; hébergement et services de restauration; et autres services (on trouvera les données à cet égard au tableau explicatif 1 de l'annexe). Au Canada, les petites et moyennes entreprises ont aussi représenté la plus grande partie de l'apport au PIB dans les industries du commerce, des services d'enseignement et des services administratifs. Il est intéressant de noter que l'apport des petites et moyennes entreprises au PIB est similaire au Canada et aux États-Unis dans le cas des industries productrices de biens, alors que, dans les industries de services, l'apport des petites et moyennes entreprises canadiennes tend à être nettement supérieur. Cette observation concorde avec le fait que la taille du marché est l'un des facteurs déterminants de la taille des entreprises. Considérant le fait que les échanges commerciaux porteront en principe davantage sur des biens que sur des services, l'Accord de libre-échange nord-américain aura pour effet de limiter l'effet de la taille de la population sur les entreprises productrices de biens; de même, étant donné que les services sont moins susceptibles de faire l'objet d'échanges commerciaux, la plus faible concentration de la population canadienne aura pour effet de limiter la taille des entreprises canadiennes productrices de services par rapport à leurs concurrentes américaines. Cela dit, la place prépondérante des petites et moyennes entreprises dans les industries de l'éducation et de la santé au Canada découle du fait que l'État remplit un rôle nettement plus direct dans ces industries au Canada qu'aux États-Unis et que, lorsque l'on exclut des estimations du secteur des entreprises la part de l'État dans les industries de l'éducation et de la santé, l'apport des petites et moyennes entreprises au Canada descend à 52,9 %, contre 50,3 % aux États-Unis.

Le tableau 2 présente la distribution du PIB imputable aux petites et moyennes entreprises et de celui imputable aux grandes entreprises par industrie au Canada et aux États-Unis. Dans les deux pays, la structure industrielle des petites et moyennes entreprises est similaire, les cinq industries principales représentant 70 % du PIB associé à ces entreprises aux États-Unis et près de 75 % au Canada. Dans le cas du Canada, ce sont les industries combinées du commerce de gros et du commerce de détail qui se classent en tête au chapitre de la part du PIB associée aux petites et moyennes entreprises (21 %); viennent ensuite les finances (16 %), les mines et la fabrication (17 %), la construction (12 %) et les services professionnels (8 %). Aux États-Unis, c'est l'industrie des finances qui arrive en premier avec une part de 22 %; elle est suivie des industries combinées du commerce de gros et du commerce de détail (15 %), puis des industries des mines et de la fabrication (11 %), des services professionnels (11 %) et de la construction (10 %). Il existe toutefois une différence notable entre les deux pays dans le cas de l'industrie de la santé, qui représente 9 % du PIB associé aux petites et moyennes entreprises aux États-Unis contre 5 % au Canada, la raison étant que l'on retrouve davantage d'établissements de soins de santé privés aux États-Unis qu'au Canada.

Pour ce qui est des grandes entreprises, les industries des mines et de la fabrication représentaient la part la plus importante du PIB dans les deux pays, soit 42 % au Canada et 23 % aux États-Unis. Venaient ensuite les industries combinées du commerce de gros et du commerce de détail (17 % dans les deux pays), puis les finances (17 % aux États-Unis et 12 % au Canada). De même que dans le cas des petites et moyennes entreprises, le PIB associé aux grandes entreprises dans le domaine de la santé était nettement plus élevé aux États-Unis (8 %) qu'au Canada.

5   Conclusion

La présente étude fait état d'estimations de l'apport des petites et moyennes entreprises au PIB canadien, selon la méthodologie utilisée par Kobe (2007) dans son étude relative aux États-Unis. Il est important de disposer d'estimations comparables de l'apport des petites et moyennes entreprises, car la taille des entreprises constitue une caractéristique structurelle qui différencie l'économie canadienne de l'économie américaine. L'établissement d'estimations du PIB selon la taille des entreprises pour les deux pays constitue une première étape en vue de déterminer si les différences touchant la taille des entreprises constituent un facteur important aux fins d'expliquer l'écart de productivité du travail entre le Canada et les États-Unis.

On constate que l'apport des petites et moyennes entreprises comptant moins de 500 employés est plus élevé au Canada (54,2 %) qu'aux États-Unis (50,7 %). Les petites et moyennes entreprises engendraient la majorité du PIB dans nombre d'industries : 10 sur 14 au Canada et 7 sur 14 aux États-Unis. Cet apport était plus semblable entre les deux pays dans les industries productrices de biens que dans les industries productrices de services. Cette observation concorde avec le fait que la taille du marché est l'un des principaux déterminants de la taille des entreprises et que les biens sont plus susceptibles que les services de faire l'objet d'échanges commerciaux transfrontaliers. Une autre raison expliquant l'écart entre les deux pays tient à la place des administrations publiques en ce qui touche les services des industries de la santé et de l'éducation, ce qui donne lieu à des différences significatives dans la structure du marché des deux pays pour les industries en question.

Les travaux futurs des auteurs sur le sujet porteront d'abord sur l'élaboration de mesures comparables du facteur travail selon la taille des entreprises, de sorte que l'on puisse calculer la productivité du travail selon la taille des entreprises. Un autre objectif sera de définir de nouveaux moyens de déterminer la distribution des composantes du PIB — autres que la rémunération — par catégorie de taille d'entreprise dans le cas des entreprises non constituées en société. Enfin, les auteurs établiront des estimations portant sur une période plus longue, pour qu'il soit possible d'examiner dans quelle mesure les écarts dans l'apport des petites et moyennes entreprises à l'économie varient au fil du temps.

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