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  1. Introduction
  2. Contexte
  3. Le risque de perte d'emploi au cours des trois dernières décennies
  4. Taux d'emploi à la suite d'une perte d'emploi
  5. Pertes de revenu à court terme
  6. Résumé et conclusion
  7. Appendice

1   Introduction

Dans son rapport présenté en 2009 (Stiglitz, Sen et Fitoussi, 2009), la Commission sur la mesure des performances économiques et du progrès social 1  estimait que l'insécurité économique découlant de la perte d'un emploi constituait une dimension importante de la vie des particuliers, qui avait une incidence sur leur bien-être. La Commission recommandait notamment que les organismes statistiques améliorent les paramètres de mesure de la qualité de vie, y compris au chapitre de l'insécurité économique des personnes : 

  1. « La qualité de la vie dépend [...] de la situation objective et des opportunités de chacun. Il conviendrait d'améliorer les mesures chiffrées de la santé, de l'éducation, des activités personnelles, de la représentation politique, des relations sociales, des conditions environnementales et de l'insécurité. » (Stiglitz, Sen et Fitoussi, 2009, p. 64)

La présente étude fait un apport au chapitre de la mesure de l'insécurité économique associée à la perte d'un emploi — ou à la sécurité (ou à l'insécurité) d'emploi — en analysant deux des dimensions de cette insécurité, soit le risque de perdre son emploi et la perte de revenu à court terme que subissent les travailleurs lorsqu'ils sont mis à pied. Se fondant sur le Fichier de données longitudinales sur la main-d'oeuvre (FDLMO) et les données de l'Enquête sur la population active de Statistique Canada, l'étude présente la plus longue série chronologique disponible jusqu'ici au Canada concernant ces deux aspects du déplacement.

A priori, on pourrait soutenir qu'il y a eu une diminution de l'insécurité associée à la perte d'un emploi au cours des trente dernières années, mais il serait possible également de faire valoir des arguments à l'appui de la thèse contraire. D'une part, les entreprises doivent faire face à une concurrence de plus en plus forte de la part d'entreprises canadiennes et étrangères : elles doivent rajuster plus rapidement leurs effectifs en fonction des conditions commerciales de nos jours que par le passé, ce qui entraîne une augmentation du risque de mise à pied. En outre, du fait du vieillissement de la population active, les travailleurs mis à pied au cours des dernières années sont plus âgés que ceux ayant eu à vivre la même situation dans les années 1970. Dès lors, les conséquences des mises à pied peuvent être plus graves, étant donné que les travailleurs déplacés plus âgés et ayant beaucoup d'ancienneté subissent une perte de revenu supérieure à la moyenne (voir Jacobson, Lalonde et Sullivan [1993]; Stevens [1997]; Morissette, Zhang et Frenette [2007]; Hijzen, Upward et Wright [2010]; ainsi que Couch et Placzek [2010]).

D'autre part, d'autres facteurs ont pu avoir entraîné une réduction de l'insécurité économique découlant de la perte d'un emploi. En moyenne, les travailleurs canadiens sont plus instruits de nos jours qu'il y a trente ans. Or, étant donné que le taux d'emploi après un déplacement est généralement plus élevé chez les travailleurs très instruits (Farber, 2005; Riddell et Song, 2009), cette hausse du niveau de scolarité des employés peut avoir donné lieu à une diminution des pertes de revenu subies à la suite d'une mise à pied. Certains faits montrent en outre que la période d'expansion qui est allée du milieu des années 1990 à 2008 s'est caractérisée par une baisse de la volatilité associée à plusieurs mesures. Par exemple, Davis (2008) a analysé sur une base hebdomadaire les nouvelles demandes de prestations d'assurance-emploi de 1967 à 2007, ce qui lui a permis de constater que, selon cette mesure particulière, l'incidence de la perte d'un emploi aux États-Unis était moins marquée lors des années 2004 à 2007 que lors de toute autre période antérieure 2  . Considérant le degré d'intégration des économies canadienne et américaine, on peut penser que le risque de perte d'emploi a également diminué au Canada au cours des dernières décennies.

La question de savoir si l'insécurité économique découlant des mises à pied a augmenté ou diminué au cours des trente dernières années a d'importantes répercussions au regard du bien-être des travailleurs canadiens et de leurs familles. L'évolution du risque de mise à pied peut influer sur les préférences des travailleurs, sur leurs demandes au chapitre des études et de la formation, sur leur degré de préparation à la retraite ainsi que sur l'instabilité des revenus familiaux (et, par le fait même, sur les profils de consommation et d'épargne). De même, les changements relatifs à la rémunération à la suite d'une mise à pied peuvent avoir des répercussions sur la trajectoire de consommation des familles tout comme sur les incitations des travailleurs à perfectionner leurs compétences.

Jusqu'ici, aucune étude canadienne n'a fait état d'estimations des taux de mise à pied et des pertes de revenu à court terme pour l'ensemble de la population active au cours d'une période englobant les trois dernières décennies. À partir des données du FDLMO de Statistique Canada pour la période allant de 1978 à 1993, Picot, Lin et Pyper (1998) ont observé que les taux de mise à pied permanente à la fin des années 1980 et au début des années 1990 étaient assez similaires à ceux enregistrés à des points comparables du cycle économique à la fin des années 1970 et au début des années 1980. Morissette (2004) a eu recours aux données du FDLMO pour les années 1983 à 1999 et a trouvé peu d'éléments indiquant que la probabilité de mise à pied ait augmenté dans le cas des travailleurs canadiens entre les années 1980 et les années 1990. Chen et Morissette (2010) ont pour leur part utilisé le FDLMO afin de documenter les profils d'emploi après un déplacement, observés entre 1979 et 2004, de travailleurs déplacés âgés de 50 à 54 ans. Il ressort de leur étude que, bien que les pertes de revenu des travailleurs de sexe masculin déplacés du secteur manufacturier dans la première moitié des années 2000 aient été plus importantes que celles des travailleurs appartenant à des cohortes comparables et ayant été déplacés durant les années 1980, les pertes de revenu avaient diminué au fil du temps dans le cas des femmes déplacées qui travaillaient dans des entreprises non manufacturières. À partir des données de l'Enquête sur la dynamique du travail et du revenu (EDTR), Bernard et Galarneau (2010) ont mis en lumière une baisse des taux de mise à pied entre 1993 et 2007 3  . Brochu et Zhou (2009) ont fondé leur analyse sur les données relatives aux perceptions des travailleurs d'après les résultats de sondages Gallup, et ils ont conclu que l'insécurité d'emploi perçue n'avait pas augmenté entre la fin des années 1970 et le milieu des années 2000. Enfin, Gray et Finnie (2009) ont utilisé des données de la banque de Données administratives longitudinales (DAL) pour documenter les trajectoires de revenu des travailleurs âgés de 41 à 64 ans qui ont été mis à pied au cours des années 1990 et au début des années 2000.

La présente étude documente quant à elle les taux de mise à pied pour l'ensemble de la population active au cours de la période allant de 1978 à 2007, ce qui permet d'établir des estimations plus complètes, et sur une période plus longue, que celles dont on disposait jusqu'ici. De plus, notre étude fournit les toutes premières estimations canadiennes de la perte de revenu à court terme des travailleurs mis à pied au cours d'une période de trente ans. Dans la foulée du rapport Stiglitz cité précédemment, nous cherchons aussi à déterminer si les mises à pied permanentes sont devenues une source plus ou moins prévalente d'insécurité économique au Canada au cours des trois décennies étudiées.

La présente étude contient des séries chronologiques relatives aux taux de mise à pied permanente et aux pertes de revenu à court terme pour la période allant de la fin des années 1970 à 2007, mais elle porte en premier lieu sur les résultats observés de 1978 à 1980 et de 2005 à 2007, soit deux périodes de croissance économique où les conditions du marché du travail — représentées par le taux de chômage chez les hommes d'âge intermédiaire — étaient relativement similaires 4  . Dans un document connexe (Chan, Morissette et Frenette, 2011), on procède à des comparaisons portant sur les taux de mise à pied temporaire et de mise à pied permanente, les taux de réemploi et les pertes de revenu à court terme des travailleurs mis à pied au cours des récessions du début des années 1980, du début des années 1990 et de la fin des années 2000. L'étude fournit également certaines comparaisons entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000, une période caractérisée par des changements importants dans les conditions économiques auxquels les firmes du secteur manufacturier ont fait face.

L'étude documente cinq constatations clés. En premier lieu, les travailleurs canadiens étaient de façon générale moins susceptibles d'être mis à pied de 2005 à 2007 que de 1978 à 1980. En deuxième lieu, les travailleurs ayant été mis à pied dans des industries non manufacturières au cours des années 2005 à 2007 ont subi une perte de revenu à court terme moins prononcée que ceux ayant vécu une telle situation à la fin des années 1970. En troisième lieu, les hommes âgés de 25 ans et plus qui ont été mis à pied dans le secteur manufacturier au cours des années 2005 à 2007 ont enregistré une perte de revenu à court terme plus importante que ceux qui l'ont été à la fin des années 1970. En quatrième lieu, les femmes mises à pied dans le secteur manufacturier au cours des années 2005 à 2007 ont eu à composer avec une perte de revenu à court terme qui a été inférieure ou à peu près égale à celle des femmes ayant connu le même sort à la fin des années 1970. Cinquièmement, tant chez les hommes que chez les femmes mis à pied dans le secteur manufacturier, les pertes de revenu à court terme ont augmenté de façon substantielle des années 1998 à 2000 aux années 2005 à 2007. Cette hausse substantielle des pertes de revenu coïncide avec la baisse importante de l'emploi observée dans le secteur manufacturier depuis 2004. Les deux premières constatations envisagées conjointement laissent penser que, pour bon nombre de groupes de travailleurs, l'insécurité économique découlant de la perte d'un emploi était moins prononcée au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970.

Notre étude est subdivisée de la façon suivante : la section 2 présente une brève description des données utilisées. À la section 3, nous examinons l'évolution du risque de mise à pied permanente entre 1978 et 2007. La section 4 documente l'évolution du taux d'emploi après une mise à pied, ce taux correspondant à la proportion de travailleurs déplacés qui trouvent un emploi rémunéré au cours de l'année ayant suivi leur mise à pied. À la section 5, nous mesurons la perte de revenu à court terme subie par les travailleurs mis à pied. La section 6 est la conclusion.

2   Contexte

Pour analyser l'évolution du risque de perte d'emploi et des pertes de revenu à court terme, il faut comparer des périodes au cours desquelles les conditions prévalant sur le marché du travail étaient similaires. Le graphique 1 montre que, lorsque l'on utilise le taux de chômage chez les hommes âgés de 25 à 54 ans à titre d'indication du resserrement du marché du travail, il y a au moins deux paires de périodes d'expansion où les conditions du marché du travail étaient comparables au cours des trois dernières décennies 5 .

La première paire de périodes se situe à la fin des années 1980 (de 1987 à 1988) et à la fin des années 1990 (en 1998 et en 1999), alors que le taux de chômage chez les hommes d'âge intermédiaire s'établissait en moyenne respectivement à 6,8 % et à 6,9 %. La seconde paire se situe à la fin des années 1970 (de 1978 à 1980) et au milieu des années 2000 (de 2005 à 2007), le taux de chômage pour le même groupe se chiffrant en moyenne respectivement à 5,1 % et à 5,5 % 6  . Étant donné que la présente étude a pour objet d'examiner les tendances à long terme touchant l'insécurité économique découlant d'une mise à pied, les comparaisons seront faites principalement entre ces deux dernières périodes. Néanmoins, d'autres comparaisons seront parfois faites entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000, une période durant laquelle l'environnement économique auquel ont fait face les firmes du secteur manufacturier a changé de façon considérable. De plus, les années de 1978 à 2007 seront toutes utilisées dans les analyses multivariées qui sous-tendront ces deux types de comparaisons.

Pour calculer les taux de mise à pied permanente, nous avons utilisé les données du Fichier de données longitudinales sur la main-d'oeuvre (FDLMO) et de l'Enquête sur la population active (EPA) de Statistique Canada 7  . On parlera de mise à pied permanente lorsqu'un travailleur mis à pied ne recommence pas à travailler pour le même employeur au cours de l'année où survient la mise à pied ou dans un délai d'un an. Les taux d'emploi après une mise à pied et les pertes de revenu sont calculés à partir du FDLMO. Comme on l'indique à la sous-section 7.2 de l'annexe, le FDLMO est un ensemble de données administratives fondé sur un échantillon aléatoire formé de 10 % de tous les travailleurs canadiens.

Notre examen porte aussi sur les pertes de revenu à court terme, c'est-à-dire les pertes de revenu subies par les travailleurs mis à pied entre les périodes t-1 et t+1, soit l'année précédant et celle suivant le déplacement, respectivement. L'analyse des pertes de revenu à court terme permet d'étudier l'évolution du coût associé à la perte d'un emploi sur la période la plus longue possible, qui englobe les années les plus récentes pour lesquelles des données sont disponibles. On pourrait aussi analyser, par exemple, les pertes de revenu subies cinq ans suivant le déplacement, mais les limites touchant les données font en sorte que cette variable ne pourrait être examinée que jusqu'en 2004 (étant donné que les données du FDLMO n'ont été recueillies que jusqu'en 2009).

Il y a trois échantillons de travailleurs rémunérés qui sont examinés dans la présente étude : ceux âgés de 15 à 64 ans; ceux âgés de 25 à 64 ans, et ceux âgés de 25 à 54 ans 8  . Relativement à chaque échantillon, les statistiques sont présentées au niveau agrégé pour l'ensemble des industries, pour le secteur de la fabrication, puis pour le reste de l'économie. Cette désagrégation permet de déterminer si, par suite du fléchissement marqué de l'emploi qui est survenu dans le secteur manufacturier depuis 2004 (Bernard, 2009), le risque de perte d'emploi et la perte de revenu dans ce secteur ont évolué différemment de ce que l'on peut observer ailleurs au sein de l'économie 9  . Toutes les analyses portent de façon distincte sur les hommes et sur les femmes, ce qui permet de prendre en compte les changements différentiels de taux d'emploi à la suite d'un déplacement chez les hommes et chez les femmes qui sont attribuables, entre autres facteurs, à des changements dans l'offre de main-d'oeuvre et l'intensité de la recherche d'emploi selon le sexe.

3   Le risque de perte d'emploi au cours des trois dernières décennies

De manière à évaluer comment le risque de perte d'emploi a évolué au cours des trois dernières décennies, des taux de mise à pied permanente sont calculés pour les années 1978 à 2007. Nous utilisons à la fois la version relative aux années 1978 à 1989 et celle relative aux années 1983 à 2008 du FDLMO, comme c'est expliqué à la sous-section 7.3 de l'annexe. Les taux de mise à pied permanente sont obtenus en divisant le nombre d'emplois aboutissant à une mise à pied permanente au cours d'une année donnée (d'après les données du FDLMO) par le nombre moyen d'emplois rémunérés (déterminé à partir de l'EPA) 10 .

Les graphiques 2, 3 et 4 montrent l'évolution des taux de mise à pied permanente chez les hommes et les femmes âgés de 25 à 54 ans au cours des années 1978 à 2007. Le graphique 2 présente les résultats agrégés, tandis que les graphiques 3 et 4 montrent les taux de mise à pied dans les industries manufacturières et dans les autres industries. Dans les trois graphiques, on observe une hausse des mises à pied entre la récession de 1981 et 1982 et celle de 1990 à 1992, mais rien n'indique par ailleurs qu'il y ait eu une tendance à la hausse des taux de mise à pied permanente depuis la fin des années 1970. Les trois parties du graphique laissent plutôt penser le contraire, c'est-à-dire que le risque de perte d'emploi a diminué entre la fin des années 1970 et le milieu des années 2000.

Cette baisse apparente des taux de mise à pied permanente pourrait être attribuable tout simplement à des changements au chapitre de la composition de la population active, dont les membres sont devenus plus vieux au cours de la période étudiée, considérant le fait que les travailleurs plus âgés sont moins susceptibles d'être mis à pied que les travailleurs plus jeunes (graphique 5).

Pour vérifier cette hypothèse, le tableau 1 présente la régression des taux de mise à pied permanente par groupe sur un ensemble d'effets propres à la période, en prenant en compte l'âge et la région de résidence des travailleurs 11 . Au total, 36 groupes, correspondant à l'interaction de six catégories d'âge et de six régions, sont établis pour chacune des 30 années que compte la période étudiée (1978 à 2007) 12 . Nous procédons ensuite à l'estimation du modèle suivant : 

(1)
Image

a, r et t dénotent respectivement la catégorie d'âge, la région de résidence et l'année civile. LRart est le taux de mise à pied permanente au cours de l'année t dans le cas des travailleurs appartenant à la catégorie d'âge a résidant dans la région r. D_AGEart et D_REGIONart constituent un ensemble de variables indicatrices qui rendent compte de la catégorie d'âge et de la région de résidence des travailleurs 13 . Image est un terme d'erreur et Image, un vecteur d'indicateurs binaires rendant compte des effets propres à la période. Les périodes examinées sont les suivantes : 1978 à 1980; 1981 à 1984; 1985 à 1987; 1988 à 1990; 1991 à 1994; 1995 à 1997; 1998 à 2000; 2001 à 2004; et 2005 à 2007 (la période omise est celle allant de 1978 à 1980) 14 . Étant donné que le but premier consiste à déterminer dans quelle mesure le risque de mise à pied au cours des dernières années diffère de ce que l'on observait à la fin des années 1970, les commentaires portent principalement sur les comparaisons entre la période allant de 2005 à 2007 et celle allant de 1978 à 1980. C'est pourquoi le tableau 1 rend compte de l'estimation des paramètres des effets propres à la période allant de 2005 à 2007 — qui représentent la synthèse de ces comparaisons.

La première colonne du tableau 1 contient les résultats des régressions, au niveau des groupes, des taux de mises à pied permanentes sur les effets propres à la période seulement. L'examen de la partie 1 de ce tableau montre que le taux de mise à pied permanente chez les travailleurs âgés de 25 à 54 ans était en moyenne de 2,2 points de pourcentage plus bas de 2005 à 2007 que de 1978 à 1980. La colonne 2 présente les résultats obtenus lorsque l'on prend en compte l'âge et la région de résidence des travailleurs, ce qui permet de constater que près du quart de l'écart en question peut être attribué au vieillissement de la population active et aux changements touchant la distribution régionale de l'emploi : ainsi, le risque de perte d'emploi des travailleurs pour un groupe d'âge et une région donnés était en moyenne de 1,7 point de pourcentage inférieur de 2005 à 2007 que de 1978 à 1980. Il ressort des colonnes 3 à 6 que l'on aboutit à des conclusions qualitatives similaires lorsque l'on procède à l'estimation de l'équation (1) de façon séparée pour les hommes et pour les femmes.

Ces résultats agrégés concordent avec les travaux de Davis (2008) en ce sens qu'ils corroborent la notion selon laquelle le risque de perte d'emploi en Amérique du Nord était généralement plus bas au milieu des années 2000 que lors des périodes d'expansion antérieures. Étant donné que l'emploi a connu un fléchissement important dans les industries manufacturières après 2004, il y a lieu d'examiner si la baisse des taux de mise à pied permanente au niveau agrégé qui est mentionnée précédemment s'observe également dans ces industries particulières.

C'est à cela que sert la deuxième partie du tableau 1. De façon générale, les taux de mise à pied permanente dans les industries manufacturières étaient un peu plus bas de 2005 à 2007 que de 1978 à 1980, que l'on applique ou non des variables de contrôle pour l'âge et la région (colonnes 1 et 2). Les analyses effectuées de façon séparée pour les hommes et pour les femmes avec ces variables de contrôle montrent que le taux de mise à pied permanente chez les hommes a peu changé entre la fin des années 1970 et le milieu des années 2000 (colonne 4), tandis qu'il a baissé de 2,5 points de pourcentage chez les femmes (colonne 6) 15 .

La troisième partie du tableau 1 montre que, peu importe que l'on prenne en compte ou non l'âge et la région, les taux de mise à pied permanente dans les industries non manufacturières étaient plus bas au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970. Toutes choses étant égales par ailleurs, la probabilité d'être mis à pied de façon permanente affichait une baisse de 2,4 points de pourcentage chez les hommes, tandis que la baisse était très légère chez les femmes (0,4 point de pourcentage).

Ces résultats pris dans leur ensemble montrent que, de façon générale, les travailleurs canadiens étaient moins susceptibles de perdre leur emploi au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970. La conclusion est la même lorsque l'analyse porte sur les travailleurs âgés de 15 à 64 ans ou sur les travailleurs âgés de 25 à 64 ans (tableaux 5 et 6 de l'annexe) 16 .

4   Taux d'emploi à la suite d'une perte d'emploi

Le risque de perte d'emploi est un déterminant clé de la sécurité d'emploi, mais les résultats économiques à la suite de la perte d'un emploi sont tout aussi importants. L'un de ces résultats tient à la mesure dans laquelle les travailleurs mis à pied parviennent à trouver un emploi rémunéré peu de temps après le déplacement. Dans la présente section, nous cherchons à déterminer quelle est la proportion d'employés mis à pied qui trouvent un emploi rémunéré dans l'année suivant la perte de leur emploi et, plus important encore, dans quelle mesure cette proportion a changé au cours des trois dernières décennies.

Parmi tous les employés âgés de 25 à 54 ans qui ont été mis à pied de façon permanente à la fin des années 1970, un peu plus de 80 % ont trouvé un emploi rémunéré dans l'année ayant suivi leur déplacement (graphiques 6, 7 et 8). Ainsi que l'on pouvait s'y attendre, les taux d'emploi à la suite d'une mise à pied ont baissé durant les années de récession mais ont augmenté à partir du milieu des années 1990 jusqu'à la fin de la décennie, après quoi ils sont demeurés assez stables. Cela a eu comme résultat net que, lors de la période allant de 2005 à 2007, la probabilité que les travailleurs trouvent un emploi dans l'année suivant leur mise à pied était, au niveau agrégé, à peu près la même qu'à la fin des années 1970.

Les taux de réemploi agrégés cachent toutefois des différences marquées entre les hommes et les femmes. Ainsi, dans les industries manufacturières comme dans les industries non manufacturières, le taux d'emploi chez les femmes à la suite d'un déplacement était nettement plus élevé au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970, ce qui n'était pas le cas chez les hommes.

Ces changements sont évalués de manière plus formelle au tableau 2 à l'aide du modèle de probabilité linéaire suivant : 

(2)
Image

Eit est égal à 1 si le travailleur i, qui a été mis à pied de façon permanente au cours de l'année t, a trouvé un emploi rémunéré (ce qui est établi par l'existence de revenus figurant sur des feuillets T4) au cours de l'année t+1, à défaut de quoi sa valeur est égale à 0. D_AGEit et D_PROVINCEit sont des indicateurs binaires qui rendent compte de la catégorie d'âge et de la province de résidence des travailleurs 17 . Du fait de la grande taille de l'échantillon du FDLMO, des catégories d'âge correspondant à chaque année d'âge sont utilisées, ce qui donne lieu à l'incorporation de 29 variables indicatrices de l'âge lorsque l'on estime l'équation (2) relativement aux travailleurs âgés de 25 à 54 ans (la catégorie d'âge omise correspond à l'âge de 30 ans). Ici encore, Image est un vecteur d'indicateurs binaires rendant compte des effets propres à la période.

La première partie du tableau 2 montre que les taux d'emploi dans l'année suivant la perte d'emploi étaient légèrement plus élevés (de 1,7 point de pourcentage) au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970 (colonne 1). La hausse est plus marquée (2,3 points de pourcentage) lorsque l'on prend en compte l'âge et la province de résidence (colonne 2), ce qui était à prévoir, étant donné que les taux d'emploi à la suite d'un déplacement tendent à diminuer avec l'âge (graphique 9) et que les travailleurs mis à pied au cours des dernières années étaient plus âgés que ceux ayant connu le même sort à la fin des années 1970 18 . Toutes choses étant égales par ailleurs, les taux d'emploi ont peu changé dans le cas des hommes mis à pied, tandis que la probabilité pour les femmes mises à pied de trouver un emploi dans l'année suivant leur déplacement a augmenté de 10 points de pourcentage (colonnes 4 et 6).

Cette hausse marquée des taux d'emploi à la suite d'une mise à pied chez les femmes est observable à la fois dans les industries manufacturières et dans les industries non manufacturières. Lorsque l'on prend en compte l'âge et la province, la probabilité pour les femmes travaillant dans les industries manufacturières de trouver un emploi dans l'année suivant une mise à pied était de 5,7 points de pourcentage plus élevée de 2005 à 2007 que de 1978 à 1980, et de 11,5 points de pourcentage plus élevée dans le cas des femmes qui travaillaient dans les industries non manufacturières.

Les choses sont différentes dans le cas des hommes. Toutes choses étant égales par ailleurs, il y a eu une légère baisse des taux de réemploi — de l'ordre de 1,0 point de pourcentage — à la suite d'une mise à pied dans le cas des hommes qui travaillaient dans les industries manufacturières, tandis que la probabilité de réemploi au cours de l'année suivant la mise à pied chez les hommes qui travaillaient dans les industries non manufacturières n'a à peu près pas changé 19 .

En résumé, les taux d'emploi rémunéré observés un an après une mise à pied permanente ont augmenté de façon substantielle chez les femmes mais ont peu changé dans le cas des hommes. Ces profils s'observent également pour les travailleurs âgés de 15 à 64 ans et pour ceux âgés 25 à 64 ans (tableaux 7 et 8 de l'annexe), de même que pour chacun des trois échantillons utilisés dans l'étude (travailleurs âgés de 15 à 64 ans, de 25 à 64 ans et de 25 à 54 ans) lorsque l'on ajoute une condition voulant que les travailleurs mis à pied aient un revenu positif dans l'année ayant précédé la mise à pied. Dans la prochaine section, cette condition additionnelle est appliquée de manière à quantifier les pertes de revenu subies entre l'année t-1 et l'année t+1 par les travailleurs mis à pied de façon permanente au cours de l'année t 20 .

5   Pertes de revenu à court terme

L'analyse porte au départ sur les travailleurs déplacés ayant obtenu les meilleurs résultats, c'est-à-dire ceux qui ont trouvé un emploi rémunéré au cours de l'année ayant suivi leur mise à pied. Les travailleurs mis à pied qui n'ont pas gagné de revenu au cours de l'année ayant suivi leur déplacement sont subséquemment incorporés à l'échantillon 21 .

5.1  Travailleurs déplacés ayant eu un revenu positif lors de l'année t-1 et de l'année t+1

Les graphiques 10, 11 et 12 tracent l'évolution moyenne du logarithme du revenu réel (entre l'année t-1 et l'année t+1) des travailleurs mis à pied entre 1979 et 2007 qui ont trouvé un emploi rémunéré l'année suivante 22 . Ainsi que l'on pouvait s'y attendre, les pertes de revenu à court terme (mesurées d'après le changement moyen du logarithme du revenu) étaient plus marquées durant les récessions et moins importantes lors des périodes de reprise. Si l'on fait abstraction de ces variations cycliques, les pertes de revenu à court terme ne tendaient ni à augmenter, ni à diminuer au cours de la période étudiée. Plus précisément, au niveau agrégé, les pertes de revenu ne semblent pas avoir été plus élevées au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970.

On n'observe pas le même profil dans les industries manufacturières que dans le reste de l'économie. En effet, parmi les hommes et les femmes travaillant dans ces industries, ceux qui ont été mis à pied au milieu des années 2000 semblent avoir essuyé des pertes de revenu plus importantes que ceux à qui la même chose est arrivée à la fin des années 1970. Un tel profil ne ressortait pas dans les industries non manufacturières, les pertes de revenu subies par les travailleurs mis à pied étant à peu près similaires en 1979 et en 1980 que de 2005 à 2007. Étant donné que les pertes de revenu des travailleurs déplacés augmentent avec l'âge (graphique 13) les comparaisons au fil du temps nécessitent des variables de contrôle au titre de l'âge des travailleurs — ainsi que d'autres facteurs —, telles que celles définies dans l'équation (3) : 

(3)
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Yit est égal au logarithme du revenu lors de l'année suivant la mise à pied, déduction faite du logarithme du revenu lors de l'année ayant précédé la mise à pied. Les autres variables sont définies de la même manière que dans l'équation (2) 23 .

La première partie du tableau 3 montre que, dans l'ensemble de la population active, les pertes de revenu à court terme des travailleurs âgés de 25 à 54 ans qui ont été mis à pied ont été en moyenne de 6,5 points de pourcentage (0,063 point log) moins importantes de 2005 à 2007 qu'en 1979 et en 1980 (colonne 1) 24 . Lorsque des variables de contrôle de l'âge et de la province de résidence étaient utilisées (colonne 2), les pertes de revenu étaient de 9 points de pourcentage plus basses (0,087 point log). Le profil était le même pour les hommes et pour les femmes (colonnes 4 et 6).

Dans le cas du secteur manufacturier, les pertes de revenu à court terme des hommes mis à pied ont été de 6 points de pourcentage plus élevées de 2005 à 2007 qu'en 1979 et 1980 (tableau 3, colonne 3). Lorsque l'on tient compte de l'âge et de la province (colonne 4), ces pertes étaient de 3 points de pourcentage plus élevées de 2005 à 2007, mais cet écart n'est pas statistiquement significatif selon les niveaux classiques. Pour ce qui est des femmes mises à pied dans le secteur manufacturier, les pertes de revenu à court terme étaient de 11 points de pourcentage plus élevées de 2005 à 2007 qu'en 1979 et 1980, et de 8 points de pourcentage plus élevées lorsque des variables de contrôle relatives à l'âge et de la province étaient utilisées (colonnes 3 et 4).

Les hommes et les femmes mis à pied dans des industries non manufacturières et réembauchés au cours de l'année suivante ont subi une plus faible perte de revenu à court terme lors des années 2005 à 2007 que ceux ayant connu la même situation en 1979 et en 1980, que l'on tienne compte ou non de l'âge et de la province.

Dans l'ensemble, les travailleurs canadiens mis à pied dans des industries non manufacturières ont subi une perte de revenu à court terme moins prononcée au milieu des années 2000 que ceux qui ont traversé la même situation à la fin des années 1970, tandis que l'on observe le contraire dans le cas des travailleurs mis à pied dans les industries manufacturières 25 .

Les comparaisons faites jusqu'à maintenant concernent la fin des années 1970 et le milieu des années 2000. Il est important de noter que les pertes de revenu des travailleurs mis à pied du secteur manufacturier ont augmenté de façon substantielle entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000. Entre les années 1998 à 2000 et les années 2005 à 2007 — deux périodes caractérisées par des conditions semblables sur le marché du travail — les pertes de revenu subies à court terme par les hommes mis à pied du secteur manufacturier ont augmenté de 14 points de pourcentage (0,15 point log) (graphique 11). La hausse correspondante pour les femmes mises à pied du secteur manufacturier s'élève à 19 points de pourcentage (0,21 point log). Les analyses de régression faites au tableau 3 montrent qu'après avoir tenu compte de l'âge et de la province de résidence, les pertes de revenu à court terme des hommes mis à pied du secteur manufacturier ont augmenté de 12 points de pourcentage (0,13 point log) alors que les pertes de revenu à court terme des femmes mises à pied du secteur manufacturier ont augmenté de 17 points de pourcentage (0,18 point log). Cette hausse substantielle des pertes de revenu coïncide avec la baisse importante de l'emploi observée dans le secteur manufacturier depuis 2004.

5.2  Prise en compte des travailleurs déplacés n'ayant pas de revenu au cours de l'année t+1

Les tendances touchant les pertes de revenu à court terme qui sont documentées précédemment ont trait aux travailleurs mis à pied qui ont été réembauchés dans l'année suivant leur déplacement. Mais qu'en est-il de ceux qui n'ont pas été réembauchés? La proportion de travailleurs mis à pied qui trouvent un nouvel emploi se répercutera sur la variation du revenu à court terme de l'ensemble des travailleurs mis à pied, tout comme le montant de revenu gagné par ces travailleurs réembauchés. Dans la présente section, les tendances relatives aux pertes de revenu à court terme sont estimées pour l'ensemble des travailleurs mis à pied, y compris ceux qui n'ont pas gagné de revenu au cours de l'année ayant suivi la perte de leur emploi. Les résultats sont montrés au tableau 4. Ce tableau 4 présente la variation médiane du revenu exprimée en pourcentage entre l'année t-1 et l'année t+1 pour cet échantillon plus large 26 .

Toutes choses étant égales par ailleurs, la perte de revenu médiane des travailleurs mis à pied dans des industries non manufacturières a été moindre lors des années 2005 à 2007 qu'à la fin des années 1970; cette constatation concorde avec les résultats présentés à la section 5.1. La perte de revenu médiane était de 10 points de pourcentage plus faible au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970 dans le cas des hommes déplacés, et de 22 points de pourcentage dans le cas des femmes. Cette amélioration marquée chez les femmes s'explique par la hausse de leur taux d'emploi à la suite d'un déplacement au cours de la période étudiée ainsi que par les pertes de revenu moins importantes subies par celles ayant été réembauchées au milieu des années 2000 27 .

En ce qui concerne le secteur manufacturier, les données présentées aux tableaux 2 et 3 montraient que les taux d'emploi chez les hommes à la suite d'un déplacement ont peu changé entre la fin des années 1970 et le milieu des années 2000, et que les pertes de revenu de ces travailleurs déplacés qui avaient trouvé un nouvel emploi dans l'année ayant suivi leur mise à pied étaient généralement plus importantes au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970. On peut donc s'attendre à ce que la perte de revenu médiane de l'ensemble des travailleurs déplacés de sexe masculin dans ce secteur ait augmenté au cours de la période en question. Il ressort que c'est bien le cas, cette perte médiane ayant été d'environ 3 points de pourcentage plus importante de 2005 à 2007 que pendant des années 1979 et 1980 (tableau 4, colonne 4). Par contre, la perte de revenu médiane chez les femmes mises à pied dans ce même secteur a peu changé, car l'accroissement du taux d'emploi après une mise à pied chez les femmes contrebalance à peu près entièrement les pertes de revenu plus importantes subies par les femmes ayant été réembauchées (colonne 6).

Des analyses multivariées portant sur un éventail de groupes d'âge plus large et prenant en compte l'âge et la province donnent à penser que la perte de revenu médiane dans le secteur manufacturier a augmenté de 4 points de pourcentage entre la fin des années 1970 et le milieu des années 2000 chez les hommes âgés de 25 à 64 ans, mais qu'elle est demeurée à peu près inchangée chez les hommes âgés de 15 à 64 ans. Dans le cas des travailleuses déplacées au sein des industries manufacturières, la perte de revenu médiane relativement à ces deux groupes d'âge a diminué dans une proportion allant de 2 à 7 points de pourcentage. Les causes expliquant la perte de revenu plus grande observée chez les hommes de 25 ans et plus qui travaillaient dans le secteur manufacturier et qui ont été déplacés ne sont pas évaluées dans la présente étude, mais il semble ressortir du graphique 14 que la difficulté accrue qu'ont éprouvée ces travailleurs à trouver un emploi dans le secteur manufacturier après la perte de leur emploi au cours des dernières années peut avoir été un facteur 28 .

Dans l'ensemble, les résultats montrent que, chez les travailleurs équivalents observés, la perte de revenu médiane : a) était beaucoup plus basse au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970 dans le cas des hommes et des femmes déplacés dans les industries non manufacturières; b) était de 3 à 4 points de pourcentage plus élevée de 2005 à 2007 qu'à la fin des années 1970 dans le cas des hommes âgés de 25 ans et plus ayant été déplacés dans les industries manufacturières; et c) a diminué ou est demeurée inchangée chez les travailleuses du secteur manufacturier ayant été déplacées.

Comme nous l'avons démontré à la section 5.1, les pertes de revenu à court terme des travailleurs mis à pied du secteur manufacturier ont augmenté de façon substantielle des années 1998 à 2000 aux années 2005 à 2007. Les résultats des analyses de régression présentés au tableau 4 indiquent qu'après prise en compte de l'âge et de la province de résidence, les pertes médianes de revenu subies à court terme par les hommes et les femmes mis à pied du secteur manufacturier ont augmenté respectivement d'environ 10 et 14 points de pourcentage entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000.

6   Résumé et conclusion

Dans la présente étude, nous avons examiné de quelle manière ont évolué le risque de perte d'emploi et les pertes de revenu à court terme des travailleurs mis à pied entre 1978 et 2007. Nos principales constatations peuvent être résumées ainsi : 

  1. Dans l'ensemble, les travailleurs canadiens étaient moins susceptibles de perdre leur emploi au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970.
  2. Les travailleurs des industries non manufacturières qui ont été mis à pied ont subi une moindre perte médiane de revenu à court terme au milieu des années 2000 qu'à la fin des années 1970.
  3. Les hommes âgés de 25 ans et plus qui travaillaient dans des industries manufacturières et qui ont été mis à pied au milieu des années 2000 ont subi une perte de revenu à court terme plus prononcée que ceux ayant vécu le même sort à la fin des années 1970. Les femmes qui travaillaient dans les industries manufacturières et qui ont été mises à pied au cours des années 2005 à 2007 ont subi une perte de revenu à court terme égale ou même inférieure à celle subie par les femmes dans la même situation à la fin des années 1970.
  4. Les pertes de revenu à court terme des travailleurs mis à pied du secteur manufacturier ont augmenté davantage entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000 — deux périodes caractérisées par des conditions générales semblables sur le marché du travail — qu'elles ne l'ont fait entre la fin des années 1970 et le milieu des années 2000. Cette hausse substantielle des pertes de revenu coïncide avec la baisse importante de l'emploi observée dans le secteur manufacturier depuis 2004.

L'étude comporte plusieurs limites qu'il convient de signaler. D'abord, la plupart des résultats présentés ici correspondent à des effets moyens, aussi est-il possible que, tout dépendant de la région ou de la ville, du groupe d'âge, du niveau de scolarité, de l'industrie ou de la profession, le risque de perte d'emploi ou la perte de revenu subie par les travailleurs aient augmenté. De plus, les analyses multivariées qui sont effectuées ne prennent pas en compte le niveau de scolarité des travailleurs. Or, étant donné que les travailleurs canadiens sont plus scolarisés de nos jours qu'à la fin des années 1970 et que les taux d'emploi après un déplacement vont généralement en augmentant selon le niveau de scolarité, les résultats obtenus concordent avec la possibilité que, à l'intérieur de cellules définies conjointement en fonction de l'âge et du niveau de scolarité, les taux d'emploi après le déplacement aient diminué pour certains groupes d'hommes, et qu'ils aient augmenté dans une moindre mesure que ne le montrent les données brutes pour certains groupes de femmes. Également, compte tenu des limites associées aux données, les tendances relatives aux conséquences financières de la perte d'un emploi sont documentées uniquement au regard des pertes de revenu à court terme; les résultats pourraient être différents si l'on tenait compte des pertes à long terme. Enfin, à mesure que des données plus récentes deviennent disponibles, il faudrait mener des travaux de recherche dans le but de comparer les taux de mise à pied permanente et les pertes de revenu à court terme au cours des années 2008 à 2010 avec ceux observés lors des récessions du début des années 1980 et du début des années 1990.

7   Appendice

7.1  Résultats, travailleurs âgés de 15 à 64 ans et de 25 à 64 ans

7.2  Fichier de données longitudinales sur la main-d'oeuvre de Statistique Canada

Le Fichier de données longitudinales sur la main-d'oeuvre (FDLMO) est produit par la Division de l'analyse sociale de Statistique Canada. Il contient des données sur un échantillon aléatoire formé de 10 % de l'ensemble des travailleurs canadiens, élaboré grâce à l'intégration de données provenant de quatre sources distinctes : les fichiers des relevés d'emploi (RE) de Ressources humaines et Développement des compétences Canada (en ce qui touche les cessations d'emploi); les fichiers T1 (T1 Générale – Déclaration de revenus et de prestations) et T4 (État de la rémunération payée) de l'Agence du revenu du Canada; et le Programme d'analyse longitudinale de l'emploi (PALE). Dans sa version actuelle, le FDLMO porte sur une période de 26 ans, puisqu'il suit les travailleurs de 1983 à 2008.

Aux termes de la Loi sur l'assurance-emploi et du Règlement sur l'assurance-emploi, tous les employeurs doivent établir un RE à l'égard de leurs employés occupant un emploi assurable lorsque survient une interruption de la rémunération de ces derniers. L'information figurant sur le RE sert à établir si la personne a droit à des prestations d'assurance-emploi ainsi qu'à déterminer le taux des prestations et la durée de la période de versement. Le RE doit être délivré même dans le cas où l'employé n'a pas l'intention de présenter une demande de prestations d'assurance-emploi. Mais surtout, le RE précise la raison de l'interruption du travail ou de la cessation d'emploi 29 . Il peut donc servir à déterminer quels travailleurs ont été mis à pied, ont démissionné ou ont cessé de travailler pour leur employeur en raison d'autres motifs.

De même que la plupart des ensembles de données administratives, le FDLMO ne contient pas de renseignements sur la situation d'activité des travailleurs, leur niveau de scolarité, leur profession, leur appartenance à une minorité visible ou leur statut d'immigrant. Il n'est donc pas possible, à partir de ses données, d'effectuer des analyses distinctes portant par exemple sur des travailleurs ayant différents niveaux de scolarité. Bien que ces limites ne soient pas à négliger, le fait que le FDLMO suive sur une très longue période un échantillon de travailleurs qui est à la fois de grande taille et représentatif au niveau national en fait un ensemble de données unique aux fins d'évaluer comment a évolué la sécurité d'emploi (ou encore l'insécurité économique découlant de la perte d'un emploi) au cours des dernières décennies.

Étant donné que les emplois-personnes observés au cours d'une année donnée constituent l'unité d'analyse dans le FDLMO, il est possible de déterminer combien d'emplois aboutissent à une mise à pied permanente et combien de personnes font l'objet d'une mise à pied permanente au moins une fois au cours d'une année particulière. On parlera de mise à pied permanente lorsque le travailleur ne recommence pas à travailler pour son employeur initial au cours de l'année de la mise à pied et de l'année suivante.

7.3  Utilisation du Fichier de données longitudinales sur la main-d'oeuvre relatif aux années 1978 à 1989 et de celui relatif aux années 1983 à 2008 afin d'élaborer une série chronologique des mises à pied permanentes à compter de 1978

Il existe deux versions du Fichier de données longitudinales sur la main-d'oeuvre (FDLMO) : la première va de 1978 à 1989 (FDLMO7889), et la seconde, soit la plus récente, de 1983 à 2008 (FDLMO8308). Pour élaborer une série chronologique des mises à pied permanentes à compter de 1978, les deux versions sont utilisées ici. Le FDLMO7889 sert à calculer les taux de mise à pied de 1978 à 1983, tandis que le FDLMO8308 sert à calculer ces mêmes taux de 1984 à 2007.

Le graphique 15 présente les taux de mise à pied permanente calculés au moyen des deux versions du FDLMO. Il révèle un léger écart entre les taux calculés au moyen de l'une et l'autre version pour la période allant de 1984 à 1988. De manière à supprimer cet écart, les taux de mise à pied pour les années 1978 à 1983 (calculés au moyen de la version de 1978 à 1989 du FDLMO) sont rééchelonnés à partir de l'information de la version de 1983 à 2008 du FDLMO.

D'abord, les ratios des taux de mise à pied permanente selon les deux versions du FDLMO sont déterminés pour l'année 1984 30 . Des ratios sont calculés pour chacun des 60 groupes obtenus par l'interaction des 6 régions et des 10 groupes d'âge tels que définis dans le corps de l'étude. Le ratio suivant est établi pour chaque groupe : 

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Où le numérateur (dénominateur) dans la partie droite rend compte des taux de mise à pied permanente en 1984 tels que déterminés au moyen de la version du FDLMO de 1983 à 2008 (FDLMO de 1978 à 1989).

Ensuite, pour chaque année de la période allant de 1978 à 1983, les 60 ratios ainsi obtenus sont appliqués aux taux de mise à pied propres à chaque groupe qui ont été calculés à partir de la version de 1978 à 1989 du FDLMO. Les taux finals de mise à pied applicables à chaque groupe pour les années 1978 à 1983 sont obtenus par la multiplication des ratios en question et des taux de mise à pied pour chacun de ces groupes selon la version de 1978 à 1989 du FDLMO. Puis, ces taux de mise à pied par groupe sont agrégés de manière à établir le taux global de mise à pied permanente pour une année donnée 31 . Tous les taux de mise à pied permanente présentés aux graphiques 2, 3 et 4, au graphique 5 et aux graphiques 6, 7 et 8 de même que les résultats des régressions sous-jacentes au tableau 1 ainsi qu'aux tableaux 5 et 6 à la sous-section 7.1 de l'annexe sont fondés sur ces calculs 32 .

7.4  Évolution des pertes de revenu des travailleurs dans les industries manufacturières

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