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  1. Introduction
  2. Recherches antérieures
  3. Données et mesures
  4. Statistiques descriptives
  5. Résultats de l'estimation
  6. Conclusion et discussion

1   Introduction

La décision d'immigrer est souvent prise au niveau de la famille. Les jeunes enfants suivent passivement leurs parents, mais ils peuvent représenter l'élément essentiel de la décision de ceux-ci d'immigrer. Les immigrants adultes laissent leur passé derrière eux, non seulement pour améliorer leur propre niveau de vie, mais souvent aussi pour assurer un meilleur avenir à leurs enfants 1 . Des études antérieures ont démontré qu'en moyenne, les enfants d'immigrants en Amérique du Nord sont plus scolarisés et ont des gains plus élevés que la population née au pays 2 . Toutefois, cette observation est fondée principalement sur les résultats des enfants d'immigrants qui sont arrivés avant les années 1970 et peut ne pas s'appliquer aux enfants des cohortes d'immigrants plus récentes. Il y a eu des changements importants, et maintenant bien documentés, dans la composition des pays d'origine, des augmentations du niveau de scolarité et des diminutions des gains à l'arrivée des cohortes successives d'immigrants adultes (la première génération) depuis la fin des années 1960 3 . Dans la présente étude, on se demande quelles répercussions ces changements de composition ont eues sur les résultats de ces enfants d'immigrants. De façon plus particulière, on vise à déterminer comment les changements dans les caractéristiques individuelles et parentales sont liés aux changements entre les cohortes au chapitre de la scolarité et des gains des immigrants enfants, c'est-à-dire les personnes qui avaient 12 ans ou moins au moment de l'immigration et qui sont arrivées au Canada entre 1960 et 1989.

Les résultats des enfants d'immigrants sont importants pour au moins deux raisons. Tout d'abord, les enfants d'immigrants représentent une proportion substantielle de la population canadienne. Selon le Recensement de 2006, environ 16 % de la population née au Canada de 15 ans et plus avait au moins un parent immigrant (Statistique Canada, 2006a). Environ un immigrant sur quatre est arrivé au Canada avant l'âge de 15 ans (Statistique Canada, 2006b). En deuxième lieu, les résultats des enfants d'immigrants peuvent être considérés comme une mesure des répercussions à long terme de l'immigration et de la politique d'immigration.

La présente étude vise à comparer les résultats des immigrants enfants qui appartiennent à différentes cohortes d'arrivée (tant entre les cohortes qu'avec un groupe de comparaison valable à l'intérieur de la population née au Canada, pour chaque cohorte). Une cohorte d'arrivée est définie selon la décennie : les années 1960, les années 1970 et les années 1980. L'avantage de mettre l'accent sur les immigrants enfants est que leur propre période d'arrivée est connue et que la période d'arrivée de leurs parents peut faire l'objet d'une inférence, selon l'hypothèse que les parents et les enfants sont arrivés dans la même décennie. Plusieurs sections transversales du recensement au Canada servent à déterminer les résultats des immigrants enfants et à les coupler aux résultats de leurs parents potentiels. En l'absence de données au niveau individuel sur les niveaux de scolarité et les gains des parents, les résultats moyens des immigrants sont calculés selon la région d'origine et la cohorte d'arrivée et sont utilisés comme approximation des résultats des parents d'immigrants enfants dans l'échantillon 4 . On ne dispose pas de données appropriées pour effectuer une analyse similaire pour la deuxième génération (personnes nées au Canada de parents immigrants) 5  .

Les trois décennies des années 1960 aux années 1980 ont été caractérisées par des changements importants dans la composition de la population immigrante et dans les résultats des nouveaux immigrants. Les immigrants des années 1960 provenaient principalement d'Europe, tandis que ceux des années 1970 et 1980 provenaient principalement de pays non européens. Dans les études existantes (voir la section 2 pour plus de détails), un écart important dans le niveau de scolarité a été documenté chez la deuxième génération pour les diverses régions d'origine. Par ailleurs, les immigrants qui sont arrivés dans les années 1980 ont connu des gains à l'arrivée plus faibles que les cohortes précédentes, même si la cohorte des années 1980 avait des niveaux plus élevés de scolarité. Les changements dans les caractéristiques de la première génération, au chapitre de la scolarité et des gains notamment, peuvent avoir des répercussions directes sur les résultats des enfants. Par ailleurs, ou de même, les caractéristiques observables peuvent différer selon les cohortes d'immigrants, par suite, par exemple, de changements dans l'autosélection des immigrants, et peuvent à leur tour être corrélées aux capacités non observables des enfants, particulièrement ceux dont les capacités sont susceptibles d'influencer le niveau de scolarité et les gains. Les répercussions nettes des changements de composition parmi les parents immigrants sur la scolarité et les gains des cohortes successives d'immigrants enfants représentent par conséquent une question empirique.

L'étude contribue de la façon suivante aux ouvrages publiés. Tout d'abord, il s'agit de la première étude qui porte sur les différences entre les cohortes au chapitre de la scolarité et des gains de la génération 1.5 (immigrants enfants) en Amérique du Nord et qui lie ces différences aux effets de cohorte, tant au chapitre de la scolarité que des gains des immigrants adultes (parents potentiels). En deuxième lieu, elle fournit des données sur les résultats des descendants de la cohorte d'immigrants des années 1980, la cohorte qui a connu la baisse la plus marquée de ses gains à l'arrivée au Canada au cours des trois dernières décennies.

2   Recherches antérieures

Jusqu'à maintenant, la plupart des recherches sur les immigrants de deuxième génération au Canada ont été axées sur les résultats des personnes dont les parents sont arrivés avant les années 1970. En moyenne, le niveau de scolarité et les gains de ce groupe dépassent ceux de la population née au pays (p. ex., Hansen et Kucera 2004; Kucera 2008; Aydemir et Sweetman 2006). Chiswick et DebBurman (2004) ainsi que Card (2005) documentent un modèle similaire pour les États-Unis. Comme il est mentionné dans l'introduction, les changements dans la composition des pays d'origine et dans les résultats des parents après l'immigration peuvent entraîner des différences entre les cohortes dans les résultats des immigrants enfants et de la deuxième génération.

Plusieurs études ont documenté les différences interethniques dans les niveaux de scolarité et/ou les gains et ont analysé dans quelle mesure celles-ci persistent d'une génération à l'autre. Les jeunes de la deuxième génération (25 à 34 ans) d'origine asiatique (autre que philippine) sont plus susceptibles de détenir un diplôme universitaire que les jeunes d'origine européenne ou les jeunes dont les parents sont nés au Canada (Abada, Hou et Ram, 2009; Boyd, 2008). Par ailleurs, l'écart dans la fréquentation de l'université en faveur de la génération 1.5 et de la deuxième génération persiste pour les enfants d'immigrants chinois, même une fois prise en compte une vaste gamme de variables, y compris les notes au niveau secondaire, les notes à des tests de lecture uniformes, les mesures de l'engagement au niveau secondaire, la perception de soi et la scolarité, le revenu et le comportement des parents (Finnie et Mueller, 2008) 6 . Aydemir et Sweetman (2006) procèdent à un exercice contrefactuel dans lequel les rendements de diverses caractéristiques observables des enfants d'immigrants sont gardés constants au fil du temps, mais où la composition du point de vue de l'âge, du statut de minorité visible et de l'origine correspond à celle des nouveaux immigrants adultes. Ils concluent que l'avantage des enfants d'immigrants en ce qui a trait au niveau de scolarité pourrait augmenter à l'avenir. Cela repose évidemment sur l'hypothèse que tous les autres facteurs pertinents demeurent inchangés.

Les différences interethniques dans le niveau de scolarité des enfants d'immigrants entraîneront probablement des différences interethniques dans les gains. Il existe aussi des différences dans un contexte intergénérationnel. Skuterud (2010) a déterminé qu'il y a peu de différences liées aux gains des personnes n'appartenant pas à un groupe de minorité visible de la génération 1.5, de la deuxième génération, de la troisième génération et des générations subséquentes au Canada. Toutefois, les gains s'améliorent entre la génération 1.5 et la deuxième génération pour les membres des groupes de minorité visible. Chez les hommes de race noire, une amélioration des gains est aussi observée entre la deuxième génération, la troisième génération et les générations subséquentes. Des différences interethniques dans la scolarité et les gains sont aussi documentées pour les États-Unis (p. ex., Chiswick, 1988; et Borjas, 1994).

Les changements dans la scolarité et les gains de la première génération sont des facteurs importants à prendre en compte pour l'examen des résultats des immigrants enfants (ou des enfants d'immigrants dans un sens plus large), compte tenu de la corrélation positive qui existe entre ces résultats d'une génération à l'autre (p. ex., Aydemir, Chen, et Corak, 2005 et 2008, pour le Canada; et Card et coll., 2000, pour les États-Unis). Finnie et Mueller (2008) concluent que le revenu familial plus faible chez les parents immigrants (par rapport aux parents nés au Canada) diminue la probabilité que leurs enfants fréquentent l'université à l'âge de 21 ans, parmi certains groupes d'immigrants, mais cet effet est plus faible que l'effet positif découlant du fait que les parents immigrants ont des niveaux de scolarité plus élevés que les parents nés au Canada.

Même si une part importante des ouvrages publiés mettent l'accent sur les résultats des personnes nées dans un pays d'accueil de parents immigrants, la présente étude est axée exclusivement sur les immigrants enfants, définis comme les personnes nées à l'étranger qui ont immigré à l'âge de 12 ans ou avant. À de nombreux égards, les résultats des enfants immigrants au Canada ressemblent à ceux de la deuxième génération. Finnie et Mueller (2008) ont déterminé que la génération 1.5 et la deuxième génération sont plus susceptibles de fréquenter l'université à l'âge de 21 ans que la troisième génération et les générations subséquentes, et Bonikowska (2008) a déterminé que la génération 1.5 et la deuxième génération ont en moyenne plus d'années de scolarité que la troisième génération et les générations subséquentes (même si l'avantage de la génération 1.5 par rapport à la troisième génération et aux générations subséquentes diminue en fonction de l'âge au moment de l'arrivée). Toutefois, les différences de composition dans l'âge, la scolarité des parents et l'origine ethnique peuvent expliquer une part importante de l'écart entre la génération 1.5, la troisième génération et les générations subséquentes, mais une partie seulement de l'écart entre la deuxième génération, la troisième génération et les générations subséquentes. À partir des données des États-Unis, Rumbaut (2004) explore la difficulté de classer les enfants d'immigrants en différents groupes de génération sur la base de l'âge au moment de l'arrivée et selon que l'un des parents ou les deux sont immigrants. Il n'est pas évident, à partir des données disponibles, que les différences entre la génération 1.5 et la deuxième génération sont attribuables à des caractéristiques non observables qui varient entre les cohortes 7  ou à d'autres facteurs liés au fait d'être nés à l'étranger plutôt que dans le pays d'accueil. Néanmoins, l'étude des résultats pour la génération 1.5 devrait jeter de la lumière sur les résultats de la prochaine deuxième génération.

3   Données et mesures

La présente étude est axée sur les différences entre les cohortes dans le niveau de scolarité et les gains des immigrants enfants qui sont arrivés au Canada dans les années 1960 (1960 à 1969), les années 1970 (1970 à 1979) et les années 1980 (1980 à 1989), par rapport à un groupe de comparaison propre à une cohorte de leurs homologues nés au Canada. Les résultats sont calculés à partir de fichiers de microdonnées de l'échantillon à 20 % du Recensement de 1986 pour la cohorte arrivée dans les années 1960 (et son groupe de comparaison), du Recensement de 1996 pour la cohorte des années 1970 et du Recensement de 2006 pour la cohorte des années 1980 (voir le tableau 1 pour plus de détails). L'échantillon est constitué des personnes âgées de 25 à 34 ans l'année où leurs résultats ont été mesurés 8 .

Idéalement, on aimerait comparer les résultats des immigrants enfants à ceux des enfants de personnes nées au Canada, c'est-à-dire la troisième génération et les générations subséquentes. Toutefois, les données sur le statut d'immigrant (ou le lieu de naissance) des parents n'ont pas été recueillies dans les recensements de 1981 à 1996. On peut seulement identifier les personnes qui sont elles-mêmes nées au Canada, et cela inclut la deuxième génération qui, à de nombreux égards, ressemble davantage aux immigrants enfants qu'à la troisième génération et qu'aux générations subséquentes. Par conséquent, le groupe de comparaison est défini comme les personnes nées au Canada de 25 à 34 ans qui ont déclaré une origine ethnique britannique, française ou canadienne 9 . En définissant le groupe de comparaison de cette façon, on englobe dans une large mesure des personnes dont les parents sont nés au Canada et on assure une uniformité relative au fil du temps 10 .

Le niveau de scolarité est mesuré selon qu'une personne de 25 à 34 ans a terminé ou non un diplôme universitaire (baccalauréat ou niveau supérieur) 11 . Les gains sont mesurés au moyen des salaires hebdomadaires, définis comme les salaires et traitements annuels touchés l'année précédant le recensement, divisés par le nombre de semaines de travail l'année précédente. Pour l'analyse des gains, l'échantillon est limité aux personnes qui ont travaillé au moins une semaine au cours de l'année précédant le recensement et qui ont déclaré des salaires et traitements positifs (non nuls) 12 . Toutes les variables des salaires ont été corrigées en dollars constants de 2005 sur la base de l'Indice des prix à la consommation.

Plusieurs variables explicatives sont incluses dans les modèles multidimensionnels pour tenir compte des changements de composition dans les caractéristiques individuelles des diverses cohortes. Ces variables sont les suivantes : âge, région de résidence, langue maternelle et variables propres aux immigrants enfants (âge au moment de l'immigration, statut de minorité visible et région d'origine). Le lieu de résidence est mesuré au moyen d'un indicateur distinct pour chacune des dix provinces canadiennes (en excluant les observations des trois régions métropolitaines (RMR), Montréal, Toronto et Vancouver, auxquelles on a attribué des indicateurs distincts) et un indicateur unique pour les trois territoires (pour un total de 14 indicateurs). La langue maternelle est codée en trois catégories : anglais, français, ni l'anglais ni le français. Le statut de minorité visible est codé comme une variable binaire égale à 1 lorsque l'immigrant enfant appartient à un groupe de minorité visible, et codé 0 autrement. Les régions d'origine des immigrants sont codées selon 43 groupes qui sont uniformes d'un recensement à l'autre 13 .

Les variables explicatives des modèles de rémunération comprennent : la scolarité; une valeur quadratique en années possibles d'expérience de travail; et le statut d'emploi à temps plein. La scolarité est regroupée en cinq catégories : pas de certificat d'études secondaires; certificat ou diplôme d'études secondaires; certificat ou diplôme non universitaire; baccalauréat; et maîtrise ou doctorat 14 . Les années possibles d'expérience sont estimées comme l'« âge moins les années de scolarité moins 6 ». Étant donné que l'on n'a pas recueilli de données sur les années de scolarité dans le Recensement de 2006, cette variable est imputée sur la base des années médianes estimées de scolarité selon le niveau le plus élevé de scolarité à partir des données du Recensement de 2001 15 . Ces années médianes estimées de scolarité sont attribuées aux niveaux correspondants de certificat/grade dans le Recensement de 2006 16 . Afin d'assurer la comparabilité au fil du temps, les années de scolarité imputées sont utilisées pour calculer les années possibles d'expérience de travail pour 1986 et les données de 1996 aussi.

Le rapport, le cas échéant, entre la baisse des gains à l'arrivée des immigrants adultes et les différences entre les cohortes dans les résultats de la génération 1.5 présente un intérêt particulier. Même si les résultats des immigrants enfants sont mesurés directement au niveau individuel, le niveau de scolarité et les gains de leurs parents doivent faire l'objet d'une approximation à partir de données au niveau du groupe. Les résultats individuels des immigrants enfants dans une cohorte d'arrivée donnée à partir d'une région d'origine particulière sont appariés avec les résultats moyens des immigrants adultes qui sont arrivés au cours de la même période, en provenance de la même région. Cette approche a été utilisée dans d'autres recherches (p. ex., Aydemir, Chen et Corak, 2005 et 2008). Aydemir, Chen et Corak (2008) montrent que l'estimateur de groupe qui relie les résultats des pères potentiels et le niveau de scolarité de l'enfant produit des estimations de la transmission intergénérationnelle de la scolarité très similaires à celles fondées sur les données individuelles sur le niveau de scolarité du père. L'approche a aussi été utilisée pour étudier l'effet du « capital ethnique » (ou, essentiellement, le capital humain parental au niveau du groupe) sur les résultats des immigrants enfants (Borjas, 1995b). Selon Borjas, le capital humain moyen d'un groupe d'immigrants dans la génération du père est essentiel à la mobilité intergénérationnelle, parce qu'il agit comme une cause externe du processus d'accumulation du capital humain et parce que les différences dans les niveaux de « capital ethnique » ralentissent la convergence des compétences moyennes des groupes ethniques d'une génération à l'autre (Borjas, 1994 et 1992). Dans la présente étude, les caractéristiques des parents au niveau du groupe rendent compte de l'effet combiné des gains ou de la scolarité des parents des personnes et du « capital ethnique » du groupe d'immigrants de la personne, même si ces deux types d'effets ne peuvent être distingués. Toutefois, leur effet combiné est plus pertinent pour la question au coeur de la recherche.

De façon optimale, on devrait mesurer les gains parentaux au moment où les enfants terminent leurs études secondaires et décident de fréquenter ou non l'université 17 . Compte tenu du moment où le recensement se tient au Canada et du fait que les données au niveau individuel sur les résultats des parents ne sont pas disponibles, les résultats des parents potentiels sont mesurés 15 ans avant les résultats des enfants. À ce moment-là, l'âge médian de l'échantillon d'immigrants enfants était de 14 ans. Le niveau de scolarité de parents (proportion des personnes titulaires d'un diplôme universitaire) et les gains (y compris les personnes ayant des gains nuls) chez les immigrants adultes sont mesurés selon la décennie d'arrivée et la région d'origine. Le niveau de scolarité et les gains « des parents » sont par la suite appariés aux immigrants enfants selon la cohorte d'arrivée et les 43 régions d'origine mentionnées précédemment. De façon plus particulière, pour la cohorte d'immigrants enfants des années 1960, le niveau de scolarité et les gains au niveau du groupe des parents potentiels sont calculés à partir des données du Recensement de 1971 et d'un échantillon d'immigrants qui avaient plus de 20 ans au moment de leur arrivée, qui sont devenus des immigrants reçus au cours des dix années précédentes 18 , qui avaient de 25 à 54 ans en 1971 et qui avaient des enfants dans la fourchette d'âge des immigrants enfants de la présente étude. Les résultats des parents potentiels des immigrants enfants des années 1970 et 1980 ont été calculés de façon similaire. Pour le groupe de comparaison né au Canada, les résultats moyens des parents potentiels ont encore une fois été calculés de façon similaire, c'est-à-dire à partir d'un échantillon d'adultes nés au Canada d'origine ethnique britannique, française ou canadienne, qui avaient de 25 à 54 ans et qui avaient des enfants dans la fourchette d'âge appropriée pour l'année pertinente du recensement.

Les gains des parents ont été calculés comme représentant la somme des gains du père ou de la mère, y compris les personnes ayant des gains nuls. On a procédé ainsi pour estimer les ressources financières dont l'enfant disposait lorsqu'il a décidé de fréquenter ou non l'université 19 . L'analyse contrôle uniquement le niveau de scolarité des pères potentiels. Le coefficient de corrélation entre les mesures au niveau du groupe du niveau de scolarité des mères et des pères est de 0,93, ce qui rend difficile un contrôle simultané des deux. Les résultats clés de l'étude sont robustes lorsque l'on choisit le niveau de scolarité moyen des pères par rapport à celui des mères comme variable de contrôle.

4   Statistiques descriptives

4.1  Changements de composition parmi les immigrants enfants

On a assisté à des changements considérables entre les cohortes en ce qui touche les caractéristiques de la composition des immigrants enfants (et des immigrants en général) qui sont arrivés entre 1960 et 1980, particulièrement du point de vue de la région d'origine, de la langue maternelle et du statut de minorité visible (tableau 2). Les Européens représentaient 71,4 % de la cohorte des années 1960 des immigrants enfants, 40,8 % de la cohorte des années 1970, et 28,6 % de la cohorte des années 1980. Par contre, la proportion d'immigrants enfants en provenance de l'Asie a augmenté pour passer de 9,7 % à 42,2 %. Les changements dans les régions d'origine se sont accompagnés de changements dans la langue maternelle et le statut de minorité visible. Entre les années 1960 et les années 1970, la proportion d'immigrants enfants dont la langue maternelle était l'anglais ou le français a augmenté légèrement dans les faits, même si la proportion de personnes appartenant à un groupe de minorité visible est passée de 14,7 % à 46,0 %. Cela vient principalement du fait que la baisse marquée de la proportion de régions d'origine européenne non anglophones/non francophones (p. ex., Italie et Portugal) a été contrebalancée par une hausse des immigrants anglophones/francophones de régions comme les Caraïbes, l'Afrique et les Philippines. Toutefois, entre les années 1970 et les années 1980, la proportion d'immigrants enfants dont la langue maternelle était l'anglais ou le français a diminué de façon significative, tandis que les proportions de personnes appartenant à un groupe de minorité visible ont continué d'augmenter.

Les immigrants enfants qui sont arrivés au Canada dans les années 1960 jusqu'à la fin des années 1980 ont obtenu des taux de réussite des études universitaires supérieurs aux enfants nés au Canada (graphiques 1 et 2). À l'âge de 25 à 34 ans, 19,6 % des immigrants enfants de sexe masculin de la cohorte des années 1960 étaient titulaires d'un diplôme universitaire (5,6 points de pourcentage, ou 40 %, de plus que le groupe de comparaison né au Canada), tandis que 31,6 % des immigrants enfants de sexe masculin de la cohorte des années 1980 étaient dans la même situation (11,2 points de pourcentage, ou 55 %, de plus que le groupe de comparaison né au Canada). Chez les femmes, 17,7 % des immigrants enfants de la cohorte des années 1960 étaient titulaires d'un diplôme universitaire (5,2 points de pourcentage, ou 41 %, de plus que le groupe de comparaison né au Canada), tandis que 39,8 % de la cohorte des années 1980 était dans cette situation (10,1 points de pourcentage, ou 34 %, de plus que le groupe de comparaison né au Canada). Les tendances propres à un sexe semblent être similaires tant pour les immigrants enfants que pour le groupe de comparaison né au Canada : la proportion de femmes titulaires d'un diplôme universitaire à l'âge de 25 à 34 ans a augmenté plus rapidement que la proportion d'hommes titulaires d'un diplôme universitaire dans les trois cohortes étudiées.

Les différences entre les cohortes dans les gains hebdomadaires des immigrants enfants par rapport au groupe de comparaison né au Canada varient selon le sexe (graphiques 3 et 4). Chez les hommes, le logarithme des gains hebdomadaires du groupe de comparaison a diminué entre 1985 et 1995, puis est remonté dans une certaine mesure en 2005, même s'il est demeuré inférieur au niveau de 1985 20 . Ces tendances correspondent à l'observation comprise dans les études antérieures selon laquelle les cohortes successives de nouveaux arrivants sur le marché du travail ont connu des baisses de gains (Green et Worswick, 2004; Aydemir et Skuterud, 2005). Les immigrants enfants ont connu des fluctuations similaires, mais d'ampleur différente : la baisse entre 1985 et 1995 a été plus prononcée, tandis que la reprise entre 1995 et 2005 les a fait tirer de l'arrière par rapport au groupe de comparaison né au Canada. Par conséquent, l'écart entre les gains des immigrants enfants de sexe masculin et le groupe de comparaison s'est élargi d'une cohorte à l'autre. À l'âge de 25 à 34 ans, la cohorte des années 1960 des immigrants enfants avait des gains moyens inférieurs de 3,0 % à ceux du groupe de comparaison. L'écart était de 4,4 % pour la cohorte des années 1970 et de 4,8 % pour la cohorte des années 1980. En comparaison, les immigrants enfants de sexe féminin ont eu tendance à avoir des gains hebdomadaires plus élevés que le groupe de comparaison, et l'avantage s'est accentué pour les cohortes successives, la croissance des gains entre 1985 et 2005 ayant été plus rapide chez les immigrants enfants que dans le groupe de comparaison.

4.2  Différences entre les cohortes au chapitre de la scolarité et des gains chez la génération des parents des immigrants enfants

Lorsque l'on se penche sur les caractéristiques des parents immigrants adultes, les taux de réussite des études universitaires sont plus élevés chez les immigrants dans les trois cohortes que dans le groupe de comparaison né au Canada. Toutefois, l'ampleur de la différence a diminué (graphiques 5 et 6). Tandis que la cohorte des années 1960 des pères immigrants potentiels de 25 à 54 ans avait un taux de réussite des études universitaires plus de deux fois plus élevé que le groupe de comparaison (14,2 % comparativement à 6,3 %), la cohorte des années 1980 dépassait le groupe de comparaison de 75 % (24,9 % comparativement à 14,2 %). Une tendance similaire a été observée chez les femmes.

Il est important de noter que le rétrécissement de l'écart dans le niveau de scolarité entre les immigrants récents et les personnes nées au Canada ne s'est pas poursuivi au-delà des années 1980 21 . Le gouvernement du Canada, qui a mis la priorité sur les « modèles de capital humain » pour la sélection des immigrants, a augmenté la proportion de personnes titulaires d'un diplôme universitaire qui ont obtenu le statut d'immigrant reçu (résidence permanente) au Canada. Par conséquent, le niveau de scolarité des immigrants au Canada dans les années 1990 et au début des années 2000 a dépassé celui des personnes nées au Canada (Picot et Hou, 2009). Ces nouveaux changements ne sont pas abordés dans la présente étude, parce que la majorité des enfants qui ont immigré dans les années 1990 n'ont pas encore atteint l'âge de 25 ans. Comme l'étude se limite aux immigrants enfants qui sont arrivés au cours de la période des années 1960 aux années 1980, toute extrapolation à des cohortes récentes ou futures d'immigrants enfants doit être faite avec précaution.

Comparativement aux différences entre les cohortes dans les niveaux de scolarité, les différences entre les cohortes dans les gains chez les immigrants adultes sont plus frappantes (graphiques 7 et 8). Chez les hommes, les gains moyens ont augmenté entre les cohortes des années 1960 et des années 1970 et ont diminué entre les cohortes des années 1970 et des années 1980. Au cours de l'ensemble de la période, les hausses ont été plus faibles et les baisses plus importantes chez les immigrants que chez les personnes nées au Canada, et l'écart dans les gains s'est élargi entre les deux. Par conséquent, alors que la cohorte des immigrants adultes de sexe masculin des années 1960 avait des gains équivalents à ceux de leurs homologues nés au Canada, la cohorte des années 1980 gagnait 24 % de moins. Chez les femmes, les gains moyens ont augmenté, tant chez les immigrantes que chez les personnes nées au Canada, mais les hausses ont été plus modestes chez les immigrantes et, dans les années 1980, leurs gains étaient de 14 % inférieurs à ceux du groupe de comparaison né au Canada.

5   Résultats de l'estimation

5.1  Méthodes

Des modèles multidimensionnels sont estimés pour examiner comment les changements de composition parmi les immigrants enfants et les changements dans les niveaux de scolarité et les gains de leurs parents affectent les différences observées entre les cohortes dans les résultats relatifs – scolarité et gains – des immigrants enfants.

De façon plus particulière, les trois modèles séquentiels suivants sont exécutés pour chaque résultat. Le modèle 1 reprend simplement les différences observées dans les résultats entre les cohortes d'immigrants enfants et le groupe de comparaison né au Canada : 

(1)
Image

où Y96 et Y06 représentent les effets de l'année pour 1996 et 2006, respectivement, 1986 servant d'année de base. Par conséquent, Image représente la différence dans le résultat Y du groupe de comparaison né au Canada (âgé de 25 à 34 ans) entre 1986 et 1996, et Image représente la différence entre 1986 et 2006 22 . IM représente le statut d'immigrant (c.-à-d., IM = 1 pour les immigrants enfants et IM = 0 pour le groupe de comparaison né au Canada). C70s et C80s sont les variables binaires représentant les cohortes des années 1970 et des années 1980 d'immigrants enfants, respectivement (ce qui fait que la variable IM représente en fait la cohorte des années 1960 comme groupe de référence). Par conséquent, Image représente l'écart dans les résultats entre la cohorte des années 1960 des immigrants enfants et leurs homologues nés au Canada en 1986 (un écart positif indique que les immigrants enfants dépassent le groupe de comparaison né au Canada pour le résultat Y). Image représente la mesure dans laquelle l'écart dans les résultats entre la cohorte des années 1970 des immigrants enfants et le groupe de comparaison né au Canada en 1996 est plus important ou plus faible qu'il était pour la cohorte des années 1960  Image; ainsi Image représente l'écart entre la cohorte des années 1970 des immigrants enfants et le groupe de comparaison en 1996. Image peut être interprété de façon similaire pour la cohorte des années 1980.

Puis, un ensemble uniforme de variables de contrôle est ajouté dans le modèle 2 : 

(2)
Image

où X est un vecteur des variables de contrôle qui sont communes aux immigrants enfants et au groupe de comparaison né au Canada, et Z, un vecteur des variables de contrôle propres aux immigrants enfants. Dans le modèle de la réussite des études universitaires, X comprend l'âge, la région de résidence et la langue maternelle. Dans le modèle des gains hebdomadaires, X comprend aussi une valeur quadratique en années potentielles d'expérience de travail, le niveau de scolarité, l'emplacement géographique, la langue maternelle et le statut de travail à temps plein 23 . Pour les deux résultats, Z comprend l'âge au moment de l'immigration, un indicateur pour les personnes qui appartiennent à un groupe de minorité visible, et des indicateurs pour la région d'origine (43 pays ou groupes de pays). Toutes les variables propres aux immigrants sont transformées en écarts par rapport à la moyenne de la cohorte des années 1960, afin de simplifier l'interprétation de Image et Insert Image 24 . Image indique l'écart dans le résultat Y entre la cohorte des années 1960 des immigrants enfants et le groupe de comparaison né au Canada en 1985, une fois que des corrections ont été apportées pour tenir compte des différences dans X. Image et Image ont une interprétation similaire.

Enfin, les mesures des résultats des parents – proportion de pères potentiels titulaires d'un diplôme universitaire et gains moyens des parents potentiels – sont ajoutées dans le modèle 3.

(3)
Image Image

où Fu représente la proportion de pères potentiels titulaires d'un diplôme universitaire et Pe le logarithme des gains annuels moyens des parents potentiels. Comme les deux variables sont mesurées au niveau du groupe, la dépendance à l'intérieur d'un groupe est autorisée dans l'estimation des erreurs types du modèle de régression. Les mesures des résultats des parents ont été ajoutées dans un modèle distinct, afin d'analyser les trois changements suivants :  Image et Image. Ces changements sont le résultat de la prise en compte des différences entre les cohortes dans la scolarité et les gains pour la génération des parents, les autres caractéristiques observables étant maintenues constantes.

Le résultat du niveau de scolarité est estimé au moyen d'un modèle de probabilité linéaire (MPL) et d'un modèle probit. Les effets marginaux des modèles probit sont indiqués dans l'appendice II. La méthode ne modifie pas les conclusions concernant la tendance de l'écart au chapitre de la réussite des études universitaires entre les immigrants enfants, la troisième génération et les générations subséquentes. Les résultats des modèles de probabilité linéaire et des décompositions sont présentés ci-après.

5.2  Différences entre les cohortes dans le niveau de scolarité des immigrants enfants

Dans la présente section, les estimations de la régression sont présentées pour répondre à la question suivante : dans quelle mesure l'« écart » dans le taux de réussite des études universitaires entre les immigrants enfants et les personnes nées au Canada est-il attribuable aux changements dans les caractéristiques de ces groupes, y compris les changements relatifs dans les résultats de leurs parents? Dans les trois modèles (décrits ci-dessus), le coefficient étiqueté « immigrant enfant » correspond à la différence en points de pourcentage dans les taux de réussite des études universitaires entre la cohorte des années 1960 des immigrants enfants et leurs homologues nés au Canada, mesurée en 1986. Le coefficient étiqueté « cohorte des années 1970 » représente la différence dans les taux relatifs de réussite des études universitaires (par rapport au groupe de comparaison né au Canada) entre les cohortes des années 1960 et des années 1970, mesurée en 1996. De même, le coefficient étiqueté « cohorte des années 1980 » représente la différence dans les taux relatifs de réussite des études universitaires (par rapport au groupe de comparaison né au Canada) entre les cohortes des années 1960 et des années 1980, mesurée en 2006.

L'écart en points de pourcentage non corrigé dans le taux de réussite des études universitaires s'élargit entre les trois cohortes à l'avantage des immigrants enfants, passant d'environ 5 points de pourcentage pour la cohorte des années 1960 à environ 10 points de pourcentage pour la cohorte des années 1980, tant pour les hommes que pour les femmes de 25 à 34 ans (modèle 1, tableau 3). Une fois les différences dans les caractéristiques de la composition des immigrants enfants – âge, âge au moment de l'immigration, langue maternelle, statut de minorité visible, lieu de résidence et lieu de naissance – sont prises en compte dans le modèle 2, l'écart positif entre la cohorte des années 1960 des immigrants enfants et leurs homologues nés au Canada diminue de plus de moitié, tant pour les hommes que pour les femmes. Par ailleurs, l'écart ne change pas entre les cohortes des années 1960 et des années 1970. L'écart dans le taux de réussite des études universitaires entre les cohortes des années 1980 et le groupe de comparaison, toutefois, diminue par rapport à la cohorte des années 1960. Cette baisse est statistiquement significative lorsqu'elle est estimée au moyen d'un modèle probit, mais pas lorsqu'elle est estimée au moyen d'un modèle de probabilité linéaire. Elle est aussi plus importante dans l'estimation du modèle probit que dans le modèle de probabilité linéaire, au point où, pour les immigrants enfants de la cohorte des années 1980, les taux de réussite des études universitaires ne sont plus supérieurs à ceux du groupe de comparaison.

Dans le modèle 3, des variables de contrôle des caractéristiques parentales sont ajoutées et, plus particulièrement, la proportion de pères potentiels titulaires d'un diplôme universitaire et les gains moyens des parents potentiels. Étant donné que la proportion de pères potentiels titulaires d'un diplôme universitaire est plus élevée chez les immigrants que chez le groupe de comparaison né au Canada, dans les trois cohortes, on pourrait s'attendre à ce que la prise en compte de la scolarité des pères potentiels diminue l'écart dans les niveaux de scolarité entre les immigrants enfants et le groupe de comparaison, quelle que soit la cohorte. D'une part, la proportion de pères immigrants potentiels par rapport aux pères nés au Canada potentiels titulaires d'un diplôme universitaire a diminué dans les trois cohortes. Par conséquent, la prise en compte de la scolarité des pères potentiels devrait aussi réduire l'écart dans les taux de réussite des études universitaires entre les cohortes, à condition que le rapport entre la scolarité des pères et celle des enfants n'ait pas changé au cours de la période. Par ailleurs, les gains des parents potentiels des immigrants enfants ont diminué par rapport aux gains des parents potentiels nés au Canada. Dans la mesure où les gains des parents comportent une corrélation positive avec les résultats des enfants en matière de scolarité, on pourrait s'attendre à ce que la prise en compte des gains des parents potentiels diminue l'écart dans le taux de réussite des études universitaires, à l'avantage des immigrants enfants, le reste des éléments étant maintenus constants.

L'ajout de contrôles pour les résultats des parents potentiels dans le modèle 3 mène aux observations suivantes. Tout d'abord, conformément aux attentes a priori, l'avantage de la cohorte des années 1960 des immigrants enfants par rapport au groupe de comparaison né au Canada en ce qui a trait au taux de réussite des études universitaires disparaît – en fait, les immigrants enfants (et particulièrement les femmes) sont maintenant moins susceptibles de terminer des études universitaires que leurs homologues nés au Canada. Cela était à prévoir, compte tenu des taux beaucoup plus élevés de réussite des études universitaires chez les parents potentiels d'immigrants enfants que chez les parents du groupe de comparaison, mais avec des gains moyens comparables. En deuxième lieu, on ne voit plus de détérioration des taux relatifs de réussite des études universitaires (par rapport au groupe de comparaison né au Canada) entre les cohortes des années 1960 et des années 1980. En fait, on note une légère amélioration. Par conséquent, il n'y a pas de différence de probabilité de réussite des études universitaires entre les immigrants enfants et leurs homologues nés au Canada.

L'écart dans le taux de réussite des études universitaires entre les immigrants enfants et leurs homologues nés au Canada dans les trois cohortes change lorsque des variables de contrôle sont introduites dans les modèles 2 et 3. Afin de déterminer quel facteur représente quelle proportion des écarts non corrigés dans le taux de réussite des études universitaires, on procède à un exercice de décomposition sur la base des coefficients des modèles 2 et 3, respectivement. Les détails de la décomposition figurent à l'appendice I.

Dans le modèle 2, la probabilité d'environ 5 points de pourcentage plus élevée de terminer des études universitaires chez les immigrants enfants dans la cohorte des années 1960 diminue de près de moitié une fois les contrôles uniformes inclus. Cette baisse est due entièrement au fait que les immigrants enfants sont beaucoup plus concentrés dans les trois plus grandes régions métropolitaines du Canada, et particulièrement Toronto, où les taux de réussite des études universitaires sont plus élevés que dans le reste du pays 25 . Par ailleurs, l'écart dans les taux de réussite des études universitaires entre les immigrants enfants et leurs homologues nés au Canada n'augmente plus entre les cohortes dans le modèle 2. Dans le cas des hommes, environ 57 % de la variation du coefficient de la cohorte des années 1970 entre le modèle 1 et le modèle 2 (ou, en d'autres termes, 57 % de la hausse du taux de réussite relatif des études universitaires entre les cohortes des années 1960 et des années 1970 observée dans les données brutes) est le résultat d'un changement dans la composition des régions d'origine. Une autre proportion de 25 % est attribuable à une augmentation de la proportion de membres de groupes de minorité visible. La différence qui reste est attribuable à des changements dans les caractéristiques communes aux immigrants enfants et au groupe de comparaison né au Canada, c'est-à-dire l'âge, la langue maternelle et l'emplacement géographique. De même, 76 % du changement dans les coefficients de la cohorte des années 1980 est attribuable à un changement dans la composition des régions d'origine, et 17 %, à l'augmentation de la proportion des membres de groupes de minorité visible. Ces changements de composition ont exercé des pressions à la hausse sur la probabilité de réussite des études universitaires chez les cohortes successives d'immigrants enfants. Entre les années 1960 et les années 1980, la proportion d'immigrants enfants en provenance de l'Asie et la proportion d'immigrants enfants appartenant à un groupe de minorité visible ont augmenté considérablement, et ces immigrants ont toujours affiché des taux de réussite des études universitaires élevés.

Le contrôle des résultats des parents potentiels dans le modèle 3 transforme en une hausse la baisse entre les cohortes du taux de réussite des études universitaires des immigrants enfants par rapport au groupe de comparaison. Cette baisse observée dans le modèle 2 peut être expliquée par la diminution des gains des parents immigrants potentiels par rapport à leurs homologues nés au Canada. L'élargissement de l'écart dans les gains entre les immigrants et les parents nés au Canada tout au long des années 1960 à 1980 a été, par conséquent, associé négativement aux taux de réussite des études universitaires chez les cohortes successives d'immigrants enfants. Le niveau de scolarité des parents et les autres caractéristiques individuelles étant maintenus constants, la probabilité de réussite des études universitaires aurait pu avoir été plus élevée pour les immigrants enfants, si les gains de leurs parents n'avaient pas diminué comme ils l'ont fait entre les années 1960 et les années 1980.

5.3  Différences entre les cohortes dans les gains hebdomadaires des immigrants enfants

Les tendances entre les cohortes dans les gains des immigrants enfants par rapport à leurs homologues nés au Canada se présentent très différemment pour les hommes et pour les femmes dans les données brutes. Le modèle 1 du tableau 4 reprend les différences globales entre les cohortes observées dans les graphiques 3 et 4. Chez les hommes, les immigrants enfants qui sont arrivés dans les années 1960 gagnaient 3 % de moins que leurs homologues nés au Canada à l'âge de 25 à 34 ans. Cet écart semble s'élargir entre les cohortes, pour s'établir à 5 % pour la cohorte des années 1980, même si la baisse n'est pas statistiquement significative. Les immigrants enfants de sexe féminin, par contre, ont connu une amélioration statistiquement significative de leurs gains hebdomadaires par rapport au groupe de comparaison pour les trois cohortes, passant d'un avantage de près de 5 % pour la cohorte des années 1960 à un avantage de près de 10 % pour la cohorte des années 1980.

La prise en compte du niveau de scolarité, des années potentielles d'expérience, du statut de travail à temps plein et d'autres caractéristiques liées à la composition supprime les différences entre les sexes dans les gains relatifs et donne lieu à une tendance similaire entre les cohortes, tant pour les hommes que pour les femmes. Le retard dans les gains de la cohorte des années 1960 des immigrants enfants par rapport à leurs homologues nés au Canada s'élimine dans les cohortes subséquentes. Les cohortes des années 1980 des immigrants enfants a même des gains plus élevés que ses homologues nés au Canada; cet écart est plus grand chez les femmes que chez les hommes et statistiquement significatif uniquement dans le premier cas.

La tendance entre les cohortes de l'augmentation des gains relatifs des immigrants enfants observée dans le modèle 2 demeure inchangée lorsque les contrôles des résultats des parents sont inclus dans le modèle 3 (même si la hausse devient plus prononcée chez les femmes). Par ailleurs, aucun effet significatif du niveau de scolarité des pères potentiels sur les gains de leurs enfants (potentiels) n'a été trouvé dans l'étude. Les gains des parents potentiels ne comportent pas de corrélation significative avec les gains des fils, mais comportent une association positive et significative avec les gains des filles. Étant donné que les mesures au niveau du groupe des résultats des parents potentiels sont utilisées dans les régressions au niveau individuel, il est possible que l'absence générale d'association significative entre les résultats des parents et les gains des enfants soit le résultat d'un biais d'atténuation 26 .

Il est intéressant de noter que l'âge au moment de l'immigration n'est pas associé de façon significative aux gains hebdomadaires des immigrants enfants (conditionnels à la scolarité), même s'ils sont associés de façon négative à la probabilité de détenir un diplôme universitaire à l'âge de 24 à 34 ans. Des études antérieures démontrent que l'âge au moment de l'immigration comporte une association négative avec les gains chez les immigrants adultes depuis les années 1980 (Schaafsma et Sweetman, 2001), mais cela n'est pas vrai pour les immigrants enfants. D'une part, cette association négative chez les immigrants adultes a été interprétée comme la non-reconnaissance de l'expérience de travail acquise à l'étranger sur le marché du travail canadien (p. ex., Green et Worswick, 2004; Aydemir et Skuterud, 2005). Toutefois, cela ne s'applique pas aux immigrants enfants, qui acquièrent l'ensemble de leur expérience de travail au Canada. Par ailleurs, l'association négative entre l'âge au moment de l'immigration et le taux de réussite des études universitaires chez les immigrants enfants est conforme aux constatations des études antérieures, selon lesquelles l'âge au moment de l'immigration fait encore une différence, même pour ceux qui sont arrivés à un très jeune âge, du point de vue de la connaissance de la langue du pays d'accueil et du niveau de scolarité (Rumbaut, 2004).

Les répercussions négatives du statut de minorité visible sur les gains – environ 8 % pour les hommes et 4,5 % pour les femmes – sont similaires à celles documentées pour les immigrants adultes et les membres de groupes de minorité visible nés au Canada dans les études antérieures (Pendakur et Pendakur, 2002; Hou et Picot, 2008; Hou et Coulombe, 2010). Il convient aussi de souligner qu'aucun changement entre les cohortes dans le rendement de l'appartenance à un groupe de minorité visible n'a été noté. Les interactions entre l'indicateur du statut de minorité visible et les cohortes d'arrivée ont été incluses dans le modèle 2, mais n'étaient pas statistiquement significatives, ni pour les hommes ni pour les femmes (résultats non présentés). Une mise en garde s'impose. Les membres des groupes de minorité visible, globalement, sont plus susceptibles de faire des études universitaires; ils ont aussi des gains plus faibles que le groupe de comparaison né au Canada. Cela ne signifie pas nécessairement un rendement plus faible de la scolarité pour les membres des groupes de minorité visible pour l'ensemble du spectre des niveaux de scolarité. Dans les modèles, les rendements des différents niveaux de scolarité sont contraints d'être les mêmes, tant pour les immigrants enfants (qu'ils soient membres ou non d'un groupe de minorité visible) que pour le groupe de comparaison. Cela ne signifie pas non plus que, dans la mesure où un tel effet existe, il se maintient pour les membres de tous les groupes de minorité visible (p. ex., Boyd (2008) documente une variation importante du niveau de scolarité, des gains et d'autres indicateurs chez les jeunes de deuxième génération pour différents groupes de minorité visible au Canada). Cela justifie une étude plus poussée, qui dépasse la portée du présent document.

Encore une fois, lorsque l'on examine l'importance relative des variables de contrôle pour expliquer les différences dans les gains entre les immigrants enfants et leurs homologues nés au Canada, l'observation la plus intéressante est que les gains des immigrants enfants de sexe masculin sont constamment plus faibles, en dépit d'une augmentation du niveau de scolarité par rapport aux personnes nées au Canada au cours de la période. Cette tendance entre les cohortes dans les données non corrigées sur les gains peut être expliquée par deux facteurs principalement : l'augmentation de la proportion d'immigrants enfants qui sont membres d'un groupe de minorité visible, et la disparition de l'avantage dans les taux d'emploi à temps plein des immigrants enfants par rapport au groupe de comparaison. Tant pour la cohorte des années 1970 que pour celle des années 1980, l'augmentation de l'avantage au chapitre du niveau de scolarité des immigrants enfants a eu tendance à faire augmenter leurs gains par rapport au groupe de comparaison. Ce rapport positif n'était pas suffisamment solide, toutefois, pour contrebalancer les répercussions de l'augmentation de la proportion de personnes qui sont membres d'un groupe de minorité visible et des taux d'emploi à temps plein plus faibles des immigrants enfants 27 . Les deux facteurs ont été associés aussi étroitement avec l'écart dans les gains de la cohorte des années 1970, même si les différences touchant l'emploi à temps plein étaient moins importantes pour la cohorte des années 1980.

Les gains plus élevés de la cohorte des années 1960 des immigrants enfants de sexe féminin, par rapport à leurs homologues nés au Canada, sont attribuables à leur niveau de scolarité plus élevé, à leur taux plus élevé d'emploi à temps plein et à leur plus forte concentration à Toronto et à Vancouver (où les gains sont en moyenne plus élevés que dans les plus petites villes ou les régions rurales) que le groupe de comparaison. Les contrôles du modèle 2 ont réduit le coefficient de l'indicateur de la cohorte des années 1970 d'environ 1 point de pourcentage, mais ont eu peu de répercussions sur le coefficient de la cohorte des années 1980 entre les modèles 1 et 2. Le changement dans le coefficient de la cohorte des années 1970 est dû principalement à une augmentation de l'avantage au chapitre de la scolarité et à la concentration des immigrants enfants à Toronto et à Vancouver. Tant pour la cohorte des années 1970 que pour celle des années 1980, l'augmentation de la proportion de membres d'un groupe de minorité visible parmi les immigrants enfants a eu tendance à réduire les gains globaux des immigrants enfants de sexe féminin. Cet effet négatif a été plus faible que l'effet positif de leur avantage au chapitre de la scolarité et de la répartition géographique dans les années 1970. Dans les années 1980, toutefois, l'effet de l'augmentation de la proportion de membres de groupes de minorité visible contrebalance l'effet du niveau plus élevé de scolarité et de la concentration géographique dans les régions où la rémunération est élevée. Autrement dit, cela signifie que, si la composition des immigrants au chapitre du statut de minorité visible n'avait pas changé depuis les années 1960, on aurait observé que les immigrants enfants des années 1970 et 1980 gagnaient encore plus que leurs homologues nés au Canada.

6   Conclusion et discussion

L'influence des immigrants sur la société d'accueil et l'économie va au-delà des répercussions de l'afflux continu de personnes en âge de travailler. Les résultats des enfants d'immigrants représentent un aspect important de la question. Les résultats au chapitre de la scolarité et des gains des enfants nés au Canada de parents immigrants, qui ont été documentés jusqu'à maintenant, offrent un rendement positif de l'immigration, en dépit du phénomène qui a suscité beaucoup d'intérêt dans le domaine de la recherche au cours des dernières années, à savoir la baisse des gains à l'arrivée des cohortes successives d'immigrants. Toutefois, une part importante de ce que l'on sait au sujet des enfants d'immigrants et des résultats qu'ils obtiennent au Canada est fondée sur les descendants d'immigrants européens principalement, qui sont arrivés au Canada au cours de la première moitié du XXe siècle, et non pas sur les cohortes plus récentes.

Dans la présente étude, l'examen porte sur la façon dont les changements dans les caractéristiques et les résultats des cohortes plus récentes sont liés aux résultats des enfants qui ont immigré avec elles. Le fait de mettre l'accent sur les immigrants enfants, plutôt que sur les enfants d'immigrants nés au Canada, nous a permis d'étudier ce rapport pour les immigrants qui sont arrivés aussi récemment que dans les années 1980, et de comparer ce rapport avec celui pour les cohortes antérieures, c'est-à-dire celles des années 1970 et 1960.

La diminution des gains des parents (par rapport aux parents nés au Canada) dans les trois cohortes a atténué la probabilité que les immigrants enfants terminent des études universitaires. Toutefois, en dépit de cela, les immigrants enfants des trois cohortes ont continué d'être plus susceptibles que leurs homologues nés au Canada (c'est-à-dire ceux de la troisième génération et des générations subséquentes) d'avoir obtenu un diplôme universitaire de l'âge de 25 à 34 ans. La hausse globale (non corrigée) dans le taux de réussite des études universitaires chez les immigrants enfants de sexe féminin s'est aussi accompagnée d'une augmentation des gains par rapport au groupe de comparaison né au Canada. Toutefois, cela n'était pas vrai pour les hommes qui, en moyenne, gagnaient moins que le groupe de comparaison dans les trois cohortes. La baisse des taux relatifs d'emploi à temps plein et une augmentation de la proportion de membres de groupes de minorité visible dans les cohortes successives sont les principaux facteurs associés à cet écart dans les salaires.

En résumé, les immigrants enfants ont-ils connu un revers de fortune ou un maintien de la réussite? Dans les années 1980, ils ont obtenu un taux plus élevé de réussite des études universitaires que la troisième génération et les générations subséquentes. Cette tendance est susceptible de se poursuivre chez les cohortes plus récentes pour plusieurs raisons. Tout d'abord, la composition des régions d'origine des cohortes d'immigrants plus récentes se déplace en faveur des régions dans lesquelles les enfants d'immigrants ont toujours eu des niveaux de scolarité élevés. En deuxième lieu, les niveaux de scolarité des immigrants adultes à partir des années 1990 ont été plus élevés que jamais auparavant. En troisième lieu, les enfants de parents immigrants peu scolarisés ont des niveaux de scolarité plus élevés que les enfants de parents nés au Canada peu scolarisés (Aydemir, Chen et Corak, 2008; Bonikowska, 2008). La baisse des gains des parents fait partie des pressions négatives exercées sur l'avantage des immigrants enfants au chapitre du niveau de scolarité. La détérioration des gains des immigrants adultes s'est poursuivie tout au long des années 1990 et du début des années 2000, mais à une plus petite échelle que dans les années 1980. Les données recueillies jusqu'à maintenant laissent toutefois supposer que ce phénomène, même s'il est associé à des taux plus faibles de fréquentation de l'université et à des taux plus faibles de réussite des études universitaires dans les cohortes d'immigrants enfants, ne comporte pas de lien aussi étroit avec les résultats en matière de scolarité que la scolarité des parents. Il reste à déterminer comment les résultats des immigrants enfants qui sont arrivés dans les années 1990 et au début des années 2000 sont liés aux tendances des résultats sur le marché du travail chez les immigrants adultes qui sont arrivés au cours de la même période. En attendant, les résultats de la présente étude montrent les conséquences intergénérationnelles des résultats économiques chez les immigrants adultes, qu'elles soient attribuables à un facteur de causalité ou à des changements entre les cohortes dans les caractéristiques non observées. Ces constatations inspirent de la prudence lorsqu'il s'agit de généraliser les données recueillies sur la base des résultats du groupe actuel d'immigrants de deuxième génération par rapport aux cohortes futures d'enfants d'immigrants.

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