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  1. Introduction
  2. Résultats : sources de revenu des retraités
  3. Résultats : taux de remplacement
  4. Conclusion

1   Introduction

Depuis un bon moment, le bien-être économique des Canadiens qui prennent leur retraite est un sujet de politique publique important. Pendant la période des années 1950 aux années 1970, des discussions ont eu lieu sur la question de savoir si les Canadiens étaient adéquatement préparés pour la retraite. Les analystes stratégiques remettaient en question le caractère adéquat du système de retraite pour les Canadiens retraités. Ils mettaient l'accent à la fois sur les taux de faible revenu (qui étaient élevés selon les normes occidentales à ce moment-là), et sur les taux de remplacement du revenu, c'est-à-dire la mesure dans laquelle le revenu gagné pendant les années de travail serait remplacé à la retraite 1 .

Au Canada, ces discussions ont donné lieu à la mise en oeuvre du Régime de pensions du Canada, en 1965. Grâce à l'établissement de ce programme et d'autres programmes universels de sécurité du revenu pour les personnes âgées, et grâce à la maturation des régimes de pension privés, les taux de faible revenu chez les personnes âgées au Canada ont diminué progressivement.

Plus récemment, la question de sécurité économique des retraités est réapparue en tant qu'enjeu de politique publique. Le vieillissement de la population explique probablement l'intérêt montré pour cette question. Ces derniers temps, toutefois, la baisse du marché boursier et la diminution des taux d'intérêt ont déclenché de nouvelles discussions sur la question du revenu adéquat à la retraite.

Des travaux récents des mêmes auteurs ont mis l'accent sur l'importance du taux de remplacement. LaRochelle-Côté, Myles et Picot (2008a) se sont demandé si le revenu familial pendant les années de travail se maintenait en réalité à la retraite. Dans ce document, un ensemble de données longitudinales a été employé pour estimer la mesure dans laquelle le revenu familial autour de l'âge de 55 ans était « remplacé » au moment où les personnes de l'étude atteignaient de 65 à 75 ans. On a déterminé que le revenu familial des personnes au milieu de leur septième décennie de vie (pour les travailleurs médians de l'échantillon) représentait environ 78 % de celui autour de l'âge de 55 ans, lorsque la personne travaillait toujours et avait toujours un niveau de participation élevé au marché du travail. Parmi les personnes à faible revenu, ce « taux de remplacement » était de 100 %; parmi les personnes ayant un revenu intermédiaire, il se situait à 80 %; et parmi celles ayant un revenu familial élevé, ce taux se situait à environ 70 %. En outre, le revenu pendant les années de retraite a augmenté chez les retraités plus récents.

Les taux « médians » de remplacement constituent des statistiques sommaires qui rendent compte des tendances centrales d'une population. Des répartitions complètes sont nécessaires pour décrire les résultats qu'obtiennent les personnes au bas et au haut de la répartition. Par exemple, parmi les personnes ayant un revenu intermédiaire, environ le quart avaient des taux de remplacement inférieurs à 60 % lorsqu'elles atteignaient le milieu de leur septième décennie de vie.

Dans l'étude antérieure, l'accent a été mis sur les personnes ayant un « niveau élevé de participation au marché du travail » au milieu de la cinquantaine. De façon plus particulière, les personnes de l'échantillon devaient avoir eu des salaires et traitements d'au moins 10 000 $ à l'âge de 55 ans pour être incluses dans l'étude. La préoccupation principale dans les années 1970 était de déterminer si les Canadiens ayant des gains importants pendant leurs années de travail verraient ce revenu remplacé à la retraite.

Déterminer si des résultats semblables sont obtenus lorsque tous les Canadiens sont pris en compte, peu importe s'ils ont un niveau élevé de participation au marché du travail, est une question clé. Par exemple, les personnes ayant un conjoint travaillant à temps plein, mais qui ne travaillent pas elles-mêmes ou qui travaillent à temps partiel, auraient été exclues de l'étude antérieure. Toutefois, la mesure dans laquelle le niveau de vie précédant la retraite est maintenu à un âge plus avancé pour ce groupe représente une question importante. D'autres personnes auraient aussi été exclues de l'étude antérieure, par exemple, celles travaillant à temps partiel et celles qui ne faisaient pas partie de la population active au milieu de la cinquantaine. Au total, environ 50 % de la population a été exclue de l'étude antérieure; seules les personnes ayant un niveau élevé de participation au marché du travail ont été incluses.

La présente étude prolonge la précédente en incluant les Canadiens globalement et vise à déterminer la mesure dans laquelle les niveaux de revenu familial sont maintenus à la retraite. Comme dans l'étude antérieure, l'accent n'est pas mis sur le faible revenu à la retraite, mais plutôt sur le remplacement du revenu d'avant la retraite. Du fait pour une large part des contraintes des données 2  , les personnes ayant un revenu familial très faible à l'âge de 55 ans, soit moins de 14 000 $ pour une famille de deux, ou moins de 20 000 $ pour une famille de quatre, sont toujours exclues. Globalement, environ 80 % à 85 % de la population canadienne est incluse dans la présente étude, selon la cohorte examinée, comparativement à environ la moitié de la population dans l'étude antérieure (voir le tableau 13 .

2   Résultats : sources de revenu des retraités

Mesure du revenu

Le présent document porte principalement sur les changements qui touchent le bien-être économique des personnes, au fur et à mesure qu'elles avancent en âge, et plus particulièrement comment leur bien-être diffère par rapport à celui qu'elles connaissaient avant leurs années de retraite (à partir de l'âge de 55 ans environ). Le revenu familial est un meilleur indicateur du bien-être que le revenu individuel. Ainsi, lorsqu'on mentionne le revenu d'une personne, on fait référence au revenu de la famille à laquelle cette personne appartient. Les composantes du revenu, comme les revenus de placements et les revenus de pension, sont déclarées de la même façon; les valeurs représentent le revenu de la famille à laquelle la personne appartient.

Les revenus sont déclarés en dollars constants de 2007. Afin de tenir compte des différences de taille de la famille, tant parmi les familles à un moment donné qu'au fil du temps (au fur et à mesure que la taille de la famille à laquelle la personne appartient change), tous les revenus et composantes du revenu sont ajustés par « équivalent-adulte ». Le revenu familial ajusté par « équivalent-adulte » représente une mesure par habitant du revenu familial, une fois prises en compte les économies d'échelle dont disposent les personnes qui vivent dans des familles de grande taille. Toutes les personnes de la même famille ont le même revenu familial ajusté par « équivalent-adulte ». Pour avoir une idée de ce qu'aurait été le revenu familial avant la correction (c.-à-d. le revenu familial non ajusté), le revenu familial doit être multiplié par 2 pour une famille de quatre ou par 1,4 pour une famille de deux. Ainsi, dans le cas d'une personne qui a un revenu familial ajusté par « équivalent-adulte » déclaré de 25 000 $, par exemple, si cette personne appartenait à une famille de quatre, le revenu familial total non ajusté serait de 50 000 $ 4 . Si la personne appartenait à un couple, le revenu familial non ajusté serait de 35 000 $.

Les revenus déclarés ici, qu'il s'agisse du revenu total ou des composantes du revenu, visent à rendre compte d'un concept de revenu « permanent », c'est-à-dire dont on a éliminé les fluctuations transitoires à court terme. Étant donné que les niveaux de revenu et leurs composantes, comme les gains et les revenus de placements, peuvent varier considérablement d'une année à l'autre, les taux de remplacement du revenu — revenu familial à un âge donné comparativement à celui vers l'âge de 55 ans — peut aussi varier pour une personne donnée. Afin de veiller à ce que les résultats présentent un tableau du revenu « permanent » plus stable, les revenus sont exprimés sous forme de moyennes mobiles du revenu sur trois ans. Par exemple, le revenu familial d'une personne en 1983 (disons pour une personne âgée de 55 ans), est en fait son revenu familial moyen pour la période de 1982, 1983 et 1984 inclusivement. De même, les revenus de placements ou de pension en 2006, par exemple, représentent la moyenne de ces composantes de revenu, au niveau de la famille, pour la personne en 2005, 2006 et 2007 inclusivement.

Résultats de la cohorte de 1983

Tout comme dans l'approche utilisée dans l'étude antérieure (LaRochelle-Côté, Myles et Picot, 2008a), la cohorte de 1983 comprend toutes les personnes qui étaient âgées de 54 à 56 ans en 1983. On inclut toutes les personnes âgées de 54 à 56 ans, et non pas uniquement celles de 55 ans, pour pouvoir profiter d'une taille d'échantillon plus importante — une condition nécessaire pour l'analyse des taux de remplacement et des niveaux de revenu selon les quintiles. Par conséquent, toutes les références aux personnes âgées « d'environ » 55 ans comprennent en fait celles âgées de 54 à 56 ans. Comme la banque DAL comporte des propriétés longitudinales 5 , on a suivi tous les déclarants d'impôt sur le revenu d'un échantillon de 20 % de cette banque jusqu'à ce qu'ils aient atteint 77 à 79 ans, en 2006 6 . Compte tenu de l'utilisation de chiffres de revenu permanents, ces 24 années de données longitudinales représentent la période la plus longue dont on dispose; ainsi, ces résultats sont déclarés en premier. On détermine ensuite si les revenus des cohortes plus récentes s'améliorent ou se détériorent par rapport à ceux de la cohorte de 1983.

Le revenu familial avant impôt ainsi que ses composantes fournissent un aperçu de la façon dont les parts des diverses composantes du revenu changent, au fur et à mesure que les personnes avancent en âge, à partir du milieu de la cinquantaine jusqu'à la fin de leur septième décennie de vie. Le revenu après impôt, qui constitue une meilleure mesure du revenu disponible, est utilisé par la suite pour calculer les taux de remplacement et d'autres mesures.

Pour la cohorte de 1983, le revenu familial moyen avant impôt (revenu familial ajusté par « équivalent-adulte ») diminue, pour passer d'environ 50 000 $ autour de l'âge de 55 ans à environ 42 000 $ à la fin de la soixantaine, et demeure relativement stable jusqu'à l'âge de 77 ans environ, la dernière observation dans nos données. Lorsque les personnes ont de 54 à 56 ans, les trois quarts du revenu familial proviennent des gains. De 77 à 79 ans, lorsque la plupart des membres de la cohorte sont probablement à la retraite, les régimes de pension privés représentent environ le tiers de tous les revenus, les régimes de pension publics (y compris le RPC/RRQ et la SV/le SRG), environ le tiers, et les revenus de placements, 14 %; les gains continuent de représenter environ 10 % du revenu familial (tableau 2).

La mesure dans laquelle le revenu change pendant les années de retraite et la contribution de ses composantes dépendent de la situation de la famille (soit au bas ou au haut) dans la répartition des revenus. Les régimes de pension publics sont plus importants pour les familles à faible revenu; les régimes de pension privés et les placements sont plus importants pour les familles à revenu plus élevé. Pour évaluer ces différences, des résultats semblables sont aussi examinés pour les personnes des quintiles inférieur, intermédiaire et supérieur de revenu familial. L'idée est d'examiner comment les revenus progressent au fil du temps, compte tenu du niveau donné de revenu de la famille en question au début de la période. Ainsi, on répartit les personnes en quintiles de revenu, sur la base de leur revenu familial ajusté par « équivalent-adulte » autour de l'âge de 55 ans (c.-à-d. le revenu moyen en 1982, 1983 et 1984). Selon cette approche, le quintile de chaque personne demeure fixe au fur et à mesure qu'elle avance en âge.

Contrairement au revenu moyen pour l'ensemble de la population, le revenu familial moyen avant impôt augmente avec l'âge pour les personnes du quintile inférieur, passant d'environ 19 000 $ autour de l'âge de 55 ans à 23 000 $ à 24 000 $ au milieu de la soixantaine, et demeure stable jusqu'à la fin de leur septième décennie de vie (tableau 3). Cette hausse se produit lorsque les régimes de pension publics (RPC/RRQ et SV/SRG) remplacent les gains comme principale source de revenu. Lorsque les personnes ont de 54 à 56 ans, les gains constituent environ les deux tiers de leur revenu familial; de 77 à 79 ans, les régimes de pension publics représentent 63 % de ce revenu, les régimes de pension privés, 14 %, et les gains environ 10 %. Il est intéressant d'observer que la dépendance à l'égard des gains comme source de revenu pour les personnes qui atteignent 70 ans soit à peu près la même pour les personnes au bas de la répartition des revenus que pour les personnes dans le haut de la répartition : les gains représentent environ 15 % du revenu autour de 70 ans, et diminuent pour représenter environ 10 % autour de l'âge de 78 ans. Il est important de se rappeler, toutefois, qu'il s'agit des gains familiaux, et non pas individuels. Il se peut que ce soit la personne âgée de 78 ans qui ait les gains, mais il peut aussi s'agir d'un autre membre de la famille. On ne sait pas si les gains sont obtenus par nécessité, ou parce que la personne choisit de continuer à travailler; on ne sait pas non plus quel membre de la famille est à l'origine des gains. Toutefois, les résultats indiquent clairement que les personnes à faible revenu ne dépendent pas plus des gains que les personnes à revenu élevé lorsqu'elles atteignent 70 ans. Au fur et à mesure que les personnes des familles à faible revenu avancent en âge, le revenu familial moyen augmente et devient plus stable (LaRochelle-Côté, Myles et Picot, 2008a), les régimes de pension publics remplaçant la source plus instable de gains.

Les personnes du quintile intermédiaire ont vu leur revenu familial moyen avant impôt diminuer pour passer de 43 200 $ autour de l'âge de 55 ans à environ 34 000 $ à la fin de la soixantaine, puis demeurer stable à ce niveau jusqu'à la fin de leur septième décennie de vie (tableau 4). Étant donné que le revenu des familles à faible revenu augmente avec l'âge, et que le revenu diminue dans le quintile intermédiaire, l'écart de revenu entre les personnes du quintile inférieur et du quintile intermédiaire diminue au fur et à mesure que la cohorte avance en âge, passant de 24 000 $ à l'âge de 55 ans, à 10 800 $ à l'âge de 70 ans.

Parmi les personnes du quintile intermédiaire, les gains représentent 82 % du revenu familial total autour de l'âge de 55 ans, mais à l'âge de 78 ans, les régimes de pension publics (RPC/RRQ plus SV/SRG) jouent aussi un rôle important. Ils représentent 45 % du revenu familial avant impôt (comparativement à 62 % parmi les personnes du quintile inférieur); un autre tiers du revenu des personnes provient des régimes de pension privés. Il convient de souligner qu'une fois que les personnes atteignent la fin de la soixantaine et la fin de leur septième décennie de vie, la composition du revenu familial moyen change très peu. Cela était aussi le cas pour les personnes du quintile inférieur.

Les personnes du quintile supérieur ont vu leur revenu familial moyen ajusté par « équivalent-adulte » diminuer au fil des ans, de 54 à 56 ans à la fin de leur septième décennie de vie, passant de 99 200 $ à environ 87 000 $ (tableau 5). Peu importe l'âge, les revenus de placements sont plus importants pour ce groupe à revenu élevé. Autour de l'âge de 55 ans, les gains représentent 73 % du revenu familial, et les placements, 16 %. Après l'âge de 70 ans, les régimes de pension privés contribuent le plus (environ 40 %), suivis par les revenus de placements (environ 20 %), les régimes de pension publics (RPC/RRQ et SV/SRG, environ 18 %), les gains en capital (de 7 % à 14 %) et les gains (de 16 % à 11 %). Il est intéressant de noter que même les personnes du quintile supérieur de revenu familial dépendent dans une large mesure des régimes de pension publics comme source de revenu lorsqu'elles atteignent 70 ans (le cinquième), mais il est évident que les régimes de pension privés jouent un rôle plus important.

Résultats des cohortes plus récentes

En général, les cohortes plus récentes ont amélioré leur situation de revenu à tous les âges par rapport à la cohorte de 1983, que ce soit avant les années de retraite (p. ex. de 54 à 56 ans) ou dans les dernières années de retraite (à 70 ans et plus). Lorsque les gains en capital sont exclus du total, 7  la cohorte de 1983 disposait d'un revenu familial moyen d'environ 49 300 $, tandis que la cohorte de 1986 (c.-à-d. les personnes âgées de 54 à 56 ans en 1986) a vu ce montant passer à 51 100 $. Les cohortes de 1995 et de 1998 avaient un revenu familial avant impôt ajusté par « équivalent-adulte » de 54 500 $ et 58 100 $ respectivement autour de l'âge de 55 ans. De façon générale, l'avantage en matière de revenu des cohortes plus jeunes ressort aussi à d'autres âges (graphique 1). À l'âge de 65 ans, le revenu familial total moyen (sauf les gains en capital) avait augmenté, pour passer d'environ 40 000 $ pour les cohortes des années 1980, à environ 50 000 $ pour la cohorte de 1995.

Cette amélioration a été motivée à la fois par les gains plus élevés et les revenus plus élevés tirés des régimes de pension privés (graphiques 2 et 3). Les deux tiers de l'augmentation de 9 100 $ du revenu familial total observé entre 1983 et 1995 parmi les personnes âgées de 65 à 67 ans étaient attribuables aux gains plus élevés, et le tiers, à des revenus plus élevés tirés de régimes de pension privés. Les taux de rémunération des travailleurs plus âgés ont augmenté au cours des années 1980 et 1990, tandis qu'ils ont diminué chez les jeunes (Beaudry et Green, 2000). Cela aurait contribué aux gains plus élevés. Il se peut aussi qu'un plus grand nombre de personnes au début de la retraite (peut-être des femmes) travaillaient, ou que celles qui travaillaient faisaient de plus longues heures. Il reste à déterminer si la propension des cohortes des années 1990 à produire des gains plus élevés que les cohortes des années 1980 se poursuivra à l'avenir.

En conclusion, les cohortes de retraite récentes ont davantage de ressources économiques que celles qui ont précédé, en moyenne, par suite des gains plus élevés qu'elles ont touchés pendant qu'elles travaillaient et des revenus de pension privés plus élevés qu'elles touchent pendant leurs années de retraite.

3   Résultats : taux de remplacement

Le taux de remplacement sert à déterminer la mesure dans laquelle les ressources économiques dont dispose une personne, grâce aux flux de revenus (principalement des gains) sont « remplacées » par diverses sources de revenus (régimes de pension publics et privés, placements et gains), au fur et à mesure que la personne avance en âge, de l'âge de 55 ans à un âge de retraite donné, par exemple, 78 ans 8 . Dans le présent document, on calcule le taux de remplacement comme le revenu familial individuel ajusté par « équivalent-adulte » à un âge donné, 78 ans, par exemple, que l'on divise ensuite par le revenu familial de la même personne à l'âge de 55 ans. À noter que si la taille de la famille à laquelle la personne appartient change pour une raison donnée, par exemple, un divorce, un mariage ou un veuvage, le revenu familial de cette personne est ajusté afin de tenir compte du changement dans la taille de la famille. Étant donné que le revenu après impôt constitue la meilleure mesure du revenu « disponible » que l'on peut utiliser, c'est le concept le plus approprié à employer pour le calcul des taux de remplacement.

Taux médians de remplacement des personnes

Le revenu familial ajusté par « équivalent-adulte » disponible pendant les années de retraite pour la personne « médiane » représente environ 80 % de celui observé lorsque cette personne se trouvait au milieu de la cinquantaine (graphique 4).

Les taux médians de remplacement de la cohorte des Canadiens qui avaient de 54 à 56 ans en 1983 a diminué pour passer de 1,0 (par définition) à 0,8 autour de l'âge de 68 ans, et est demeuré stable à ce niveau jusqu'à la fin de leur septième décennie de vie. Les cohortes plus récentes affichent la même tendance générale : une baisse légère du milieu de la soixantaine à la fin de la soixantaine, puis une stabilité à environ 0,8. Les données pour les cohortes plus récentes qui ont atteint l'âge de 55 ans dans les années 1990 laissent supposer que leurs taux de remplacement pourraient être supérieurs à ceux des cohortes des années 1980. Toutefois, les données pour ces groupes ne portent que jusqu'au milieu de la soixantaine, et il est difficile de dire si cette tendance se maintiendra lorsqu'elles atteindront 70 ans. Comme il est noté précédemment, l'augmentation du revenu familial parmi ces groupes était lié à des gains plus élevés lorsqu'ils étaient dans la cinquantaine et la soixantaine, ainsi qu'aux revenus de régimes de pension privés plus élevés qui y sont associés.

Résultats à travers la répartition des revenus

Les taux de remplacement varient selon l'endroit où se trouve la personne dans la répartition des revenus. En général, plus le revenu est élevé à l'âge de 55 ans, plus le taux de remplacement est faible pendant les années de retraite (LaRochelle-Côté, Myles et Picot, 2008a). En moyenne, comme il est noté précédemment, les personnes du quintile inférieur (autour de l'âge de 55 ans) voient leurs gains et les autres revenus qu'elles avaient au milieu de la cinquantaine largement remplacés par les régimes de pension publics; cela donne lieu à des taux de remplacement supérieurs à 1,0 (graphique 5). Parmi les cohortes des années 1980, par exemple, les taux de remplacement ont augmenté pour se situer légèrement au-dessus de 1,1, lorsque les membres de la cohorte ont atteint le milieu de la soixantaine, et sont demeurés à environ 1,1 de 77 à 79 ans, la dernière observation. Les données sur le revenu des cohortes dans la soixantaine laissent supposer que les taux de remplacement pour les cohortes des années 1990 pourraient être légèrement supérieurs à ceux des cohortes des années 1980.

Toutefois, ces résultats ont trait aux taux médians de remplacement parmi les personnes à faible revenu. Le tableau 6 montre que, lorsqu'ils étaient à la fin de la soixantaine, au moment où leurs taux de remplacement s'étaient stabilisés, environ 9 % des membres de ce quintile inférieur avaient des taux de remplacement inférieurs à 0,8. Étant donné que l'admissibilité à la SV et au SRG est presque universelle pour les personnes à faible revenu, ces proportions sont relativement faibles. Toutefois, il se peut que certaines personnes ne touchent pas ces revenus, même si elles y sont admissibles (Luong, 2009), et que certaines ne touchent pas de prestations du RPC/RRQ.

Par ailleurs, certaines personnes qui se trouvaient dans le quintile de revenu inférieur au milieu de la cinquantaine sont remontées dans la répartition des revenus, produisant parfois des taux de remplacement bien supérieurs à 1,0. Les deux tiers des personnes du quintile inférieur avaient des taux de remplacement supérieurs à 1,0 à la fin de la soixantaine et au milieu de leur septième décennie de vie, et 23 % d'entre elles avaient des taux de remplacement supérieurs à 1,5.

Les membres du quintile de revenu intermédiaire (autour de l'âge de 55 ans) ont vu leurs taux de remplacement diminuer, pour s'établir à environ 0,75 à la fin de la soixantaine, puis encore une fois demeurer stable jusqu'à l'âge de 77 ans inclusivement (graphique 6). Comme dans les autres cas, il existe des données préliminaires qui laissent supposer que les taux pour les cohortes des années 1990 peuvent être légèrement plus élevés que ceux des cohortes des années 1980.

La répartition des taux pour les personnes de revenu moyen montre que 22 % d'entre elles avaient des taux de remplacement inférieurs à 0,6 à la fin de la soixantaine et au milieu de leur septième décennie de vie.

Enfin, les personnes du quintile de revenu supérieur ont affiché les taux de remplacement les plus faibles (en comparaison avec les autres quintiles) au début de leur septième décennie de vie (graphique 7). Les taux médians pour ce groupe par rapport aux cohortes des années 1980 ont diminué pour s'établir autour de 0,65 du milieu à la fin de la soixantaine, puis sont remontés, pour s'établir à environ 0,7 à la fin de leur septième décennie de vie. Par ailleurs, environ 34 % des personnes de ce groupe ont connu des taux de remplacement inférieurs à 0,6 au milieu de leur septième décennie de vie. Toutefois, il est aussi intéressant de noter que près d'une personne sur cinq (17 %) du quintile supérieur avait des taux de remplacement supérieurs à 1,0, ce qui montre qu'une partie significative des personnes du quintile supérieur ont profité de niveaux de revenu encore plus élevés au fur et à mesure qu'elles ont avancé en âge.

4   Conclusion

LaRochelle-Côté, Myles et Picot (2008a) se sont concentrés sur la mesure des taux de remplacement du revenu des Canadiens qui avaient un niveau élevé de participation au marché du travail, soit environ 55 % des Canadiens. Le présent document étend l'analyse à un groupe plus large (environ 80 % à 85 % des Canadiens). En dépit de ces changements, les résultats demeurent à peu près similaires. Le revenu familial ajusté par « équivalent-adulte » disponible pendant les années de retraite pour la personne « médiane » représente environ 80 % de celui observé lorsque cette même personne avait 55 ans. Le taux de remplacement du revenu des personnes qui ont un niveau élevé de participation au marché du travail déclaré dans le document précédent était de 78 % 9 .

Comme on l'a observé dans l'étude antérieure, plus le revenu est faible au milieu de la cinquantaine, plus les taux de remplacement sont élevés pendant la vieillesse. Les personnes du quintile de revenu inférieur ont le plus souvent affiché un taux de remplacement de 110 % au milieu de la soixantaine, tandis que les personnes du quintile de revenu supérieur ont affiché des taux de remplacement aux alentours de 0,7. Il y a eu une certaine variation des taux dans chaque quintile. Par exemple, plus de 20 % de Canadiens à revenu moyen ont affiché des taux de remplacement inférieurs à 0,6 au milieu de leur septième décennie de vie.

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