Migration interne des immigrants : les immigrants réagissent-ils aux variations brusques de la demande de main-d'oeuvre régionale?

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  1. Introduction
  2. Contexte
  3. Données
  4. Incidence du déménagement en Alberta
  5. Analyse multivariée
  6. Conclusions

1   Introduction

Il est bien connu que la grande majorité des immigrants en Amérique du Nord, ainsi que dans d'autres importantes destinations des immigrants comme l'Australie et l'Europe, choisissent de vivre dans les grands centres métropolitains. Environ les trois quarts de la population d'immigrants sont établis dans trois grandes régions métropolitaines, soit Toronto, Montréal et Vancouver (Statistique Canada). On explique souvent la tendance des immigrants à s'établir dans les grandes villes par la présence de grands réseaux sociaux d'immigrants. Selon d'autres travaux de recherche, elle s'expliquerait par les possibilités économiques qu'offrent ces grandes villes.

Il est essentiel de comprendre l'importance relative des facteurs économiques et non économiques dans les choix résidentiels des immigrants pour comprendre le rôle que ces derniers jouent dans le mécanisme d'adaptation au marché du travail. Si, par exemple, la présence de réseaux sociaux est le facteur dominant dans ces décisions, alors l'absence de grappes d'immigrants à l'extérieur des grandes régions métropolitaines pourrait expliquer la faible réaction des immigrants à l'augmentation de la demande de main-d'oeuvre dans d'autres régions. Ce comportement serait contraire au rôle généralement important que joue la migration interne dans le mécanisme d'adaptation au marché du travail (Blanchard et Katz, 1992) et pourrait avoir d'importantes répercussions stratégiques.

Les auteurs des ouvrages publiés sur la migration interne reconnaissent que les choix sur le plan de la mobilité dépendent de facteurs tant économiques que non économiques, bien que certaines données recueillies laissent supposer que les facteurs économiques peuvent avoir un effet plus important (Xu, 2007). Cebula (2005), par exemple, constate que les revenus tant attendus qu'actuels jouent un rôle important dans les décisions de migration, de même que le coût de la vie. En revanche, le climat, les taux de crime de violence et les possibilités de loisirs entrent également pour beaucoup dans la décision de se réinstaller ailleurs. Certains chercheurs ont soutenu que des considérations semblables interviennent dans les choix sur le plan de la mobilité des immigrants et les non-immigrants; toutefois, on a également souligné des différences (Lin, 1998). Il se peut que l'importance relative des facteurs économiques, environnementaux et personnels qui entrent en cause dans les choix sur le plan de la mobilité des immigrants soit différente. Il se peut également que certains facteurs particuliers aux immigrants facilitent ou entravent le flux des immigrants vers les régions où la demande économique est plus forte et les possibilités d'emploi sont plus grandes, ce qui revêt une importance particulière à la lumière du rendement économique à la baisse des immigrants au Canada (Baker et Benjamin, 1994; Frenette et Morissette, 2003; Aydemir et Skuterud, 2005).

Étant donné la présence croissance des immigrants dans la population de la plupart des pays occidentaux, comprendre les choix sur le plan de la mobilité des immigrants a également d'importantes répercussions stratégiques. La concentration d'immigrants dans les grandes régions métropolitaines est souvent jugée peu souhaitable. Les politiques canadiennes récentes en matière d'immigration ont visé à encourager une répartition géographique plus diversifiée des immigrants et à aider des villes et des régions autres que Montréal, Toronto et Vancouver à attirer des immigrants et à les retenir. Pour que ces politiques donnent les résultats escomptés, il faut mieux comprendre les similarités et les différences entre les choix sur le plan de la mobilité des immigrants et des non-immigrants. Cependant, de nombreuses questions demeurent au sujet du rôle différent que les considérations d'ordre économique peuvent jouer dans les décisions en matière de mobilité des immigrants et des non-immigrants.

L'essor économique que connaît récemment l'Alberta, qui a entraîné une augmentation de la demande de main-d'oeuvre au cours des premières années du siècle présent, a créé une conjoncture économique unique dans laquelle nous pouvons vérifier certaines hypothèses au sujet des réactions des immigrants à une forte demande de main-d'oeuvre à l'extérieur des grandes régions métropolitaines. En nous appuyant sur un ensemble unique de données tirées à la fois de dossiers administratifs et de dossiers d'immigrants, nous comparons tout d'abord la réaction à la forte demande de main-d'oeuvre en Alberta des immigrants relativement nouveaux à celle du groupe témoin composé dans une large mesure de personnes nées au Canada. En deuxième lieu, nous examinons l'incidence de différents facteurs sur la décision des immigrants de déménager en Alberta. Même si nous pourrions nous attendre à ce que la perspective d'obtenir un emploi bien rémunéré influe de façon importante sur les choix des immigrants sur le plan de la mobilité, il ne s'agit que de l'un des nombreux facteurs qui entrent en cause dans pareils choix. Les caractéristiques personnelles et démographiques, la présence de réseaux sociaux ainsi que la situation économique dans la région où ils habitent avant que nous observions leurs résultats sur le plan de la mobilité peuvent également jouer un rôle dans les décisions des immigrants de déménager (ou de ne pas déménager) en Alberta.

Le résultat principal de notre étude est que non seulement les immigrants ont réagi au boom économique récent en Alberta, mais qu'ils ont réagi généralement plus fortement que les non-immigrants. Leurs taux d'immigration en Alberta ont augmenté d'environ 20 % de la période de 1996 à 2000 à celle de 2001 à 2006 lorsque nous avons fondé nos résultats sur les données brutes, et d'environ 30 % lorsque nous avons tenu compte des différences dans les caractéristiques des immigrants pour ces deux périodes. Les taux du groupe témoin ont peu évolué (voir la note 1 dans le sommaire). Pour ce qui est des niveaux, toutefois, si les taux d'immigration interne des « nouveaux » immigrants ont tendance à être plus élevés que ceux du groupe témoin, ils ne le sont pas pour les immigrants qui résident au Canada depuis plus longtemps. Une bonne partie de cette différence est associée à des différences sur le plan des caractéristiques entre les immigrants et le groupe témoin.

Cependant, une assez grande hétérogénéité s'observe dans l'ampleur de la réaction d'une région à l'autre et des différentes catégories d'immigrants. Notamment, la probabilité de se réinstaller en Alberta est beaucoup plus faible chez les habitants des trois villes les plus grandes, qu'ils soient immigrants ou nés au Canada. Étant donné qu'un nombre démesurément élevé d'immigrants habitent dans les villes les plus grandes, ils sont sous-représentés en ce qui concerne l'ajustement global sur le plan de la mobilité déclenchée par l'augmentation de la demande de main-d'oeuvre en Alberta.

La présentation du document est la suivante. La section 2 comprend une description des événements économiques récents en Alberta et fournit le contexte de la migration interne. La section 3 comprend une description de notre échantillon. Nous présentons nos résultats descriptifs à la section 4. À la section 5, nous examinons les résultats de notre analyse multivariée. Enfin, à la section 6, nous présentons nos principales conclusions.

2   Contexte

La croissance économique que connaît actuellement l'Alberta est sans précédent dans l'histoire canadienne récente (Cross et Bowlby, 2006). En 2005, le produit intérieur brut par habitant de l'Alberta (66 275 $) était de 56 % supérieur à la moyenne nationale et le double de ce qu'il était en 1995. Le taux d'emploi en Alberta a atteint le cap des 70 % en 2004 1 , tandis que les salaires horaires moyens réels des employés du secteur privé âgés de 15 à 64 ans étaient d'environ 13 % plus élevés en 2006 qu'en 1997 (Morissette, 2008). Une grande partie de ce boom économique est attribuable à la montée en flèche des prix des exportations de pétrole et de gaz, bien que la croissance dans le secteur de l'énergie ait déclenché des investissements dans d'autres secteurs de l'économie et dans l'infrastructure de l'Alberta et a entraîné une augmentation rapide des ventes au détail.

Bien entendu, l'Alberta a le plus faible niveau de chômage au Canada (3,4 % en 2006), ce qui provoque en fait des pénuries de main-d'oeuvre dans certaines industries, même si la population de l'Alberta croît plus rapidement que celle de toute autre province et si l'Alberta affiche les taux les plus élevés d'afflux de migrants. La migration interne est directement à l'origine de 43 % de la récente croissance de la population de l'Alberta (ce chiffre ne comprend pas les enfants de migrants nés en Alberta). Près de la moitié (46 %) des personnes qui migrent en Alberta proviennent des provinces avoisinantes, soit la Saskatchewan et la Colombie-Britannique. Toutefois, un nombre croissant de migrants viennent des provinces de l'Atlantique et du Québec (20 %). Environ le quart de tous les migrants proviennent de l'Ontario 2  . Cross et Bowlby (2006) soulignent que peu d'immigrants de l'étranger s'établissent en Alberta. Toutefois, nous en savons très peu sur les taux de migration des immigrants qui arrivent dans d'autres provinces et décident de migrer en Alberta par la suite.

Des études antérieures effectuées au Canada et aux États-Unis portant sur la migration interne ont révélé que la mobilité interne des immigrants relativement à celle des personnes nées au pays dépend de l'échelle géographique ainsi que des endroits dont ils viennent et vers lesquels ils déménagent (Rogers et Bélanger, 1990; Kritz et Gurak, 2001; Lin, 1998; Rogers et Henning, 1999; Trovato, (1988). Lin (1998), par exemple, constate que la mobilité interprovinciale des immigrants dans leur ensemble est inférieure à celle des personnes nées au Canada. Cette différence tient principalement à ce que les immigrants sont fortement concentrés en Ontario et en Colombie-Britannique, sont plus âgés et ont des ménages de taille plus grande. Kritz et Gurak (2001) montrent que les hommes immigrants déménagent moins d'un État à l'autre que les hommes nés aux États-Unis. Toutefois, après prise en compte des différences en ce qui concerne le capital humain, les conditions économiques dans l'État et la concentration de personnes nées au pays, les taux de migration entre États des immigrants étaient supérieurs à ceux des personnes nées au pays.

Les immigrants ont tendance à différer des personnes nées au pays en ce qui concerne la direction des flux de migration interne. Au Canada, les immigrants sont moins susceptibles de quitter l'Ontario et la Colombie-Britannique mais plus susceptibles de quitter les autres provinces que les personnes nées au Canada (Edmonston, 2002). Au cours des années 1980 et 1990, les immigrants étaient moins susceptibles de déménager des trois principaux centres qui servent de porte d'entrée aux immigrants, soit Toronto, Vancouver et Montréal, que les non-immigrants. En revanche, les immigrants sont plus susceptibles de déménager à Toronto et à Vancouver mais moins susceptibles de déménager à Montréal que les personnes nées au Canada (Hou et Bourne, 2006). Aux États-Unis, les immigrants étaient plus susceptibles de quitter le Midwest et de migrer à l'Ouest que les personnes nées au pays, tandis que ces dernières étaient plus susceptibles de quitter le Nord-Est et de migrer au Sud (Rogers et Henning, 1999).

Étant donné que les immigrants et les personnes nées au pays souvent partent de lieux d'origine différents vers des destinations différentes, nous pourrions nous attendre à ce que différents facteurs déterminants influent sur leurs comportements de migration. D'ailleurs, selon l'hypothèse de l'affinité de groupe, les collectivités ethniques déjà établies jouent un rôle important pour ce qui est d'attirer et de retenir les immigrants (Kritz et Gurak, 2001; Kritz et Nogle, 1994; Lieberson et Waters, 1987; Newbold, 1996). Un certain nombre d'études empiriques ont révélé que les collectivités immigrantes déjà établies réduisent la probabilité d'émigration interne, tout en attirant des immigrants d'autres endroits (Kritz et Gurak, 2001; Kritz et Nogle, 1994; Moore et Rosenberg, 1995; Newbold, 1996). Toutefois, selon une étude canadienne récente, la taille de la collectivité immigrante déjà établie n'a pas d'effet indépendant sur la mobilité des immigrants après que les effets fixes du lieu d'établissement aient été pris en compte (Hou, 2007). Cela laisse supposer que l'attrait global d'un lieu pour les immigrants, plutôt que la taille des collectivités immigrantes déjà établies, joue un rôle important pour ce qui est d'attirer ou de retenir les immigrants.

Les études antérieures, en outre, ne sont pas concluantes quant à la question de savoir si les immigrants et les personnes nées au Canada réagissent différemment à des facteurs économiques régionaux comme les différences régionales en matière de possibilités d'emploi, de potentiel de gains et de générosité des prestations de bien-être. En s'appuyant sur les données d'une enquête nationale, Lin (1998) a déclaré que les immigrants sont moins susceptibles de déménager d'une province à l'autre pour des raisons d'ordre économique (p. ex., mutation, acceptation d'un nouvel emploi, recherche d'emploi) que les personnes nées au pays. Cependant, les effets des conditions économiques régionales sur la mobilité sont semblables dans le cas des immigrants et des personnes nées au pays. Toutefois, cette étude porte sur un très petit échantillon de migrants interprovinciaux parmi les immigrants (<30), de sorte que ses résultats ne sont pas nécessairement fiables. Borjas (1999) montre que les États qui offrent des prestations de bien-être plus élevées attirent des immigrants qui sont plus susceptibles de dépendre de l'aide sociale. En s'appuyant sur des données de recensement, Kritz et Gurak (2001) laissent entendre que les immigrants réagissent plus que les personnes nées au pays aux conditions économiques dans leur État de résidence aux États-Unis. En revanche, des études canadiennes antérieures fondées sur des données de recensement laissent supposer que les facteurs économiques et régionaux influent de façon semblable sur les profils de migration des immigrants et ceux des personnes nées au Canada (Edmonston, 2002; Newbold, 1996).

La nature transversale des données de recensement est une limite importante de ces données pour les études portant sur la migration. Premièrement, les données de recensement ne fournissent pas de renseignements sur la situation d'activité des personnes avant la migration. Ainsi, il est impossible de déterminer au moyen des données de recensement comment les facteurs économiques individuels influent sur la mobilité. En deuxième lieu, l'association entre les conditions économiques régionales et les taux de migration est déterminée entièrement par les variations interrégionales dans un ensemble de variables limité. Cette approche est probablement sujette à des erreurs de spécification attribuables à des variables mesurées omises ou non mesurées (Hou, 2007).

Dans la présente étude, un grand fichier de données fiscales longitudinales nous permet de surmonter ces problèmes. Nous créons tout d'abord des fichiers de données sur la migration annuelle à partir d'années d'imposition adjacentes. Chaque fichier contient les renseignements sur les personnes à partir de la première année et leur statut migratoire d'après le changement du lieu de résidence entre la première et la deuxième année. Deuxièmement, nous regroupons les fichiers portant sur toutes les années adjacentes au cours de la période de 1995 à 2005. Cela nous permet de déterminer l'association entre les facteurs économiques régionaux et les taux de migration selon la variation interrégionale et intrarégionale dans ces variables. Notamment, au cours de la période à l'étude, la province de l'Alberta a affiché un taux de croissance de l'emploi beaucoup plus élevé que le reste du Canada, particulièrement depuis le début des années 2000 quand l'essor de l'industrie pétrolière a créé un marché du travail tellement serré que l'Alberta a connu le taux de chômage le plus faible de toutes les provinces et de tous les États en Amérique du Nord. La forte augmentation de la demande de main-d'oeuvre par rapport aux variations relativement petites dans le reste du Canada offre une occasion idéale de réaliser une « expérience dans des conditions naturelles » pour déterminer comment la migration interne réagit à un déséquilibre régional dans les conditions sur le marché du travail. En outre, l'Alberta traditionnellement n'a pas été un lieu de destination important pour les immigrants lorsqu'ils arrivent au Canada et au moment de leur migration interne par la suite. Ainsi, la comparaison des réactions des immigrants et des personnes nées au Canada à la forte croissance de l'emploi en Alberta apporterait une réponse claire à la question de savoir si les conditions économiques régionales ont des effets plus forts ou plus faibles sur la mobilité dans le cas des immigrants que des personnes nées au pays.

3   Données

Notre échantillon est tiré de la Banque de données administratives longitudinales (DAL) de Statistique Canada, qui contient des données démographiques, des données sur le revenu et des données fiscales. Chaque année, la banque DAL constitue un échantillon aléatoire transversal de 20 % de tous les Canadiens ayant un numéro d'assurance sociale l'année donnée. Une fois sélectionnés, les déclarants demeurent dans l'échantillon même s'ils ne produisent pas de déclaration de revenus les années subséquentes, de sorte qu'il est possible pour un déclarant de figurer dans la banque DAL pendant n'importe quel nombre d'années compris dans le nombre d'années écoulées depuis 1982.

Les enregistrements de la banque DAL sont liés aux dossiers de Citoyenneté et Immigration Canada qui contiennent des renseignements sur, entre autres sujets, la scolarisation à l'étranger, le lieu de naissance et la capacité de parler l'une des langues officielles pour tous les immigrants arrivés au Canada depuis 1980. Malheureusement, les immigrants arrivés avant 1980 ne peuvent être identifiés dans la banque DAL. Pourtant, vers la fin des années 1990, ceux qui étaient arrivés au Canada avant 1980 avaient passé plus de 15 ans au Canada. Il ne semble pas déraisonnable de supposer que ces immigrants s'étaient intégrés à la société canadienne à un degré qui rendrait leurs décisions en matière de mobilité plus semblables à celles des personnes nées au Canada qu'à celles des immigrants arrivés récemment. Ainsi, nous appelons les personnes nées au Canada et les immigrants ayant vécu au Canada depuis plus de 15 ans le groupe témoin.

Étant donné la concentration des immigrants dans trois grandes régions métropolitaines, soit Toronto, Vancouver et Montréal, et le très petit nombre d'immigrants dans certaines provinces, notre étude porte sur les huit régions suivantes : les provinces de l'Atlantique (Terre-Neuve-et-Labrador, l'Île-du-Prince-Édouard, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick), Montréal, le « reste du Québec », Toronto, le « reste de l'Ontario », les Prairies (le Manitoba et la Saskatchewan), Vancouver et le « reste de la Colombie-Britannique ». L'identification des résidents de Toronto, Vancouver et Montréal est fondée sur les définitions de la région métropolitaine de recensement (RMR) dans le recensement; les personnes sont appariées aux RMR au moyen des codes postaux qui figurent dans la banque DAL.

Notre échantillon est limité aux personnes de 20 à 54 ans. Dans le contexte des questions examinées dans la présente étude, nous nous intéressons principalement aux profils de mobilité des travailleurs dans la force de l'âge; leurs choix sur le plan de la mobilité sont susceptibles d'être assez différents de ceux des personnes plus âgées (55 ans et plus). Nous avons exclu également de notre analyse les résidents des territoires. La « région de résidence » est la région dans laquelle le déclarant résidait au 31 décembre de l'année d'imposition. Ceux dont la région de résidence durant la période t était différente de leur région de résidence durant la période t-1 sont identifiés comme personnes ayant déménagé 3  . Inversement, ceux dont la région de résidence n'a pas changé sont identifiés comme « personnes qui restent ». Ceux qui ont été observés en t-1 mais non en t (ou vice versa) ont été exclus de l'étude.

4   Incidence du déménagement en Alberta

Notre premier ensemble de résultats nous permet de répondre à deux questions générales : 1) comment l'incidence de la migration en Alberta chez les immigrants se compare-t-elle à l'incidence du déménagement en Alberta dans le groupe témoin et 2) comment l'incidence du déménagement en Alberta au début des années 2000 se compare-t-elle à l'incidence du déménagement en Alberta vers la fin des années 1990 pour les immigrants et pour le groupe témoin? Nous identifions les « personnes ayant déménagé en Alberta durant la période t » comme les personnes qui résidaient dans la région p le 31 décembre de l'année t-1 et dont la province de résidence le 31 décembre de l'année t était l'Alberta. L'incidence du déménagement en Alberta à partir d'une région p pour les immigrants est définie simplement comme

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rpt est le nombre d'immigrants qui ont déménagé de la région p en la période t et npt est le nombre total d'immigrants habitant dans la région p en t-1 et observés au cours de l'une et l'autre période, t-1 et t (sont comprises les personnes qui n'ont pas déménagé au cours de la période t, celles qui ont déménagé dans une région autre que l'Alberta et celles qui ont déménagé en Alberta).

Le graphique 1 montre l'incidence de la migration en Alberta pour les immigrants et le groupe témoin en provenance de huit régions différentes au Canada y compris trois grandes régions métropolitaines. Elle confirme les résultats d'autres études donnant à penser que les deux régions voisines de l'Alberta (les Prairies et le « reste de la Colombie-Britannique ») ont une proportion élevée d'immigrants et de non-immigrants qui déménagent en Alberta. Tant chez les immigrants que dans le groupe témoin, l'incidence du déménagement à destination de l'Alberta en provenance de Montréal, Toronto et Vancouver est beaucoup plus faible que celle du déménagement en provenance d'autres régions; elle était particulièrement faible dans le cas de Montréal et de Toronto.

En ce qui concerne les écarts entre les taux de migration des immigrants et ceux du groupe témoin, le « reste du Québec » se démarque nettement. En 1996, les immigrants étaient plus de sept fois plus susceptibles de déménager du « reste du Québec » en Alberta que le groupe témoin; en 2005, ils étaient 17 fois plus susceptibles de quitter le « reste du Québec » pour se réinstaller en Alberta. Ce phénomène n'était pas attribuable uniquement au taux de déménagement élevé chez les immigrants; d'ailleurs, leurs taux de déménagement étaient considérablement inférieurs à ceux dans certaines autres régions. Une grande partie de l'écart observé entre les taux de déménagement peut être attribuée aux très faibles taux de migration chez les personnes membres du groupe témoin. Seul le groupe témoin à Montréal a affiché des taux de migration plus faibles.

Dans la plupart des provinces, sauf peut-être pour Montréal où l'incidence du déménagement à destination de l'Alberta a diminué, les taux de migration du groupe témoin varient très peu. Même si, comparativement à 1995, l'incidence du déménagement à destination de l'Alberta dans ce groupe était légèrement plus élevée en 2005 dans les provinces de l'Atlantique, le « reste de l'Ontario » et les Prairies, ces régions ont connu de nombreuses variations des taux de migration au cours des années 1995 à 2005. Les taux de migration des immigrants dans la plupart des régions semblent moins ambigus; en effet, dans la plupart des régions, particulièrement dans les provinces de l'Atlantique et dans le « reste de l'Ontario », les taux de migration affichent une tendance claire à la hausse au cours des dernières années. En 2005, la proportion d'immigrants déménageant en l'Alberta en provenance des provinces de l'Atlantique était aussi élevée que la proportion d'immigrants déménageant du « reste de la Colombie-Britannique ».

Ces résultats laissent supposer que, dans la plupart des régions, les immigrants ont peut-être réagi plus fortement à la croissance de la demande de main-d'oeuvre en Alberta que les non-immigrants. Chose peut étonnante, l'ampleur de la réaction était encore plus élevée chez les nouveaux immigrants que chez ceux vivant au Canada depuis cinq ans ou plus. Le tableau 1 montre les taux de déménagement calculés pour deux périodes de cinq ans pour éviter les cellules de petite taille d'échantillon, à savoir la période allant de 1996 à 2000 et celle allant de 2001 à 2005. L'incidence du déménagement à destination de l'Alberta au cours de la période de 1996 à 2000 est calculée selon

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où Δi,1996/2000 est le taux de migration moyen de la région i à destination de l'Alberta en 1996 à 2000, rpt est le nombre d'immigrants (de non-immigrants) qui habitaient dans la région p en l'année t-1 et qui ont déménagé en Alberta en t, et nit est le nombre total d'immigrants (de non-immigrants) dans la région p en l'année t-1, qui ont été observés également en 4 .

Graphique 1
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Atlantique

Graphique 2
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Montréal

Graphique 3
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Reste du Québec

Graphique 4
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Toronto

Graphique 5
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Reste de l'Ontario

Graphique 6
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Prairies

Graphique 7
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Vancouver

Graphique 8
Taux de migration à destination de l'Alberta, selon la région — Reste de la Colombie-Britannique

Tableau 1 : L'incidence du déménagement en Alberta, de 1996 à 2000 et de 2001 à 2005, selon la durée du séjour au Canada

Il est clair que les fortes augmentations des taux de migration des immigrants sont principalement attribuables aux augmentations des taux de migration chez les nouveaux immigrants (tableau 1). Les augmentations des taux de migration des immigrants vivant au Canada depuis cinq à neuf ans étaient beaucoup plus petites et, dans certaines régions (« reste du Québec », Vancouver), ces taux ont même diminué. Dans le cas de la catégorie « 10 à 15 ans au Canada », il n'y a pratiquement aucun changement dans la plupart des régions et une légère baisse dans les provinces de l'Atlantique et dans les Prairies. Chose intéressante, toutefois, l'incidence la plus élevée du déménagement hors de l'Alberta s'observe également chez les nouveaux immigrants.

L'incidence plus élevée du déménagement chez les nouveaux immigrants est conforme à la notion selon laquelle les coûts du déménagement, sur les plans tant financier que psychologique, sont plus faibles pour les nouveaux immigrants que pour les immigrants déjà établis au Canada et pour les non-immigrants. Les nouveaux immigrants sont moins susceptibles de trouver un emploi stable au cours des premières années au Canada et d'établir une participation forte au marché du travail; ils sont également moins susceptibles d'acheter une maison et de devenir plus attachés à leur lieu de résidence.

Même si l'analyse des taux de migration ci-dessus est instructive, elle n'explique pas les différences entre les caractéristiques personnelles des immigrants et celles des non-immigrants ainsi que les différences géographiques et autres. Il se peut que ces différences expliquent certains des écarts entre les taux de migration de ces groupes. À la section qui suit, nous décrivons les résultats d'une analyse multivariée dans laquelle les choix en matière de migration sont modélisés au moyen d'un cadre logique multinomial qui nous permet de tenir compte des effets des variables personnelles, démographiques et économiques observées.

5   Analyse multivariée

Nous supposons que, durant chaque période, les immigrants et les non-immigrants ont le choix entre trois états : « rester », « déménager en Alberta » et « déménager dans une autre province ». EUij est l'utilité attendue pour la personne i associée à chaque choix j. Une personne déménage en Alberta si

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La probabilité de l'un quelconque des trois résultats peut être modélisée comme fonction logit de l'utilité attendue de EUi,s. Plus précisément, soit Xi un vecteur K×1 de variables exogènes tel que EUi,s = Image et Image a des paramètres linéaires. Ainsi,

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y est une variable égale à 0 si la personne ne déménage pas (j=0), à 1 si la personne déménage dans une autre province que l'Alberta et (j=1), et à 2 si la personne déménage en Alberta (j=2); et Image est un vecteur K×1 des paramètres pour chaque j.

Notre première spécification de modèle vise à répondre à la question clé que nous avons posée au début de la présente étude, à savoir, les immigrants ont-ils réagi à la forte demande de main-d'oeuvre en Alberta et leur réaction était-elle différente de celle des non-immigrants? Pour répondre à cette question, nous estimons un modèle contenant le même ensemble de variables explicatives séparément pour les immigrants et les non-immigrants. Les variables explicatives comprennent : 

  1. un terme quadratique en âge (« âge » et « âge au carré »), qui tient compte de différentes propensions à déménager à différentes étapes du cycle de vie;
  2. un indicateur binaire de l'état matrimonial;
  3. les interactions entre les variables d'âge et l'indicateur de l'état matrimonial, qui permettent aux personnes mariées et célibataires d'afficher différents profils d'âge;
  4. des variables nominales pour chaque région (omise : Toronto);
  5. une variable nominale indiquant la réception de prestations d'assurance-emploi en t-1 (t est l'année en laquelle le résultat est enregistré);
  6. une variable nominale indiquant la réception de prestations d'assistance sociale en t-1;
  7. le taux de chômage dans la région p en t-1 (modèle 1);
  8. la croissance de l'emploi dans la région p en t-1 (modèle 1);
  9. la différence entre les taux de chômage dans la région p et en Alberta (modèle 2);
  10. la différence entre la croissance de l'emploi dans la région p et en Alberta (modèle 2);
  11. une variable indicatrice pour la période de 2001 à 2005.

Pour chaque modèle, la première colonne au tableau 2 présente les estimations des coefficients pour le résultat j=1 (a déménagé dans une région autre que l'Alberta), tandis que la deuxième colonne présente les coefficients pour le résultat j=2 (a déménagé en Alberta).

Tableau 2 : Modèle logit multinomial du déménagement en Alberta, immigrants et non-immigrants

Pour les modèles estimés pour le sous-échantillon d'immigrants, les estimations des effets de la période de 2001 à 2005 sont positifs et significatifs au niveau de 99 % tant pour j=1 que pour j=2 dans le modèle 1 et le modèle 2, mais le coefficient pour j=2 est d'ordre de grandeur nettement supérieur. Le test de Wald pour l'équivalence de l'effet de la période de 2001 à 2005 pour j=1 et j=2 mène au rejet de l'hypothèse nulle [j=1]2001 à 2005=[j=2]2002 à 2005 pour les immigrants dans l'un et l'autre modèles ( Image(1)=19,14 et Image(1)=51,03). Pour le groupe témoin, l'hypothèse nulle [j=1]2001 à 2005=[j=2]2002 à 2005 est rejetée pour les coefficients dans le modèle 2 ( Image(1)=22,27) mais non dans le modèle 1 ( Image(1)=2,31).

Il faut se rappeler, toutefois, que les coefficients dans les modèles logit multinomiaux montrent l'effet sur le rapport de cotes relatif au résultat de base (« rester » dans nos modèles). Pour permettre une interprétation plus intuitive, nous avons calculé les probabilités prévues associées aux effets de la période de 2001 à 2005 (tableau 3). Plus particulièrement, en utilisant l'échantillon d'immigrants, nous avons d'abord supposé que tous les immigrants ont été observés durant la période de 1996 à 2000 et nous avons calculé les probabilités prévues pour chaque résultat en attribuant la valeur 0 à la variable indicatrice « 2001 à 2005 » pour toutes les personnes comprises dans l'échantillon. Ensuite, nous avons supposé que tous les immigrants ont été observés durant la période de 2001 à 2005 (en attribuant la valeur 1 à cette variable pour toutes les personnes) et nous avons recalculé les probabilités prévues pour chaque résultat. Le tableau 3 montre la moyenne des probabilités prévues pour chaque résultat dans chacun des deux modèles (partie A). Nous avons procédé de la même façon pour le groupe témoin (partie B).

Les résultats présentés dans les parties A et B peuvent être interprétés comme suit : si l'on maintient constantes les autres variables dans les équations portant sur les immigrants, les immigrants étaient nettement plus susceptibles de déménager en Alberta durant la période de 2001 à 2005 que durant la période de 1996 à 2000. En même temps, si l'on maintient constantes les variables dans l'équation portant sur le groupe témoin, rien n'indique que les membres de ce groupe étaient plus susceptibles de déménager durant la période de 2001 à 2005 que durant la période de 1996 à 2000. Pourtant, même si les taux de migration des immigrants prévus étaient plus élevés durant la période de 2001 à 2005, ils étaient néanmoins inférieurs aux taux de migration prévus dans le groupe témoin.

Quelle partie de cet écart peut être attribuée aux différences entre les caractéristiques des immigrants et celles du groupe témoin? Pour répondre à cette question, nous avons d'abord appliqué la décomposition de type Blinder-Oaxaca étendue au modèle logit dans Fairlie (1999) et dans Fairlie (2005).

Tableau 3 : Probabilités prévues de rester, de déménager dans une région autre que l'Alberta et de déménager en Alberta, selon les estimations des coefficients des modèles logit multinomiaux au tableau 2

La différence dans les probabilités prévues de déménager en Alberta peut être décomposée selon la formule suivante : 

(5)
Image

où l'indice supérieur I désigne les « immigrants » et l'indice supérieur C désigne le « groupe témoin ». Pour déterminer la contribution des différences entre les immigrants et le groupe témoin dans l'ensemble complet des variables indépendantes, nous avons calculé les probabilités prévues moyennes pour l'échantillon du groupe témoin au moyen d'estimations tirées de l'échantillon d'immigrants (partie C). Autrement dit, nous avons calculé les probabilités prévues moyennes pour les immigrants comme si ces derniers présentaient les mêmes caractéristiques que le groupe témoin. Les probabilités de déménager en Alberta qui en résultent sont beaucoup plus élevées que celles dans les parties A et B, même si les variations en pourcentage des probabilités allant de la période de 1996 à 2000 à celle de 2001 à 2005 sont à peu près les mêmes qu'à la partie A. Ainsi, les résultats laissent supposer que si les immigrants ne différaient pas des membres du groupe témoin d'une façon observable, leurs taux de migration seraient non seulement plus élevés que leurs taux de migration réels, mais plus élevés que ceux du groupe témoin.

Une autre façon d'aborder cette question consiste à estimer un modèle de mobilité en utilisant l'échantillon combiné des immigrants et du groupe témoin, et un ensemble de variables d'interaction pour les immigrants. Plus particulièrement, nous avons inclus les interactions entre les variables nominales régionales et le statut d'immigrant, permettant aux résultats des immigrants de différer selon la région. Nous avons également inclus l'interaction entre le statut d'immigrant et l'indicateur « 2001 à 2005 ». Les résultats sont présentés au tableau 4.

Le tableau 5 montre les probabilités prévues associées à chaque modèle calculées de façon semblable à la méthode décrite ci-dessus. Nous supposons d'abord que toutes les personnes comprises dans l'échantillon font partie du groupe témoin et ont été observées durant la période de 1996 à 2000, puis nous supposons que toutes les personnes comprises dans l'échantillon font partie du groupe témoin et ont été observées durant la période de 2001 à 2005, ensuite nous supposons que toutes les personnes comprises dans l'échantillon sont des immigrants observés durant la période de 1996 à 2000 et, enfin, nous supposons que toutes les personnes comprises dans l'échantillon étaient des immigrants observés durant la période de 2001 à 2005. Il convient de souligner que les probabilités prévues sont calculées en maintenant constantes toutes les autres variables. Les probabilités prévues qui en résultent sont fort comparables à celles présentées au tableau 3, ce qui confirme nos conclusions selon lesquelles si les immigrants ne différaient d'aucune autre façon observable du groupe témoin, leurs taux de migration seraient considérablement plus élevés.

Les résultats ci-dessus ont des répercussions importantes. Premièrement, même si les taux de migration des immigrants dans l'ensemble sont inférieurs à ceux du groupe témoin, une bonne partie de l'écart s'explique par des différences en ce qui concerne d'autres facteurs observables. En fait, lorsque nous supposons que les immigrants présentent les mêmes caractéristiques que le groupe témoin, leurs taux de migration estimés sont plus élevés que ceux du groupe témoin. La région de résidence est particulièrement importante étant donné que la vaste majorité des immigrants habitent dans les grandes régions métropolitaines, mais certaines différences peuvent également être attribuées aux différences sur le plan de l'âge, de l'état matrimonial, du rôle de l'assurance-emploi et de l'assistance sociale. Deuxièmement, même si les taux de migration réels des immigrants sont inférieurs à ceux du groupe témoin, les immigrants semblent avoir réagi plus fortement que d'autres personnes à la demande de main-d'oeuvre à la hausse en Alberta.

Tableau 4 : Modèle logit multinomial de la mobilité estimée d'après l'ensemble combiné de variables

Tableau 5 : Probabilités prévues de rester, de déménager dans une région autre que l'Alberta et de déménager en Alberta d'après les estimations des coefficients des modèles logit multinomiaux au tableau 4

Une question demeure, toutefois, au sujet des facteurs qui influent sur la décision des immigrants de déménager en Alberta et de l'importance des facteurs non économiques qui entrent en jeu dans la prise d'une telle décision. La prochaine étape de notre analyse vise à tirer parti des renseignements additionnels disponibles sur les immigrants de la banque DAL-BDIM (Banque de données administratives longitudinales et base de données longitudinales sur les immigrants). Nous estimons un modèle multinomial fondé sur le sous-échantillon d'immigrants et nous incluons des variables supplémentaires pour les attributs des immigrants.

  1. Variables nominales pour la région d'origine des immigrants (annexe A).
  2. Variables nominales pour la catégorie d'immigrants : catégorie des gens d'affaires, catégorie des travailleurs qualifiés et autre (omise : catégorie du regroupement familial).
  3. Une variable indicatrice pour un diplôme universitaire obtenu à l'étranger.
  4. Une variable indicatrice pour la capacité de parler l'une des langues officielle (autodéclarée).
  5. Le nombre d'années de séjour au Canada.

Le tableau 6 présente un ensemble de résultats pour les modèles estimés en se fondant sur le sous-échantillon d'immigrants avec l'ajout de certaines variables particulières aux immigrants à la spécification dans les modèles 1 et 2 (modèles A et B). Après prise en compte des effets des autres variables, les immigrants titulaires d'un diplôme étranger ont une plus forte propension à déménager que les autres immigrants; toutefois, il n'est pas clair s'ils sont davantage enclins à déménager en Alberta que dans d'autres provinces. Les immigrants qui parlent l'une des langues officielles (l'anglais ou le français) sont moins susceptibles de déménager; le logarithme du risque pour j=1 (déménager ailleurs qu'en Alberta) et celui pour j=2 (déménager en Alberta) sont négatifs mais le coefficient est beaucoup plus élevé dans la valeur absolue pour j=2. Les immigrants en provenance d'Afrique (sauf des pays d'Afrique du Nord et de la République sud-africaine) semblent être les plus mobiles, toutes choses étant égales par ailleurs, tandis que les immigrants en provenance d'Europe de l'Ouest semblent être les moins disposés à déménager, que ce soit en Alberta ou dans une autre province.

Le statut des immigrants a une forte incidence sur la mobilité. Les coefficients pour j=1 et j=2 sont positifs et d'ordre de grandeur comparable pour les immigrants qualifiés et les « autres » immigrants, y compris les réfugiés; les immigrants appartenant à la catégorie des travailleurs qualifiés sont plus susceptibles de déménager que ceux appartenant à la catégorie du regroupement familial (le groupe de référence). Le coefficient de « gens d'affaires immigrants » pour j=1 est positif et fortement significatif mais négatif et non significatif pour j=2 dans l'un et l'autre modèle. Conformément à l'analyse descriptive, plus la durée du séjour au Canada des immigrants est longue, plus faible est la probabilité qu'ils déménagent.

Tableau 6 : Modèle multinomial du déménagement des immigrants en Alberta

Tableau 7 : Effets marginaux pour le modèle B d'après les résultats des estimations au tableau 6

Une façon plus intuitive d'évaluer l'effet de chaque variable consiste à calculer les effets marginaux de chacune. Le tableau 7 montre les effets marginaux pour le modèle B 5  . Étant donné que les probabilités de déménager sont petites, ces probabilités ainsi que les effets marginaux au tableau 7 sont indiqués en pourcentage (sur 100) par souci de commodité. La probabilité estimée de déménager dans une région autre que l'Alberta est de 1,437, tandis que la probabilité de déménager en Alberta est de 0,087. Comparativement à la probabilité de déménager en Alberta de Toronto, la probabilité de déménager en Alberta est considérablement plus élevée si la personne habite dans les Prairies (de 2,6 points de pourcentage plus élevée) ou dans le « reste de la Colombie-Britannique » (3,2 points de pourcentage plus élevée), mais elle est négative et non significative pour Montréal.

Les effets marginaux des variables du lieu de naissance diffèrent pour ce qui est de la direction et de la grandeur mais brossent essentiellement le même tableau que les coefficients, c'est-à-dire que le fait d'immigrer d'Afrique accroît la probabilité de déménager en Alberta de 0,12 point de pourcentage (l'effet le plus important parmi les variables muettes de pays d'origine) comparativement aux immigrants en provenance des États-Unis, du Royaume-Uni, de l'Irlande, de l'Australie, de la Nouvelle-Zélande et de la République sud-africaine (les groupes de référence), tandis que le fait d'immigrer d'Europe, ou de « Russie et de l'ancienne URSS » a des effets négatifs et significatifs mais faibles (0,03041 et 0,02097). Le fait d'être titulaire d'un diplôme étranger accroît la probabilité de déménager en Alberta, comparativement au fait de ne pas être titulaire de diplôme, de 0,029, tandis que la capacité de parler l'une des langues officielles la diminue (0,0121).

6   Conclusions

L'ampleur de la réaction des immigrants aux chocs sur le marché du travail régional peut avoir d'importantes répercussions pour le processus d'adaptation au marché du travail, étant donné que les immigrants représentent une part croissante de la population dans la plupart des pays occidentaux, y compris le Canada. La présente étude portait principalement sur le récent boom économique en Alberta et sur son effet sur la probabilité dans le cas des immigrants de déménager en Alberta. Nous avons également examiné l'effet des facteurs personnels, démographiques et économiques sur la probabilité de déménager en Alberta en utilisant un cadre statistique logit multinomial.

Le résultat principal de l'étude est que les immigrants, de façon générale, ont réagi fortement à la demande croissante de main-d'oeuvre en Alberta, bien que l'ampleur de la réaction varie d'une région à l'autre. Nos probabilités estimées de déménager en Alberta, dans le cas des immigrants, étaient d'environ 30 % plus élevées pour la période de 2001 à 2005 que pour la période de 1996 à 2000 en tenant compte des différences dans les caractéristiques des immigrants pour les deux périodes, et d'environ 20 % plus élevées en fondant nos résultats sur les données brutes. Ce résultat présente un contraste frappant avec ceux du groupe témoin (qui comprend les non-immigrants et les immigrants vivant au Canada depuis 15 ans et plus), dont les taux de migration en Alberta n'ont pas changé de façon significative de la période de 2001 à 2005 à la période de 1996 à 2000 (voir la note  6 ).

Pour ce qui est des niveaux, toutefois, seuls les immigrants résidant au Canada depuis cinq ans ou moins ont des taux de migration sensiblement supérieurs à ceux du groupe témoin. De façon générale, les immigrants vivant au Canada depuis 10 à 15 ans étaient moins susceptibles de déménager en Alberta que leurs homologues membres du groupe témoin. En particulier, les immigrants au Canada depuis plus de cinq ans et habitant dans de grandes régions métropolitaines comme Toronto et Vancouver demeurent moins susceptibles de déménager que le groupe témoin. Étant donné la tendance chez les immigrants à se concentrer dans ces villes, cela signifie qu'ils sont sous-représentés dans l'ajustement global sur le plan de la mobilité déclenchée par la demande de main-d'oeuvre à la hausse en Alberta. La proportion d'immigrants au Canada (quel que soit leur lieu de résidence) qui ont déménagé en Alberta était de 0,27 %, comparativement à 0,35 % pour le groupe témoin. Les immigrants résidant au Canada depuis moins de cinq ans, toutefois, étaient surreprésentés dans la réaction migratoire, leur taux de migration global étant de 0,45 %.

Une grande partie des écarts entre les taux de migration des immigrants et ceux du groupe témoin peut être attribuée aux différences sur le plan de leurs caractéristiques. D'après nos résultats, nous sommes d'avis que si les immigrants présentaient les mêmes caractéristiques que le groupe témoin, leurs taux de migration seraient considérablement plus élevés que ceux du groupe témoin.