2 Examen de la documentation et cadre conceptuel
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La documentation au sujet des conséquences des transferts sur les pays récipiendaires est abondante et continue de s'enrichir (par exemple, voir Banque mondiale, 2007; Acosta, Fajnzylber et Lopez, 2007). Dans le présent document, l'examen de cette documentation ne fait pas partie de nos objectifs; nous nous attardons plutôt aux études sur les expéditeurs de transferts.
2.1 Caractéristiques démographiques
Plusieurs études examinent la corrélation entre les caractéristiques démographiques et les habitudes de transfert de fonds. Il n'existe pas de tendance manifeste entre les femmes et les hommes. Vanwey (2004) et Lucas et Stark (1985) suggèrent que les femmes ont tendance à transférer plus souvent que les hommes, tandis que Massey et Parrado (1994) proposent que les femmes transfèrent moins souvent. Étant donné que ces trois études ont trait aux femmes et aux hommes de la Thaïlande, du Botswana et du Mexique, l'incohérence des résultats peut être attribuée aux différences culturelles d'un pays à l'autre. Pour ce qui est de l'âge, Menjivar et coll. (1998) avancent qu'il existe une relation en U entre l'âge et l'incidence des transferts; autrement dit, ils soutiennent que les transferts sont plus courants chez les immigrants les plus et les moins âgés, et moins courants chez les immigrants d'âge moyen. À l'inverse, parmi les immigrants qui transfèrent des fonds, il existerait selon Menjivar et coll. une relation en U inversé entre l'âge et le montant moyen envoyé, les immigrants en fin de trentaine transférant les plus gros montants. Menjivar et coll. suggèrent qu'il s'agit là du profil âge-revenus.
2.2 La capacité financière de transférer des fonds
Tous les documents sur les transferts de fonds ont un thème commun : en supposant que toutes les autres caractéristiques sont égales, les ménages sont plus susceptibles de faire des transferts et d'envoyer des montants plus élevés lorsqu'ils ont la capacité financière de le faire. Ce phénomène est documenté par la corrélation positive entre le revenu du ménage et les transferts, ainsi que l'emploi à temps plein et les transferts (Menjivar et coll., 1998; Brown et Poirine, 2005; Funkhouser, 1995). En outre, Menjivar et coll. (1998) soutiennent que, bien que l'accession à la propriété ne soit pas corrélée avec la probabilité des transferts, elle est corrélée négativement avec le montant transféré. Certains en concluent que l'accession à la propriété est associée à des coûts de logement plus élevés que dans le cas de la location — compte tenu de l'assurance, des impôts fonciers et de l'entretien — ce qui réduit les sommes disponibles pour envoyer à l'étranger. Par contre, les personnes qui achètent une maison peuvent être moins susceptibles de retourner dans leur pays d'origine et donc, de faire des transferts.
En plus des ressources financières actuelles, les habitudes de transfert de fonds peuvent aussi être associées aux revenus potentiels, tels que mesurés par les caractéristiques du capital humain. Dans ce cas-ci, la preuve est mitigée. Funkhouser (1995) suggère que les niveaux de scolarité plus élevés sont corrélés négativement avec l'incidence des transferts, mais chez les migrants qui font des transferts, ceux qui ont des niveaux de scolarité plus élevés envoient plus d'argent. Massey et Basem (1992) soutiennent que les facteurs de capital humain ne sont pas corrélés avec la décision de transférer, mais plutôt avec le montant transféré. À l'inverse, Menjivar et coll. (1998) ne voient aucune corrélation significative entre les mesures du capital humain — y compris la scolarité et les compétences linguistiques en anglais — et les habitudes de transfert.
Théoriquement, la relation entre la scolarité et les transferts peut aller d'un côté ou de l'autre. Étant donné la corrélation positive entre le niveau de scolarité et la réussite sur le marché du travail, les immigrants plus érudits peuvent être plus susceptibles de faire des transferts parce qu'ils ont la capacité financière de le faire. Par ailleurs, les immigrants ayant des niveaux de scolarité plus élevés proviennent peut-être de familles qui sont plus à l'aise financièrement et qui ont n'ont donc pas besoin d'autant de soutien financier de l'étranger. Il se peut également que les immigrants qui ont un niveau de scolarité plus élevé aient les moyens financiers d'emmener des membres de leur famille au moment de leur migration, ce qui réduit leurs obligations envers les membres de leur famille à l'étranger.
2.3 Obligations envers la famille
La présence d'enfants, de parents ou d'autres membres de la famille de l'immigrant dans le pays d'origine ou au Canada est un facteur déterminant des transferts. Plusieurs études révèlent que les transferts sont plus susceptibles d'être effectués lorsque des membres de la famille immédiate demeurent encore dans le pays d'origine (par exemple, Vanwey, 2004; Funkhouser, 1995; Menjivar et coll., 1998; Stanwix et Connell, 1995; Vete, 1995;). À l'inverse, la prévalence des transferts est inversement proportionnelle à la présence de membres de la famille dans le pays d'accueil (Menjivar et coll., 1998).
En plus de la présence de membres de la famille à l'étranger, les habitudes de transfert de fonds peuvent également être influencées par les circonstances financières de ces membres. Acosta, Fajnzylber et Lopez (2007) documentent les caractéristiques du revenu des ménages bénéficiaires de transferts dans 11 pays de l'Amérique latine. Ils soutiennent que dans bien des cas, les ménages qui reçoivent des transferts sont concentrés dans la fourchette de revenu inférieure (sans transfert). Au Mexique, par exemple, 61 % des ménages bénéficiaires de transferts sont dans le quintile de revenu inférieur, tandis qu'au Paraguay, cette proportion est de 42 %. Parmi les autres pays de l'Amérique latine où les bénéficiaires de transferts ont tendance à être pauvres, mentionnons l'El Salvador, le Guatemala, l'Équateur et le Paraguay. Dans certains pays, les bénéficiaires des transferts ont tendance à être répartis plus uniformément dans les quintiles de revenus (notamment au Honduras et en République dominicaine), tandis qu'ailleurs, par exemple au Pérou et au Nicaragua, les bénéficiaires des transferts ont tendance à faire partie de la fourchette de revenu supérieure (Acosta, Fanjzylber et Lopez, 2007). Dans l'ensemble, ces données révèlent plusieurs cas où des transferts sont reçus par des familles dans le besoin, mais elles indiquent aussi des variations d'un bout à l'autre du pays à cet égard.
Plusieurs études macroéconomiques ont démontré une relation positive entre les flux de transfert et les perspectives économiques ou les difficultés financières dans les pays d'origine (Bouhga- Hagbe, 2006; Niimi et Özden, 2006). Par exemple, dans leur étude auprès de 85 pays, Niimi et Özden (2006, p. 11) indiquent que les petites économies intérieures offrent « …des perspectives relativement limitées en matière d'activités économiques, et que les migrants doivent transférer de plus grosses sommes pour soutenir leur famille dans leur pays d'origine ». Ils soutiennent également que « …les migrants de pays pauvres envoient de plus grosses sommes d'argent à leur famille dans leur pays d'origine, comme on pouvait s'y attendre » [TRADUCTION] 2 . Dans ce contexte, on suggère souvent que les flux de transfert sont contracycliques, les migrants à l'étranger envoyant plus d'argent aux membres de leur famille dans leur pays d'origine en cas de difficultés financières là-bas. Cependant, une comparaison des flux de transfert vers 12 pays en développement pendant leurs cycles économiques de 1976 à 2003 révèle que la nature contracyclique des rentrées de transferts n'est pas souvent respectée (Sayan, 2006).
2.4 Caractéristiques de la migration
Les circonstances et les caractéristiques de la migration peuvent influer sur les habitudes de transfert de fonds de diverses façons, y compris les motivations de la migration, les intentions de retourner au pays d'origine, la période écoulée depuis l'immigration et le nombre d'émigrants qui quittent le ménage d'origine.
Les raisons et les circonstances du départ du pays d'origine peuvent être corrélées avec les habitudes de transfert de fonds. Les personnes qui doivent fuir leur pays d'origine en raison d'une guerre ou de la persécution peuvent partir très rapidement et n'ont pas nécessairement l'occasion ou les moyens d'emmener d'autres membres de la famille. Par conséquent, ils peuvent avoir la responsabilité de soutenir les personnes laissées en arrière. De même, « …les personnes qui migrent pour élargir leurs perspectives économiques peuvent être financièrement responsables d'enfants ou de parents à charge dans leur pays d'origine… » [TRADUCTION] (Menjivar et coll., 1998, p. 103). Menjivar et coll. (1998) émettent l'hypothèse que ces facteurs pourraient être positivement corrélés avec les transferts, mais ils constatent qu'il n'existe aucune corrélation de ce genre chez les immigrants salvadoriens et philippins.
L'intention ou non de retourner dans leur pays d'origine pour les migrants est un autre facteur associé avec les habitudes de transfert de fonds. On suppose en général que les travailleurs temporaires transfèrent une plus grande proportion de leur revenu que les migrants permanents (Banque mondiale, 2006, 92–93; Vete, 1995; Diaz-Briquets et Pérez-Lopez, 1997). Ce phénomène peut être attribué à une stratégie économique concertée de la part des familles qui décident d'envoyer des membres à l'étranger pendant une période limitée pour accroître les ressources financières de la famille. Les migrants qui ont l'intention de retourner dans leur pays d'origine peuvent également faire des transferts afin d'investir dans leur propre avenir financier ou d'améliorer leur statut social (Ali, 2007) ou leurs perspectives de mariage à leur retour (Xiang, 2001). Brown et Poirine (2005) constatent que la probabilité des transferts et les montants envoyés à des enfants et à des parents sont significativement associés avec les intentions de retourner dans le pays d'origine. De même, Menjivar et coll. (1998) indiquent que les projets de résidence permanente dans le pays d'accueil sont négativement corrélés avec la décision de transférer des fonds, mais il n'y a pas de corrélation significative avec le montant transféré.
Le temps passé dans le pays d'accueil est une autre caractéristique de la migration souvent associée aux transferts de fonds. La Banque interaméricaine de développement révèle que chez les migrants Latino-Américains aux États-Unis, l'incidence des transferts est la plus élevée chez ceux qui sont arrivés le plus récemment (BID, 2004). Les immigrants qui sont dans le pays d'accueil depuis plus longtemps peuvent être moins susceptibles de faire des transferts, parce que leurs liens avec leur pays d'origine peuvent s'être effrités ou parce que les membres de leur famille ont eu assez de temps pour les rejoindre dans le pays d'accueil. Menjivar et coll. (1998) soutiennent que le temps passé aux États-Unis est négativement corrélé avec la décision de transférer des fonds à l'étranger, mais qu'il n'y a pas de corrélation avec le montant envoyé. Funkhouser (1995) constate que les résultats sont variables chez les immigrants salvadoriens et nicaraguayens aux États-Unis, en partie en fonction de leur relation avec le ménage bénéficiaire.
Les comportements de migration des ménages dans le pays d'origine sont un dernier facteur à considérer pour les transferts. Plus précisément, Funkhouser (1995, p. 141) indique que « lorsqu'un ménage contient davantage d'émigrants adultes [dans le pays d'origine], le premier émigrant déclaré est moins susceptible de faire des transferts et envoie moins d'argent, en supposant que tous les autres facteurs sont égaux. Toutefois, le ménage duquel un plus grand nombre d'adultes ont émigré a tendance à recevoir plus d'argent au total de l'étranger » [TRADUCTION].
2.5 Participation aux activités d'un organisme
En plus des liens familiaux que les immigrants conservent avec leur pays d'origine, d'autres liens peuvent exister. Par exemple, plusieurs chercheurs documentent les liens qu'entretiennent certains groupes de migrants avec des organismes de leur pays et de leur communauté d'origine (Orozco, 2002; Levitt, 1997). Les associations de la municipalité d'origine en sont un exemple, composées de migrants qui coordonnent leurs efforts pour appuyer des objectifs dans leur pays d'origine, comme les campagnes de financement pour des œuvres de charité et l'élaboration d'infrastructures — comme les parcs, l'équipement de santé et les bibliothèques. Orozco (2002, p. 48) suggère que « …les expéditeurs de transferts créent des associations avec leur municipalité d'origine pour coordonner leur soutien non seulement aux membres de leur famille, mais aussi à leur ville » [TRADUCTION]. De même, Simmons, Plaza et Piché (2005) soulignent le rôle que jouent les programmes de soutien inter-églises dans les activités de transfert de fonds des Jamaïcains à Toronto et des Haïtiens à Montréal.
2.6 Région ou pays d'origine
En plus des facteurs susmentionnés, les habitudes de transfert de fonds peuvent également varier en fonction du pays d'origine des immigrants. Il y a de vastes différences au niveau des caractéristiques institutionnelles des corridors de transfert et de la facilité et de la transparence avec lesquels les fonds peuvent être envoyés. La Banque mondiale estime que plus de 80 % des transferts expédiés en République dominicaine, au Guatemala et au El Salvador sont envoyés par des moyens formels, comme les banques et les compagnies de transfert d'argent telles que Western Union, tandis que plus la moitié des transferts envoyés au Bangladesh et en Ouganda sont expédiés par des moyens informels, comme les entreprises non réglementées et la famille et les amis (Banque mondiale, 2006). Dans une étude canadienne qui pourrait bien être la seule sur ce sujet, Hernández-Coss (2005, p. 3) indique que le corridor de transfert Canada-Vietnam « …est petit en termes absolus et qu'il est encore au premier stade du passage des systèmes informels aux systèmes formels » [TRADUCTION].
Les coûts varient également. Orozco (2006) indique que dans les corridors de transfert bien développés entre les États-Unis et l'Amérique latine, les coûts rattachés à l'envoi de 200 dollars américains fluctuent : 3,9 % en Équateur, 6,0 % au Mexique, 8,2 % en Jamaïque et 12,0 % à Cuba. Le nombre d'entreprises de ces pays qui œuvrent dans les industries de transfert d'argent fluctue également (Orozco, 2006).
Des études macro-économiques ont examiné la corrélation entre les flux de transfert et d'autres caractéristiques nationales, comme le taux d'intérêt et les taux de change différentiels entre les pays qui envoient et qui reçoivent des transferts, et le niveau de développement du secteur financier des pays bénéficiaires des transferts (par exemple, El-Sakka et McNabb, 1999; Freund et Spatafora, 2005; Niimi et Özden, 2006). Le débat se poursuit sur les conséquences de ces caractéristiques sur les flux de transfert.
Les différences culturelles entre les pays d'origine peuvent également influer sur les habitudes de transfert de fonds. Par exemple, Vanwey (2004) indique que les Thaïlandaises sont plus susceptibles que les Thaïlandais de faire des transferts et soutient que ce phénomène est attribuable aux normes religieuses et culturelles au sujet des rôles des hommes et des femmes.
Les raisons qui motivent à envoyer de l'argent aux membres de la famille dans le pays d'origine sont le dernier thème de la documentation sur les transferts (Brown et Poirine, 2005; Vanwey, 2004; Lucas et Stark, 1985; Stark et Lucas, 1988). Les approches théoriques de cette question peuvent être classées en deux grandes catégories : l'altruisme et l'individualisme. Les théories du comportement altruiste postulent que les migrants transfèrent des fonds pour venir en aide aux membres de leur famille dans leur pays d'origine et le font même au détriment de leur propre niveau de vie. Les théories fondées sur l'individualisme postulent que les migrants envoient de l'argent dans leur pays d'origine pour obtenir d'autres avantages, ou encore, que ces transferts constituent un remboursement (ou un paiement anticipé) d'une dette envers les membres de la famille. Par exemple, les transferts peuvent être des paiements anticipés versés par des enfants adultes à leurs parents en prévision de rentrées d'argent futures grâce à un héritage ou un remboursement versé aux membres de la famille pour des investissements préalables pour payer les frais de scolarité ou de migration.
Plusieurs auteurs se trouvent à mi-chemin entre ces positions. Par exemple, Brown et Poirine (2005) suggèrent la notion de « faible altruisme », où les transferts interfamiliaux sont fondés sur la disposition bienveillante des parents à l'égard de leurs enfants et la loyauté des enfants envers leurs parents. De même, Lucas et Stark (1985) proposent un modèle d'« altruisme tempéré » ou d'« individualisme constructif », où les échanges sont fondés sur des ententes implicites d'intérêt mutuel. Comme les répondants de l'Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada n'ont pas eu à révéler ce qui les a motivés à envoyer de l'argent à l'étranger à leur famille ou à leurs amis, cette question n'est pas soulevée dans le présent document 3 .
2 . Voir aussi Bouhga-Hagbe (2006).
3 . Les études sur les raisons qui motivent les transferts de fonds s'appuient souvent sur l'information au sujet des caractéristiques des expéditeurs et des bénéficiaires des transferts. Ces derniers ne sont pas visés dans l'Enquête longitudinale auprès des immigrants du Canada, ce qui limite encore plus la portée de l'enquête pour examiner la question.
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