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La participation à des économies ethniques est considérée comme une autre option en matière d'adaptation économique des immigrants, particulièrement ceux qui n'ont pas une bonne connaissance de la langue du pays hôte et ceux qui ont de faibles niveaux de scolarité. Une part importante des ouvrages publiés sur les économies ethniques est fondée sur des études américaines concernant quelques groupes minoritaires dans plusieurs grandes métropoles qui servent de portes d'entrée aux immigrants. On sait peu de choses au sujet du développement et des effets des économies ethniques au Canada. La présente étude porte sur un aspect des économies ethniques au Canada : la concentration de membres de la même collectivité ethnique en milieu de travail, à partir d'un important échantillon représentatif de la population nationale tiré de l'Enquête sur la diversité ethnique de 2002 de Statistique Canada.

La présente étude vise à répondre aux questions suivantes : 1) Quel est le niveau de concentration de membres de la même collectivité ethnique en milieu de travail chez les groupes de minorités au Canada? 2) Comment les travailleurs qui travaillent principalement avec des collègues appartenant à la même ethnie qu'eux diffèrent-ils des autres travailleurs en ce qui a trait aux attributs sociodémographiques? De façon plus particulière, sont-ils plus susceptibles d'avoir des niveaux plus faibles de connaissances de la langue du pays hôte et de scolarité? 3) Un niveau plus élevé de concentration de membres de la même collectivité ethnique en milieu de travail est-il lié à des gains plus faibles? Le cas échéant, dans quelle mesure les caractéristiques démographiques et les caractéristiques de l'emploi sont-elles responsables de l'association? 4) Un niveau plus élevé de concentration de membres de la même collectivité ethnique en milieu de travail est-il lié à des niveaux plus élevés de satisfaction à l'égard de la vie?

Les résultats montrent que la majorité des immigrants et des personnes nées au Canada (de parents immigrants) ne travaillent pas dans des environnements ethniquement homogènes. Dans les huit plus grandes régions métropolitaines au Canada, environ 10 % des immigrants autres que britanniques ou français travaillent dans des environnements ethniquement homogènes. Le niveau est beaucoup plus élevé chez les Chinois (20 %) et les Portugais (18 %), et très faible chez la plupart des groupes d'immigrants d'origine européenne. Environ 5 % des membres de groupes de minorités nés au Canada travaillent dans des environnements ethniquement homogènes. Le niveau de concentration ethnique en milieu de travail diminue de façon substantielle entre les immigrants et les personnes nées au Canada chez les Chinois, les Philippins et les Sud-Asiatiques. Par contre, chez les Italiens, les immigrants et les personnes nées au Canada travaillent dans des milieux de travail qui comportent des niveaux similaires de concentration ethnique.

Les travailleurs immigrants dans des environnements ethniquement homogènes ont une connaissance beaucoup plus faible de l'anglais/du français que les autres immigrants qui ne travaillent pas ou qui ont peu ou pas de collègues de la même origine ethnique qu'eux. Environ 31 % des travailleurs immigrants qui partagent la même origine ethnique que la plupart de leurs collègues ont l'anglais/le français comme langue maternelle ou ont grandi dans un environnement familial où on parlait l'anglais/le français. Ce niveau est beaucoup plus faible que celui de 62 % enregistré chez ceux qui ont peu ou pas de collègues appartenant à la même collectivité ethnique qu'eux.

Les travailleurs immigrants dans les environnements ethniquement homogènes ont aussi des niveaux beaucoup plus faibles de scolarité que les autres travailleurs immigrants. Environ 49 % des travailleurs immigrants qui partagent la même origine ethnique que la plupart de leurs collègues ont un niveau d'études supérieur au niveau secondaire, comparativement à 72 % de ceux qui ont peu ou pas de collègues appartenant à la même collectivité ethnique qu'eux.

Les hommes immigrants qui travaillent dans des environnements ethniquement homogènes gagnent en moyenne beaucoup moins (33 %) que les travailleurs immigrants qui ont peu ou pas de collègues appartenant à la même collectivité ethnique qu'eux. Cet écart au chapitre des gains est principalement attribuable aux différences dans les facteurs de capital humain et au fait que les environnements ethniquement homogènes sont surreprésentés dans les professions et les industries où la rémunération est faible. L'écart passe à 18 % lorsque l'on tient compte du nombre d'années de résidence au Canada, du niveau de scolarité et de la connaissance de l'anglais/du français, et diminue encore, pour s'établir à 11 %, lorsque sont prises en compte les différences dans la répartition des professions/industries, le statut de travailleur autonome et le temps de travail. Parmi les femmes immigrantes et les personnes nées au Canada, le travail dans des environnements ethniquement homogènes n'est pas associé à un écart significatif au chapitre des gains.

Les travailleurs immigrants dans des environnements ethniquement homogènes sont moins susceptibles de déclarer des faibles niveaux de satisfaction à l'égard de la vie que les autres travailleurs immigrants. Parmi les personnes nées au Canada, il n'existe pas d'association uniforme entre le niveau de satisfaction à l'égard de la vie et la concentration ethnique en milieu de travail.