VI. Résultats de régression

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VI.1 Familles

Le tableau 3 présente les résultats de régression pour les équations (1) à (4) estimées sur l'échantillon de familles. Comme nous l'avons indiqué, ce dernier comprend les familles qui n'ont pas (à un certain moment dans la période d'observation) d'enfants de 15 ans et plus et celles qui en ont.

Les résultats à la première colonne du tableau 3 s'accordent avec ceux de plusieurs études où on a chiffré les pertes de revenu du travail des travailleurs déplacés : les pertes de revenu d'emploi des maris victimes de licenciement sont importantes et perdurent même cinq ans après le licenciement. Dans l'année même de licenciement, les intéressés doivent essuyer une perte salariale d'environ 13 100 $. Le chiffre correspondant cinq ans après le licenciement est d'environ 12 300 $ (figure 3).

La deuxième colonne du tableau 3 n'indique en rien ? du moins globalement ? que les épouses accroissent leurs gains annuels en réaction au licenciement des époux. À en juger en fait par les estimations présentées, les années suivant le licenciement du mari sont une période de décroissance des gains du conjoint. Une explication possible est que la montée du chômage par licenciement est susceptible d'influer négativement sur les gains tant des maris que des femmes (en diminuant le nombre annuel d'heures de travail des deux) sur des marchés du travail locaux qui sont particulièrement en proie au marasme. On pourrait observer — pour l'exprimer autrement — un effet de travailleur supplémentaire seulement pour certains types de familles, comme nous le verrons.

La troisième colonne du tableau 3 indique que les gains des enfants de 15 ans et plus changent très peu à la suite du licenciement de leur père. Il serait donc de peu de conséquence d'oublier les enfants en âge de travailler dans une analyse de la réaction des familles au licenciement.

L'année même du licenciement des maris et l'année qui suit, la perte de revenu avant impôt des familles est d'au moins 5 000 $ inférieure à la perte de revenu du travail du mari. On peut constater au tableau 1 que cette différence s'explique principalement par la forte augmentation des prestations d'assurance-emploi (AE) dans cette période.

Collectivement, le régime d'AE et le régime fiscal tendent à nettement atténuer les pertes de revenu des familles où le mari est licencié. Ainsi, la perte de revenu après impôt de ces familles pour l'année même du licenciement est d'environ 3 500 $; c'est bien moins que la perte d'environ 13 100 $ que subit le mari licencié. Les chiffres correspondants pour l'année qui suit sont 7 500 $ et 16 700 $ respectivement. De même, la perte du mari sera de 12 300 $ cinq ans après le licenciement et celle de la famille, de 6 400 $, la moitié environ.

On observe des tendances qualitatives semblables au tableau 4 et à la figure 4 lorsqu'on met l'accent sur les familles ayant des enfants de 15 ans et plus.

En revanche, le tableau 5 fait voir un « effet de travailleur supplémentaire » pour le sous- échantillon de familles sans enfants de 15 ans et plus. Un an après le licenciement du mari, les gains annuels de son conjoint s'accroissent d'environ 900 $. Ils s'élèvent les années qui suivent et, la cinquième année après le licenciement, la hausse est approximativement de 2 700 $ correspondant à 22 % de la perte de gains de 12 200 $ du mari (figure 5).

Dans l'ensemble, les résultats aux tableaux 3 à 5 mettent en évidence la fonction essentielle de stabilisation qu'exercent le régime fiscal et le régime d'AE en réaction au licenciement. Grâce à ces deux mécanismes, les familles canadiennes ont des pertes de revenu après impôt qui sont bien inférieures à la perte de revenu du travail que doit essuyer le mari victime de licenciement. Ces chiffres écartent la possibilité que les enfants de 15 ans et plus soient appelés à jouer un grand rôle dans l'atténuation des pertes de revenu d'emploi subies par leur père. Enfin, les estimations présentées n'excluent pas qu'un effet de travailleur supplémentaire se manifeste, du moins pour certains groupes de familles.

VI.2 Licenciements donnant lieu à une perte de participation aux régimes de pension agréés

Jusqu'ici, nous avons regroupé dans nos analyses les données relatives aux licenciements tant temporaires que permanents. Comme les études consacrées au phénomène du déplacement des travailleurs ont généralement pour objet les pertes d'emplois, c'est-à-dire les licenciements à titre définitif, et que les licenciements permanents devraient causer une plus grande perte de revenu du travail que les licenciements temporaires, il serait bon d'examiner ce que sont les pertes de revenu des familles victimes de licenciements permanents.

Les données de la Banque de données administratives longitudinale et la Banque de données administratives de l'assurance-emploi ne permettent pas de distinguer les licenciements à titre provisoire et à titre définitif, mais il est possible de cerner les licenciements qui donnent lieu à une perte de participation aux régimes de pension agréés (RPA). Comme il est relativement rare que les employeurs mettent fin à des régimes de retraite (Ippolito et Thompson, 2000), on peut supposer à bon droit que la plupart des travailleurs en perte de participation à un RPA après un licenciement ont perdu leur emploi à jamais chez leur employeur du moment. Il reste que, comme les salaires et la participation aux régimes de retraite sont en corrélation positive (Even et MacPherson, 1990), les pertes de revenu du travail subies par les maris en perte de participation à des RPA dépasseront probablement les pertes subies en moyenne par les maris en licenciement permanent.

Le tableau 6 le confirme. Cinq ans après le licenciement, les maris en perte de participation à des RPA avaient subi une perte de revenu du travail qui variait de 16 000 $ à 17 300 $ et qui était donc de 4 400 $ à 5 600 $ supérieure en valeur absolue à la perte essuyée par leurs homologues licenciés comme eux, mais n'ayant pas dû renoncer à un RPA 12 . C'est ainsi que la perte de revenu après impôt du premier groupe de familles l'emportait généralement sur celle du second.

Dans le cas des familles à mari licencié et sans enfants de 15 ans et plus, les gains annuels des épouses étaient en hausse de 3 800 $ cinq ans après la perte de participation des époux et d'environ 2 500 $ cinq ans après le licenciement sans perte de participation. Dans l'un et l'autre cas, l'augmentation des gains annuels des conjoints compensait généralement dans une proportion de 22 % à 24 % la diminution à long terme des gains des maris. Là encore, on est porté à penser qu'un « effet de travailleur supplémentaire » joue pour ce groupe de familles, c'est-à-dire celles qui n'ont pas d'enfants de 15 ans et plus.

VI.3 Personnes seules

Les pertes de revenu du travail des personnes seules pourraient différer de celles des maris pour diverses raisons. Comme les personnes seules seront sans doute géographiquement plus mobiles que les maris, elles pourront tirer parti plus fréquemment après la perte de leur travail d'offres d'emploi favorables sur d'autres marchés du travail locaux. Leurs pertes de revenu du travail pourraient donc être moindres que pour les maris après un licenciement. Ajoutons que, comme les personnes seules ont moins en patrimoine ou richesse que les gens mariés, elles pourraient se mettre plus intensément en quête d'un nouvel emploi après un licenciement. De la sorte, les personnes seules pourraient écourter leur période de chômage et donc atténuer leur perte de revenu du travail à court terme. Par ailleurs, elles pourraient être tentées d'accepter des offres salariales inférieures, ce qui alourdirait à long terme cette perte de revenu du travail par rapport à celles qu'essuient les gens mariés déplacés.

Le tableau 7 décrit les pertes de gains et de revenu des femmes et des hommes seuls victimes de licenciement. Comme pour les familles, les pertes de revenu avant impôt que subissent ces gens sont, l'année même du licenciement et l'année suivante, bien inférieures à leurs pertes de revenu du travail (figures 6 et 7). C'est en grande partie qu'ils auront eu droit à des prestations d'AE pendant cette période. Cinq ans après le licenciement, les pertes de revenu après impôt diffèrent nettement des pertes de revenu du travail.

Les pertes de revenu d'emploi des hommes seuls sont-elles moindres que les pertes correspondantes des maris en valeur absolue? Tel n'est pas nécessairement le cas. Il suffit de comparer les tableaux 3 et 7 pour se rendre compte que, si les hommes seuls ont à subir, un an après le licenciement, une perte de revenu du travail inférieure à celle des maris (15 500 $ contre 16 700 $), le contraire est vrai cinq ans après le licenciement (13 700 $ contre 12 300 $). En revanche, les pertes de revenu d'emploi des femmes seules sont toujours inférieures à celles des maris en valeur absolue.

Qui plus est, la perte de revenu après impôt des hommes seuls cinq ans après le licenciement (7 700 $) n'est pas inférieure à la perte correspondante des familles où le mari a été licencié (6 400 $). Joint à la constatation que les hommes seuls licenciés n'ont pas le même revenu après impôt que ces familles avant le licenciement, ce fait semble indiquer que, en revenu relatif, les chocs sont plus grands pour ces hommes que pour ces familles.

Le tableau 8 reprend le tableau 6 pour les femmes et les hommes seuls. Il confirme que les personnes seules qui perdent leur participation à un RPA par licenciement perdent nettement plus de leurs gains et de leur revenu que les autres personnes seules dans la même situation.

12 . Le groupe de référence pour la perte de participation à un régime de pension agréé (RPA) comprend les familles où le mari a perdu cette participation par licenciement. Pour dégager la perte de revenu dans le cas des familles où le mari a été licencié mais sans perdre son RPA, il faut additionner le coefficient estimé pour le groupe de référence et le terme d'interaction (la mention est « t +5 * Absence de perte de participation à un régime de pension agréé » au tableau 6).