II. Recherches antérieures

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Depuis le début des années 1990, maintes études se sont attachées à l'ampleur des pertes de revenu du travail par perte d'emploi (voir les recensions dans Fallick, 1996, et Kletzer, 1998). À l'aide de données administratives pour la Pennsylvanie, Jacobson, LaLonde et Sullivan (1993) indiquent que de telles pertes chez les travailleurs d'âge mûr ayant occupé longtemps leur l'emploi ont perduré bien après l'époque où ils ont été licenciés. Les gains diminuent bien avant la perte de l'emploi et chutent lorsque celle-ci se produit. Même plusieurs années après, les travailleurs déplacés déclarent des gains trimestriels inférieurs du quart environ à leur revenu du travail avant cette perte. Pis encore, il paraît fort probable que leurs gains ne reviennent jamais aux niveaux attendus. Ruhm (1991) et Stevens (1997) analysent aussi les pertes de revenu du travail chez les travailleurs déplacés à l'aide des données de la Panel Study ofIncome Dynamics (PSID, ou étude par panel sur la dynamique du revenu). Si Ruhm (1991) constate que, quatre ans après la perte de l'emploi, les gains hebdomadaires de ces travailleurs sont inférieurs dans une proportion de 10 % à 13 % à ceux de leurs homologues ayant gardé leur emploi, Stevens (1997) parle, lui, de gains annuels inférieurs d'environ 9 % aux valeurs attendues six ans et plus après la perte de l'emploi 2 . Eliason et Storrie (2006) relèvent aussi des pertes à long terme de revenu du travail à la suite d'une perte d'emploi. Dans toutes les études énumérées, on ne tente nullement de distinguer les pertes des maris et des hommes non mariés déplacés dans une perspective à long terme.

Comme les gens qui sont mis en chômage à la suite de licenciements collectifs subissent des pertes importantes et persistantes de revenu du travail, une grande question est de savoir si les divers membres de la famille, plus particulièrement le conjoint des maris ayant perdu leur emploi, adaptent leur offre de travail de manière à atténuer les répercussions de la perte salariale de l'époux. Dans les études du passé qui faisaient appel à des données transversales, on n'a pu constater d'« effet de travailleur supplémentaire » empiriquement important (Heckman et MaCurdy, 1980; Cullen et Gruber, 2000), mais Stephens (2002) recourt, lui, aux données longitudinales de la PSID pour découvrir que, cinq ans après la perte d'emploi du mari, la femme a nettement accru ses heures de travail, compensant ainsi à 30 % la perte salariale du conjoint 3 .

Comme des transferts de l'État tels que les prestations d'assurance-emploi (AE) sont généralement fournis pour une période limitée (50 semaines, par exemple) et que d'autres tels que les prestations d'aide sociale sont ordinairement disponibles une fois épuisés les droits à prestations d'AE, la constatation que les gains des femmes ne compensent qu'en partie la perte de gains des maris semble indiquer que la perte de l'emploi de l'époux fait baisser le revenu familial à plus long terme 4 . Comme le régime fiscal vient atténuer les variations de revenu que connaissent les familles (Kniesner et Ziliak, 2002), il reste cependant à déterminer dans quelle mesure le revenu familial disponible diminue par chômage du mari. On peut toutefois concevoir que d'autres membres de la famille adaptent partiellement leur offre de travail à ce chômage (Jenkins, 2000, p. 552). Ce sera une autre voie possible pour combattre les conséquences fâcheuses du chômage du mari sur le revenu familial.

2 . Jacobson, LaLonde et Sullivan (1993) posent que les travailleurs déplacés ont occupé celui-ci au moins six ans chez leur employeur, mais Ruhm (1991) et Stevens (1997) n'imposent pas une telle restriction.

3 . Stephens (2002) indique aussi que l'ordre de grandeur de cette nouvelle offre de travail des épouses dépend de l'ampleur de la perte de revenu du travail des époux : plus le mari perd, plus augmentent les heures de travail de la femme.

4 . C'est ce que Stephens (2001) constate à l'aide des données de la Panel Study ofIncome Dynamics.