Direction des études analytiques : documents de recherche
Les résultats sur le marché du travail parmi les réfugiés au Canada

par Garnett Picot, Yan Zhang et Feng Hou
11F0019M no 419
Date de diffusion : le 11 mars 2019

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Début du texte

Résumé

Entre les années 1980 et 2000, le Canada a accueilli plus de 830 000 réfugiés. Cependant, leurs résultats économiques, plus particulièrement les variations entre les principaux groupes de réfugiés, n’ont pas fait l’objet d’un examen complet. Au moyen de la Base de données longitudinales sur les immigrants, les auteurs examinent, dans le présent document, les résultats sur le marché du travail de réfugiés provenant de 13 pays d’origine qui sont arrivés en grand nombre au Canada au cours de la période allant de 1980 à 2009. L’analyse compare tout d’abord les taux d’emploi et la rémunération de réfugiés des 13 pays d’origine. Elle compare ensuite chaque groupe de réfugiés avec des immigrants de la catégorie économique et des immigrants du regroupement familial qui sont arrivés au cours de la même période. Les résultats révèlent un très grand écart en ce qui concerne les taux d’emploi et la rémunération moyenne entre les 13 groupes de réfugiés. Les groupes ayant des taux d’emploi faibles avaient tendance à afficher des niveaux de rémunération faibles parmi les personnes ayant un emploi. Les groupes affichant des taux d’emploi et une rémunération faibles (élevés) chez les hommes avaient aussi tendance à afficher des taux faibles (élevés) chez les femmes. Les différences en ce qui concerne les caractéristiques du capital humain observables, la conjoncture économique ou le programme d’entrée au Canada ne pouvaient expliquer qu’une infime partie de l’écart en matière de rémunération entre les groupes de réfugiés. Comparativement, les réfugiés parrainés par le secteur privé gagnaient plus que les réfugiés pris en charge par le gouvernement au cours des premières années au Canada. Cependant, cet avantage disparaissait lorsque les réfugiés étaient au pays depuis une décennie.

Sommaire

Même s’ils ne sont pas sélectionnés pour des raisons économiques, les réfugiés doivent assurer leur survie, sur le plan économique, dans le pays d’accueil, en plus de contribuer grandement à l’économie. C’est pourquoi il est intéressant d’en savoir davantage sur leurs résultats sur le marché du travail. Cependant, relativement peu d’études sur les résultats économiques des réfugiés ont été réalisées au Canada ou aux États-Unis. Plus précisément, il n’existe presque aucune étude sur la variation en ce qui concerne les résultats économiques des réfugiés provenant de différents pays d’origine. Ce sujet sera abordé dans le présent document.

La présente étude porte sur les résultats sur le marché du travail de réfugiés provenant de 13 pays (ou groupes de pays) qui sont arrivés en grand nombre au Canada au cours de la période allant de 1980 à 2009. Ces groupes comprennent des réfugiés de l’Afghanistan, de la Chine, de la Colombie, du Salvador, de l’Éthiopie, de l’ancienne Yougoslavie (un seul groupe), de l’Iran, de l’Iraq, du Pakistan, de la Pologne, de la Somalie, du Sri Lanka ainsi que du Viet Nam, du Cambodge et du Laos (ces trois pays formant un seul groupe). En plus de permettre de déterminer les résultats économiques des réfugiés qui sont arrivés au Canada au cours des trois décennies précédant 2009, ce cadre analytique sera utile lorsque des données sur les réfugiés arrivés plus récemment (comme ceux de la Syrie) seront accessibles.

À quelques exceptions près, les taux d’emploi après 5 ans au Canada étaient élevés chez les réfugiés. Les réfugiés de sexe masculin de 7 pays parmi les 13 pays visés affichaient des taux d’emploi de plus de 75 %, 5 ans après leur arrivée. Cependant, ceux de l’Iran et de la Somalie affichaient des taux d’emploi très faibles. Les réfugiées de l’Iraq, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Somalie affichaient aussi des taux d’emploi très faibles.

Parmi les personnes occupées, la rémunération des réfugiés de différents pays variait fortement. Dix ans après être arrivés au Canada, les groupes de réfugiés affichant la rémunération la plus élevée (c.-à-d. ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne et de la Colombie) gagnaient environ le double de ceux affichant la rémunération la plus faible (c.-à-d. ceux de la Somalie, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine). Les différences en ce qui concerne les résultats ont été accentuées par le fait que les groupes affichant des taux d’emploi faibles (élevés) ont tendance à avoir des niveaux de rémunération faibles (élevés) parmi les personnes ayant un emploi. En outre, les groupes affichant un taux d’emploi élevé ont tendance à avoir une rémunération élevée parmi les personnes ayant un emploi. De plus, les réfugiés de sexe masculin et féminin du même pays avaient tendance à afficher une rémunération relative faible (élevée) semblable. Ces corrélations élevées en ce qui concerne la rémunération des hommes et des femmes parmi tous les groupes avaient tendance à exacerber tout problème de pauvreté que vivent les réfugiés ayant une rémunération faible.

Les différences en ce qui concerne les caractéristiques du capital humain observables (plus précisément le niveau de scolarité, l’âge et la connaissance d’une langue officielle), ainsi que la conjoncture économique, le nombre d’années passées au Canada et le programme d’entrée au Canada des groupes n’ont pas expliqué ou ont expliqué dans une infime mesure la rémunération beaucoup plus basse que la moyenne des groupes de réfugiés ayant la rémunération la plus faible. D’autres facteurs inconnus et non observés expliquaient la rémunération très faible. Une des explications possibles est que l’éducation reçue par ces groupes dans leurs pays d’origine puisse être de qualité moindre ou être perçue comme de moindre qualité par les employeurs, ce qui a une incidence sur la rémunération offerte. Le document comprend quelques données probantes à l’appui de cette notion. Parmi les autres facteurs non observés qui pourraient expliquer la différence de rémunération entre les groupes, il y a les suivants :

Les résultats économiques des réfugiés sont souvent comparés à ceux des immigrants du regroupement familial, soit le groupe auquel ils ressemblent le plus. Immédiatement après leur arrivée, les réfugiés de tous les pays ont gagné moins que les immigrants du regroupement familial. Cependant, les cinq groupes de réfugiés ayant la rémunération la plus élevée (c.-à-d. ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne, de la Colombie, du Viet Nam, du Cambodge et du Laos, ainsi que du Salvador) ont affiché une croissance beaucoup plus rapide de la rémunération que les immigrants du regroupement familial et de la catégorie économique arrivés au cours de la même période. Après 15 ans, ils gagnaient de 80 % à 110 % de ce que les immigrants du regroupement familial gagnaient. La situation était très différente pour les réfugiés des cinq groupes ayant la rémunération la plus faible (c.-à-d. l’Iraq, la Somalie, l’Afghanistan, le Pakistan et la Chine). Même après 15 ans passés au Canada, ils gagnaient de 50 % à 70 % le salaire des immigrants du regroupement familial. Dans le cas de ces groupes, des différences observables en ce qui concerne le niveau de scolarité, les compétences linguistiques, la conjoncture économique et les autres facteurs observés mentionnés ci-dessus expliquaient très peu l’écart en matière de rémunération par rapport aux immigrants du regroupement familial. Encore une fois, des facteurs non observés et inconnus ont joué un rôle important.

Enfin, le programme dans le cadre duquel les réfugiés sont arrivés au Canada semble importer, au moins au cours des premières années. Même après avoir pris en considération les différences en ce qui concerne les caractéristiques du capital humain observables (comme le niveau de scolarité et la langue), les pays d’origine et la conjoncture économique, les réfugiés parrainés par le secteur privé gagnaient plus que les réfugiés pris en charge par le gouvernement, au cours de la première année suivant l’arrivée au Canada. Tandis que les différences en ce qui concerne les facteurs associés au capital humain n’ont pas expliqué l’écart initial en matière de rémunération, elles expliquaient la majorité de cet écart 10 ans après l’immigration. Cette situation laisse entendre que le programme d’entrée a peu d’effet sur la rémunération après une décennie.

1 Introduction

Les réfugiés au Canada ne sont pas admis pour des motifs économiques. Il s’agit plutôt de ceux qui ont fui leur pays d’origine parce qu’ils « craignent avec raison d’être persécutés du fait de leur race, leur religion, leur nationalité, leurs opinions politiques, leur appartenance à un groupe social en particulier » et parce qu’ils « risquent la torture ou des traitements ou peines cruels et inusités » (Loi sur l’immigration et la protection des réfugiés, 2001). Malgré tout, les réfugiés doivent survivre à long terme sur le plan économique dans le pays d’accueil, et ils peuvent contribuer de manière importante à l’économie de ce pays. C’est pourquoi il est intéressant d’en savoir davantage sur leurs résultats sur le marché du travail. Cependant, relativement peu d’études portant sur les résultats économiques des réfugiés ont été réalisées au Canada ou aux États-Unis. Plus précisément, il n’existe presque aucune étude sur la variation en ce qui concerne les résultats économiques des réfugiés provenant de différents pays d’origine.

Les réfugiés de différentes régions d’origine obtiennent divers résultats économiques après leur arrivée. Cela s’explique par un certain nombre de raisons. Les caractéristiques associées au capital humain, plus précisément la scolarité et l’expérience professionnelle, peuvent différer. La qualité, réelle ou perçue, du capital humain et de l’expérience professionnelle acquis dans différents pays d’origine peut varier. Différents groupes de réfugiés font face à divers types de crises humanitaires dans leur pays d’origine. Certains fuient leur pays d’origine et vivent dans des camps de réfugiés avant d’arriver au Canada; d’autres viennent directement au Canada. Certains groupes sont réinstallés directement par des organismes gouvernementaux, tandis que d’autres sont parrainés (du moins en partie) par des organismes privés et des personnes (Painter et Kokallaj, 2017). En fonction de la race et de la conjoncture économique nationale au moment de l’arrivée, des groupes de réfugiés peuvent être accueillis différemment lorsqu’ils sont réinstallés au Canada. Selon une théorie, le contexte entourant le départ du pays d’origine et l’accueil dans le pays d’arrivée ainsi que les ressources en capital humain d’un groupe ont probablement des répercussions sur le parcours et le rythme d’intégration des immigrants et des réfugiés (Alba et Nee, 2003; Portes et Zhou, 1993). Les différences culturelles concernant le rôle joué par différents membres de la famille sur le marché du travail peuvent aussi être importantes.

Tandis que les crises humanitaires prennent de l’ampleur ou s’éteignent partout dans le monde, les pays d’où viennent les réfugiés changent. Tandis que des réfugiés arrivent au Canada en provenance de nombreux pays à un moment donné, le nombre de réfugiés de certains pays est plus élevé, considérant les flux de réfugiés qui y circulent. Cette situation évolue au fil du temps. Au cours des années 1980, les réfugiés arrivant au Canada venaient principalement du Viet Nam, de la Pologne et du Salvador. Au début des années 1990, la Somalie, le Sri Lanka et l’Iraq étaient les principaux pays d’origine des réfugiés au Canada. Au milieu des années 1990, il s’agissait du Sri Lanka et de l’ancienne Yougoslavie. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, l’Afghanistan s’est joint à ces deux pays. Au milieu des années 2000, la Colombie, la Chine, l’Afghanistan, le Pakistan et le Sri Lanka étaient les pays d’origine ayant le nombre le plus élevé de réfugiés. À la fin des années 2000, il s’agissait de la Colombie, de l’Iraq et du Sri Lanka. Au début des années 2010, les réfugiés venaient principalement de l’Iraq et d’Haïti.

Au cours de la période de 30 ans allant de 1980 à 2009, c’est-à-dire la période visée par l’étude, le Canada a accepté 831 000 réfugiés, soit, en moyenne, environ 28 000 par année. Évidemment, le nombre variait grandement chaque année, allant d’un minimum de 14 000 en 1983 à un maximum de 54 000 en 1991 (graphique 1). Dans l’ensemble, le nombre de réfugiés arrivés au pays au cours des années 1980 était moins élevé, soit, en moyenne, environ 22 000 par année. Le nombre de ceux qui sont arrivés au cours des années 1990 était plus élevé, soit, en moyenne, 33 000 par année.  Au cours des années 2000, en moyenne, environ 28 000 réfugiés sont arrivés au Canada chaque année.

graphique 1

Tableau de données du graphique 1 
Tableau de données du graphique 1
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 1. Les données sont présentées selon Année de l'établissement (titres de rangée) et Réfugiés(figurant comme en-tête de colonne).
Année de l'établissement Réfugiés
nombre
1980 40 349
1981 14 980
1982 16 930
1983 13 969
1984 15 361
1985 16 772
1986 19 204
1987 21 470
1988 26 765
1989 36 869
1990 40 215
1991 54 069
1992 52 338
1993 30 590
1994 20 433
1995 28 092
1996 28 472
1997 24 307
1998 22 842
1999 24 398
2000 30 091
2001 27 915
2002 25 110
2003 25 982
2004 32 686
2005 35 774
2006 32 499
2007 27 954
2008 21 859
2009 22 849
2010 24 697
2011 27 873
2012 23 079
2013 23 831
2014 23 286

Le présent document porte sur les résultats sur le marché du travail de réfugiés provenant de 13 pays (ou groupes de pays) qui sont arrivés en grand nombre au Canada au cours de la période de 1980 à 2009. Ces groupes comprennent des réfugiés de l’Afghanistan, de la Chine, de la Colombie, du Salvador, de l’Éthiopie, de l’ancienne Yougoslavie (un seul groupe), de l’Iran, de l’Iraq, du Pakistan, de la Pologne, de la Somalie, du Sri Lanka ainsi que du Viet Nam, du Cambodge et du Laos (ces trois pays formant un seul groupe). En plus de permettre de déterminer les résultats économiques des réfugiés qui sont arrivés au Canada au cours des trois décennies précédant 2009, ce cadre analytique sera utile lorsque des données sur les réfugiés arrivés plus récemment (comme ceux de la Syrie) seront accessibles. 

Des cohortes de réfugiés entrants en provenance de ces pays ont été établies. Leurs résultats ont fait l’objet d’un suivi pendant un maximum de 15 ans après leur arrivée au Canada. Dans la présente étude, on commence par examiner l’écart en matière de rémunération et de taux d’emploi entre les réfugiés de 13 pays, avant d’évaluer si les caractéristiques du capital humain, le programme d’entrée ou les conditions du marché du travail local peuvent expliquer cet écart. On compare ensuite la rémunération de chaque groupe de réfugiés avec celle des immigrants de la catégorie économique et des immigrants du regroupement familial qui sont arrivés au cours de la même période.

Le document porte aussi sur les résultats de trois groupes différents de réfugiés : les réfugiés pris en charge par le gouvernement, les réfugiés parrainés par le secteur privé et les réfugiés du Programme d’octroi de l’asile au Canada. Certaines études antérieures ont montré des écarts considérables en ce qui concerne les résultats socioéconomiques entre les réfugiés, en fonction du programme d’entrée, au moins au cours des premières années suivant l’arrivée au Canada (Beiser, 2003; IRCC, 2016). Cependant, l’évolution des différences en matière de résultats sur le marché du travail par type de programme lorsque les réfugiés demeurent plus longtemps au Canada n’a pas été examinée attentivement dans ces études.

2 Recherches antérieures

Quelques études canadiennes ont porté sur la rémunération et les résultats en matière d’emploi des réfugiés. La comparaison avec les immigrants du regroupement familial est le critère de référence le plus fréquent en ce qui concerne la rémunération des réfugiés. Différents chercheurs ont tiré des conclusions différentes. Certains, entre autres Aydemir (2011), ont conclu que les réfugiés gagnaient moins que les immigrants du regroupement familial, et c’était le cas de réfugiés de sexe masculin, selon Abbott et Beach (2011). D’autres, notamment Bevelander et Pendakur (2012), ont conclu que les réfugiés gagnaient plus,  et, dans le cas de réfugiés de sexe féminin,  Abbott et Beach (2011) ont tiré les mêmes conclusions. Selon DeVoritz et Pivnenko (2004), les deux groupes avaient environ la même rémunération. Cependant, toutes les études ont comparé les réfugiés en tant que groupe aux immigrants du regroupement familial en tant que groupe. Aucune étude n’a  porté sur des réfugiés provenant de pays particuliers.

Un certain nombre d’études, notamment celle d’Abbott et Beach (2011), ont montré que, même si les réfugiés avaient souvent une rémunération inférieure à celle des immigrants de la catégorie économique ou du regroupement familial au cours des premières années après l’arrivée au Canada, la croissance de la rémunération de ceux-ci a été constamment la plus élevée au cours de la première décennie passée au Canada. La rémunération a convergé énormément parmi les catégories d’immigrants au cours de la première décennie ou des autres décennies passées au Canada. Ce résultat a aussi été observé dans les documents produits par De Silva (1997 ), Li (2003) et Abbott et Beach (2008).

La pauvreté chez certains réfugiés, particulièrement ceux ayant de mauvais résultats en matière d’emploi, est considérée comme un problème. DeVoritz et Pivnenko (2004) ont conclu que la pauvreté économique était endémique et qu’elle représentait un problème croissant pour les réfugiés. Le sort des réfugiés au Canada dépendait, en fin de compte, de leurs perspectives d’emploi. Seulement 52 % des réfugiés de l’échantillon âgés de 20 à 64 ans ont trouvé un emploi. Le rendement de la population de réfugiés en matière de rémunération était donc bimodal.

L’étude de Bevelander et Pendakur (2012) fait partie des rares documents qui ont porté sur les résultats concernant des réfugiés de différents pays. Les auteurs ont conclu que les résultats sur le marché du travail différaient beaucoup parmi les réfugiés de quatre pays étudiés. Dans un rapport récent du gouvernement, Painter et Kokallaj (2017) ont fourni un aperçu statistique général des groupes de réfugiés des 17 pays comptant le plus grand nombre d’anciens réfugiés en 2011, selon l’Enquête nationale auprès des ménages de 2011. Ils ont comparé les caractéristiques démographiques (c.-à-d. l’âge moyen et les catégories de réfugiés) et les résultats socioéconomiques de ces groupes de réfugiés en ce qui a trait au faible revenu, au niveau de scolarité, à l’emploi et au chômage ainsi qu’au niveau de compétence professionnelle. Le rapport avait pour objectif de présenter une analyse brève et descriptive à l’aide d’indicateurs complets. On n’a aucunement tenté de tenir compte des différences en ce qui concerne la durée de la résidence au Canada parmi ces groupes ou de la mesure dans laquelle les différences sur le plan des caractéristiques sociodémographiques pouvaient expliquer les différences associées aux résultats sur le marché du travail de ces groupes.

D’autres études ont porté sur un groupe de réfugiés particulier. Pendakur (2017), qui a mis  l’accent sur des immigrants de l’Afghanistan, particulièrement des réfugiés, a conclu que les réfugiés avaient de mauvais résultats sur le marché du travail par rapport à d’autres immigrants. Hou (2017) a montré que, malgré des niveaux très faibles de capital humain, les réfugiés vietnamiens au Canada ont affiché des taux d’emploi très élevés et, au fil du temps, ont comblé l’écart initial en matière de rémunération par rapport aux autres immigrants. Il a aussi souligné que leurs enfants avaient de meilleurs résultats en matière de rémunération et de scolarité que ceux des autres immigrants et de la population née au Canada.

En portant attention à la propriété d’une entreprise chez les immigrants en 2010, Green et coll. (2016) ont découvert que le travail autonome avait tendance à être légèrement plus fréquent chez les réfugiés par rapport aux immigrants de la catégorie économique et du regroupement familial et à la population née au Canada. Cependant, les réfugiés étaient moins susceptibles d’être propriétaires d’une compagnie privée constituée en personne morale, le deuxième type d’entreprise compris dans cette étude.  Picot et Ostrovsky (2017) ont conclu que le type d’entreprise qu’ils possèdent est la principale différence entre les réfugiés et les immigrants de la catégorie économique, non pas leur tendance à être propriétaires d’une entreprise. Les immigrants de la catégorie économique avaient tendance à avoir une entreprise dans les industries axées sur le savoir, tandis que les réfugiés avaient tendance à avoir une entreprise dans des secteurs où on trouve habituellement des immigrants, comme l’alimentation et l’hébergement, le commerce de détail, les taxis, l’entretien ménager et l’aménagement paysager. Cette différence était probablement associée, en partie, aux différences en ce qui concerne la scolarité.

Aux États-Unis, il existe relativement peu d’études portant sur les résultats en matière de rémunération et d’emploi des réfugiés au cours des premières années passées au pays. Cela s’explique principalement par les limites des données.

O’Connor (2010) a constaté des résultats plus faibles en matière d’emploi, de profession et de rémunération chez les réfugiés que chez les autres immigrants. C’était le cas pour les résultats non corrigés (réels) et corrigés, même si les différences étaient minimisées dans ce dernier cas. En suivant les résultats pour une période de 20 ans, Evans et Fitzgerald (2017) ont découvert que les réfugiés arrivés aux États-Unis avaient des niveaux de scolarité beaucoup plus bas et des compétences linguistiques moins bonnes que la population née au pays et, qu’au départ, ils accusaient des taux d’emploi moindres, avaient énormément recours à l’aide sociale et gagnaient peu. Les résultats s’amélioraient grandement, au fur et à mesure que les réfugiés passaient plus de temps aux États-Unis.

3 Données et méthodologie

La Base de données longitudinales sur les immigrants est la source principale de données de l’étude. Il s’agit d’un fichier de microdonnées longitudinales sur tous les immigrants (y compris les réfugiés) qui se sont établis au Canada depuis 1980 et qui ont produit au moins une déclaration de revenus. Le présent document a pour objectif de comparer les réfugiés de différents principaux pays d’origine qui ont obtenu le statut de résident permanent au Canada de 1980 à 2009. Les critères suivants ont été utilisés pour sélectionner les principaux pays d’origine dans le cadre de l’étude. Si le plus grand nombre de réfugiés venait d’un même pays pendant au moins un an ou si le nombre de réfugiés de ce pays dépassait 4 000 pendant trois années d’établissement consécutives, le pays faisait l’objet de l’analyse. Ainsi, 13 pays ont été sélectionnés (voir la liste fournie ci-dessus).

Pour chaque groupe, l’étude comprenait uniquement les réfugiés qui étaient devenus des immigrants reçus pendant la principale période d’arrivée (cohorte), c’est-à-dire toutes les années consécutives où le nombre de réfugiés dépassait 1 000. Les cohortes de réfugiés sélectionnées se situaient dans la période allant de 4 à 15 années après l’établissement, en fonction du pays d’origine (tableau 1). Le nombre de réfugiés venant de ces pays d’origine allait de 9 500 à 94 800. Pour examiner les résultats des réfugiés sur le marché du travail, l’étude a limité davantage l’échantillon pour ne tenir compte que des personnes qui se sont  établies au pays à l’âge de 20 à 49 ans et qui ont présenté une déclaration de revenus au moins à une reprise depuis l’établissement. La taille de l’échantillon variait donc de 6 965 à 57 185 personnes pour les pays sélectionnés.


Tableau 1
Nombre de réfugiés des principaux pays d’origine
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Nombre de réfugiés des principaux pays d’origine. Les données sont présentées selon Pays de naissance et principales
périodes d’arrivée (titres de rangée) et Établis au cours de la principale période d’arrivée , Établis entre
1980 et 2009, Nombre dans la période sélectionnée en pourcentage de la période entière, Établis à l’âge de
20 à 49 ans au cours de la période sélectionnée et Établis à l’âge de 20 à 49 ans
au cours de la période sélectionnée
et ayant présenté une déclaration de revenus au moins une fois, calculées selon nombre , pourcentage et nombre unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pays de naissance et principales
périodes d’arrivée
Établis au cours de la principale période d’arrivée Établis entre
1980 et 2009
Nombre dans la période sélectionnée en pourcentage de la période entière Établis à l’âge de
20 à 49 ans au cours de la période sélectionnée
Établis à l’âge de 20 à 49 ans
au cours de la période sélectionnée
et ayant présenté une déclaration de revenus au moins une fois
nombre pourcentage nombre
Viet Nam, Cambodge et Laos
De 1980 à 1994 94 830 95 820 99,0 57 210 57 185
Pologne
De 1981 à 1992 66 020 67 845 97,3 52 130 52 105
Sri Lanka
De 1992 à 2009 43 275 45 820 94,4 28 285 28 195
Ancienne Yougoslavie
De 1993 à 2001 40 090 41 555 96,5 24 560 24 515
Afghanistan
De 1995 à 2008 28 160 36 095 78,0 14 910 14 890
Iran
De 1988 à 1992; de 1995 à 2004 22 005 30 805 71,4 14 325 14 280
Iraq
De 1992 à 1997; de 2000 à 2001; de 2008 à 2009 16 685 25 860 64,5 10 535 10 515
Salvador
De 1983 à 1993 22 940 25 315 90,6 12 655 12 640
Colombie
De 2001 à 2009 23 440 24 635 95,1 14 945 14 900
Éthiopie
De 1988 à 1993 9 540 23 800 40,1 7 880 7 875
Somalie
De 1991 à 1995; de 1998 à 2000 11 725 20 815 56,3 7 010 6 965
Pakistan
De 2000 à 2007 13 115 19 820 66,2 7 490 7 465
Chine
De 2002 à 2007 10 850 18 550 58,5 7 405 7 380
Nombre total 402 675 476 735 84,5 259 340 258 910

En ce qui concerne la rémunération, l’étude porte sur la rémunération annuelle 1 an, 5 ans, 10 ans et 15 ans après l’obtention de la résidence permanente au Canada. La rémunération annuelle moyenne des réfugiés venant d’un pays donné a été comparée à la rémunération des immigrants de trois catégories : 1) tous les réfugiés des 13 pays examinés dans le cadre de l’étude; 2) les immigrants du regroupement familial arrivant au pays au cours des mêmes années que la cohorte de réfugiés; 3) les immigrants de la catégorie économique arrivant au cours de la même période. Une rémunération annuelle moyenne a été produite pour les réfugiés ainsi que pour les immigrants du regroupement familial et de la catégorie économique pour une période allant jusqu’à 15 ans après l’arrivée au Canada. En outre, des estimations corrigées et non corrigées de la rémunération au cours des 15 années suivant l’arrivée au Canada ont été produites pour chaque groupe de réfugiés sélectionné. Les estimations corrigées tiennent compte des différences en ce qui concerne les caractéristiques observables et la conjoncture économique et sont basées sur les modèles de régression linéaire décrits ci-dessous. Deux modèles différents ont été exécutés pour faciliter la comparaison de la rémunération, tout d’abord parmi les réfugiés des 13 pays différents, puis entre les réfugiés d’un des 13 pays et les immigrants du regroupement familial ou de la catégorie économique arrivés au cours de la même période.

Pour la première comparaison, l’échantillon était constitué de réfugiés âgés de 20 à 49 ans venant de 13 pays. Pour éviter qu’un seul groupe domine les estimations du modèle, des poids ont été attribués, afin que chaque groupe fournisse le même nombre pondéré d’observations (réfugiés) dans le modèleNote . La variable dépendante est le niveau de rémunération annuelle de chaque personne. Les variables explicatives comprennent les suivantes :

Le modèle 1 ne comprend que les termes constants, les variables nominales pour le pays d’origine, le nombre d’années depuis l’établissement, le nombre d’années depuis l’établissement au carré et les interactions entre le nombre d’années depuis l’établissement et le pays d’origine. Ce modèle a été utilisé pour évaluer la rémunération non corrigée.

Le modèle 2 ajoute les caractéristiques du capital humain, le type de programme et la conjoncture économique régionale au modèle 1. Ce modèle a été utilisé pour évaluer la rémunération corrigée, en supposant que chaque groupe de réfugiés avait les mêmes valeurs en ce qui concerne les variables de contrôle. Les modèles ont été exécutés séparément pour les hommes et les femmes.

Pour chaque groupe de réfugiés, deux écarts différents en matière de rémunération (différences) ont été évalués : l’écart non corrigé, qui est la différence en matière de rémunération moyenne non corrigée entre les réfugiés d’un pays donné et les réfugiés des 13 pays; et l’écart corrigé, qui est produit de la même façon, au moyen de la rémunération corrigée. Pour tout groupe de réfugiés donné, la différence entre les écarts corrigés et les écarts non corrigés est une estimation de la mesure dans laquelle l’écart non corrigé en matière de rémunération est pris en considération dans les différences en ce qui concerne les caractéristiques observables comprises dans la régression.

Une deuxième comparaison a été faite entre chaque groupe de réfugiés (pays d’origine) et les immigrants du regroupement familial arrivés au cours des mêmes années que le groupe de réfugiés. En outre, une comparaison semblable a été faite entre chaque groupe de réfugiés et les immigrants de la catégorie économique arrivés au cours des mêmes années. La population a été restreinte aux personnes âgées de 20 à 49 ans au moment de l’arrivée. La variable dépendante était la rémunération annuelle de la personne i MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aaatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiVu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaaeaaaaaaaaa8 qacaWGPbaaaa@3704@ . Les variables explicatives comprennent les suivantes :

Le modèle A comprend les termes constants et les variables nominales pour la catégorie d’immigrants (c.-à-d. le groupe de réfugiés visé, les immigrants de la catégorie économique et du regroupement familial et les autres réfugiés), le nombre d’années depuis l’établissement et le nombre d’années depuis l’établissement au carré ainsi que l’interaction entre la catégorie d’immigrants et le nombre d’années depuis l’établissement, et celles au carré. Ce modèle a servi à évaluer la rémunération annuelle non corrigée pour les quatre catégories d’immigrants lors de différentes années après l’immigration.

Le modèle B ajoute l’âge au moment de l’immigration, le niveau de scolarité, la langue officielle et la conjoncture économique régionale au modèle A. Ce modèle a servi à évaluer la rémunération annuelle corrigée, qui tient compte des différences entre les catégories d’immigrants dans les variables de contrôle.

Les modèles ont été exécutés séparément pour les hommes et les femmes pour chacun des 13 groupes de réfugiés sélectionnés visés par l’analyse. Un total de 26 régressions ont été faites. L’échantillon des régressions données était constitué de toutes les immigrantes ou de tous les immigrants de sexe masculin (y compris les réfugiés) qui sont arrivés au Canada au cours des années d’arrivée couvertes par le groupe de réfugiés et qui ont présenté une déclaration de revenus une année donnée au cours de la période d’observation.

L’écart en matière de rémunération non corrigée et de rémunération corrigée entre, disons, les réfugiés venant d’un pays particulier et les immigrants du regroupement familial a été calculé. La différence entre l’écart non corrigé et l’écart corrigé en matière de rémunération est une estimation de la mesure dans laquelle les différences relatives aux caractéristiques observables et la conjoncture économique expliquent l’écart non corrigé en matière de rémunération entre les deux groupes ou en tiennent compte.

Tout comme c’est le cas aussi pour la rémunération, la proportion de la cohorte de réfugiés ayant un emploi (ayant une rémunération positive) est estimée jusqu’à un maximum de 10 ans après l’arrivée au Canada. Il s’agit tout simplement du nombre de réfugiés arrivés au cours de l’année  X MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiFu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaamiwaaaa@36C4@ qui ont un emploi Y MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiFu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaamywaaaa@36C5@ années plus tard, divisé par le nombre total de réfugiés venant de ce pays qui sont arrivés au cours de l’année X MathType@MTEF@5@5@+= feaagKart1ev2aqatCvAUfeBSjuyZL2yd9gzLbvyNv2CaerbuLwBLn hiov2DGi1BTfMBaeXatLxBI9gBaerbd9wDYLwzYbItLDharqqtubsr 4rNCHbGeaGqiFu0Je9sqqrpepC0xbbL8F4rqqrFfpeea0xe9Lq=Jc9 vqaqpepm0xbba9pwe9Q8fs0=yqaqpepae9pg0FirpepeKkFr0xfr=x fr=xb9adbaqaaeGaciGaaiaabeqaamaabaabaaGcbaGaamiwaaaa@36C4@ . Ces résultats ont été évalués pour les réfugiés d’un pays donné qui sont arrivés au cours d’une année donnée. Les résultats ont été regroupés pour toutes les années d’arrivée comprises dans la cohorte, afin d’obtenir des estimations pour l’ensemble de la cohorte arrivée d’un pays. Les résultats ont été produits séparément pour les hommes et les femmes.

4 Résultats

4.1 Caractéristiques des réfugiés et des autres immigrants

Les différences entre les groupes de réfugiés en ce qui concerne les caractéristiques observables associées à la rémunération pourraient expliquer, en partie ou en totalité, l’écart en matière de rémunération entre différents groupes. Tout particulièrement, les différences en ce qui concerne le niveau de scolarité et la langue parlée au moment de l’établissement peuvent avoir des effets importants. Les caractéristiques des réfugiés de divers pays différaient beaucoup (tableau 2). Les réfugiés du Viet Nam, du Cambodge et du Laos, du Sri Lanka, de l’Éthiopie, du Salvador, de la Somalie et de la Chine affichaient des niveaux de scolarité plutôt bas. Moins de 10 % d’entre eux avaient un grade universitaire. Les réfugiés de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne, de la Colombie et du Pakistan affichaient des niveaux relativement élevés : de 18 % à 26 % d’entre eux avaient un grade universitaire. La variation en ce qui concerne la langue était aussi importante. Plus de 70 % des réfugiés des pays suivants ne parlaient ni l’anglais ni le français au moment de l’établissement : l’ancienne Yougoslavie, la Pologne, le Viet Nam, le Cambodge et le Laos ainsi que le Salvador. En revanche, ceux du Sri Lanka, de la Somalie et du Pakistan affichaient des taux très élevés de maîtrise de l’anglais en particulier : plus des trois quarts d’entre eux parlaient cette langue au moment de l’établissement. Seuls les réfugiés du Viet Nam, du Cambodge et du Laos affichaient des niveaux de scolarité bas et une faible proportion de locuteurs de langue anglaise ou française. Cependant, ces réfugiés réussissaient bien sur le plan économique.


Tableau 2
Caractéristiques des réfugiés des principaux pays d’origine qui sont devenus des résidents permanents au Canada
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Caractéristiques des réfugiés des principaux pays d’origine qui sont devenus des résidents permanents au Canada Ancienne Yougoslavie, Pologne , Colombie , Viet Nam, Cambodge et Laos, Salvador, Sri Lanka , Iran , Éthiopie, Iraq , Somalie , Afghanistan, Pakistan, Chine et Dans l’ensemble , calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Ancienne Yougoslavie Pologne Colombie Viet Nam, Cambodge et Laos Salvador Sri Lanka Iran Éthiopie Iraq Somalie Afghanistan Pakistan Chine Dans l’ensemble
pourcentage
Sexe
Hommes 52,0 61,4 48,3 59,6 55,4 61,4 60,5 60,5 61,2 48,9 50,7 60,2 51,3 57,7
Femmes 48,0 38,6 51,7 40,4 44,6 38,6 39,5 39,5 38,8 51,1 49,3 39,8 48,7 42,3
Âge au moment de l’établissement
De 20 à 29 ans 35,4 45,6 34,8 66,6 48,6 44,1 44,1 75,8 45,5 59,2 43,7 35,3 30,4 49,0
De 30 à 39 ans 42,9 43,5 36,2 25,5 36,8 37,4 38,7 21,0 37,1 31,6 33,4 39,6 36,9 35,6
De 40 à 49 ans 21,7 10,9 29,0 7,9 14,6 18,5 17,2 3,1 17,4 9,2 23,0 25,1 32,7 15,4
Niveau de scolarité au moment de l’établissement
Sans diplôme d’études secondaires 10,7 3,5 18,4 61,2 39,9 11,5 13,2 19,5 35,1 24,6 32,3 22,4 40,9 26,6
Études secondaires 38,7 29,3 38,4 31,8 38,2 72,2 61,9 62,0 32,9 57,3 38,6 38,1 35,9 41,0
Études postsecondaires partielles 32,4 47,3 17,4 4,9 16,3 12,2 13,8 13,1 15,5 9,3 13,5 13,2 17,1 20,5
Études universitaires ou plus 18,1 19,9 25,8 2,0 5,6 4,1 11,1 5,4 16,5 8,7 15,6 26,2 6,1 11,9
Langue officielle au moment de l’établissement
Anglais seulement 25,7 19,4 48,5 12,9 14,5 85,1 50,1 52,1 33,7 76,8 30,6 77,3 54,1 35,3
Français seulement 2,3 1,1 3,2 2,0 2,3 0,1 1,7 1,4 0,3 2,8 0,7 0,0 0,0 1,4
Anglais et français 1,6 0,9 1,4 1,2 0,6 0,3 1,4 1,8 0,6 1,7 5,8 0,4 0,0 1,3
Ni l’anglais ni le français 70,4 78,6 46,9 83,9 82,5 14,5 46,8 44,6 65,3 18,6 62,9 22,2 45,5 62,0
Catégorie de réfugiés
Pris en charge par le gouvernement 80,1 28,7 38,2 56,4 81,6 0,4 43,0 37,6 47,1 11,5 49,4 2,0 0,9 40,7
Parrainés par le secteur privé 14,7 71,0 4,0 43,6 7,5 1,0 8,7 56,6 43,1 7,9 35,8 0,3 0,0 32,3
Établis au Canada 4,8 0,2 52,6 0,0 10,5 86,5 44,0 5,7 9,2 79,4 12,9 74,9 68,3 23,4
Personnes à charge 0,4 0,2 5,3 0,0 0,4 12,1 4,3 0,0 0,6 1,2 1,8 22,8 30,6 3,6

Dans l’ensemble, le niveau de scolarité des réfugiés est inférieur à celui des immigrants du regroupement familial et, plus particulièrement, celui des immigrants de la catégorie économique. Les réfugiés auraient ainsi une rémunération inférieure à celle observée au sein des autres groupes. Environ 12 % des réfugiés venant des 13 pays (regroupés) avaient un grade universitaire à leur arrivée au Canada, par rapport à 25 % des immigrants du regroupement familial qui sont arrivés au Canada au cours des mêmes années que les groupes de réfugiés sélectionnés, et 51 % des immigrants de la catégorie économique (tableau non illustré). En outre, environ 32 % des réfugiés avaient fait certaines études postsecondaires, par rapport à 43 % des immigrants du regroupement familial et à 72 % des immigrants de la catégorie économique.

La différence en ce qui concerne la capacité de parler l’anglais ou le français au moment de l’arrivée entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial et de la catégorie économique était importante. Une proportion beaucoup plus petite de réfugiés (38 %) parlait anglais ou français par rapport aux immigrants du regroupement familial (61 %) et de la catégorie économique (78 %) qui sont arrivés au cours des mêmes années.

4.2 Taux d’emploi

Par taux d’emploi pour un groupe de réfugiés, on entend le nombre de réfugiés ayant une rémunération positive au cours d’une année donnée après l’arrivée au Canada, divisé par le nombre de réfugiés appartenant à cette cohorte de réfugiés particulière lorsqu’ils sont arrivés. Par exemple, le taux d’emploi chez les réfugiés polonais 1 an après leur arrivée au Canada est le nombre de réfugiés de ce pays ayant une rémunération positive 1 an après l’arrivée, divisé par la taille de la cohorte de réfugiés polonais entrant au pays. Le taux comprend toute personne qui avait un emploi à titre de salarié ou qui était travailleur autonome à tout moment au cours de l’année. À part quelques exceptions, le taux d’emploi des réfugiés venant de la plupart des pays a augmenté au fur et à mesure que le nombre d’années passées au Canada augmentait (tableau 3). Les réfugiés de sexe masculin de la plupart des régions affichaient un taux d’emploi plutôt élevé, 5 ans après l’arrivée au Canada; le taux d’emploi des réfugiés de 7 pays sur 13 était de 75 % ou plus. Les réfugiés de sexe masculin de l’Iran (56 %) et de la Somalie (44 %) affichaient les taux les plus bas.

Le taux d’emploi était plus bas chez les femmes réfugiées. Les réfugiées de quatre pays affichaient des taux d’emploi de 65 % ou moins 5 ans après être devenues résidentes permanentes au Canada. Les réfugiées de cinq autres pays affichaient des taux d’emploi allant de 46 % à 56 %. Celles qui venaient de l’Iraq, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Somalie affichaient les taux d’emploi les plus faibles 5 ans après leur arrivée au Canada. Seulement environ 1 femme d’origine somalienne sur 5 travaillait à un moment donné au cours de la cinquième année suivant l’arrivée au Canada.


Tableau 3
Pourcentage de réfugiés obtenant une rémunération, selon le nombre d'années depuis l’établissement, le sexe et le principal pays d’origine
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Pourcentage de réfugiés obtenant une rémunération. Les données sont présentées selon Pays d’origine et sexe (titres de rangée) et Nombre d'années depuis l’établissement, 1, 5 et 10, calculées selon pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pays d’origine et sexe Nombre d'années depuis l’établissement
1 5 10
pourcentage
Ancienne Yougoslavie
Hommes 56,7 80,4 77,7
Femmes 38,9 72,1 73,2
Pologne
Hommes 84,0 75,0 73,5
Femmes 69,8 64,5 68,3
Colombie
Hommes 64,1 76,5 70,1
Femmes 45,1 65,8 67,9
Viet Nam, Cambodge et Laos
Hommes 58,8 75,2 71,7
Femmes 43,9 55,7 53,8
Salvador
Hommes 68,4 71,1 68,5
Femmes 47,1 51,4 57,2
Sri Lanka
Hommes 76,9 80,8 79,7
Femmes 36,5 53,6 58,5
Iran
Hommes 47,6 55,9 58,8
Femmes 28,6 47,5 54,3
Éthiopie
Hommes 69,2 62,5 61,8
Femmes 51,4 46,5 52,8
Iraq
Hommes 58,6 64,6 58,8
Femmes 30,0 37,9 38,3
Somalie
Hommes 45,2 44,0 41,5
Femmes 18,2 21,4 30,3
Afghanistan
Hommes 57,1 67,0 67,1
Femmes 27,2 39,1 42,8
Pakistan
Hommes 71,6 74,7 74,4
Femmes 31,4 37,9 35,4
Chine
Hommes 76,8 81,6 80,8
Femmes 66,3 73,0 74,3

La même tendance générale a été observée chez les hommes et les femmes en ce qui concerne les taux d’emploi (tableau 3), 10 ans après l’arrivée au Canada.

En fonction de leur culture et de leurs besoins financiers, les femmes des groupes de réfugiés au sein desquels le taux d’emploi des hommes est élevé pourraient choisir de ne pas travailler. En revanche, les taux d’emploi chez les femmes pourraient être plus élevés parmi les groupes où les hommes sont incapables de trouver un emploi. Cela n’était cependant pas le cas. Les groupes de réfugiés affichant des taux d’emploi élevés chez les hommes avaient tendance à afficher des taux élevés chez les femmes. En revanche, les groupes ayant des taux d’emploi faibles chez les hommes avaient tendance à afficher des niveaux d’emploi faibles chez les femmes (tableau 3). Au sein des 13 groupes, le coefficient de corrélation entre les taux d’emploi chez les hommes et les femmes, 5 ans après l’arrivée au Canada, était de 0,8Note . Dans la mesure où les hommes et les femmes se marient au sein des groupes de réfugiés, ce degré élevé de corrélation entre les taux d’emploi des hommes et des femmes exacerberait les taux de revenu plus faibles et l’inégalité économique entre les groupes de réfugiés.

La variation parmi les groupes était plus grande en ce qui concerne les taux d’emploi des femmes par rapport à ceux des hommes. Cinq années après l’arrivée au Canada, les hommes du groupe affichant le taux d’emploi le plus élevé (ceux de l’ancienne Yougoslavie) avaient un taux 1,8 fois supérieur à celui du groupe affichant le taux le plus bas (ceux de la Somalie). Chez les femmes, le taux entre ces deux mêmes groupes variait en fonction d’un facteur de 3,4. En moyenne, le taux d’emploi chez les hommes des 13 groupes était de 70 % (non pondéré) et l’écart-type était de 10; chez les femmes, le taux d’emploi était en moyenne de 51 % et l’écart-type, de 15. Cette grande variation des taux d’emploi entre les réfugiées de différents pays est un aspect important de la variation globale observée  dans les résultats économiques des familles de réfugiés.

4.3 Rémunération

4.3.1 Différence en matière de rémunération entre les réfugiés des 13 pays d’origine

Les données non corrigées (brutes) sur la rémunération permettent de faire un certain nombre d’observations intéressantes.

Premièrement, comme c’est le cas du taux d’emploi, l’écart en matière de rémunération entre les 13 groupes de réfugiés était énorme. Une décennie après être arrivés au Canada, les réfugiés de sexe masculin ayant un emploi affichaient une rémunération annuelle moyenne allant d’environ 45 000 $ dans le cas des trois groupes de la tranche supérieure (c.-à-d. ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne et de la Colombie) à moins de 28 500 $ dans le cas des quatre groupes de pays d’origine de la tranche la plus basse (c.-à-d. ceux de la Somalie, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine). Dans le tableau 4, les groupes sont classés en fonction de la rémunération moyenne des réfugiés de sexe masculin 15 ans après l’arrivée au Canada. Les réfugiés des trois groupes ayant la rémunération la plus élevée gagnaient, en moyenne, 1,9 fois plus que les réfugiés des trois groupes ayant la rémunération la plus faible (tableau 4). La rémunération était moindre chez les réfugiées. Les réfugiées affichaient une rémunération moyenne de 19 100 $, par rapport à 27 000 $ dans le cas des hommes des 13 groupes 5 ans après leur arrivée. Cependant, l’écart était semblable.


Tableau 4
Rémunération moyenne des réfugiés, des immigrants du regroupement familial et des immigrants de la catégorie économique âgés de 20 à 49 ans au moment de l’établissement, selon le nombre d’années depuis l’établissement, le principal pays d’origine et le sexe
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Rémunération moyenne des réfugiés. Les données sont présentées selon Pays d’origine et sexe (titres de rangée) et Réfugiés , Immigrants du regroupement familial, Immigrants de la catégorie économique, Nombre d’années depuis l’établissement , Ratio (de la 15année à la 1 année), Ratio (de la 15 année à la 1 année), 1 , 5 , 10 et 15 , calculées selon en milliers de dollars unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pays d’origine et sexe Réfugiés Immigrants du regroupement familialTableau 4 Note 1 Immigrants de la catégorie économiqueTableau 4 Note 2
Nombre d’années depuis l’établissement Ratio (de la 15e année à la 1re année) Nombre d’années depuis l’établissement Ratio (de la 15e année à la 1re année) Nombre d’années depuis l’établissement Ratio (de la 15e année à la 1re année)
1 5 10 15 1 5 10 15 1 5 10 15
en milliers de dollars
Ancienne Yougoslavie
Hommes 19,26 37,50 45,81 52,96 2,75 25,19 36,12 42,82 46,27 1,84 35,32 50,41 60,42 65,36 1,85
Femmes 11,49 24,74 33,34 40,42 3,52 16,60 23,14 28,82 33,11 1,99 20,79 30,81 39,48 43,55 2,09
Pologne
Hommes 24,28 36,68 46,44 52,78 2,17 25,40 35,01 43,35 49,83 1,96 40,32 48,11 57,84 65,90 1,63
Femmes 13,86 23,80 32,37 38,37 2,77 17,40 23,26 29,19 34,18 1,96 22,25 28,81 35,06 39,79 1,79
ColombieTableau 4 Note 3
Hommes 23,10 33,62 44,69 51,41 2,23 28,68 39,39 45,98 48,73 1,70 35,41 51,34 62,61 67,81 1,91
Femmes 15,47 22,77 30,27 36,49 2,36 17,89 24,58 30,28 32,69 1,83 22,66 33,23 42,38 46,12 2,04
Viet Nam, Cambodge et Laos
Hommes 18,77 28,64 35,25 38,83 2,07 24,66 34,98 43,08 48,84 1,98 39,18 48,86 58,14 65,65 1,68
Femmes 14,14 20,86 24,36 26,53 1,88 16,98 23,06 28,78 33,71 1,99 21,74 28,64 34,96 39,92 1,84
Salvador
Hommes 16,04 25,38 32,04 38,15 2,38 24,73 34,47 42,87 49,29 1,99 38,14 46,69 56,92 65,33 1,71
Femmes 10,49 17,31 22,70 26,82 2,56 17,07 23,14 28,96 34,03 1,99 21,94 28,86 35,24 40,31 1,84
Sri Lanka
Hommes 26,48 31,44 34,97 38,06 1,44 26,56 37,47 43,60 46,62 1,76 35,62 50,97 61,17 65,31 1,83
Femmes 14,78 18,53 21,86 25,08 1,70 17,20 23,85 29,23 33,22 1,93 21,94 32,05 40,08 43,20 1,97
Iran
Hommes 15,70 22,75 31,54 36,12 2,30 25,80 35,92 43,85 47,39 1,84 34,80 49,46 60,74 64,79 1,86
Femmes 11,35 18,98 26,12 31,18 2,75 17,06 23,56 29,56 33,68 1,97 21,29 31,27 39,92 42,81 2,01
Éthiopie
Hommes 17,30 22,11 29,59 33,38 1,93 23,48 32,80 42,38 47,69 2,03 35,93 44,67 56,35 63,86 1,78
Femmes 12,16 17,16 22,43 27,47 2,26 16,79 22,66 28,80 33,61 2,00 22,03 28,54 35,60 40,59 1,84
Iraq
Hommes 17,82 26,78 30,27 31,83 1,79 24,92 36,55 42,55 46,19 1,85 35,49 50,82 59,81 64,34 1,81
Femmes 12,43 17,79 23,36 25,48 2,05 16,61 23,34 28,57 32,94 1,98 21,86 31,32 38,56 41,83 1,91
Somalie
Hommes 15,67 20,16 27,05 31,06 1,98 23,75 34,61 42,22 46,67 1,97 36,14 49,65 60,05 65,90 1,82
Femmes 12,55 16,46 20,59 23,56 1,88 16,35 22,82 28,70 33,35 2,04 21,14 29,89 38,39 42,93 2,03
Afghanistan
Hommes 16,94 23,38 28,46 29,11 1,72 27,84 38,29 44,50 46,82 1,68 35,54 51,11 61,86 65,64 1,85
Femmes 11,00 16,77 20,79 23,33 2,12 17,57 24,14 29,73 33,49 1,91 21,91 32,47 41,20 44,49 2,03
PakistanTableau 4 Note 3
Hommes 19,45 22,43 23,99 28,11 1,45 28,87 38,89 45,34 47,40 1,64 34,87 50,61 62,52 68,74 1,97
Femmes 12,59 16,27 17,97 20,02 1,59 17,86 24,41 30,24 33,82 1,89 21,82 32,83 42,44 47,47 2,18
ChineTableau 4 Note 3
Hommes 17,08 20,41 22,02 22,76 1,33 28,93 39,18 46,50 46,74 1,62 34,90 51,12 63,54 65,91 1,89
Femmes 15,32 17,71 19,43 19,75 1,29 17,91 24,69 30,49 31,63 1,77 21,98 33,19 42,51 44,93 2,04

Deuxièmement, les groupes de réfugiés qui affichaient des taux d’emploi élevés avaient aussi tendance à avoir une rémunération plus élevée, tandis que les groupes ayant des taux d’emploi faibles avaient tendance à avoir une rémunération moindre. Les réfugiés de sexe masculin venant de la Somalie, de l’Iran et de l’Éthiopie affichaient des taux d’emploi et une rémunération faibles parmi les personnes occupées, tout comme les réfugiées du Pakistan, de l’Afghanistan, de l’Iraq et de la Somalie (graphique 2). Il y avait une exception importante, c’est-à-dire les réfugiés de Chine; ils affichaient une rémunération très faible 5 ans après leur arrivée au Canada, mais le taux d’emploi le plus élevé. Ils avaient une très forte propension à travailler, mais occupaient principalement des emplois à faible revenu. À l’exclusion des réfugiés chinois, la corrélation entre le taux d’emploi et la rémunération moyenne 5 ans après l’arrivée parmi les 12 groupes était de 0,73 chez les hommes et de 0,88 chez les femmes. Ces corrélations élevées peuvent être attribuables au fait que les différences associées aux caractéristiques du capital humain des réfugiés ont une incidence sur la capacité de trouver un emploi et la rémunération offerte. Cependant, comme il est expliqué plus loin, la différence entre les groupes en ce qui concerne les caractéristiques du capital humain expliquait relativement peu l’écart sur le plan des résultats en matière de rémunération.

graphique 2

Tableau de données du graphique 2 
Tableau de données du graphique 2
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphique 2. Les données sont présentées selon Principaux pays d’origine, selon le sexe et l’âge au moment de l’établissement (titres de rangée) et Cinq années écoulées depuis l’établissement, Rémunération annuelle et Taux d'emploi, calculées selon en millier de dollars et pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Principaux pays d’origine, selon le sexe et l’âge au moment de l’établissement Cinq années écoulées depuis l’établissement
Rémunération annuelle Taux d'emploi
en millier de dollars pourcentage
Hommes âgés de 20 à 49 ans au moment de l’établissement
Ancienne Yugoslavie 37,5 80,4
Pologne 36,7 75,0
Colombie 33,6 76,5
Viet Nam, Cambodge et Laos 28,6 75,2
Salvador 25,4 71,1
Sri Lanka 31,4 80,8
Iran 22,8 55,9
Éthiopie 22,1 62,5
Iraq 26,8 64,6
Somalie 20,2 44,0
Afghanistan 23,4 67,0
Pakistan 22,4 74,7
Chine 20,4 81,6
Femmes âgées de 20 à 49 ans au moment de l’établissement
Ancienne Yugoslavie 24,7 72,1
Pologne 23,8 64,5
Colombie 22,8 65,8
Viet Nam, Cambodge et Laos 20,9 55,7
Salvador 17,3 51,4
Sri Lanka 18,5 53,6
Iran 19,0 47,5
Éthiopie 17,2 46,5
Iraq 17,8 37,9
Somalie 16,5 21,4
Afghanistan 16,8 39,1
Pakistan 16,3 37,9
Chine 17,7 73,0

Une des façons directes d’évaluer l’effet de ces corrélations élevées sur les différences entre les groupes consiste à déterminer le revenu d’emploi par personne de chaque groupe de réfugiés, plutôt que le revenu d’emploi de chaque personne ayant un emploi. La rémunération moyenne par personne âgée de 20 à 64 ans est tout simplement le taux d’emploi multiplié par la rémunération moyenne. En raison de la rémunération moyenne par adulte, les réfugiés de sexe masculin des trois pays de la tranche supérieure, soit l’ancienne Yougoslavie, la Pologne et la Colombie, disposaient de 2,3 fois plus de ressources économiques attribuables à un emploi par rapport à ceux des trois régions de la tranche la plus basse, soit la Somalie, l’Afghanistan et l’Iran. Chez les femmes, cette différence était trois fois plus élevéeNote . Plus particulièrement, les réfugiés d’origine somalienne avaient accès à des niveaux de revenus tirés d’un emploi extrêmement faibles, soit 8 800 $ par homme adulte et 3 500 $ par femme adulte, 5 ans après l’arrivée au Canada, et 11 000 $ par homme et 6 100 $ par femme, 10 ans après l’arrivée.

Troisièmement, comme c’était le cas pour le taux d’emploi, la rémunération des réfugiés de sexe masculin et de sexe féminin des mêmes pays était fortement corrélée. Les groupes affichant une rémunération faible chez les hommes avaient tendance à afficher une rémunération faible chez les femmes. Le coefficient de corrélation entre la rémunération moyenne des hommes et des femmes parmi les 13 groupes était supérieur à 0,9, 5 ans et 10 ans après l’arrivée. Il existe peu de données probantes montrant que la rémunération des femmes contrebalance d’une quelconque manière la faible rémunération des hommes. Cette corrélation élevée aurait tendance à exacerber la pauvreté chez les groupes de réfugiés ayant une faible rémunération. La même tendance a été observée plus tôt en ce qui concerne les taux d’emploi. Parmi les groupes, la corrélation élevée entre les résultats économiques des hommes et des femmes ferait en sorte que les niveaux d’emploi et de rémunération élevés seraient concentrés dans certains groupes et que les niveaux faibles seraient accentués dans d’autres groupes.

Quatrièmement, comme c’est le cas de presque tous les immigrants, la rémunération annuelle des réfugiés ayant un emploi a augmenté sensiblement, au fur et à mesure que les années passées au Canada augmentaient (graphique 3). La rémunération moyenne de réfugiés de certains pays ayant un emploi a augmenté à un taux élevé. La rémunération a plus que doublé chez les réfugiés de sexe masculin de 6 pays parmi les 13 étudiés (c.-à-d. l’ancienne Yougoslavie, la Pologne, la Colombie, le Viet Nam, le Cambodge et le Laos, le Salvador et l’Iran) au cours des 15 premières années suivant leur arrivée au Canada (tableau 4). Cette croissance rapide de la rémunération annuelle n’a pas été observée chez les immigrants de sexe masculin du regroupement familial et de la catégorie économique qui étaient arrivés au cours de la même période que les groupes de réfugiés; aucun immigrant n’a vu sa rémunération plus que doubler au cours des 15 années suivant son arrivée au Canada. La situation était semblable pour les réfugiées; la rémunération a plus que doublé chez les femmes de 8 des 13 pays au cours des 15 premières années. Encore une fois, il s’agit d’une situation qui n’a pas été observée chez les immigrantes du regroupement familial. Ce résultat a été observé dans des études antérieures, comme celle d’Abbott et Beach (2011). Évidemment, la rémunération n’a pas augmenté aussi rapidement chez les réfugiés de certains pays que chez les immigrants du regroupement familial et de la catégorie économique arrivés au même moment. Cette situation était particulièrement vraie pour les réfugiés, autant ceux de sexe masculin que de sexe féminin, du Sri Lanka, du Pakistan et de la Chine (tableau 4).

graphique 3

Tableau de données du graphique 3 
Tableau de données du graphiquet 3
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Tableau de données du graphiquet 3. Les données sont présentées selon Nombre d'années depuis l’établissement (titres de rangée) et Pologne, Viet Nam, Iran, Iraq, Somalie et Pakistan, calculées selon en millier de dollars unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Nombre d'années depuis l’établissement Pologne Viet Nam Iran Iraq Somalie Pakistan
en millier de dollars
Hommes âgés de 20 à 49 ans au moment de l’établissement
1 24,3 18,8 15,7 17,8 15,6 19,5
2 29,4 23,6 18,2 21,5 16,9 20,9
3 32,4 25,3 19,7 23,6 17,8 21,7
4 34,5 27,1 21,1 25,3 19,1 22,1
5 36,7 28,6 22,7 26,8 20,2 22,4
6 38,9 30,0 24,4 26,8 22,0 23,1
7 41,3 31,4 27,3 27,4 23,5 23,8
8 43,1 33,4 28,0 28,4 25,4 24,1
9 44,9 34,7 29,7 29,4 26,7 24,2
10 46,4 35,3 31,5 30,3 27,0 24,0
11 48,2 35,7 32,2 30,7 27,4 24,3
12 49,3 36,4 33,7 30,9 29,4 25,2
13 50,6 37,6 35,2 31,0 29,7 25,9
14 51,5 38,7 35,0 31,3 30,2 28,1
15 52,8 38,8 36,1 31,6 31,1 Note ..: indisponible pour une période de référence précise
Femmes âgées de 20 à 49 ans au moment de l’établissement
1 13,9 14,1 11,4 12,4 12,5 12,6
2 17,6 17,4 13,2 14,6 13,7 14,1
3 19,8 18,8 15,3 15,9 15,3 15,0
4 22,0 19,8 17,0 16,9 15,7 15,8
5 23,8 20,9 19,0 17,8 16,5 16,3
6 25,7 21,5 20,5 19,8 17,3 17,1
7 27,5 22,3 21,9 21,5 17,6 17,1
8 29,3 23,3 23,2 22,3 18,5 17,5
9 30,5 24,2 25,1 23,2 19,9 17,9
10 32,4 24,4 26,1 23,4 20,6 18,0
11 33,9 24,5 27,0 24,2 21,2 17,6
12 35,2 25,1 27,9 24,1 22,4 18,2
13 36,2 25,7 29,4 24,2 22,2 20,5
14 37,2 26,3 30,0 25,1 23,1 20,0
15 38,4 26,5 31,2 25,4 23,6 Note ..: indisponible pour une période de référence précise

4.3.2 Comment explique-t-on l’énorme différence en matière de rémunération entre les réfugiés des 13 pays d’origine?

La présente étude montre tout d’abord dans quelle mesure la rémunération moyenne non corrigée des réfugiés venant d’un pays donné diffère de celle de tous les réfugiés des 13 pays. Cet écart variait énormément. Les réfugiés de sexe masculin venant de la Pologne gagnaient 13 200 $ de plus que la moyenne de tous les réfugiés 10 ans après leur arrivée, tandis que ceux de la Chine gagnaient 11 300 $ de moins que la moyenne (tableau 5). L’écart chez les femmes réfugiées allait de 9 600 $ de plus que la moyenne à 6 200 $ de moins que la moyenne. La différence en ce qui concerne les caractéristiques du capital humain était la raison la plus évidente expliquant cet écart en matière de rémunération. Pour déterminer la mesure dans laquelle ces différences « expliquent » la différence en matière de rémunération entre un groupe de réfugiés et la moyenne, la rémunération corrigée a été évaluée au moyen du modèle de régression 2 décrit dans la section « Données et méthodologie ». Le modèle tient compte :

La différence entre l’écart non corrigé en matière de rémunération d’un groupe de réfugiés par rapport à la moyenne générale (en fonction du modèle 1) et l’écart corrigé (en fonction de la rémunération prédite dans le modèle 2) montre la mesure dans laquelle les variables mentionnées ci-dessus expliquent l’écart réel en matière de rémunération (tableau 5).


Tableau 5
Rémunération, écarts en matière de rémunérationTableau 5 Note 1 et pourcentage d’écarts expliqués, selon le principal pays d’origine, le sexe et le nombre d'années depuis l’établissement, chez les réfugiés âgés de 20 à 49 ans au moment de l’établissement
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Rémunération. Les données sont présentées selon Pays d’origine et sexe (titres de rangée) et Rémunération non corrigée, Rémunération corrigée, Pourcentage d’écart expliqué, Moyenne prédite , Écart à expliquer, Écart restant, Nombre d'années depuis l’établissement , 1 , 5 , 10 , 1, 5 et 10, calculées selon dollars et pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pays d’origine et sexe Rémunération non corrigéeTableau 5 Note 2 Rémunération corrigéeTableau 5 Note 3 Pourcentage d’écart expliquéTableau 5 Note 4
Moyenne prédite Écart à expliquer Moyenne prédite Écart restant
Nombre d'années depuis l’établissement Nombre d'années depuis l’établissement Nombre d'années depuis l’établissement Nombre d'années depuis l’établissement Nombre d'années depuis l’établissement
1 5 10 1 5 10 1 5 10 1 5 10 1 5 10
dollars pourcentage
Ancienne Yougoslavie
Hommes 22 400 36 200 46 900 2 500 9 200 13 600 24 000 36 400 46 200 3 700 9 300 13 100 aucun aucun 3,7
Femmes 12 900 24 100 34 000 -500 5 000 9 600 14 100 24 500 33 500 700 5 400 9 000 240,0 aucun 6,3
Pologne
Hommes 25 600 36 700 46 600 5 700 9 700 13 200 27 000 37 100 45 500 6 700 10 000 12 400 aucun aucun 6,1
Femmes 14 700 23 700 32 400 1 300 4 600 7 900 15 200 24 000 31 700 1 800 4 900 7 200 aucun aucun 8,9
ColombieTableau 5 Note 5
Hommes 23 400 33 700 44 900 3 500 6 700 11 500 22 200 33 100 44 400 1 900 6 000 11 300 45,7 10,4 1,7
Femmes 15 600 23 000 30 700 2 200 3 900 6 300 14 100 21 500 29 400 700 2 400 4 900 68,2 38,5 22,2
Viet Nam, Cambodge et Laos
Hommes 20 200 28 600 35 500 300 1 600 2 100 23 200 31 800 38 900 2 900 4 700 5 800 aucun aucun aucun
Femmes 15 400 20 600 24 700 2 000 1 400 200 17 600 23 800 28 700 4 200 4 700 4 200 aucun aucun aucun
Salvador
Hommes 17 600 24 900 32 300 -2 300 -2 100 -1 000 21 300 28 800 35 700 900 1 700 2 600 139,1 181,0 360,0
Femmes 11 500 17 100 22 700 -1 900 -2 000 -1 800 14 100 20 000 25 600 700 900 1 100 136,8 145,0 161,1
Sri Lanka
Hommes 27 000 31 200 35 200 7 100 4 200 1 800 25 400 29 900 34 600 5 100 2 800 1 500 28,2 33,3 16,7
Femmes 15 000 18 500 22 100 1 600 -700 -2 400 13 400 16 700 20 800 0 -2 400 -3 700 100,0 aucun aucun
Iran
Hommes 15 800 23 100 30 600 -4 100 -3 900 -2 700 16 400 23 400 30 400 -3 900 -3 700 -2 600 4,9 5,1 3,7
Femmes 11 300 18 800 26 000 -2 100 -300 1 600 10 900 18 200 25 400 -2 500 -1 000 800 aucun aucun 50,0
Éthiopie
Hommes 17 200 23 000 29 000 -2 700 -4 000 -4 300 20 000 23 200 26 600 -300 -3 900 -6 500 88,9 2,5 aucun
Femmes 12 800 17 100 22 300 -600 -2 000 -2 200 14 200 18 100 22 800 800 -1 000 -1 700 233,3 50,0 22,7
Iraq
Hommes 19 300 25 700 30 200 -600 -1 300 -3 100 20 000 25 000 29 100 -300 -2 100 -4 000 50,0 aucun aucun
Femmes 12 400 18 700 23 600 -1 000 -500 -900 12 300 18 600 23 500 -1 100 -500 -1 000 aucun 0,0 aucun
Somalie
Hommes 15 100 21 000 26 900 -4 800 -6 000 -6 500 15 400 19 200 24 200 -5 000 -7 900 -8 800 aucun aucun aucun
Femmes 12 800 16 400 20 400 -600 -2 700 -4 100 11 100 14 800 19 400 -2 300 -4 300 -5 100 aucun aucun aucun
Afghanistan
Hommes 17 400 23 500 28 200 -2 400 -3 400 -5 200 16 900 23 000 27 400 -3 500 -4 100 -5 600 aucun aucun aucun
Femmes 11 600 16 700 21 100 -1 800 -2 400 -3 300 11 800 17 200 21 300 -1 600 -2 000 -3 200 11,1 16,7 3,0
PakistanTableau 5 Note 5
Hommes 20 100 22 500 24 700 200 -4 500 -8 700 16 600 19 800 22 000 -3 800 -7 300 -11 100 2 000,0 aucun aucun
Femmes 13 200 16 200 18 200 -200 -3 000 -6 200 11 000 13 200 15 100 -2 400 -5 900 -9 400 aucun aucun aucun
ChineTableau 5 Note 5
Hommes 17 400 20 300 22 000 -2 400 -6 700 -11 300 15 500 20 900 24 300 -4 900 -6 200 -8 800 aucun 7,5 22,1
Femmes 15 400 17 800 19 500 2 000 -1 300 -5 000 14 600 17 800 20 800 1 200 -1 400 -3 700 40,0 aucun 26,0
Global
Hommes 19 900 27 000 33 400 ... ... ... 20 300 27 100 33 100 ... ... ... ... ... ...
Femmes 13 400 19 100 24 500 ... ... ... 13 400 19 200 24 500 ... ... ... ... ... ...

La principale constatation qui se dégage de l’étude est que, dans la plupart des cas, les caractéristiques du capital humain, la conjoncture économique et le programme d’entrée ne permettent pas d’expliquer ou expliquent relativement peu la variation en ce qui concerne la rémunération des réfugiés venant de différents pays. En outre, l’étendue de l’écart en matière de rémunération et le pourcentage pris en considération dans les régressions variaient en fonction du nombre d’années écoulées depuis l’établissement. La variation en ce qui concerne la rémunération des réfugiés des 13 pays (mesurée en fonction de l’écart en matière de rémunération entre chaque groupe de réfugiés et de la valeur moyenne de tous les groupes) a augmentéNote , au fur et à mesure que les réfugiés passaient plus de temps au Canada. Le pourcentage de cette variation dont rendent compte les variables mentionnées ci-dessus diminuait lorsque les résultats de l’année 1 et ceux de l’année 10 étaient comparés. La part moyenne (parmi les 13 groupes) de l’écart en matière de rémunération pris en considération est passée de 30,7 % lors de l’année 1 à 4,5 % lors de l’année 10 chez les hommesNote , et de 38,4 % à 25,0 % chez les femmes. Cette situation n’est pas vraiment surprenante. Les variables du capital humain comprises dans la régression renvoient aux différences qu’apportent les réfugiés au Canada. Cependant, les expériences après l’arrivée, notamment les différences relatives à l’expérience professionnelle au Canada, l’acquisition de compétences linguistiques et le soutien offert par les communautés ethniques, pourraient avoir une incidence sur la taille de l’écart en matière de rémunération. Le modèle ne tient pas compte de ces expériences après l’arrivée.

Les résultats du modèle étaient particulièrement intéressants pour les groupes de réfugiés ayant une rémunération beaucoup plus basse que la moyenne. Dans le cas de ces groupes de réfugiés, y compris ceux de l’Éthiopie, de l’Iraq, de la Somalie, de l’Afghanistan et du Pakistan, les variables du capital humain, des conditions économiques et du programme d’entrée comprises dans le modèle n’expliquaient presque pas l’écart en matière de rémunération. Les résultats des réfugiés chinois constituaient une exception; environ 20 % de l’écart en matière de rémunération à l’année 10 était expliqué par des variables indépendantes dans le modèle. Dans tous les autres cas, la faible rémunération des réfugiés n’était pas associée à une lacune (par rapport à la moyenne) en ce qui concerne les caractéristiques observablesNote . C’était le cas pour les hommes et les femmes, et pour presque toutes les années écoulées depuis l’établissement, jusqu’à l’année 15 (tableau 5)Note . D’autres facteurs inconnus et non observés expliquaient la rémunération faible.

Dans l’ensemble, il fallait évaluer d’autres facteurs que le niveau de scolarité, les compétences linguistiques, les conditions économiques et le programme d’entrée pour expliquer les raisons pour lesquelles les réfugiés de certains pays gagnaient plus que ceux d’autres pays. D’autres raisons possibles expliquant l’écart en matière de rémunération sont énumérées dans la conclusion.

4.3.3 Comparaison de la rémunération des réfugiés à celle des immigrants du regroupement familial

Au cours de la première année complète passée au Canada, les réfugiés des 13 pays avaient une rémunération annuelle inférieure à celle des immigrants du regroupement familial arrivés au cours de la même période. Les écarts non corrigés en matière de rémunération entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial étaient tous négatifs (tableau 6). Cela s’appliquait autant aux hommes qu’aux femmes. Cependant, la rémunération des réfugiés de nombreux pays affichait un taux de croissance supérieur à celui des immigrants du regroupement familial ou de la catégorie économique. Ainsi, 15 ans après l’arrivée au Canada, des réfugiés de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne et de la Colombie avaient une rémunération supérieure à celles des immigrants du regroupement familial venant des mêmes pays qui sont arrivés au cours de la même période; l’écart non corrigé en matière de rémunération était positif. Même si la rémunération des réfugiés d’autres pays a augmenté plutôt rapidement, leur rémunération est demeurée inférieure à celle des immigrants du regroupement familial. Comme c’était le cas 1 an après l’arrivée, les réfugiés de certains pays, comme la Chine, le Pakistan, l’Afghanistan, la Somalie, l’Iraq et l’Éthiopie, ont enregistré d’importants écarts négatifs non corrigés, allant de 6 000 $ à 23 000 $, par rapport aux immigrants du regroupement familial, même après 15 années passées au Canada.


Tableau 6
Écarts en matière de rémunération non corrigés et corrigés entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial âgés de 20 à 49 ans au moment de l’établissement, selon le principal pays d’origine, le sexe et le nombre d'années depuis l’établissement
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Écarts en matière de rémunération non corrigés et corrigés entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial âgés de 20 à 49 ans au moment de l’établissement. Les données sont présentées selon Pays d’origine et sexe (titres de rangée) et 1 année écoulée depuis l’établissement, 5 années écoulées depuis l’établissement, 10 années écoulées depuis l’établissement, 15 années écoulées depuis l’établissement, Écart en matière de rémunération et Pourcentage expliqué , calculées selon en milliers de dollars, pourcentage et pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pays d’origine et sexe 1 année écoulée depuis l’établissement 5 années écoulées depuis l’établissement 10 années écoulées depuis l’établissement 15 années écoulées depuis l’établissement
Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué
Non corrigéTableau 6 Note 1 CorrigéTableau 6 Note 2 Non corrigéTableau 6 Note 1 CorrigéTableau 6 Note 2 Non corrigéTableau 6 Note 1 CorrigéTableau 6 Note 2 Non corrigéTableau 6 Note 1 CorrigéTableau 6 Note 2
en milliers de dollars pourcentage en milliers de dollars pourcentage en milliers de dollars pourcentage en milliers de dollars pourcentage
Ancienne Yougoslavie
Hommes -2,8 -0,1 98,0 0,9 4,2 aucun 4,0 7,6 aucun 5,2 8,9 aucun
Femmes -3,8 -1,8 53,6 1,1 3,3 aucun 5,0 7,3 aucun 6,5 8,7 aucun
Pologne
Hommes -0,4 1,3 403,8 1,9 3,5 aucun 3,6 5,1 aucun 3,7 5,5 aucun
Femmes -3,2 -2,3 27,5 0,4 1,2 aucun 3,3 4,0 aucun 4,3 5,3 aucun
ColombieTableau 6 Note 3
Hommes -5,5 -3,0 45,9 -5,0 -1,6 68,0 0,2 2,7 aucun 5,7 6,7 aucun
Femmes -2,5 -1,1 55,8 -1,5 0,7 150,5 0,6 2,5 aucun 2,3 3,3 aucun
Viet Nam, Cambodge et Laos
Hommes -4,8 3,1 163,4 -6,1 2,4 139,9 -7,5 1,4 118,5 -8,9 0,1 101,3
Femmes -1,9 4,4 336,4 -2,4 4,1 268,3 -4,2 2,5 160,6 -7,1 -0,2 97,5
Salvador
Hommes -7,7 -1,9 74,9 -9,3 -2,7 70,8 -10,2 -3,3 68,0 -9,9 -3,4 66,2
Femmes -6,0 -1,4 77,0 -6,0 -1,1 81,8 -6,3 -1,3 79,7 -7,0 -2,1 70,0
Sri Lanka
Hommes -0,2 1,2 612,3 -5,3 -4,3 19,3 -8,2 -7,5 8,1 -7,3 -6,8 7,5
Femmes -2,6 -0,6 76,0 -5,2 -3,3 35,1 -7,2 -6,0 16,3 -7,9 -7,8 0,7
Iran
Hommes -10,5 -8,9 16,0 -12,3 -9,9 20,1 -12,2 -9,7 20,9 -9,5 -7,8 17,3
Femmes -6,1 -5,1 16,9 -4,7 -3,0 36,7 -3,3 -1,4 57,6 -2,6 -1,1 55,6
Éthiopie
Hommes -6,2 -5,5 10,8 -10,0 -9,2 7,7 -12,6 -11,8 6,7 -12,9 -12,1 6,6
Femmes -4,2 -1,8 57,3 -5,6 -3,3 42,4 -6,4 -3,8 40,0 -6,1 -3,1 49,1
Iraq
Hommes -6,4 -3,0 52,7 -9,5 -6,6 30,9 -12,3 -9,4 23,2 -13,9 -10,6 23,8
Femmes -4,6 -2,6 44,7 -4,4 -2,5 44,2 -5,3 -3,3 38,7 -7,5 -5,0 32,6
Somalie
Hommes -9,1 -9,8 aucun -13,2 -14,5 aucun -15,2 -16,8 aucun -13,9 -15,2 aucun
Femmes -4,0 -4,5 aucun -6,3 -6,2 1,6 -8,2 -7,7 6,1 -9,2 -8,7 5,6
Afghanistan
Hommes -10,9 -7,4 32,2 -14,0 -10,2 27,1 -15,6 -12,2 21,9 -14,9 -12,6 15,1
Femmes -6,4 -2,5 60,9 -7,2 -3,4 53,2 -8,4 -5,2 38,6 -9,8 -7,7 21,1
PakistanTableau 6 Note 3
Hommes -9,1 -11,0 aucun -15,7 -17,3 aucun -19,7 -22,8 aucun -19,6 -25,2 aucun
Femmes -5,1 -4,9 3,0 -8,1 -7,9 2,9 -11,8 -12,0 aucun -14,7 -15,6 aucun
ChineTableau 6 Note 3
Hommes -11,8 -7,6 35,2 -18,4 -12,8 30,5 -22,8 -17,7 22,6 -23,4 -19,1 18,2
Femmes -2,8 1,2 143,9 -6,7 -2,1 68,7 -10,6 -6,2 41,3 -11,9 -7,9 33,7

Pour déterminer si les différences associées au niveau de scolarité, à la maîtrise des langues officielles, à l’âge et aux conditions économiques peuvent expliquer l’écart en matière de rémunération entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial, l’étude a utilisé une technique de régression décrite dans la section « Données et méthodologie »Note .

Les résultats sont présentés pour les années 1, 5, 10 et 15 dans le tableau 6. La discussion sur les résultats porte sur l’écart en matière de rémunération 5 ans après l’arrivée au Canada et commence par les réfugiés de sexe masculin. En ce qui concerne les groupes affichant une rémunération plus élevée (y compris ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne, de la Colombie, du Salvador ainsi que du Viet Nam, du Cambodge et du Laos), il n’y avait aucun écart négatif par rapport aux immigrants du regroupement familial ou les variables explicatives prenaient en compte tous les petits écarts en matière de rémunération entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial. Dans le cas des autres groupes, les variables explicatives représentaient une petite part de l’écart négatif, parfois très important, en matière de rémunération entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial arrivés au cours de la même période. Cette situation s’appliquait particulièrement aux groupes à rémunération plus faible de pays comme l’Iran, l’Éthiopie, l’Iraq, la Somalie, l’Afghanistan, le Pakistan et la Chine. Ces groupes de réfugiés gagnaient de 10 000 $ à 18 000 $ de moins que les immigrants du regroupement familial. En outre, de 0 % (Pakistan et Somalie) à 31 % de l’écart était imputable aux variables explicatives.

Quant aux femmes réfugiées, 5 ans après leur arrivée, les variables explicatives constituaient habituellement une part plus importante de l’écart en matière de rémunération entre les réfugiés et les immigrants du regroupement familial par rapport aux réfugiés de sexe masculin, surtout en ce qui concerne les groupes affichant une rémunération plus faible. Par exemple, dans le cas des réfugiées de la Chine et de l’Afghanistan, les variables indépendantes expliquaient plus de la moitié de l’écart en matière de rémunération, ce qui n’est pas observé pour les réfugiés de sexe masculin des groupes ayant une rémunération inférieure. Sinon, les résultats étaient semblables à ceux des réfugiés de sexe masculin.

En résumé, dans le cas des groupes de réfugiés de sexe masculin affichant une rémunération plus faible (de l’Iran, de l’Éthiopie, de l’Iraq, de la Somalie, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine) et, par conséquent, en ce qui concerne l’écart plus grand en matière de rémunération par rapport aux immigrants du regroupement familial, les différences concernant les caractéristiques observables (comme la scolarité, la langue et l’âge) et les conditions économiques entre ces groupes et les immigrants du regroupement familial expliquaient relativement mal ces écarts. Dans l’ensemble, les variables explicatives ont mieux réussi à expliquer l’écart chez les femmes réfugiées. Cependant, dans la plupart des cas, elles expliquaient tout de même moins de la moitié de l’écart en matière de rémunération. Les réfugiés de ces pays gagnaient moins que les immigrants du regroupement familial pour d’autres raisons. Dans le cas de deux groupes (Somalie et Pakistan), l’écart ne pouvait, en aucun cas ou presque, être expliqué par les différences relatives aux caractéristiques du capital humain. Cette situation s’appliquait aux hommes et aux femmes, et ce, pour toutes les années écoulées depuis l’établissement. Dans le cas des groupes de réfugiés affichant une rémunération plus élevée (notamment ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne, de la Colombie ainsi que du Viet Nam, du Cambodge et du Laos), il n’y avait pas d’écart en matière de rémunération ou cet écart s’expliquait entièrement par des différences relatives aux caractéristiques du capital humain. Cela s’appliquait autant aux hommes qu’aux femmes.

4.3.4 Écart en matière de rémunération entre les réfugiés et les immigrants de la catégorie économique

En moyenne, la rémunération des immigrants de la catégorie économique était supérieure à celle des immigrants du regroupement familial. C’est pourquoi l’écart en matière de rémunération entre les réfugiés et les immigrants de la catégorie économique avait tendance à être plus important. Les réfugiés (de sexe masculin et féminin) des groupes affichant une rémunération moyenne relativement supérieure, comme ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne et de la Colombie, gagnaient de 55 % à 66 % le salaire des immigrants de la catégorie économique au cours de la première année complète passée au Canada. Ces pourcentages ont augmenté, passant de 75 % à 96 % 15 ans plus tard (tableau 7). Ces réfugiés ayant un emploi se trouvaient dans une situation relativement bonne 15 années après l’arrivée au Canada. Même 5 ans après l’arrivée, ils gagnaient de 70 % à 80 % le salaire des immigrants de la catégorie économique. Cinq ans après l’arrivée, de 47 % à 100 % de l’écart relativement faible était associé à des différences sur le plan des caractéristiques observables ou des conditions économiques entre les réfugiés et les immigrants de la catégorie économique (tableau 7). Autrement dit, la majorité de cet écart s’explique par des différences sur le plan de ces caractéristiques.


Tableau 7
Écarts en matière de rémunération non corrigés et corrigés entre les réfugiés et les immigrants de la catégorie économique âgés de 20 à 49 ans lors de l’établissement, selon le principal pays d’origine, le sexe et le nombre d'années depuis l’établissement
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Écarts en matière de rémunération non corrigés et corrigés entre les réfugiés et les immigrants de la catégorie économique âgés de 20 à 49 ans lors de l’établissement. Les données sont présentées selon Pays d’origine et sexe (titres de rangée) et 1 année écoulée depuis l’établissement, 5 années écoulées depuis l’établissement, 10 années écoulées depuis l’établissement, 15 années écoulées depuis l’établissement, Écart en matière de rémunération, Pourcentage expliqué , Non corrigé et Corrigé, calculées selon en milliers de dollars et pourcentage unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Pays d’origine et sexe 1 année écoulée depuis l’établissement 5 années écoulées depuis l’établissement 10 années écoulées depuis l’établissement 15 années écoulées depuis l’établissement
Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué Écart en matière de rémunération Pourcentage expliqué
Non corrigéTableau 7 Note 1 CorrigéTableau 7 Note 2 Non corrigéTableau 7 Note 1 CorrigéTableau 7 Note 2 Non corrigéTableau 7 Note 1 CorrigéTableau 7 Note 2 Non corrigéTableau 7 Note 1 CorrigéTableau 7 Note 2
en milliers de dollars pourcentage en milliers de dollars pourcentage en milliers de dollars pourcentage en milliers de dollars pourcentage
Ancienne Yougoslavie
Hommes -12,1 -0,2 98,6 -12,4 -0,8 93,3 -12,5 -1,3 89,4 -12,4 -1,5 88,1
Femmes -7,6 -0,3 96,0 -6,7 0,5 106,8 -5,6 1,4 124,4 -4,4 2,2 149,5
Pologne
Hommes -14,1 -8,3 41,0 -10,9 -5,8 46,9 -8,9 -4,2 53,2 -9,4 -4,4 53,2
Femmes -8,1 -5,0 37,8 -5,1 -2,3 54,1 -2,5 0,2 106,5 -1,3 1,7 226,6
ColombieTableau 7 Note 3
Hommes -11,1 -3,0 72,7 -16,1 -7,2 55,4 -16,4 -7,5 54,1 -13,3 8,6 165,0
Femmes -7,2 -2,0 71,4 -10,0 -4,2 58,3 -11,4 -5,8 49,1 -11,0 -6,2 43,7
Viet Nam, Cambodge et Laos
Hommes -18,5 -6,1 67,1 -19,4 -6,9 64,6 -20,8 -8,2 60,7 -22,6 -9,8 56,4
Femmes -6,6 2,2 133,7 -8,0 0,8 110,5 -10,3 -1,4 86,8 -13,3 -4,1 69,0
Salvador
Hommes -19,9 -10,1 49,2 -21,0 -11,0 47,6 -22,0 -11,9 45,9 -22,7 -12,6 44,5
Femmes -10,9 -3,8 65,3 -11,7 -4,4 62,1 -12,5 -5,2 58,4 -13,2 -6,0 54,8
Sri Lanka
Hommes -8,1 1,2 114,3 -18,1 -9,7 46,0 -24,5 -16,9 31,1 -24,4 -16,9 30,7
Femmes -7,0 -0,5 92,6 -13,4 -7,2 46,3 -17,8 -12,4 30,6 -18,3 -14,0 23,3
Iran
Hommes -18,6 -9,0 51,4 -25,0 -15,3 38,9 -28,0 -18,9 32,5 -25,2 -17,8 29,6
Femmes -10,0 -4,7 53,6 -12,5 -6,5 47,7 -13,5 -7,5 44,6 -12,0 -6,8 43,6
Éthiopie
Hommes -17,7 -13,0 26,2 -21,5 -17,6 18,2 -24,7 -21,0 14,8 -26,0 -21,9 16,0
Femmes -9,4 -4,1 56,1 -11,6 -6,5 44,0 -13,1 -7,9 40,0 -13,1 -7,4 43,9
Iraq
Hommes -15,8 -4,5 71,3 -22,8 -12,4 45,9 -28,4 -18,5 34,7 -30,3 -20,6 31,8
Femmes -9,4 -2,6 72,5 -12,3 -5,8 53,3 -15,2 -8,8 42,0 -17,3 -10,9 36,9
Somalie
Hommes -20,4 -12,3 39,6 -27,2 -20,8 23,5 -31,5 -26,3 16,7 -31,2 -25,9 16,7
Femmes -8,3 -4,1 50,5 -13,6 -9,0 34,0 -17,8 -13,0 27,0 -19,3 -14,7 23,8
Afghanistan
Hommes -17,5 -6,7 61,6 -26,0 -15,2 41,7 -32,1 -21,3 33,6 -32,9 -22,4 31,9
Femmes -10,4 -2,2 79,0 -15,6 -7,5 51,7 -19,8 -12,2 38,2 -21,3 -14,6 31,4
PakistanTableau 7 Note 3
Hommes -14,0 -9,8 29,9 -26,7 -22,4 16,2 -36,7 -33,3 9,3 -40,0 -38,2 4,6
Femmes -8,9 -4,8 46,1 -16,5 -12,4 24,6 -24,0 -20,3 15,5 -28,3 -25,1 11,2
ChineTableau 7 Note 3
Hommes -16,6 -6,8 59,2 -29,5 -18,2 38,4 -39,5 -28,2 28,5 -41,6 -31,0 25,4
Femmes -6,9 1,0 114,5 -15,2 -6,8 55,0 -22,5 -14,5 35,7 -24,5 -16,9 31,2

En ce qui concerne les groupes de réfugiés affichant la rémunération la plus faible, comme ceux de l’Iran, de l’Éthiopie, de l’Iraq, de la Somalie, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine, la situation était très différente. Ces réfugiés (autant les hommes que les femmes) gagnaient de 40 % à 60 % le salaire des immigrants de la catégorie économique au cours de la première année au Canada. La rémunération des réfugiés de l’Iran et de l’Éthiopie a augmenté 15 ans après l’arrivée au Canada, représentant de 60 % à 70 % de la rémunération des immigrants de la catégorie économique. Les réfugiés des autres pays n’ont observé aucune amélioration relative. En fait, l’écart en matière de rémunération a augmenté de manière importante parmi certains groupes de réfugiés. La rémunération relative des réfugiés du Pakistan et de la Chine a baissé, représentant de 35 % à 45 % de la rémunération des immigrants de la catégorie économique 15 ans après l’arrivée au Canada. Pour tous les groupes ayant une rémunération faible, des facteurs autres que les caractéristiques observables expliquaient ces écarts, parfois très importants, en matière de rémunération par rapport aux immigrants de la catégorie économique. Cinq ans après l’arrivée, le pourcentage de l’écart expliqué dépassait rarement 50 %. Parfois, il était aussi bas que 20 %. Il faut examiner d’autres facteurs pour connaître les raisons pour lesquelles les réfugiés, hommes et femmes, de ces pays avaient une rémunération aussi inférieure à celle des immigrants de la catégorie économique, même après 10 ou 15 ans passés au Canada.

4.3.5 La différence en matière de rémunération entre les types de programmes pour réfugiés

Habituellement, les réfugiés entrent au Canada de l’une des quatre façons suivantes :

La rémunération moyenne chez les réfugiés arrivant dans le cadre de ces programmes variait considérablement. Par exemple, 1 an après leur arrivée, les réfugiés de sexe masculin participant au Programme d’octroi de l’asile au Canada recevaient la rémunération la plus élevée, soit environ 24 000 $. Ils étaient suivis des réfugiés parrainés par le secteur privé dont la rémunération moyenne s’élevait à 23 000 $ et des réfugiés pris en charge par le gouvernement dont la rémunération moyenne s’élevait à 20 100 $ (tableau 8, encadré de gauche). À plus long terme, les réfugiés de sexe masculin parrainés par le secteur privé semblaient réussir le mieux sur le plan économique. Par ailleurs, 10 ans après l’arrivée au Canada, ils recevaient une rémunération de 40 600 $, contre 38 100 $ pour les réfugiés pris en charge par le gouvernement, et de 33 200 $ pour les réfugiés participant au Programme d’octroi de l’asile au Canada.


Tableau 8
Rémunération annuelle moyenne prédite des réfugiés des principaux pays d’origine âgés de 20 à 49 ans lors de l’établissement, selon le programme d’entrée, le sexe et le nombre d'années depuis l’établissement
Sommaire du tableau
Le tableau montre les résultats de Rémunération annuelle moyenne prédite des réfugiés des principaux pays d’origine âgés de 20 à 49 ans lors de l’établissement. Les données sont présentées selon Sexe et nombre d'années depuis l’établissement (titres de rangée) et Rémunération annuelle moyenne non corrigée, Rémunération annuelle moyenne corrigée, Réinstallation prise en charge par le gouvernement, Parrainage privé, Programme d’octroi de l’asile au Canada et Écart entre la réinstallation prise en charge par le gouvernement et, calculées selon en milliers de dollars unités de mesure (figurant comme en-tête de colonne).
Sexe et nombre d'années depuis l’établissement Rémunération annuelle moyenne non corrigéeTableau 8 Note 1 Rémunération annuelle moyenne corrigéeTableau 8 Note 2
Réinstallation prise en charge par le gouvernement Parrainage privé Programme d’octroi de l’asile au Canada Écart entre la réinstallation prise en charge par le gouvernement et Réinstallation prise en charge par le gouvernement Parrainage privé Programme d’octroi de l’asile au Canada Écart entre la réinstallation prise en charge par le gouvernement et
Parrainage privé Programme d’octroi de l’asile au Canada Parrainage privé Programme d’octroi de l’asile au Canada
en milliers de dollars
Hommes
Nombre d'années depuis l’établissement
1 20,1 23,0 24,0 -2,9 -3,9 20,5 23,3 25,3 -2,8 -4,8
5 29,8 32,3 28,7 -2,5 1,1 30,0 31,2 31,0 -1,2 -1,0
10 38,1 40,6 33,2 -2,5 4,9 38,0 38,4 35,5 -0,4 2,5
15 42,3 45,3 36,2 -3,0 6,1 41,7 42,6 36,9 -0,9 4,8
Femmes
Nombre d'années depuis l’établissement
1 12,6 15,0 16,2 -2,4 -3,6 11,5 13,9 16,1 -2,4 -4,6
5 20,8 21,9 20,8 -1,1 0,0 19,2 20,1 21,6 -0,9 -2,4
10 27,9 28,6 24,8 -0,7 3,1 26,2 26,5 25,6 -0,3 0,6
15 31,7 33,4 26,6 -1,7 5,1 30,1 31,5 26,5 -1,4 3,6

De nombreuses raisons pourraient expliquer ces différences en matière de rémunération. Les réfugiés parrainés par le secteur privé entretiennent une relation plus étroite avec leurs parrains canadiens immédiatement après leur arrivée. Ils peuvent ainsi obtenir de l’aide pour chercher un emploi, obtenir une formation et apprendre une langue, ce qui peut leur donner un avantage sur le plan de la rémunération. Les réfugiés du Programme d’octroi de l’asile au Canada se trouvent au Canada depuis un certain temps avant d’obtenir la résidence permanente. Leur exposition à la société et au marché du travail canadien peut leur procurer un avantage au cours des premières années qui suivent l’arrivée.

Étant donné les données accessibles dans le cadre de la présente étude, on ne peut pas en apprendre beaucoup au sujet de ces avantages possibles. Cependant, un autre ensemble de facteurs pourrait avoir une incidence sur les différences en matière de rémunération, dont les caractéristiques du capital humain observables (notamment le pays d’origine) et la conjoncture économique dans les régions où les réfugiés s’installent. Les modèles de régression décrits dans la section « Données et méthodologie » ont été utilisés pour produire des rémunérations corrigées tenant compte de ces variables (tableau 8, encadré de droite).

Les résultats montrent que l’effet d’un programme sur la rémunération avait tendance à être plus important au cours des premières années suivant l’arrivée au Canada, plutôt qu’à longue échéance. À plus long terme, les réfugiés en ont appris davantage au sujet des possibilités d’emploi et ont pris part à des formations linguistiques et professionnelles ainsi qu’à d’autres programmes d’intégration. Ces facteurs peuvent avoir réduit tout avantage que les réfugiés d’un programme avaient par rapport aux autres.

Les données réelles (non corrigées) appuient cette idée. Un an après leur arrivée, les immigrants parrainés par le secteur privé affichaient un gain de 2 900 $ par rapport aux réfugiés pris en charge par le gouvernement. Même si l’écart absolu s’est maintenu entre 2 500 $ et 3 000 $ 5 à 10 ans après l’arrivée au Canada, la différence relative en pourcentage a diminué (tableau 8, encadré de droite). Dans le cadre du Programme d’octroi de l’asile au Canada, les réfugiés affichaient, la première année suivant leur arrivée, un avantage  de 3 900 $ en matière de rémunération annuelle par rapport aux réfugiés pris en charge par le gouvernement. Cependant, 5 à 10 ans après l’arrivée au Canada, cet écart en matière de rémunération est devenu négatif.

Les résultats corrigés donnent à penser que les caractéristiques du capital humain, des conditions économiques et du pays d’origine expliquaient très peu la différence en matière de rémunération au cours des premières années suivant l’immigration. Cependant, elles expliquaient très bien les différences après 5 à 10 ans passés au Canada (tableau 8, encadré de gauche). Lorsque les différences observables étaient contrôlées, les réfugiés parrainés par le secteur privé et les réfugiés pris en charge par le gouvernement affichaient une rémunération semblable 10 ans après l’immigration, tandis que les réfugiés de sexe masculin ayant participé au Programme d’octroi de l’asile au Canada gagnaient 2 500 $ de moins que les réfugiés parrainés par le secteur privé 10 ans après l’arrivée au Canada.

5 Conclusion

La présente étude est axée sur les résultats en matière d’emploi et de rémunération des réfugiés au Canada venant de 13 principaux pays d’origine au cours de la période allant de 1980 à 2009. Ces résultats ont fait l’objet d’un suivi pendant un maximum de 15 ans après l’arrivée. Le document traite d’un certain nombre de résultats importants.

Premièrement, les réfugiés de sexe masculin de 7 pays parmi les 13 pays visés affichaient des taux d’emploi de plus de 75 % 5 ans après leur arrivée. Cependant, ceux de l’Iran et de la Somalie affichaient des taux d’emploi très faibles. Les femmes réfugiées de l’Iraq, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Somalie affichaient aussi des taux d’emploi très faibles. Les groupes de réfugiés qui avaient des taux d’emploi relativement faibles chez les hommes avaient tendance à afficher des taux d’emploi faibles chez les femmes. Les groupes qui affichaient des taux d’emploi élevés chez les hommes avaient tendance à avoir des taux d’emploi élevés chez les femmes. Dans la mesure où les hommes et les femmes se marient au sein du même groupe de réfugiés, la tendance des deux conjoints d’une même famille à ne pas avoir d’emploi exacerberait la pauvreté et l’inégalité économique au sein de ce groupe de réfugiés.

Deuxièmement, la rémunération des réfugiés de différents pays variait fortement. Dix ans après leur arrivée au Canada, les groupes de réfugiés affichant la rémunération la plus élevée (c.-à-d. ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne et de la Colombie) gagnaient environ le double de ceux affichant la rémunération la plus faible (c.-à-d. ceux de la Somalie, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine). Les différences en ce qui concerne les résultats ont été accentuées par le fait que les groupes affichant des taux d’emploi faibles avaient tendance à avoir des niveaux de rémunération faibles parmi les personnes ayant un emploi, et les groupes affichant un taux d’emploi élevé avaient tendance à avoir une rémunération élevée parmi les personnes ayant un emploi. En outre, les réfugiés de sexe masculin et féminin du même pays avaient tendance à afficher une rémunération relative faible ou élevée semblable. Ces corrélations élevées en ce qui concerne la rémunération des hommes et des femmes parmi tous les groupes avaient tendance à exacerber tout problème de pauvreté que vivent les réfugiés ayant une rémunération faible.

Troisièmement, les différences en ce qui concerne les caractéristiques du capital humain observables, la conjoncture économique et le programme d’entrée au Canada n’ont pas expliqué ou ont expliqué dans une infime mesure la rémunération beaucoup plus basse que la moyenne des groupes de réfugiés ayant la rémunération la plus faible. D’autres facteurs inconnus et non observés expliquaient cette rémunération très faible. Une des explications possibles était que l’éducation reçue par ces groupes dans leurs pays d’origine puisse être de qualité moindre ou être perçue comme de moindre qualité, ce qui a une incidence sur la possibilité de trouver un emploi correspondant à leur niveau de scolarité ou sur la rémunération que les employeurs étaient prêts à offrir lorsque la personne avait, notamment, fait des études universitaires. Quelques données probantes appuient cette notion. Une analyse de la régression (non illustrée) distincte a révélé que les réfugiés de la Somalie, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine ayant fait des études universitaires ne gagnaient guère plus (de 1 100 $ à 4 400 $ de plus par année) que leurs homologues qui avaient un diplôme d’études secondaires. Le rendement économique d’un grade universitaire était plutôt faible. En revanche, les réfugiés de la Pologne, de la Colombie et du Sri Lanka possédaient un avantage en matière de rémunération de l’ordre de 11 000 $ à 12 000 $ lorsqu’ils avaient un grade universitaire. Même si une proportion importante de réfugiés de pays ayant un rendement économique faible avait un grade universitaire, cette situation aurait eu peu d’effets positifs sur la rémunération moyenne dans son ensemble. D’autres facteurs inconnus peuvent être associés à une certaine variation de la rémunération au sein des divers groupes de pays d’origine.

Il est utile de faire une distinction entre les facteurs observés au moment de l’arrivée et ceux qui ont un effet après l’établissement. Des différences perçues ou réelles entre les réfugiés de différents pays en ce qui concerne la qualité de l’éducation reçue et l’expérience professionnelle dans le pays d’origine, des facteurs culturels ayant une incidence sur la réussite sur le marché du travail ainsi que la discrimination pourraient constituer quelques-uns des facteurs inconnus ayant une incidence immédiate au moment de l’établissement. Selon la présente étude, l’écart en matière de rémunération entre les groupes augmentait entre la première année et la dixième année suivant l’établissement. Parmi les différences en ce qui concerne les expériences après l’établissement entre des groupes de réfugiés qui pourraient avoir entraîné une telle hausse, il y a les différences associées à ce qui suit :

Ces facteurs n’étaient pas inclus dans les modèles. Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les modèles expliquent davantage la variation de la rémunération chez les réfugiés de différents pays au cours de l’année suivant l’établissement que 10 ans plus tard.

Quatrièmement, immédiatement après l’arrivée, les réfugiés de tous les pays gagnaient moins que les immigrants du regroupement familial. Cependant, les cinq groupes de réfugiés ayant la rémunération la plus élevée (c.-à-d. ceux de l’ancienne Yougoslavie, de la Pologne, de la Colombie, du Viet Nam, du Cambodge et du Laos ainsi que du Salvador) ont affiché une croissance beaucoup plus rapide de la rémunération que les immigrants du regroupement familial et de la catégorie économique arrivés au cours de la même période. Après 15 ans, ils gagnaient de 80 % à 110 % de ce que les immigrants du regroupement familial gagnaient. La situation était très différente pour les réfugiés des cinq groupes ayant la rémunération la plus faible (c.-à-d. ceux de l’Iraq, de la Somalie, de l’Afghanistan, du Pakistan et de la Chine). Même après 15 ans passés au Canada, ils gagnaient de 50 % à 70 % le salaire des immigrants du regroupement familial. Dans le cas de ces groupes, les différences observables expliquaient très peu l’écart en matière de rémunération par rapport aux immigrants du regroupement familial, possiblement pour les raisons énumérées ci-dessus. Encore une fois, des facteurs non observés et inconnus ont joué un rôle important. La comparaison avec les immigrants de la catégorie économique a fourni des résultats semblables. Cependant, l’écart en matière de rémunération était plus important. Après 15 ans passés au Canada, les groupes affichant une rémunération plus élevée gagnaient de 60 % à 90 % de ce que les immigrants de la catégorie économique gagnaient. Dans le cas des groupes affichant une rémunération plus faible, ils gagnaient de 35 % à 60 %. L’analyse ne pouvait expliquer qu’une infime partie de l’écart observé chez ces derniers.

Cinquièmement, le programme dans le cadre duquel les réfugiés sont arrivés au Canada semble importer, du moins au cours des premières années. Même lorsque les différences associées au capital humain observable, au pays d’origine et aux conditions économiques étaient prises en considération, les réfugiés parrainés par le secteur privé gagnaient de 2 400 $ (chez les femmes) à 2 800 $ (chez les hommes) de plus que les réfugiés pris en charge par le gouvernement au cours de la première année passée au Canada. Cela peut être associé à l’aide que les parrains canadiens fournissaient pour la recherche d’emploi, les contacts et d’autres services d’intégration, comme l’indiquent certaines études antérieures (comme Beiser, 2003; Roma, 2016). Les différences en ce qui concerne les facteurs associés au capital humain n’expliquaient pas cet écart initial, mais elles expliquaient la majorité de cet écart 10 ans après l’immigration. Les réfugiés qui ont demandé l’asile depuis le Canada gagnaient, au départ, 4 800 $ de plus (corrigé) que les réfugiés pris en charge par le gouvernement. Cependant, après 10 ans, ils gagnaient environ 2 500 $ de moins. Cela peut s’expliquer par le fait qu’ils avaient une certaine expérience de travail au Canada au moment de leur arrivée; cependant, cet avantage disparaissait au fil du temps.

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